29/06/2007

Vendredis du Vin # 4: le voile plageolistique

Youp!

 

 

 

 


Pour ceux qui seraient imprudemment partis à la piscine pendant les épisodes précédents, les Vendredis du Vin, c’est les œnophiles de la blogosphère, ligués dans un sublime effort collectif, qui dégainent, simultanément le dernier vendredi du mois, leur petit récit de dégustation sur un thème fixé par le Maître du Jeu. Et comme ce coup-ci le Maître du jeu est jurassien (et débonnaire), on a eu droit au vin oxydatif comme figure imposée. On s’y attendait, remarquez.

 Mais il y avait un piège. Soit confondre les vins oxydatifs (château chalon, Xérès, etc.), breuvages sublimes longuement élevés sous voile, et le vin oxydé (le vieux chardo australien et naze oublié trois semaines dans ton frigo). Sacrée embrouille. Mais chez les Slurp, on a su éviter le croche-pinard. Et on a débouché le Vin de Voile 1997 des Plageoles père et fils, du Domaine de Trés Cantous, Cahuzac-sur-Vère, Gaillac, deep in the south-west of France. Un vin issu de mauzac roux, (bien) élevé sept longues années qui, sans rivaliser avec les grands jaunes jurassiens, peut amener quelques frissons aux amateurs d'ivresses oxydatives.


Une fois, Plageoles père, avec qui on dégustait tranquillou le millésime 1992 dudit cru, nous avait raconté ceci: «Naguère dans le Gaillacois, la plupart des producteurs faisaient ce type de vin de manière empirique, simplement parce qu’ils avaient remarqué que le mauzac non ouillé ne s’oxydait pas, mais développait un voile.» Voilà donc un témoignage historique en bouteille. Qu’est qu’il raconte?

1er jour. Il sent bon et fort, la pomme verte et la noix fraîche. Mais la bouche, massive et quasi graisseuse, manque un brin de mystère et de nerf. Beaucoup d’alcool. Hips. On rebouche. On verra demain.
2e jour. Tiens, le nez se complique, avec des nuances de williamine, d’écorce de bois sec et on ne sait trop quoi encore. La bouche, toujours aussi puissante, s’est allongée durant la nuit et paraît plus fraîche. Tu y crois à ça?
3e Jour. Le nez reste très causant et plaisant. Après une attaque en douceur, la bouche conserve sa robustesse, mais emmène nos papilles dans une balade haletante, qui s’achève sur une explosion résinée. Défrisant.
4e jour. La bouteille est vide. Faut pas exagérer non plus.

Adiu!

28/06/2007

La jolie salade céleri-patates à la Robubu

Bien le bonjour, les aminches 

 

 

 

Il y avait une chouette émission culturelle l’aprème sur France-Inter, La Bande à Bonnaud, au ton libre et drôle (entendez de gauche et irrespectueux). Or, ils viennent de la sabrer (notez l’emploi parano du «ils»). Plus de Bonnaud à la rentrée. D’aucuns voient là l’aube d’une grosse purge destinée à rendre les programmes du service public sarko-compatibles. Et d’aucuns ont probablement raison. Demain ne rigole pas.
On s’est remonté le moral, qu'était descendu dans les catacombes du désespoir citoyen, en tambouillant cette salade de céleri branche, pommes de terre et lanières de jambon, mariage classique et jubilatoire, inspiré d’une recette de ce bon Robuchon.

Pour trois cavités buccales et adultes à nourrir (et dieu sait que ce truc-là nourrit):

Pelez à mort six branches de céleri (manière de virer 98% de filaments), détailler en tous petits dés. Arrosez d’un bon gros filet de citron, salez, poivrez.

Faites cuire à la vapeur huit patates nouvelles. Faites refroidir, pelez, coupez en tranches. Puis humectez de deux cuillères à café de vinaigre de vin, fleur de sel, poivre.

Détaillez en fines lanières le talon d’un jambon cru. Et puis émincez une branche d’oignon frais tant que vous y êtes.

Dans un bol, touillez avec vigueur une cuillère à soupe de crème, une cuillère à café d’huile d’olive, trois brin de persil haché, sel et poivre. Vloutch, vloutch.


Brassez avec délicatesse patates, oignon, dés de céleri et crème. Coiffez avec le jambon et du persil haché.


Voilà. Fastoche. Roots. Et slurp.
A taaaaable Germaine!


Et à demain, qui devrait être un autre jour si l'on en croit un vieux dicton con

 

26/06/2007

Les pétales de cabillaud alanguis sur leur matelas de lentilles

Salut les copines

 

 

On aurait pu appeler ça «Verrines de pétales de cabillaud à l’aneth et lentilles vertes, avec leur crème au citron confit et wasabi». C’est précis. C’est classe. Mais ça manque un peu de mystère.
On aurait pu appeler ça «Noir et blanc terre-mer à l’émulsion exotique». Evocateur, mais un poil flou et urf. Ton émulsion exotique, tu peux te la…
On aurait pu appeler ça «Poisson et lentilles dans un verre à whisky avec une crème qui pique par-dessus.» Sympa, popu, leste, mais un rien dénigrant pour un plat qui a exigé six heures de gamberge intense.
On aurait pu appeler ça «fusée de morue fraîche et petites vertes du cru sous sa coiffe crémeuse». Drôle et cosmique. Mais on capte pas vraiment le rapport entre le cabillaud et Tintin sur la lune.
Bref, débrouillez-vous.
Pour réaliser trois verres de ce machin, il vous faut dans le cabas :
- un filet dodu de cabillaud de 250 gr
- du wasabi
- un rien de gingembre frais
- un bouquet d’aneth (et non pas d’Annette)
- de la crème épaisse et de la crème liquide
- deux citrons confits
- 130 gr de lentilles vertes, pourquoi pas celles de Sauverny
- une carotte, oui une seule, c’est ridicule, mais c’est comme ça
- un CAP de plombier zingueur
- de l’oignon frais, de l’ail, du tonus
- une bonne demi-heure devant vous


Pour les lentilles. Rincez-les à l’eau claire, expédiez une vingtaine de minutes dans une casserole pleine d’eau frémissante, avec deux gousses d’ail entières, deux échalotes entières, la carotte taillée en mini dés et deux clous de girofle. Une fois les lentilles cuites, mais croquantes, virez l’ail, l’oignon et les clous de girofle (si vous y arrivez). Gardez un déci de l’eau de cuisson. Dans la même casserole, faites fondre quelques rondelles d’oignon frais dans un peu de beurre, ajoutez les lentilles, deux cuillères de crème liquide et un peu d’eau de cuisson. Assaisonnez avec véhémence. Gardez au chaud.

 

Pour la crème. Hachez deux citrons confits et l’équivalent d’une cuillère à café de gingembre, mélanger à deux cuillères à soupe de crème épaisse et un poil de wasabi (poil de wasabi? Oui, poil de wasabi), salez, et battez à la petite cuillère avec l’énergie d’un ministre sazkoziste partant au front. Goûtez. Faut que ça picote gentiment.

 

Pour le cabillaud. Dans le panier vapeur, disposez amoureusement le filet sur un lit d’aneth. Faire cuire à la vapeur pépère une dizaine de minutes, jusqu’à ce que les corolles du poisson s’écarquillent. Effilochez doucement, en veillant à ne pas me briser les pétales. Salez à la fleur de sel, poivrez mollo, et citronnez prudemment.

 

Acte final. Remplissez la moitié d’une verrine, ou d’un verre, ou d’un gobelet en plastic, ou d’une chope de bière, ou d’un godet à dent, ou d’une flûte en cristal, euh… remplissez à moitié de lentilles. Puis ajoutez le cabillaud. Puis la crème préalablement travaillée avec deux petites cuillères façon quenelle. Coiffez d’un rien d’aneth ciselé.

Et servez en chantonnant, pourquoi pas, d'une voix mâle et mélodieuse un vieux hit de Julio Essuie-Glaces.
«Et tou non plou tou na pas changé…» 

 

 

 

 

A bientôt. Et vivement bientôt.

25/06/2007

Patrick Chazallet reçoit l'asile tabagique

Yeap,

Patrik Chazallet, gourmet bordelais notoire, est aussi un passionné de cigares. Or la loi française a la fumée en travers de la gorge. Le blogueur barbu aimerait bien causer havanes sur son blog. Mais il craint pour sa sécurité et celle de sa famille. Il nous a donc demandé l'asile, non pas fiscal (Patou n'est pas Johnny), mais tabagique. Asile qui, après examen circonstancié du dossier, lui a été accordé.

Chez Chazallet, donc, à vous l'antenne:

 

"Jérôme a l’extrême gentillesse de m’héberger le temps de vous narrer ma soirée du samedi 16 juin 2007. Je ne le fais pas sur mon blog parce qu’en France, contrairement à la Suisse, fumer tue. Et pour être plus sûr que cette sentence soit vraie, « l’Association pour le droit des non-fumeurs » rôde sur Internet et assigne en justice tous ceux qui affirment leur plaisir de partager un bon cigare et qui prétendent que c’est bon pour leur mental, leurs papilles et la convivialité. Cette association réclame des dommages et intérêts faramineux qui ruinent les clubs, les associations, voire les revues – faisant fi de la liberté de la presse -  auxquels elle s’attaque. Je vais donc ajouter au délit d’apprécier les havanes une grande lâcheté en publiant à l’étranger de façon anonyme.
A l’appel de la revue Cigare & Sensations, nous étions 250 délinquants dans une ancienne fonderie d’une obscure banlieue parisienne, pour célébrer non seulement le cigare, mais aussi le cochon de lait à la broche, le vin (circonstance aggravante) et l’Armagnac (allez, au trou tout le monde !). Les organisateurs avaient joué la discrétion de rigueur avec un orchestre latino qu’on a entendu jusqu’à 3 heures du mat’ à 300 m à la ronde.



A l’entrée, nous recevions 7 cigares, une boîte d’allumettes et le programme. Que voici :
         Bolivar Tubos n° 3 (cubain)
         Bolivar Tubos n° 1 (cubain)
         Bolivar Libertador (cubain)
         Quai d’Orsay panatelas (cubain)
         Vega Fina coronitas (dominicain)
         Flor de Copan robusto linea puros (hondurien)
         Belrive churchill 3X3 tubos (dominicain)
         Champagne Deutz Brut
         Tariquet “ugni blanc / colombard” 2006
         Tariquet “Côté Tariquet 2006”
Tariquet “Les 4” 2004
         Rasteau VDN « Doré et Rouge » Cave de Rasteau
         Bourgogne Grand Ordinaire Domaine Prieuré Roch 2005
         Rasteau Côtes du Rhône Villages « Tradition » Cave de Rasteau 2003
         Rasteau Côtes du Rhône Villages « Les Hauts du Village » Cave de Rasteau 2003
         Tariquet « Dernières Grives » 2005
         Rasteau VDN « Signature » Cave de Rasteau 2004
         Maury Mas Amiel Prestige 15 ans
         Une bonne douzaine d’Armagnac, dont :
         Bas-Armagnac Delord 25 ans
         Bas-Armagnac Château de Briat 1984
         Armagnac Tenareze Château de Pellehaut 1979
         Et encore :
         Rhum Clément 6 ans
         Rhum réserve spéciale Damoiseau
         J.M. Rhum Vieux
Avec diverses salades, des sushis aux crevettes, du jambon serrano, un superbe saumon fumé, les cochons de lait à la broche, des tartes à ne plus savoir qu’en faire, de l’eau (eh oui) et du café.
Ajoutons quelques airs d’opéra par Fernand Bernardi, un discours d’Yves Belaubre, quelques personnalités (mais pas de secrétaire d’état).
Enfin Arnaud Baumann et sa « chambre blanche » (quelques photos « intéressantes » dans la chambre « cigares ».

Superbe soirée, c’est bon la transgression ! "

 

Merci Patrick.
Gourmands pourchassés du monde entier, mangeurs de foie gras et de petits oiseaux, ce blog vous accueille aimablement, moyennant dons en nature, bouteilles rares et chèques bancaires à adresser à:
Mr Slurp
Genève
Confédération Helvétique

Bye

22/06/2007

De l’usage imprévu du Mustela en cuisine

Bien le bonzour,


Pour humecter une préparation culinaire d’un trait d’huile d’olive, la doctrine suggère de boucher la bouteille d’huile avec le pouce. Manière de contrôler le débit du liquide. Vous suivez? Or, l’opération s’avère périlleuse. Je ne sais pas vous, mais quand on s’y essaie, soit notre gros pouce ne laisse rien échapper du tout. Soit c’est un tsunami oléagineux qui jaillit. Au final, on a la marque du goulot imprimé dans l’épiderme (ce qui est disgracieux); le souffle court (l’angoisse); et le plat huilé comme une mémé scandinave sur une plage espagnole.


Dr Slurp ayant toujours mille idées bouillonnant dedans sa boîte crânienne, il a résolu le problème. Le Mustela est une crème universelle, utile pour oindre les fesses fripées de la marmaille en bas âge, ou pour démaquiller le museau des dames. Le Mustela se présente sous la forme d’un flacon en plastoc, avec un bec serveur actionnable d’une simple poussée. Or le dit flacon, une fois dûment nettoyé, s’avère idéal pour abriter votre huile d’olive, dont le débit se retrouve enfin maîtrisé.

C’est moderne. C’est malin. C’est éthique.

Ne me remerciez pas, vous m’êtes sympathiques.


Tchou

 

PS: Les copains du mirobolant blog musical Sonotone nous ont demandé notre petite playlist du moment. Et vous savez quoi? Ben on s'est exécuté. C'est .

21/06/2007

Les glorieux crostinis aux chanterelles et fèves

Coucou, 

 

 

L’autre jour, alors qu’on potassait le sixième tome du Capital en yiddish, très simplement vêtu d’une combinaison de latex bleu Klein, voilà que quelqu’un toque à la porte. Mais qui peut venir à cette heure? On va ouvrir. Et là: surprise. C’était Olif. Oui, le Parangon jurassien de la bloglouglou en chair et en os. Un Olif en terre genevoise, cela se fête. On a débouché une trentaine de nos plus grands crus. Avant de tambouiller, vite fait sur le vitroceram, ces crostinis aux chanterelles (ou girolles), fèves et lamelles de jambon.
- Ecossez, dérobez et pochez deux minutes les fèves dans de l’eau salée.
- Nettoyez les chanterelles- Puis faites les cuire tout doux dans un peu d’huile d’olive avec une dose homéopathique d’ail haché, un rien de gingembre en poudre, sel, poivre. A la fin mouillez largement de crème fleurette.
- Exigez de votre charcutier, qui est glabre et brave, une tranche un peu épaisse de jambon cru, disons 6, 23 mm. Détaillez en micro lanières.
- Faites dorer au four des tranches de pain de campagne. Et coiffez-les avec tout le matos suscité, en entonnant La Marseillaise, version Mireille Mathieu bien sûr, avec la frange et le trémolo méridional.

Tchou!


PS: En fait, le gars Olif n’était là totalement par hasard. Mais pour participer au jury du Prix de la Presse, décerné chaque année lors de la grande sélection des vins genevois. Avec la pimpante Scoopette et deux autres aimables exégètes pinardiers, on a dégusté – à l’aveugle - une vingtaine d’assemblages rouges genevois dans une concentration papale. Et pour une fois, le collège des dégustateurs a vibré quasi à l’unisson. C’est le Domaine des Curiades qui a raflé le pompon, suivi de près par le Domaine de la Vigne Blanche et le Domaine de la Planta. Voilà, voilà.

 

18/06/2007

Le cochon déphasé à la figue et aux noix

Youp, youp, youp

 

 

 

Quand on est arrivé, fier comme Bartabas, à table avec ce plat-là entre les pognes, les reproches ont commencé à pleuvoir. «Nuuul: c’est pas un plat de saison!». «Tu te crois à Noël!» «Espèce de dindon du Modem!»
Toutes ces remarques n’étaient pas injustifiées (à part celle portant sur la volaille centriste). Il est vrai que mitonner à la fin du mois de juin un rôti de porc bardé de jambon cru et farci de figues sèches et noix, dans son jus au Marsala, ça ressemble fort à un contretemps saisonnier, à un couac calendaire, à un manque criant de feeling météorologique.

Mais on rêvait de farcir ce rôti avec des fruits. Or les pommes, c’est fini. Les cerises, c’est pas idéal. Les abricots ne sont pas encore à point. Et ce paquet de figues bio et séchées nous faisait de l’œil là-bas, au fond de l’armoire. Alors, on a commis l’impardonnable.
En voiture Raymonde!


Hydratez quelques figues (comptez deux figues par 100 grammes de porc) dans un verre plein d’un mix eau et marsala.
Une heure après, réservez le liquide et hachez les figues avec sept cerneaux (ou neuf et demi) de noix.
Au préalable vous vous êtes offert un beau filet de porc fermier. Vlan! Tranchez-le en deux dans le sens de la longueur. Ouvrez la bête, salez, poivrez, farcissez avec le hachis.
Puis refermez, bardez de jambon cru et ficelez dans tous les sens, façon sans-papier devant son charter.

 

 

Hop, au four, à fond les biélons, avec le gril, la chaleur tournante et tout et tout, un quart d’heure. Il s’agit ensuite de baisser le four à 100°, d’ajouter le liquide (eau + marsala, donc, il faut suivre) au fond de la cocotte. Puis de fermer hermétiquement. On laisse cuire 45 minutes ou une heure, selon le poids de l’animal. On découpe. On fait réduire le jus un poil, avant de le transvaser dans une saucière à motif floral (très important, le jus; le filet porcin peut se montrer un rien sec. Ah, le cochon!).
Puis on se débouche la très sexy et rebondie Pompadour de la cave de Castelmaure (bouquet de fruits noirs envoûtant, chair soyeuse; 15 balles à la Cité des Vins et chez le Passeur de vin).
On sert très vite (pour ne pas entendre les reproches).
On saute lestement sur la table.
On se suspend au lustre.
On se balance avec souplesse.
Et on disparaît dans la nuit en poussant le célèbre cri de l’homme singe.

AAAA AhAhAhAhAhAh

 


 

 PS: Un dessert peut-être? Voilà la recette de la tarte tatin, telle que recommandée par notre copine La Manue.
Tu fais la tarte. T'allumes le four. Et tatin.  

 

15/06/2007

Magret, le retour: des brochettes exotiques pour barbecuter malin

 

Bonjour, les cop's

Souvent quand le soleil tape et que les jupes raccourcissent, l’humanité barbecute. Du verbe barbecuter (je barbecute, tu barbecutes, il barbecute…). Elle barbecute n’importe quoi. Des saucisses industrielles, des crevettes précuites, des malheureuses côtelettes qui quitteront la braise carbonisées comme naguère la pucelle d’Orléans après ses vacances à Rouen. Il faut donc barbecuter malin. Par exemple ces brochettes de magret aux 5 épices. Encore du magret, vous entend-t-on gémir. Ben oui, encore du magret. C’est thématique, c’est orchestré, c’est un plan qui nous dépasse.
C’est parti, mein Kiki.
Tu vires le gras du magret avec de tes doigts gourds, voire un petit couteau atchement pointu.
Tu tailles en cubes de 3, 12 cm de côté. Oui des six côtés.
Tu fais mariner dans deux cuillères à soupe de miel, autant d’huile d’olive, le jus d’un citron, un peu d’oignon frais découpé en rondelles, deux cuillères à café de 5 épices, du poivre de Séchouan et du piment. Tu filmes (attention faux-ami: tu filmes pas avec la caméra vidéo mais avec du film plastique; oui, le vocabulaire culinaire regorge d’embûches). Et paf, au frais.
Tu pèles le céleri tranche et t’en fais des petits carrés de 3, 16 cm de côté. Oui, les quatre côtés.
T’enfiles alternativement les cubes de canard et le céleri sur ces brochettes ouvragées, héritées d’une aïeule bigleux. Tu sales. Tu barbecutes entre six et huit minutes.

 

 


Avant ça, les zolies petites tomates noires dénichées au marché, ben, t’en fais des papillotes, avec du basilic, sel, poivre, et un peu d’huile d’olive. Tu barbecute itou, dix minutes.
Tu files vite à la cave pour remonter une bouteille de ce Moulin-à-Vent friand et spirituel acheté un beau jour (ou peut-être une nuit, près d’un arbre, lalala) dans une foire campagnarde à l’ambiance bonne enfant. Le nom du vin? Impossible de s’en souvenir.


Tchou, les aminches

PS: Messieurs, vous qui barbecutez dans une posture mâle et conquérante, le bassin près des braises, sachez que l’exercice présente quelques dangers.

 

 

 

14/06/2007

Le hamburger de canard et son chutney de cerises qui pétille

Coucou, les chouchoux,


 

 

On n’a jamais caché notre sympathie pour le hamburger, quand il est mitonné maison avec amour et iconoclasme. On n’a jamais caché non plus notre sympathie pour le sud-ouest de la France, où naquirent tant de grands hommes tels Henri IV, Francis Cabrel et mèzigue. D’où l’idée de ce hamburger basco-gascon, qui empile fièrement un magret haché à l’armagnac, un pain gratiné au fromage d’Ossau-Iraty, un poivron confit et, en guise de ketchûûûpe, un chutney de cerises picotant. Sans oublier quelques chips de poireau pour faire swinguer le tout.

La recette qui suit a été mitonnée avec un magret de 441, 30 grammes, poids un rien bâtard, vu qu'il donne deux énormes duck-burgers de la mort. Ou trois duck-burgers un peu riquiqui. Ou deux duck-burgers solides et un duck-burger tout petit, pouvant nourrir un enfant ou la Tante Hortense, qui a un appétit de piaf. Vous voyez, quoi.

 

- Pour les chips de poireau (qui sont bath mais facultatifs), faites sécher deux heures à 90 degrés un jeune poireau détaillé en biseaux, avec un peu d’huile d’olive, sel et poivre.

 

- Pour le chutney. Dénoyautez dix cerises noires et dix cerises rouges. Et hop, à la casserole, avec deux cuillères à café de vinaigre de cidre, une larme d’eau, deux tours de moulin à poivre, une cuillère de miel, une pincée de sucre, une autre de piment d’Espelette et l’équivalent d’une cuillère à café de gingembre frais haché. Capital, le gingembre. Laissez glouglouter pépère, une heure au moins, jusqu’à obtention d’une confiture explosive avec de vrais fruits dedans.

- Pour le poivron. Pelez, épépinez et taillez en grandes tranches un poivron (jaune, pourquoi pas), laissez fondre à la poêle dans un peu d’huile d’olive, jusqu’à abandon des chairs. Assaisonnez. Et pimentez à l’Espelette mollo.

- Pour le magret. Virez et réservez le gras. Hachez la viande avec un grand couteau atchement affûté. Rajoutez au hachis environ un quart du gras émincé menu menu. Dans une jatte, touillez la viande avec du sel, du poivre et une joyeuse giclée d’armagnac. Formez des galets entre vos petites menottes habiles.


Acte final. Vous avez trouvé du chouette pain de boulanger, tendre et avenant? Coooooool. Tranchez en deux. Virez un max de mie. Passez l’extérieur sous le gril, tournez le pain et coiffez avec du fromage de brebis des Pyrénées. Un vrai, un fermier, pas un bout de mastic industriel dont le nom commence par Etor et finit par Ki.
Puis gratinez
Faites fondre un petit bout de la graisse du magret dans une poêle, pour y cuire les steaks six minutes à feu vif.
Tartinez le pain gratiné de chutney, posez le poivron, puis le canard, ajoutez quelques chips de poireau, et couvrez.


Ce sandwich de Navarre s’arrose de Madiran, bien sûr, vin pyrénéen à la rusticité ravigotante issu du cépage tannat. Au préalable, on aura donc demandé à la caviste, qui s’appelle Nathalie, la bouteille idoine: «Du tannat… t’as Nath?» Hum… hilarant, non?

Adiù 

 

12/06/2007

De l'art et de la viande? Oui, de l'art et de la viande

Bonjour, les gens

Nous autres, gourmets esthètes, nous émouvons tous les soirs face à la beauté de la nourriture. Que c'est beau une courgette toute nue! Qu'il est joli mon rôti tout rose! On se pâme donc, mais sans jamais imaginer une autre finalité au miam que l'ingestion voluptueuse. Certains artistes contemporains, eux aussi émus par l'élégance des choses qui se slurpent, utilisent la pitance comme matériau de création. Si, si, si. La viande, en particulier, inspire. Il existe d'ailleurs un mouvement plus ou moins diffus, mais actif, baptisé le meat-art (pas le mitard), dont voilà quelques chouettes pièces glanées ça et là.

 

 

Voilà la meat-dress de Jana Sterbak (1984)

 

Là, c'est les petites saucisses processionnaires des géniaux Zurichois Fischli & Weiss.

Un parquet de salami, jambon et mortadelle par Wim Delvoye (1999). On twisterait bien dessus.

Et ça, c'est la célèbre coiffure en viande séchée de l'artiste niçoise Natacha Lesueur. Seyant, non?

Un plat de service sévèrement carné par la Californienne Victoria Reynolds.

La splendeur pop et drôle de la pièce de boucherie dans le plus simple appareil par le Français Florent Mattei.


Et encore une robe charcutière pour finir, telle que présentée sur une pochette d'album des défunts Undertones. Styliste inconnu de nos services. Mais chic incomparable.
Fin de la visite de la galerie slurp
A bientôt, les potes

08/06/2007

Deux découvertes culinaires qui vont changer la vie à table

Youk les amis,

 

Dans le flot impétueux de l'actualité, entre le pétard osseux de Paris Hilton et Sarko au petit trot, on trouve parfois deux trois news palpitantes. Comme par exemple cette quête sublime, entrreprise par des chercheurs hollandais, pour créer de la viande synthétique. De la viande sans viande, quoi. Nos petits malins font leur affaire à partir d'une cellule musculaire, stimulée à coups de nutriments, qui se multiplie toute seule comme une grande. T'avais un tout petit machin sous le microscope. Voilà que t'as un rôti. Un rôti in vitro. Et t'es content.

Mieux encore? Oui, mieux encore: un ostréiculteur australien aux idées longues quoique tordues vient d'inventer l'huître au viagra. Soit un aphrodisiaque atomique (selon lui), qui t'expédie direct sous la couette après gobage du mollusque. George May (c'est le nom du gulu) nourrit ses 10 millions d'huîtres avec du viagra. Et voudrait bien qu'on lui donne l'autorisation de les vendre dans le monde entier. Après ça, il ne suffira plus qu'à bricoler la palourde au bromure. Et la boucle sera harmonieusement bouclée.

Mais personne n'a encore inventé les rillettes à la pression. Et ça, c'est bien triste.

 

Mes hommages, cher tous

 

PS: Tiens, tant qu'on en est aux sujets olé-olé. Un outil, inconnu de nos services jusqu'à récemment, nous permet désormais de voir ce que tapent nos lecteurs sur Gougueule pour arriver jusqu'au blog. Et c'est distrayant. Sans doute ceux qui cherchaient des "mamies cochonnes" (sic) ou "des femmes mûres avec nains noirs" (re-sic) ont-ils été un rien déçus en arrivant sur Top Slurp. Ils sont pourtant les bienvenus.

 

07/06/2007

Ladies & gentlemen: la croûte au gruyère

Coucou

 

 

La blogueuse émérite et exquise Elvira a lancé un appel vibrant à tous les fantassins de la blogomiam. Il s'agit de publier avant le 17 juin une recette géographiquement ancrée, genre mémé, AOC, terroir, tradition.
Bonne idée: let's go!

Il y a un hic pourtant en qui concerne mézigue. Faut-il privilégier le droit du sang (cassoulet, confit...) ou le droit du sol (raclette, fondue...)? En accord avec nos grands principes idéologiques, on a voté pour le sol, avec cette croûte au gruyère bien roots. Croûte dûment tambouillée, photographiée, puis avalée avec volupté.

C'est là que l'appareil photo s'est mystérieusement vidé de toute sa substance numérique (engin infect, le marchand sera flagellé à coup de poireaux). Du coup, cette recette est illustrée d'une couillonne image de gruyère piquée à Gougueule, au lieu d'une vue sublime de ladite croûte. Désolé, les gens.

 

Pour cinq croûtes, on fait griller cinq tranches (ben oui) de pain de campagne sous le grill rouge de confusion, jusqu'à ce qu'elles arborent un bronzage inspirant. On les humecte généreusement avec un bon vin blanc sec.

Puis on râpe - à la râpe à gros trous - 200 grammes de gruyère mi-salé. Qu'on touille avec un œuf, deux cuillères à café de crème fraîche, un déci de vin blanc et plusieurs tours vigoureux de moulin à poivre. On tartine. On coiffe d'une tombée de paprika. Et on fait dorer quelques minutes sous le grill, toujours aussi rouge. Avant de servir avec une salade verdoyante, quelques cornichons et des bandelettes de lard valaisan grillées. Sans oublier un fier pinard autochtone. Par exemple un chasselas "En Bayel", blanc tendu et lumineux produit par Paccot Raymond, Domaine de la Colombe, Féchy, Suisse, Nord des Alpes, Vieux-Continent. Vin émouvant, qui vous chante dans la glotte la beauté du sous-sol lémanique.

Vive le terroir, ses vers de terre et ses grosses vaches laitières.

Saloperie d'appareil photo.

Tchou

PS: D'autres recettes roots? Essayez les rösti et le vacherin au four. C'est calorique. C'est fastoche. C'est slurp.

05/06/2007

Blog App# 11: le parmentier mamelonné au tandem de Salers

Bonzouuuur,

 

 

Evidemment, à la découverte du thème imposé pour le nouveau challenge de Blog Appétit, on s’est dit: «ça y est. ils déraillent». Salers & Salers, et pourquoi pas Dupont et Dupont? Puis on a pigé. On nous priait d’associer le fromage de salers, cousin goûtu du cantal, et la viande de la salers, vache rustique mais aimable, dotée par la nature d’impressionnantes cornes et forme de lyres.

Il faut dire que ces deux-là ont inscrit le Massif Central sur la mappemonde du Grand Slurp mondial. Rien de plus exquis qu’une tome de Salers bien affinée, à la croûte lunaire et à la fleur entêtante. Rien de plus affolant qu’un steak de salers, juteux et entrelardé.

Puis on s’est mis à rêvasser. Aux mamelons déplumés de l’Aubrac, à l’aligot, la purée locale au fromage, et aux vins de Marcillac aussi, méconnus mais choux parfois. Et dans ce grand chaudron bouillonnant qu’est notre créativité culinaire (tu l’entends çui-là, il se prend pour qui? Pour Thierry Marx?) a jailli ce dôme de parmentier aux deux Salers, mariant un ragoût mijoté au vin de Marcillac et une purée montée au divin fromage, le tout dans un ridicule édicule sensé évoquer les rondeurs auvergnates.

 


 

Allez, hop, chopez votre petit cabas et filez aux courses.
Pour cinq mamelons, il vous faut:
- Une belle tranche de jarret de salers
- Un morceau à braiser de 350 grammes, genre paleron ou canard
- 200 grammes de fromage de salers point trop affiné
- Huit patates à purée, genre bintje
- Deux carottes
- Du lait et du beurre
- De l’ail et des échalotes
- Deux feuilles de poireau,
- Du thym
- Une petite pomme de céleri
- Une bouteille de Marcillac (venue du Domaine du Cros par exemple)
- Un bon fond de veau préparé avec amour et science par le boucher moustachu
- Une certaine endurance physique

 

La veille: Colorez pépère le bœuf dans une cocotte; et au lieu de rester baba devant la viande crépitante, émincez-moi menu les carottes et la moitié du céleri. Pelez aussi deux gousses d’ail et deux échalotes, que vous garderez entières. Et puis bricolez-vous un bouquet garni, en enfermant dans deux feuilles de poireau trois branches de thym, une feuille de laurier, deux clous de girofle et huit grains de poivre noir. Ajoutez la garniture dans la cocotte, mouillez avec trois décis de Marcillac et autant de fond de veau. Salez, poivrez, ajoutez le bouquet garni. Couvrez et et laissez glouglouter trois heures. Fin du premier acte. Haletant, le premier acte.

 


Nous voilà arrivé au jour du miam. Virez l’ail, le bouquet garni et les échalotes de la cocotte. Filtrez le jus et laissez le réduire tout doux. Effilochez la viande du bout de vos doigts fraîchement manucurés. Conservez une bonne partie des légumes. Et expédiez le tout dans une casserole avec une cuillère à soupe du fond de cuisson. Goûtez. Rectifiez l’assaisonnement. Regoûtez, etc.


Plongeons à présent dans la purée. Plouf! Cuisez les patates entières dans le panier vapeur, une bonne demi-heure. Pelez-les. Et écrabouillez-les au presse-purée mécanique ou au presse-purée manuel, celui qui fait les biscotaux. Puis montez votre purée pépère, en y intégrant alternativement lait et beurre en petits morceaux. Quand la texture vous botte, salez mollo, râpez le fromage (ouiiii, le salers de la peur) et intégrez-le gentiment à la purée.


Question: Avez-vous en magasin un emporte-pièce de la forme de mamelon de l’Aubrac? Si oui, c’est bien. Sinon, bricolez-le vous, en scotchant trois emporte-pièce de tailles progressives. C’est ce qu’on a fait. On en rit encore.
Le jus bien réduit est allongé (s’il le faut) d’une pincée de farine, puis battu avec une grosse noisette de beurre, jusqu’à se montrer d’une onctuosité affriolante.

Et voilà. Ouf! Dans l’emporte-pièce, montez votre parmentier auvergnat en alternant purée et effilochée de bœuf. Agrémentez l’assiette d’une joyeuse louchée de jus. Et servez en esquissant quelques pas de la fameuse bourrée d’Aurillac, une danse paysanne un brin oubliée depuis l’invention du pogo et de la lambada, mais qui n’en demeure pas moins l’un des fleurons du grand répertoire chorégraphique planétaire.
«Te fallions pas venir, garçon d'la montagne
Te fallions pas venir si tu voulions qu'dormir!»

 

 

Adiû!

01/06/2007

St Pierre, priez pour nous (avec votre confit d'échalotes et votre beurre de tomate)

Salud!

On aurait pu démarrer avec une formule genre «St Pierre, le poisson qui vous ouvre les portes du paradis gastronomique». Et s’enfiler dans une cascade de métaphores papistes plus ou moins foireuses. Ben non. Notre divinité bienveillante à nous, c’est Fredy Girardet; et notre bréviaire ses recueils de recettes. Recueils où l’on a grappillé et dégraissé ces filets de St Pierre sur confit d’échalotes et leur beurre de tomates picotant. Un plat proprement slurpique, easy à tambouiller et, mine de rien, gentiment singulier à la papille.

 

1/Pour le confit: Hachez trois échalotes par gulu à nourrir. Couvrez-les d’un bon vin rouge, avec une petite giclée de vinaigre. Laissez mijoter une demi-heure, le temps que les échalotes absorbent le pinard. Remouillez d’eau, salez, poivrez, ajoutez une cuillère à soupe de miel et onze raisins de Corinthe émincés. Laissez glouglouter tranquilou une demi-heure de plus, jusqu’à ce que les échalotes se montrent d’une tendresse folle. Rectifiez d’un trait de vinaigre s’il le faut. Il faut que la compotée titille grave le gosier.

2/Pour le beurre de tomates. Prenez une bonne grosse cœur de bœuf (ou deux selon le nombre de gulus à nourrir), ou autre variété drue, coupez en morceaux (en laissant peau et pépins), mixez, filtrez à la passoire pour virer l’eau. Réservez. Avant de servir, il s’agira de réchauffer le coulis en y intégrant, d’un coup de fouet mâle autant que giratoire, une motte de beurre. On sale, on poivre et on pimente velu.

3/Pour parachever cette fresque culino-marine. Assaisonnez puis saisissez les filets de St Pierre trois minutes à la poêle, dans un peu d’huile d’olive. Installez-les dans des assiettes chaudes, sur un mamelon de confit d’échalotes, et à côté d’une généreuse virgule de beurre de tomate.

 

 


Sur TF1, on conclurait tout ça d’un «elle est pas belle la vie?». Mais on n’est pas sur TF1. Alors, on se la coince. Voyez-vous, parfois le silence vaut mieux que le bla-bla couillon. Amen.

A plou tard