16/04/2007

Bafouille amoureuse pour les vins de la montagne

Coucou

 

Comme chaque année en cette période, l'immense majorité des forces œnologiques mondiales ont le gosier braqué sur la Gironde. Car en avril se dégustent les grands bordeaux primeurs. Ceux qu'on pourra se payer avant mise en bouteille, à tarifs un brin moins stratosphériques qu'ensuite, quoique parfois bien obscènes quand même. Bref, blogueurs, journalistes et exégètes de tout poil vont nous noircir du papier un bon mois durant sur des domaines déjà glorieux, qui n'ont du reste nul besoin de cette surexposition frénétique pour vendre leurs jus dispendieux. La grande ellipse annuelle a démarré.

Et comme chez Top Slurp, on est un brin fâché avec les seigneurs d'Aquitaine, on va vous chanter les louanges des vins montagnards. Les vins qui voient le jour loin de l'estuaire de la Garonne, sur des coteaux autrement plus pentus que les maigres mamelons médocains. C'est qu'en prenant de la bouteille (si j'ose), on est gentiment devenu maboul du triangle Savoie-Valais-Jura. Triangle magique, d'où jaillissent quelques-uns des breuvages les plus racés, les plus typés, fiers et ciselés du système solaire.

Et pourquoi, svp? Pour trois raisons. Attention, démonstration.
Primo, à cause des cépages autochtones, adaptés et domptés, qui goûtent comme nuls autres. Soit, en Valais, la petite arvine, les deux humagnes ou le cornalin; en Savoie, la mondeuse, l'altesse ou la roussette; et dans le Jura l'épatant savagnin, le trousseau et le poulsard.
Deuzio, à cause de l'altitude et du climat, bien sûr, où les amplitudes thermiques entre jours et nuits enfantent fraîcheur cinglante et caractère bien trempé, particulièrement depuis que le réchauffement garantit quasi un raisin mûr chaque année.
Tertio, à cause de l'obstination et du relatif isolement des producteurs locaux, des vraies têtes de mules, qui contre modes et Parker, se sont entêtés à faire le vin dont ils rêvaient. Qui ressemble à leur coin de terre. Qui illuminent nos apéros et subliment nos scrountchs.

 

Evidemment, ces vins-là exigent un petit apprentissage. Il faut ainsi apprivoiser la salinité de l'arvine, la minéralité de l'humagne, l'extravagante singularité du savagnin non ouillé ou la rudesse de la mondeuse. Mais quelques petits préliminaires plus tard, c'est le 14 juillet, le 1er août, la fête au village, la nouba des papilles.

 

On a déjà causé cent fois ici des producteurs qui nous éblouissent. Ces Tissot, Magnin, Puffeney, Joris, Zufferey, Darioli, Mercier, Dupasquier, Trosset, Rolet, Labet, Macle et autres héros des cimes (liste complète et circonstanciée contre enveloppe timbrée). Eux font exister le vin de terroir et d'histoire; le vin d'espoir; le vin du grand soir.
Sous les pavés bordelais, la plage montagnarde!

Bon, avant de sombrer dans le pathos révolutionnaire de PMU (trop tard sans doute), on va peut-être rendre l'antenne. 

Tchou, les gens

 

Commentaires

Mon cher Estèbe,

Je suis certain que vous serez admiratif de ma bravitude lorsque vous saurez qu'il y a 2 ans j'ai prêché la bonne parole ici même, dans le sanctuaire des grands crus, en concoctant un atelier visant à montrer la parfaite supériorité des vins du Domaine de la Tournelle et de Frédéric Lornet sur les Bordeaux rouges pour accompagner la sublime cuisine sichuanaise de Tommy et Andy Shan. Et vous savez quoi ? Nous avons fait salle (presque) comble.

En matière de vins du bord du Lac, connais-tu Gilles Wannaz à Chenaux ?

Écrit par : Patrick | 17/04/2007

Alors là, c'est trop beau, j'ai sorti mon mouchoir. Une Love Story pareille, ça vous stigmatise à perpète les glandes lacrymales! Mon bon Estèbe, vous mériteriez la canonisation! Dans tous les sens du terme. Permettez-moi donc de vous appeler Saint-Estèbe et de boire un canon à votre santé ce midi.

Écrit par : olif | 17/04/2007

Bravo pour votre bravitude, cher Pat. Non, je ne connais pas les vins pas nazes de ce Wannaz, je me renseignerai.
Merci pour la canonisation, dear Olif. Tiens je vais même vous offrir un château, on pourrait l'appeler Olivier. A Léognan, par exemple, ça vous branche?

Écrit par : Estèbe | 17/04/2007

la liste complète m'intéresse fortement.... ;-) je me réjouis de voir si certains vignerons à la renomée moindre mais à la qualité impressionnante sont connus a l'autre bout du lac...

amitiés

Écrit par : dams | 17/04/2007

Euh, mr Dams... vous voulez causer de qui au juste?

Écrit par : Estèbe | 17/04/2007

De Mabillard-Fuchs, Jacques et Lucie Clavien, Simon Favre, Jean Claude Favre entre autres, ainsi que plein de petits producteurs de qualité, n'ayant pas la renomée médiatique de certains vignerons valaisans.

je tiens bien entendu la liste a disposition, moi aussi contre enveloppe timbrée.... lol

Écrit par : dams | 17/04/2007

Bien bien, ca fait de bien de venir se rafraichir par ici, pis c'est monstre interessant en plus. Dis, tu n'organises pas des soirées dégustation par hasard ??? Merci pour ce joli billet qui me donne déjà envie de descendre dans ma cave....normal ca a 13h00 ?

A+
Claude

Écrit par : Claude-Olivier | 17/04/2007

Etant moi même un peu fâchée avec les Princes d'Aquitaine, je me délecte de vos Princes des montagnes que je ne peux pas renier pour ceux que je connais. Nous avions bien il ya quelque temps parlé ensemble de Puffeney Président, non?
Je ne demande qu'à connaître les autres... Dupasquier, entre autres, sera sans doute sur le chemin de mes vacances!

Écrit par : mamina | 17/04/2007

L'un n'empêche pas l'autre... Au sortir des dégustations officielles et off des Grands et moins grands Crus bordelais, j'm'ai tapé un ch'tit savagnin de l'ami Tissot ! Et puis, avec des vignerons bordelais, j'ai dégusté des vins "de montagne", et pas celle de St Emilion. Finalement, à part le côté "foire internationale" y a pas beaucoup de différence. Quand c'est bon et authentique, c'est mieux que quand c'est mauvais et banalisé.

Écrit par : Baraou | 17/04/2007

Lolo, votre voix est celle de la Raision. Pondérée, raisonable et juste. On s'incline. Et puis nous aussi on aime certains vignerons imatriculés 33.

Écrit par : Estèbe | 17/04/2007

Votre colère anti-girondine me semble relever du traumatisme enfantin. Voyons... quand vous étiez petit, le facteur était-il du Médoc?

Écrit par : Robert | 18/04/2007

Ta photo m'est familière.
Elle ressemble à s'y méprendre à celle d'un petit verre d'amigne dégusté à Verbier il y a peu. Mais la tienne est plus jolie ! ^___^
Du fameux triangle, je ne connais que le Valais pour l'instant, et je confirme les choix de Dams ; )

Écrit par : San | 19/04/2007

Si tu savais comme tu me donnes envie! Je râle, je piaffe, marre de la SAQ!!!! (Société des Alcools du Québec, mafia moderne de contrôle des papilles). Je veux rentrer en Allemagne, bouhouhou......

Écrit par : renardgourmande | 19/04/2007

Très bon article, merci pour vos idées, et je suis complètement d'accord ! Permettez-moi d'insister, oui votre blog est vraiment bien bon, je pensais à ça en plus l'autre jour ! Vivement la suite !

Écrit par : turf | 02/06/2010

Les commentaires sont fermés.