16/03/2007

Le mystère des vins d'avant et le Morgon de Papanous

Esprits curieux, bonjour 

Il y a souvent une question qui turlupine l'Estèbe. Quel goût avaient les vins autrefois? Avant le phytosanitaire triomphant. Avant la science oenologique, les vendanges vertes et les blouses blanches. Avant le phylloxéra même. Etaient-ils rustiques, dilués, corsés, malodorants, authentiques, exquis?
Evidemment, on peut s'en faire une (petite) idée avec des vins issus de vignes franc de pied (merci Joguet, merci Marionnet, merci à quelques autres). Evidemment, il y a aussi ces bouteilles prestigieuses et âgées, qui sont parfois ouvertes en grande pompe et complaisamment décrites par la littérature. Des Bordeaux, des Bourgognes, et tout ça. Mais quid des autres? Des vins de tout le monde, des vins de tous les jours?

Chez les grand-parents, à Montauban, à l'aube des années 70, on buvait au quotidien un méchant rouge tout noir, acheté à la Coopérative de Villaudric, Haute Garonne, France. Ce pinard-là avait l'air terrible.
Chez les grand-parents, on avait dû faire du vin à une autre époque. Restaient un grand pressoir tout noir, des foudres intimidants et une cave de stockage sombre, humide et vaguement puante. C'est là que le grand-père, appelons-le Papanous, disparaissait avec un sourire satisfait, ou gourmand peut-être, les jours de gratin aux macaronis, quand débarquait sa fille. "Je vais chercher le rouge de Mimi", annonçait-t-il. Il permettait au petit-fils, mézigue en bas âge et culottes courtes, de l'accompagner dans les profondeurs du chai, d'où il extrayait deux flacons sans étiquette. Du morgon. Acheté en vrac chez un négociant et mis en bouteille maison.
Etait-il bon ce vin du dimanche? Mystère. Le fait est qu'il déliait les langues, rosissait les joues adultes et tamisait pour un instant les aigreurs familiales. A vrai dire, oui, il devait être bon le morgon de Papanous. 

Adiou

PS. Et puisqu'on cause de l'évolution de la chose pinardesque, un papier dans Le Monde sur l'affaire des copeaux. Pas jojo.

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Commentaires

scoopette dit:
28 avril 2006 à 9:38 m
A propos de copeaux et autres osmoses, Dan Schlaepfer parle de «vins intubés»

A vin intubé
Buveur entubé

Amen et salute!

Bocuze dit:
28 avril 2006 à 13:27 m
Très jolie histoire. Pour un peu, on entendrait presque les cigales qui craquettent.

Estèbe dit:
3 mai 2006 à 8:27 m
Un membre éminent de la famille Slurp a tenu à rectifier quelques faits contenus plus haut.
Le morgon de Papanous était acheté en bouteilles
Le villaudric en vrac
Et non l’inverse.
Voilà la réalité historique enfin immaculée

Tiuscha dit:
27 février 2007 à 14:31 m
Deux exemples me viennent à l’esprit (bien sûr que j’en ai un !) : l’un celui d emon grand père paysan qui avait des vignes et produisait une immonde piquette (le mieux était encore de le boire allongé d’eau comme c’était la coutume pendant les travaux des champs, la moisson, etc), tandis que sa “gnôle” était tout bonnement géniale !

L’autre, c’est le sieur Bonnet (se mouche pas du pied à quelques centaines d’euros la bouteille) de Chateauneuf (dû Papeuh), qui produisait encore il y apeu son vin à l’ancienne (lui, l’hygiène connaît pas !). Alors, évidemment on parle de Chateauneuf, qu’est pas une boisson de tapette (zut, pas politiquement correct), disons de mauviette pour rester dans la rime. Mais le sien est encore plus costaud, type coup de bambou sur la tête, pas le mini chateau d’aujourd’hui, fruité et velouté, non un qui râpe presque, qu’y a de l’alcool dedans, bref plutôt le registre rustique…
Hélas, son fils poursuit de façon plus aspetisée le travail de son père, le talent en moins d’après les échos que j’en ai.

Écrit par : Divers | 16/03/2007

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