18/01/2008

Des pageots pas cageots avec de l'orange, de la citronnelle et du gingembre dedans

 

Coucouloucoucou 

 

 

 

 

Une jeune lectrice nous a récemment balancé un sarcasme au plastron. Ah, l’impudente! «Tes recettes, elles sont pas mal, mais tu mets du gingembre partout. T’as rien d’autre dans ta cuisine?» On a ignoré la pique, en lui jetant notre regard glacé numéro cinq. Celui qui dit, en substance, «va voir au McDo si j’y suis.» La fâcheuse a filé, la queue basse.


Ensuite, en y réfléchissant, on s’est dit qu’elle n’avait pas vraiment tort. On met du gingembre partout. Et cette manie a une vraie raison. Le gingembre, c’est bon. Et plein de vitamines avec ça. De la B912C, excellente pour la tonicité du périnée, et de la D66 en pagaille, qui fertilise la voûte plantaire. Le gingembre a bien d’autres vertus encore. Diurétique, antibiotique, antidermatosique, agnostique et dialectique, il stimule l’occiput et tamise, malgré une rumeur tenace, les libidos suractives. «Dîner au gingembre, ronron dans la chambre», assure un adage coréen.

 

 

 

 

Bon, causons un peu du pageot, que certains nomment la daurade rose pour faire plus chic. Pageot, mix sémantique entre Peugeot et cageot, ça fait immédiatement plus populaire. Pourtant, l’animal ne l’est nullement. Solidement tarifé, il cache une chair aristocratique qui nous rappelle, à chaque bouchée, que l'océan abrite des créatures sublimes.

 

Bref, voilà de petits pageots rôtis à l’orange, citronnelle et… gingembre. Ben oui.
Payez-vous un petit pageot (500 grammes) par personne. Demandez à la poissonnière d’écailler et de vider les bêtes.
Préparez une farce en touillant délicatement des quartiers d’oranges, quelques feuilles de citronnelle et… un rien de gingembre frais haché. Farcissez les poissons. Oignez-les d’huile d’olive. Salez. Poivrez. Puis déposez-les dans un plat, dans lequel vous aurez jeté d’un geste gracieux deux décis de vin blanc. Et hop, au four, préchauffé à 220°, pour 18 minutes. Quoi? C’est peu? Mais non. «Le pageot surcuit n’exhale que l’ennui», affirme un proverbe vietnamien.

En cours de cuisson, surveillez le niveau de liquide quand même, sait-on jamais.


Pendant ce temps, préparez une petite huile aromatisée. En faisant frémir une minute un déci d’huile d’olive et le jus d’une demi-orange, avec une feuille de citronnelle et un peu de… gingembre haché. Filtrez. Réservez au tiède.

Levez les filets du poisson. Oui, ça fait peur. Mais l’opération s’avère relativement fastoche (vous noterez néanmoins que l’on n’a pas posté de photo de la bestiole post-carnage). Arrosez avec l’huile aromatisée, parsemez de farce. Puis servez, par exemple, avec un riz camarguais, un riz rouge (devant lequel certains rient jaune) et un beau blanc sec de Vouvray, à la minéralité émouvante et au fruité subtil. Un Vouvray harmonieux et un peu mûr de Philippe Foreau, par exemple.
«Grand vin de Vouvray t’arrache de cris d’orfraies», garantit un dicton tourangeau.

 

 

Voilà. Gros bisoux de mèzigue.

 

 

Commentaires

Tu concoures au Grand Prix du nombre de bêtises par phrase? T'as des chances de gagner, en tout cas. Très drôle.

Écrit par : Sophie | 18/01/2008

Surtout, ne laisse pas le gingembre, tu risquerais une baisse de forme et nous en serions bien attristés et madame Top slurp aussi peut-être.

Écrit par : mamina | 18/01/2008

Dans la cuisine ayurvédique (comment ça tu t'en fous? tant pis, j'le dis quand même) le gingembre est considéré comme un "régulateur d'humeur", c'est-à-dire en gros que tu peux manger n'importe quoi, si tu y ajoutes du gingembre, tu vas le digérer nickel.
Par exemple: (oui, paraît que c'est didactique) jamais d'oignon ou d'aïl dans un plat sans une pointe de gingembre.

Écrit par : funambuline | 18/01/2008

Are You Védique?
Voilà, c'est pour ça que j'en mets partout. Merci Funambuline.

Écrit par : Estèbe | 18/01/2008

Après "Les Miscellanées culinaires de Monsieur Estèbe" et "Les Physiologies du Gingembre", il ne lui restera plus qu'à rédiger "Proverbes et Dictons de la Cuisine planétaire" pour devenir un must de la littérature qui se mange.

Écrit par : Rabbit | 18/01/2008

Tu es dans une forme Olympique aujourd'hui, les pageots au gengembre ont fait leur petit effet, J'en mets partout aussi, c'est comme le piment d'espelette, c'est indispensable a l'existence quotidienne ces trucs la.
Comment ca y'en a qui critiquent?

Écrit par : gracianne | 18/01/2008

"Neige en décembre
Janvier au gingembre"

Proverbe Ouzbékistan

Autre proverbe, du Tadjikistan celui-là:

"Recette au gingembre
Erection du membre"

Écrit par : Zorg | 18/01/2008

À la fertilisation de la voûte plantaire, j'avoue, j'ai failli rendre mon déjeuner. Heureusement que le gingembre a aussi des vertus anti-vomitives.
J'aimerais bien ce pageot avec une purée de carottes au gingembre, sinon.

Écrit par : Le confit c'est pas gras | 18/01/2008

Zorg, on pensait bien que vous la feriez. Anaïk, le gingembre est aussi anticonstitutionnel, antilope et antigone. Qualités rarement réunies dans la même racine.

Écrit par : Estèbe | 18/01/2008

Oh mais y'a des gens qui critiquent! Les rustres. Quand y'a pas de gingembre, personne n'en redemande. La dorade, peu importe à quoi elle répond, est excellente. Alors avec de la racine divine, sans commentaire.

Écrit par : renardgourmande | 18/01/2008

Vou "dites" vray...Ma poissonnière, loin d'être un cageot, m'a affirmé qu'un pageot au gingembre pouvait remplacer facilement ce nouveau produit esthétique dont les chaînes de télévision (privées) nous abreuvent actuellement, puisqu'il est à base d'acide hyaluronique... Il faut ajouter à ce billet que la sécrétion de hyaluronidases est largement favorisée par l'absorption de cageot (pardon) de pageot au gingembre...et qu'elle vérifie le proverbe Tadjikistanais de Zorg...
Toujours est-il que l'on se régale...
Bonne semaine

Écrit par : Olivier | 20/01/2008

"Pageot gingembré à gauche te fait voter", vieil adage mantchou.

Écrit par : Robert | 21/01/2008

Ah... un Vouvray, tout de suite ça le fait !

Écrit par : rabelaisines | 27/02/2008

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