10/05/2007

Homard m’a tué (avec sa crème aux petits légumes croquants)

Bonjour, les gens

 

 

Promis. Juré. Craché. On ne causera plus politique sur ce blog. Plus un mot sur la Joconde du Poitou, ni sur Nic la Gachette. On revient en cuisine. On renoue le tablier autour de nos hanches fines mais musclées. On sort les marmites et les poêlons, en oubliant ces satanés 47%. Pour quoi faire? Ben, un plat hors de prix, qui nous a gentiment grignotés la moitié de l’héritage de Tante Hortense. Heureusement que Billy the Kid va abolir les droits de successions.
Bref. Comme vous l’avez sans doute remarqué, le luxe tapageur et un rien vulgos est à la mode ces temps-ci, et comme le yacht de notre pote à Malte était occupé, ben, on s’est dit qu’on allait manger du homard. Sacrée affaire. Car, c’est de notoriété culinaire publique, le homard se poche vivant. Estourbi longtemps au préalable, l’animal perd sa jutosité et sa délicatesse. Voilà d’ailleurs la raison qui nous a si longtemps retenus d'investir dans le phénomène. Devoir mettre à mort une bestiole au look préhistorique, qui nous lance des regards furax en agitant ses énormes pinces sarkoziennes, ça donne envie de pâtes à la tomate. Mais bon, pour des homards au court-bouillon et leur crème aux légumes croquants, on a relevé les manches et ravalé nos terreurs enfantines.

 

A vrai dire, le cauchemar a démarré au magasin. «J’ai la phobie des homards», gémit le jeune employé de la poissonnerie, total paniqué, alors qu’un gros crustacé vindicatif s’attaque à son éprouvette à grand coup de pinces. L’eau éclabousse la clientèle. Le pauvre garçon manque de tomber dans l’aquarium. Mais finit quand même, blanc comme un linge, à caser deux monstres dans un sac. L’addition? Indécente. Le prix d’une île flottante au Fouquet’s.
Rentré à la maison, il a fallu expédier le tandem hargneux dans le bas du frigo, sur un torchon humide. Sueur et effroi. Gigotez mes cocos, on verra bien tout à l’heure. Ouf.

 

1/Pour la crème. Pelez et détaillez en brunoise un poivron rouge et deux brins de céleri branche. Faites fondre doucement dans un peu de beurre. Sel, poivre. Quand les chairs s’abandonnent tout en restant fermes. Virez les légumes. Dans la même poêle, on fera chauffer doucement deux décis de crème, relevé de sel, poivre et d’une pincée de piment doux fumé espagnol (qu’on aime beaucoup pour son goût mais surtout pour sa boîte pop), crème qu’on émulsionnera, avant le service, avec la machine à vroumvroum, avant d’y réintégrer les légumes.

 


2/Pour le court-bouillon. Remplissez au trois-quarts d’eau un récipient assez grand pour contenir les homards. Ou dégainez deux grosses marmites. Ou trois. Salez généreusement, poivrez, ajoutez deux échalotes entières mais pelées, deux carottes en morceaux, plus un bouquet garni fait maison: du thym, un clou de girofle, un brin de céleri branche, du persil, le tout ficelé entre deux feuilles de poireau. On fait glouglouter gentiment, à couvert, son court-bouillon un petit moment. Avant le moment fatidique.


3/La cuisson. Une recette normale vous dirait un truc de ce genre: «plongez les homards vivants dans le court-bouillon pour 9 minutes.» Hi, hi. Pas si simple. Vous et moi, au moment de plonger, réunissons nos deux mains devant le nez. Et plouf, Simone. Le homard, créature sans jugeote et peu aimable, fait le contraire. Il écarte les pinces, façon Jésus sur la Croix. Affolé par ce manque de coopération, on a dû appeler à la rescousse une des convives, vétérinaire dans le civil (toujours utile une véto à table), qui s’est emparé des bestioles remuantes avec maîtrise et sang-froid. Merci Madame. Neuf minutes donc, à petits bouillonnements. Ils se calment assez vite.


4/Le décorticage. Epouvantable. «C’est comme les gambas», avait assuré le poissonnier. Oui mais des gambas mutantes en titane. On s’y est mis à trois, avec un grand couteau, des ciseaux à volaille, un petit marteau, un grand marteau, un casse-noix, des jurons et tout et tout. Du genre les Rapetous sur un coffre-fort. Au final, notre plat de service ressemblait à Stalingrad après la bataille. Voire au PS au soir du deuxième tour.

 

Mais, vous savez quoi? C’était monstrueusement slurp. Fin, juteux et spirituel. Oui, tout ça.
Le jour suivant, on a mangé du surimi.

Adios, les aminches

 

PS: Avec ça, on s'est siffloté un Vouvray effervescent de chez Foreau, vin complexe et tintinnabulant, qui doit donner des boutons à la moitié de la Champagne.

Commentaires

Etant à malte pour quelques jours je profite de la super connection satélitaire pour vous faire deux remarques acerbes mon cher ami...
1- si votre poissonnier utilise une eprouvette on comprend qu'il panique un peu l'gars
2- perso avant de les sacrifier les p'tits bebetes on leur libère les pinces ça evite de donner un leger gout de caoutchouc au court bouillon.....
et par pitié arreter de calomnier not' nouveau "grand" tom...ou je vais devoir supprimer notre lientation....(les zommes en noir sont deja passés hier soir pour nous mettre en garde sur nos vilaines frquentations)
heil !

Écrit par : loulou | 10/05/2007

Oups, éprouvette, c'était un écart de langage. Est-ce que super chinois, ou écumoire bionique vous irez mieux?
Non pas de goût de plastoc dans le court-bouillon. Car, en plus, il aurait fallu se faire arracher les mains au moment du plongeon? Et puis quoi encore?
Euh, Dame Loulou, vous êtes seule à Malte, ou avec le collectif louloutien à barbe?

Écrit par : Estebe | 10/05/2007

Tu as raison, c'est pas poli de parler politique a table. Du surimi, tu veux donne de l'urticaire a Patrick CdM?

Écrit par : gracianne | 10/05/2007

N'ayant point encore touché d'héritage de tante Hortense, je remets la préparation de cette recette à plus tard (mais elle ne perd rien pour attendre !).

Écrit par : Calamity | 10/05/2007

ha ha ha... J'adore l'image du plongeon de homard...
Hormis le prix, je sais dorénavant que je ne cuisinerait jamais de ce bestiau : j'aime pas me battre avec la nourriture ;)
Je vais attendre la totalité de claquer la totalité de l'héritage de Tante Hortense dans un resto "de sorte" spécialisé dans les bêtes à pinces.
Mais de là à manger du surimi... brrrbbbrbrrrrr....

Écrit par : tablissimo | 10/05/2007

Pour le surimi, que ça soit clair pour tout le monde, c'était juste pour faire l'idiot. C'est pas vraiment le genre de McSlurp.

Écrit par : Estebe | 10/05/2007

Quand tu renoues ton tablier, je reviens... surtout pour un homard. Comme dimanche, nous avions quelque chose a fêter (mon annikversaire en l'occurence), ma fille m'a fait un petit homard qui ne pa pas tuée mais enchanté les papilles surtout accompagné d'un puligny Montrachet 97 des Comtes Lafon... je ne te dis que ça!

Écrit par : mamina | 10/05/2007

Et pas n'importe quelle recette pour fêter l'événement ou se consoler c'est selon. Ces p'tites bêtes là je ne fais pas de court bouillon, juste de l'eau bouillante bien salée. Tu comptes 9mn à partir du retour de l'ébullition ou du plongeon fatidique?
Pour le surimi personne ne te croira
Anne

Écrit par : Cuisine à Chambiers | 10/05/2007

je trouve que tu le cuis bp trop longtemps ton homard mon cher Estèbe, en général 6mn c'est le max pour moi ...mais tu es pardonné, en plus si tu laisses les élastiques des pinces y a pas de souci...y sont sages ! peut être n'avais-tu pas une assez grande marmitte !!! en tout cas tu m'as bien fait rire c'est le principal.....j'adore la boîte de piment espagnol tiens !

Écrit par : mercotte | 10/05/2007

Mercotte, les 9 mn (à partir du plongeon, Anne, pas de la ré-ébullition) c'est moins que la littérature et le poissonier ne le suggéraient: ça m'a paru nickel.

Écrit par : Estebe | 10/05/2007

Arrétez de vous chamailler pour deux minutes, tout dépend du volume, de la qualité, de la chaleur de l'eau, et de la grosseur du homard. Nous on le fait toujours sur la braise (et il est toujours trop cuit!).
On aimait bien quand tu jouais au persifleur politico-gastrique, Estèbe.

Écrit par : Robert | 10/05/2007

qu'il tendance votre plat, me donnerait envie d'avoir le compte en banque d'un président. moa, j'ai toujours connu le homard coupé en deux, vivant, au grand couteau et saisi au four... j'suis pas sûre d'arriver à négocier avec le padre breton une autre version, et comme des deux, c'est lui qui a le compte en banque.. on va essayer de le travailler au corps...j'oubliais, du pur bonheur quand vous parlez

Écrit par : alhya | 10/05/2007

Alhya a raison, coupé vivant en 2 et au grill, une larme de goutte, un petit beurre fondu et slurp enfin c'était avant maintenant je ne peux plus couper mon prochain en deux!
Anne

Écrit par : Cuisine à Chambiers | 10/05/2007

Oh mais non, vous n'allez pas arrêter de parler politique sur ce blog quand même !!!. Vous êtes le seul à me faire autant rire en ces temps difficiles. Les chansonniers et autres comiques sont devenus rares ou sans histoire sur notre territoire. J'ai d'ailleurs aussi appris en visitant régulièrement votre blog quelques coutumes suisses totalement inconnues ici (commentaires de l'article précédent).

Figurez vous que ce midi, à mon menu, j'avais du homard et j'étais fort heureuse de ne pas avoir eu à le préparer moi même. La tâche me serait impossible. Oui, on dirait que c'est la saison. Est-ce les eaux de Malte qui nous inspirent ? Un regain de solidarité peut-être !

Écrit par : Eglantine | 10/05/2007

Du grand Estebe cet article ! Rien de tel qu'un petit coup de nerf pour dynamiser le verbe. C'est vrai qu'il a fait fort le petit Nicolas avec la trilogie fouquets - palace - yacht... Il aurait pu prévenir que c'était le retour de la monarchie et de ses privilèges qui constituait sa rupture...

Écrit par : Colibri | 10/05/2007

Je suis aussi peureuse que gourmande et je refuse, à la façon Chambiers, de couper mon prochain en 2 ou même de le plonger dans l'eau bouillante. J'attends donc toujours une invitation de la part de nouveaux héritiers

Écrit par : renardgourmande | 10/05/2007

La campagne de dénigrement du surimi porte ses fruits, j'en suis bien aise... mais j'ai bien vu que c'était pour déconner! Le homard, il faut lui pocher la tête avant la queue, laquelle cuit plus vite que les pinces, il faut pour cela l'attacher de la façon que j'ai montrée naguère.

Écrit par : Patrick CdM | 11/05/2007

Oui chef

Écrit par : Estebe | 11/05/2007

Un grand crime pour du grand Art !

Écrit par : Tit' | 11/05/2007

Y a moins cher que le homard, et top slupors: les écrevisses! Y en a plein la Vis (rivière cénevole), elles sont vertes, et pour les faire rougir, on fait comme pour le homard. On les met à la queue leu leu devant la casserole d'eau bouillante, et hop Gisèle, zou Simone, ziva Josi! Au bout de 3 minutes, dehors les filles. On les décortique (aussi fastoche qu'une crevette n°3) et on les avale en méditant à la pensée de l'écrevisse : «Mon dernier bain était un peu chaud».

Écrit par : scoopette | 14/05/2007

Top alléchante, vos histoires d'écrevisses. Mais faut-il aller en stop dans les Cévennes pour se les slurper? Ou viennent-elles à nous?

Écrit par : Estèbe | 14/05/2007

Faut prendre la Nationale 7, en sortir à la hauteur d'Uzès et virer à gauche (sur la route j'entends, car j'ai cru comprendre qu'on n'a plus le droit de parler de politique alors j'arrête tout de suite mais tout de même élire un nain c'est nul) vers Saint-Hippolyte du Fort, donc, et là go to Ganja (Ganges pour les non fumeurs), prendre le pont à gauche sur le giratoire après le Super U, rouler direction cirque de Navacelles, repérer panneau à gauche avec «Truites et Ecrevisses». C'est là.

Écrit par : scoopette | 14/05/2007

Sacrée Bisonne fûtée: à gauche après le Super U: OK! Je mets mes santiags et mon kilt et je fonce.

Écrit par : Estèbe | 14/05/2007

Faites tout de même gaffe avec votre équipement de kao boille : Joe Dalton pourrait être jaloux, et quand Joe Dalton est fâché, il vide la rivière pour remplir ses karcher. Moi j'y tiens à la Vis. Merci d'avance Esteboy!

Écrit par : scoopette | 14/05/2007

Bon, maintenant que j'ai compris comment on met un commentaire, je suis déjà fatigué.
Cela pour dire que j'ai fait tout comme indiqué, avec caout-d'choux n'en déplaise à d'aucuns et que ça a bien émulsionné, l'affaire. Slave étant, je comprends pas ces questions de décortiquage. J'ai attaqué au couteau. Nibe. J'ai suivi au casse noix. Que pouic. Est venu le marteau. Qu'dalle. En panne d'armes (Fiat), j'ai sorti les ciseaux. Il suffit de les enfiler précautionneusement et on fait du boulot de dentelière. Miracle. Viva el scissors.
Et cétait diable bon.

Écrit par : sixsorts | 03/01/2008

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