05/10/2007

Faut-il jeter le jargon vinique avec l'eau du vin?

 

 

Bien le bonjour, picoleurs amateurs et profanes

 

 

 

 

Il y a quand même un petit souci avec le jargon du vin. Mais oui: ce vieux lexique cryptique et soi disant technique qu’emploient les aficionados (dont mèzigue) pour décrire méthodiquement le saint breuvage: les notes de petits fruits noirs, la finale empyreumatique, les tannins verts et tout le tintouin. Le petit souci, c’est que ce vocabulaire, ben, il commence gentiment à sentir la napht’.


Des notes de dégustation, d’abord, il y en a partout. Dans la presse spécialisée. Dans les guides. Sur les pubs de supermarché, etc, etc. Elles s'empilent. Elles prolifèrent. Elles nous cachent le paysage. 
Or, 98% des gens n’y captent que pouic, même s’ils aiment le vin d’amour tendre. Enquiquinant, non?


 Question 1: A qui ça s’adresse le discours bachique? Au petit peuple d’élus susceptibles de piger? Ou aux profanes, pour mieux les discriminer? Ben oui, comme le toubib ou l’avocat, l’expert du vin assoit son pouvoir avec sa langue (si j’ose dire).

 


Question 2: Ce blabla-là peut-il décrire l’émotion que procure un grand vin ? Ne passe-t-on pas à côté du grand frisson à vouloir décortiquer le jus comme l’exige le code académique. La vue, l’odeur, la bouche… Et le cœur, et les tripes, et l’imaginaire alors?


Question 3. Le discours oenologique est-il vraiment adapté à tous les vins? Quand on voit le malaise galopant entre les vieux gourous et la génération des vignerons dit naturels, on se dit qu’il y a peut-être un hic avec ces outils.


Tout ça pour vous raconter que l’autre jour, on a assisté à une dégustation sensorielle (à l’aveugle) d’un rouge d’assemblage valaisan, dégustation censée amener de nouvelles pistes pour appréhender le vin. On nous a fait le coup du portrait chinois. Si le vin était une musique? Une saison? Une matière? Un sentiment? Une couleur? Etc. Soyons francs: ça n’a pas donné grand-chose de palpitant. Pourtant l’unanimité du groupe de dégustateurs néophytes autour d’une «petite pierre mouillée» et d’une musique «au tempo lent» nous a fait rêver fugitivement à une nouvelle glose vinique, à la fois poétique et démocratique.

 


 

Tchou!

Et spécial dédicace au pote Herrmann qui a bien voulu illustrer nos élucubrations supputatives avec un humour gouléyant.

Commentaires

Si tu trouves la solution, je publie un guide dans la foulée ! Cela fait longtemps que je cherche, jamais je ne trouverai (vieille chanson revue)...

Écrit par : Baraou | 05/10/2007

Lolo, ce sera notre croisade

Écrit par : Estèbe | 05/10/2007

Oui, boutons le jargon vinique conventionnel hors du paysage littéraire vinicole, quitte à passer pour des hérétiques! Débridons-nous, place à l'imagination et la fantaisie! Je veux bien être votre écuyer, Messire Estèbe! Nous serons au moins deux à flamber sur le bûcher en cas d'incompréhension totale.
Et vivement un monde du vin libéré, un monde du vin libre! (à prononcer avec une vois chevrotante)

Écrit par : olif | 05/10/2007

Vous êtes adoubés, Sire Olif, et allons raser les moulins à vent de la "bonne mâche" et des "arômes tertiaires" (musique médiévale tonitruante, bruit de galop, fondu au noir)

Écrit par : Estèbe | 05/10/2007

Chaque profession cache son ignorance dans un jargon abscons... Il est tellement plus difficile de dire les choses simplement, c'est cela qui est étonnant... Autant féliciter votre illustrateur qui par son simple langage, nous gratifie d'une belle leçon oenologique...

Écrit par : Olivier | 05/10/2007

C'est vrai qu'il est bon ton Hermann, il est suisse?

Écrit par : Robert | 05/10/2007

Oui, Suisse, svelte, mal rasé, avec un nez pointu

Écrit par : Estèbe | 05/10/2007

Je me souviens d'une sotte que j'avais convié à une dégustation au domaine de la Romanée Conti. Dans le civil, la belle était nez, qu'elle avait fort mutin d'ailleurs. Face à nous, sur la lourde table de bois, cinq verres à pied - car il est vrai qu'un vers sans pied n'est guère propice à l'alexandrin.
La belle porte le premier verre à ses lèvres pupurines palpitantes d'un avide désir, entraînant par ce geste mon âme chaste vers des territoires obscurs de pensées licencieuses dont l'avenir, hélas, circonscrira l'affolante périphérie. Certes, ça ne veut rien dire, mais ne parlons nous pas du langage vinique?
Enfin, dardant d'un regard noir mes mirettes exclusives, à l'instar de deux pals qui jamais ne font paux, elle s'enfile le nectar dans l'orifice bucale et, fière de son forfait, me lance à la figure: "Il est bon".

Le soir même, je l'abandonnai sur un parking d'autoroute.

Écrit par : Zorg | 05/10/2007

j'avais un copain qui pouvait pas boire un verre de vin sans faire un poème: C rigolo un moment, mais ça lasse vite. Comme les Dossiers de l'écran, je préfère le film au débat

Écrit par : Sophie | 05/10/2007

Sujet grave en effet. C'est assomant le jargon en règle général mais faut bien se comprendre, mais c'est vrai qu'on peu boire et aimer le vin sans savoir épeler empyreumatique. Cela-dit, je suis content de trouver ce genre de description lorsque j'achète, je sais (grossièrement) à quoi m'attendre. Le reste du temps, je trouve çà plutôt... saoûlant.

Écrit par : Patrick CdM | 05/10/2007

Pas de souci, cher Estèbe, continuez de nous abreuver de métaphores viniques comme vous savez si bien les choisir. Je ne vous mets pas dans la même bouteille que ces inutiles péroreurs.
Quant à vous, M. Zorg, vous semblez confondre sottise et simplicité, beau langage et affectation... Excusez-moi de m'apitoyer, par solidarité féminine, sur le sort que vous avez réservé à la demoiselle en question (dans vos rêves...)

Écrit par : Dods | 05/10/2007

Ca va, tu me rassures, je suis dans la large moyenne des 98 % , impossible pour moi de décrire un vin et pourtant je les aime. Ce qui me rassure c'est qu'on s'accorde cependant à me dire que chez moi, en règle général, il est bon.

Écrit par : eglantine | 06/10/2007

Le vin, bon ou pas bon...oui ok jetez moi des pierres, j'asume :))
Il faut quand meme avoir fait des etudes en oenologie pour maitriser tout ce vocabulaire non ?

Écrit par : salwa | 06/10/2007

Crébonsoir, ma bonne dame Dods, s'agissait d'une blague. Et d'une métaphore: c'est-y bin la "sotte" de l'histoire - fictive - qui sait aller à l'essentiel quand d'autres, justement, se perdent en péroraisons. D'ailleurs, il faut péroraison garder, comme disait ma tante Irma avant qu'un tracteur ne l'écrase.

Écrit par : Zorg | 06/10/2007

A vous lire, Zorg, vous préfèrez consommer que pérorer. Dommage que cela ait des effets aussi vulgairement macho chez vous. Cela m'arrive aussi, rassurez-vous. Le vin serait-il désinhibant ?

Écrit par : Géo | 06/10/2007

C'est vrai que le Zorg, pour le coup, il passe à côté du sujet. Car le fait d'étaler sa science sur le vin comme de la confiture s'avère une habitude typiquement masculine. Les machos feraient mieux de mettre la sourdine.

Écrit par : Yves | 06/10/2007

Le problème, Jérôme, ce n'est ni les gourous (âgés), ni le 98 % de celles et ceux qui ne captent rien, ce sont les stéréotypes, les clichés : 98 % des commentaires de dégustation. Comme dans d'autres domaines (littérature, philosophie, critique d'art). Partez sur les routes, brûlez vos certitudes, inventez votre propre langage !

Écrit par : Votre aristarque | 08/10/2007

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