VdV #10: l'étiquette et The Picrate

 

Ben le bonjour, les surfeurs d'eau douce

Sauf erreur calendaire de notre part, nous sommes le dernier vendredi du mois. Et résonne donc le tocsin du Vendredi du Vin. Glou glou glou. Ce coup-ci, c’est l'amène vigneronne Iris qui nous a collé le sujet de dissertation: «Sortez vos bouteilles avec les plus belles étiquettes»



 

 

Bon, let’s go. Il y a dix ans de ça, la vague du packaging pinardier iconoclaste et rigolo n’avait pas encore déferlé. On pataugeait encore dans les Châteaux machin ou Domaine truc, sans l’ombre d’un gag, d’un dessin cocasse ou d’un écart graphique.


Et voilà qu’au magasin, on était tombé sur cet ovni baptisé «The Picrate- vin de table français». MDR. Un chenin blanc d’Anjou, naturel et racé, au nez évoquant les oxydatifs jurassiens, à la bouche fulgurante quoiqu’un rien courte, produit par un individu mystérieux nommé Eric Callcut. The Picrate. Il faut oser. On avait fondu, évidemment, et investi dare-dare dans cette étiquette frondeuse.

A l’époque circulaient d’ailleurs plein d’histoires sur ce Callcut-là.
On racontait qu’il avait appelé son vin The Picrate en guise de pied de nez à l’interprofession qui n’arrêtait pas de l’embêter.
Qu’on l’avait interdit au Salon de vins de Loire et qu’il faisait goûter ses vins sur le parking.
Qu’il avait bossé avec Pierre Overnoy. Mais c’était même pas sûr.
Qu’il était biodynamiste, du genre très pépère et insouciant.
Qu’il avait vendu ses vignes pour suivre sa danseuse de fiancée dans un kibboutz en Israël.
Que le Picrate était donc une affaire close.


Ça, c’est de la légende, ou on ne s’y connaît pas.

Bref, on a récemment débouché The Picrate, cuvée «Les Chiens» 1996 (le millésime n’apparaît que sur le bouchon et le nom de la cuvée sur une collerette volante), qui a passablement changé de profil aromatique avec l’âge.

Le nez, naguère évoquant le savagnin non ouillé, libère aujourd’hui des effluves de moka fraîchement moulu et de foin. La bouche, toujours vive et gourmande, aux notes joyeuses de miel, noisettes et pamplemousse, démarre en fanfare mais tourne un peu court. Un blanc atypique et fanfaron malgré son âge, qui nous a arrosé un quasi de veau à la crème en rigolant.
The Picrate, parfaitement.

 

 

 

 

A plouche

Commentaires

  • No comment, cher Estèbe, je surfe sur de l'eau plate seulement, Noé m'aurais désapprouvé c'est sûr

  • Dois-je comprendre que tu nous parles d'un vin qui n'existe plus, d'un vigneron qui ne l'est plus et d'un vin court en bouche? Palpitant
    Après l'affaire des bigorneaux, ce blog pétille décidemment.

  • Gaffe, Estèbe. "Moka fraîchement moulu"... Ne versez pas dans le sabir à la Parker, ce fossoyeur du vin et des terroirs.

  • Les "oxydatifs jurassiens" et le "savagnin non ouillé": je peux vous les emprunter pour le week end ? ça va faire un malheur dans les salons.

  • Oui Zorg, ça fait jargonesqueux et votre pique me tue, mais avez-vous déjà ouvert vos narines dans une boutique de café, quand la dame moud du moka en grains? Ben, ce pinard là sent vraiment comme ça.
    Mais je m'en vais me flageller dix fois avec le Guide Parker des Vins de France (il est gros, ça fait mal, plus que le Wine Advocate).
    Oui, Rabbit, ça fait jaronesqueux et votre pique me tue, mais avez-vous déjà glissé une narine dans un verre de vin jaune? Ben, ce pif-là sentait jadis ce mix de noix et curry typique des vins oxydatifs que l'on concote dans le Jura.
    Reflagellation. Ouille.

  • Vous m'apprenez au moins une chose : moudre du moka est donc un métier strictement féminin !!

  • Comme Rabbit, j'emprunterais bien d'autant plus que LUI, ce n'est pas son truc, et que la cave n'accepte pas le genre oxydatif jurassien à mon grand désespoir. Je ne suis pas étiquetée mais on va voir si j'ai le temps d'y remédier !

  • j'aimerais bien etre capable de gouter tout ca dans le vin, n'empeche.

  • Jamais vu un bouchon aussi gros
    Commentaire con, mais moi le moka moulu ça me rend bêêêêête, quasi oxydative.

  • "The picrate", connais pas (j'avais lu, pirate d'abord, alors j'étais déjà séduite... presque private joke!).. J'ai bu en son temps un "vilain p'tit" rouge qui émoustillait bien les papilles... les vins de table des mals aimés de l'interprofession nous révèle souvent de bien bonnes surprises.

  • Le "vilain p'tit rouge" a tout du picrate, même la bonne surprise (même si je préfère les blancs de son géniteur)... Aïe ça sent la contrepétrie...
    Quant à la flagellation parkerienne, je vais m'en mettre un coup aussi.
    Estèbe t'as fait très fort !

  • The Picrate! Un collector en Anjou particulièrement bluffant. J'ai le souvenir d'une cuvée Les Chiens 98 (Pineau d'Aunis, il me semble) élevée sous voile servie à l'aveugle par ce rusé de Seb, et que l'on a tous pris pour un bon Château Chalon, mauvais dégustateurs que nous étions à l'époque (et que nous sommes certainement toujours, d'ailleurs, même si on travaille sans relâche).
    Pour les amateurs de Picrate, le stock restant lors de la vente du domaine a été racheté pour partie par les Zinzins du vin, à Besançon. Une dégustation "Sortez vos mouchoirs" est d'ailleurs prévue le 17 avril!
    http://www.leszinzinsduvin.com/infos.php?id=19

  • À, que je bave déjà, de faire le compte rendu de toutes ces belles choses - et comme chez moi, un vigneron has been, qu'il faut déplorer. Malheureusement, les belles étiquettes ne font pas les belles réussites dans la vie viticole....

  • Beau stock également de The Picrate chez Lavinia, ex Cité des Vins, au 2e étage.

  • J'aimerais représenter "Le Picate" à l'étranger.
    Pouvons nous parler?

    Cordialement,

    Michaël HAUBRICH



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