18/03/2007

Le fromage, la Bourgogne, Dieu et moi

Nyerk,

La semaine dernière, on a enchaîné deux dégustations slurpissimes, qui nous ont inspiré un bataillon de sentiments flous, couillons et éventés. N'est pas Heiddeger qui veut. Ni même Patrick Topaloff. Mais bon, allons-y quand même.

 

La première des deux, c'était un panorama pédagogique sur les vins de Pommard organisé par le Cave SA. Pommard, ses climats, son cône de déjection, sa typicité et tout ça. Passionnant. On s'est slurpé au passage des vins anthologiques tel La Levrière 2004 de Dugat-Py (monstre de densité et de noblesse), les Trois Follots 2000 de Madame Leroy (d'un naturel d'expression et d'un raffinement de texture effarants), Les Rugiens 1995 de ce bon Hubert de Montille (dynamique et gourmand, totale classe) ou encore Les

Jarollières 1995 du Domaine de la Pousse d'Or (structure admirable, finale vibrante, profondeur abyssale). Et plein d'autres encore.

Sans trop savoir comment,  on est sorti de là en pestant contre les grands crus bordelais. Qui te cultivent des domaines de 900 hectares à peu près aussi pentus que la Hollande, en jouant sur deux cépages, en quintuplant les prix à chaque millésime et en se prenant pour le nombril du monde bachique. La grande Bourgogne, c'est tout le contraire. Nous voilà au royaume du vin dans ce qu'il a de plus culturel, raffiné, modeste et émouvant.
Quand on touche du gosier les nuances entre deux climats, parfois distants d'à peine 100 mètres; quand le breuvage, loin de sauter au pif, ne révèle sa grâce et son raffinement qu'au bout de longues minutes d'apprivoisement mutuel; quand on sait que le producteur n'a eu de cesse que de mettre en valeur la typicité de sa parcelle, ben, on se dit dedans sa tête que les Seigneurs d'Aquitaine peuvent aller se rhabiller. C'est bête, hein? On vous avait prévenu.

 

La deuxième dégustation, organisée par le pétulant crémier Dominique Ryser et le valeureux vigneron Laurent Villard, portait sur les accords vin-fromage. Exaltante balade le long d'une vingtaine et sublimes pâtes dures, molles, fleuries, persillées et autres tomes de chèvre, arrosées systématiquement de deux ou trois crus choisis. Des blancs, des rouges, un cidre et un Xérès. Mazette, quelle aventure!

On est sorti de là sans pester. Mais avec la ferme conviction que le vin blanc demeure le meilleur pote du fromage. J'en vois d'ici qui grognent. Désolé, c'est comme ça. Et quand après plusieurs essais d'associations fromagères avec un beau jurassien (un Côte du Jura de Macle), un mignon genevois (L'Altesse des Parcelles)  ou un riesling (Fronholz d'Ostertag), on ingurgite le premier rouge (un Bourgueil du Domaine Bel Air, bien slurpy pourtant), c'est la cata. Le fromage - un St nectaire d'enfer en l'occurrence - paraît pâteux et le vin pataud. Rebelote sur le vacherin Mont d'Or. Pas à dire; le rouge grince.  
Deux beaux mariages? Le cados (affiné au calavados) et le Poiré Granite d'Eric Bordelet et le Roquefort d'Yves Combes avec un Maury 2002 de Jean-Louis Lafage.

 

On est aussi sorti de là avec une confiance retrouvée en le genre humain. Because la Nature, le sol, le soleil, les microbes, les vaches, les petites herbes et le raisin, c'est génial. Mais ça ne suffit pas. Sans la matière grise, le talent et l'ardeur des gens qui oeuvrent dans les chais et les fromageries, la vie miam miam et gloulou ne mériterait pas d'être vécue.
Ouh, que c'est profond ça!

Adios 

Commentaires

5 réponses à “Le fromage, la Bourgogne, Dieu et moi”
Ronchon dit:
14 novembre 2006 à 10:47
Bravo, je vois que tu as bu beaucoup plus de Dugat-Py que si tu étais allé déguster sur place. Parce que la bas, nib! radin et cie !
Oui môssieu. et bonne journée.

olif dit:
14 novembre 2006 à 13:45
Que n’eussiez-vous dit que vous fîtes une descente à la Cave, mon cher Estèbe! Surtout pour y slurper des Pommards! Follow Mme Leroy ou rugir avec De Montille, voilà une activité qui m’aurait fort convenu!

Il y a certes autant de différence entre Pommard et Haut-Marbuzet qu’entre Pommard et Buzet. Mais l’autre soir, entre deux Ploussards couillus de Jean-Marc Brignot, nous avons sifflé une bouteille de Graves 2001 du Château Massereau. Quel plaisir de pouvoir boire de temps en temps du Bordeaux! Il faut dire que ce dernier avait étrangement le goût de vin!

Estèbe dit:
14 novembre 2006 à 13:50
Ah, le Buzet… toute ma jeunesse! Bref. Oui, un bon bordeaux de temps en temps, ça rafraîchit la glotte. Mais à l’aveugle. La seule mention du nom du département sur l’étiquette a ces jours-ci tendance à me filer l’agueusie (”a privatif, gueusie de goût”); ça passera.

Patrick CdM dit:
14 novembre 2006 à 15:42
On peut boire un peu de Bordeaux, même l’apprécier. Mon pote caviste, il m’explique depuis longtemps qu’il faudrait qu’il en ait plus que deux caisses perdues dans un coin sombre de sa boutique. “Le Bordeaux, je me force à en goûter au moins un chaque semain”, franchement je n’y arrive pas, il y a tellement mieux à côté poué pour traois fois moins cher”. On venait de parler juste avant de quelques méritants du Bergeraçois.

Eric dit:
14 novembre 2006 à 19:24
C’est vrai que Roquefort / Maury est certainement le plus bel accord qui soit ! Et le poiré de Bordelet est un vrai cidre de gastronomie!

Écrit par : Divers | 03/04/2007

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