18/03/2007

Torrent d'ivresses savoyardes

Youp,

 

Vous ayant mouillé il y a peu sous une cascade d'extases jurassiennes, voilà un torrent d'ivresses savoyardes pour ne pas faire de jaloux. C'est qu'entre vignerons brillants, cépages indigènes, paysages enchanteurs et toques inspirées, cette brave Savoie a sa place sur le podium de la France Slurp. On y était l'autre week-end. Morceaux choisis.

  • 1 / Harmonie chez Berlioz

 

Sur la photo ci-dessus des deux gaillards vendangeant, celui qui a gardé le haut, c'est Gilles Berlioz, un viticulteur écolo, rêveur, instinctif, opiniâtre et fantasque comme on les aime. On a passé deux bonnes heures chez lui, à Chignin, au sud de Chambery, avec sa dame, ses mômes, deux vendangeurs pittoresques, des voisins et copains de passage. Une tranche de vie savoyarde avec des vrais gens dedans. Berlioz, il fait - depuis 1999 - des vins en biodynamie, qui sont aussi vivants qu'élégants. Une jacquière 2005 éclatatante de nerfs et de fruit, qui excite la papille et laisse la bouche toute fraîche. Une mondeuse 2004 en demi-corps et en délicatesse, orchestrée autour d'une trame de tannins classe, que l'on aurait expédié direct au nord de la vallée du Rhône à l'aveugle. Un chignin bergeron 2005 libre et changeant, à la bouche délicate et racée, aux notes tour à tour toastées, abricotées, levurées, florales et on en passe. Gilles Berlioz, il cherche l'harmonie entre son coin de terre, sa famille et ses raisins. Et il la trouve. (Chignin, 06 07 13 48 17)

 

  • 2 / Adieux chez Raymond

Après ça, on est allé voir Raymond Quénard, 76 ans et quelques décennies de boulot dans les vignes, pour lui acheter son dernier millésime de Chignin Bergeron. Soit le 2005. C'est désormais le fiston qui travaillera l'intégralité des vignes. Voilà l'un des plus beaux blancs du coin. Parfumé d'abricot, de coing et d'eau-de-vie, gras comme un moine, vif comme une nonnette. Adieu Raymond, on t'adore.

  • 3 / Coopération chez Maillet

Sur la photo des deux vendangeurs tout là-haut, celui qui a enlevé le haut, c'est Jacques Maillet, viticulteur biodynamqiue à Chautagne et coopérateur à la cave éponyme. Cave qui lui a réservé sa propre cuve, dont il a tiré pour la première fois en 2004 son vin à lui, nommé Autrement. C'est un assemblage pinot-gamay-mondeuse ("comme faisaient les anciens") qui se la joue d'abord pépère et gouleyant, mais se révèle bien plus profond une fois oxygéné. On rêve de se siffler des rouges savoyards de cette trempe-là tous les soirs, en regardant le crépuscule s'installer sur le Lac du Bourget. (Serrières en Chautagne, 04 79 63 74 56.)

  • 4 /  Ambiance de Noël

 

On ne va pas retartiner sur les talents de Noël Dupasquier, qui est un vigneron humble, intègre et génial qui, année après année, produit sur le coteau de Marestel à Jongieux les plus belles altesses de l'arc alpin. L'altesse, c'est le nom du cépage de l'AOC Roussette de Savoie. Maints blogueurs ont ça et déjà épilogué sur ces belles bouteilles.
Noël a la pupille vive et le sourire en coin. Il nous débouche une Roussette de 1988, qui pète la forme et le terroir. Dehors son épouse et sa fille pouponnent le petit-fils. Le soleil d'automne risque un rayon dans le caveau. On replonge son nez dans l'altesse de Marestel 2004, non encore en vente, à la minéralité éclatante et aux mille parfums exotiques, telluriques et floraux. Et on se dit: sluuuuurp. 

 

  • 3 / Voir  Jongieux et mourir

Ce coin de Savoie, épargné par les noeuds autoroutiers, les remontées mécaniques et les supermarchés braillards, exhale une douceur champêtre qui fait chavirer le citadin en goguette. Surtout le matin quand, là en bas, le brouillard se pelotonne sur le cours indolent du Rhône. Surtout le soir quand, là en haut, le soleil couchant lape gentiment les vignes les plus perchées. Arghhh, faite le taire!
Bref. Il y a à Jongieux, outre Dupasquier, deux trois caves recommandables, dont celle du Prieuré. Plus une adorable auberge (Les Morainières) aux ambitions gastro et aux tarifs câlins (déjà louée par Olif, Mercotte et la Pipette).Sans oublier des charmantes chambres d'hôtes à cinq petits kilomètres (Le Passé Simple à St Pierre de Curtille, 04 79 52 20 66), où l'on pionce comme un nouveau né, les orteils en éventails et l'âme placide.

 

Adios, la gente

PS: Le lendemain, dans un resto gastro de Chamonix naguère immense et désormais culinairement barbant, on a goûté les fabuleuses mondeuses des Fils de Charles Trosset qui, elles aussi, figurent au rang des sept merveilles des Alpes. Et puis aussi la prometteuse mondeuse du Domaine St Germain à Fréterive. Oui, monsieur, la Savoie viticole pétille.

Commentaires

15 réponses à “Torrent d’ivresses savoyardes”
mamina dit:
3 octobre 2006 à 9:22
Monsieur
amina ne les connaît pas tous, je pense qu’il va dévorer ce billet avec attention.

Gracianne dit:
3 octobre 2006 à 9:32
Adios Estebe, et merci pour cette lyrique evocation des vins et paysage de Savoie. J’ai passe de nombreuses vacances enfant a Seyssel sur le Rhone, et j’ai ete un peu elevee a la Roussette.

Ronchon dit:
3 octobre 2006 à 9:51
Cher Môssieu Estèbe,
Présentation impeccable des meilleures bouteilles de Savoie.
Aurait-on pu ajouter celles de Michel Grisard à Fréterive ?

On essaiera aussi les chocolats d’Arbois.
Merci et “bonne continuation”

Estèbe dit:
3 octobre 2006 à 10:09
Oui Ronchon, Grisard est grand, et surtout le talentueux précurseur de la mondeuse considérée comme un cépage noble. On en cause pas assez de cet homme-là, probablement à cause de quelques millésimes récents plus ou moins infructueux chez lui (problèmes de vignes semble-t-il).
Seul problème: Grisard pratique des tarifs statosphériques dans un vignoble aux prix (encore) tout doux.. Malgré tout, j’ai essayé de prendre RDV avec lui, sans succès. Sans doute vendangeait-t-il.

Monsieur mamina dit:
3 octobre 2006 à 11:22
Que si, que si, que monsieur mamina il les connaît tous, et Grisard aussi, mais il ne les a pas tous en cave; car monsieur mamina n’achète pas ce qu’il veut! mamina l’en empêche….dur, dur….

Chez Grisard,accueuil charmant…

Estèbe dit:
3 octobre 2006 à 11:24
Chouette: enfin de vraies révélations sur les différents économiques des époux Mamina.

mercotte dit:
3 octobre 2006 à 11:41
T’es sûr que c’est Gilles? ben je ne le reconnais pas et pourtant , je le connais bien moi !! son vin aussi d’ailleurs et la famille…..t’étais pas loin de chez moi, tu aurais pu venir voler un macaron !

Estèbe dit:
3 octobre 2006 à 11:50
Ben oui, c’est Gilles, sur son petit tracteur. J’ai pas osé. La prochaine fois.

olif dit:
3 octobre 2006 à 14:21
Faisait-il donc grand beau temps ce jour-là sur le vignoble savoyard? Mr Slurp a des alliés chez Météo Suisse, on dirait, pour se pavaner sous un ciel aussi bleu que l’étiquette d’Autrement! Entre parenthèses une bien jolie bouteille, ma foi, goûtée l’autre soir aux Jardins de Saint-Vincent.

Le petit Macaron chez Mercotte pour la route, cela aurait pu être le gâteau sous la cerise de l’expédition savoyarde, mais peut-être était-il complètement repu, notre Estèbe?

Estèbe dit:
3 octobre 2006 à 14:31
Oui, trop de ciel bleu, ça vous nourrit un homme.

mercotte dit:
3 octobre 2006 à 17:41
Ah sur le petit tracteur d’accord , je croyais le moustachu en haut !

bruno carroy dit:
3 octobre 2006 à 18:52
Ca donne envie d’aller y faire un tour, c’est vraiment un vignoble que je connais peu… C’est quel genre le passé simple ?

Estèbe dit:
3 octobre 2006 à 19:10
C’est plus que parfait.

mamina dit:
4 octobre 2006 à 10:38
Je rajoute un petit mot aujourd’hui pour dire que Monsieur Mamina nous fait le complexe de Calimero, il n’est pas vraiment à plaindre et puis en principe, il fait ce qu’il veut… pour le vin comme pour le reste!
Arvi disait mon grand-père.

LOULOU dit:
4 octobre 2006 à 11:20
trops dur la p’tite escapade, vraiment on vous plaind !!!!!

Écrit par : Divers | 03/04/2007

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