19/02/2008

La marche de l'empereur coiffé de son huile au romarin: grandiose

 

Tût tût 

 

 

 

 

 

L’empereur est un poisson qui vit au fond des mers. Tout au fond. Il vit très vieux, cent ans parfois dit-on, en ne lutinant l’impératrice, son épouse, que le premier dimanche du mois après le souper. Du coup, l’empereur n’engendre pas une descendance gigantesque. Il s’agit donc de le pêcher avec modération.


L’empereur n’est pas le plus laid des bestioles marines. Mais pas le plus sexy non plus. Il a grosse goule dentue. Et des yeux de bouledogue. Lesquels éclatent souvent lors de sa pêche (souvenez-vous: il vient de tout en bas), ce qui n’est guère affriolant sur l’étal. Du coup, les poissonniers préfèrent lui trancher carrément la tête plutôt que de décourager la clientèle moderne, qui est si bégueule. En cela, l’empereur partage le destin de la lotte (laide itou), que sa chair peut d’ailleurs évoquer, dans un genre un brin plus rustique.

Z’avez vu l’exposé introductif?

Tiens, si on engloutissait des filets d’empereur à l’huile citronnée de romarin, flanqués de lanières de poivron et tomate séchée?


Voilà donc la marche (de l’empereur), à suivre comme si c’était le dernier (empereur). Notez au passage la cascade de références cinéphiliques, signe d’une culture subjugante chez l’auteur de ces lignes.

 

 

 

 

Zestez un citron vert. Puis pochez les zestes une minute. Réservez.
Emincez une branche de romarin. Réservez.
Aromatisez l’huile en réunissant, au fond d’une casserole, une gousse d’ail, deux branches de romarin entières, un demi-déci d’huile d’olive et le jus du citron susmentionné. Portez à ébullition. Retirez illico du feu. Laissez refroidir. Et virez ail et romarin. Réservez.
Taillez un poivron jaune et six tomates séchées (pour deux goinfres à table) en lanières.
Etuvez-moi tout ça, à couvert dans une casserole, avec un rien d’huile d’olive, une pincée de sel et une demie tasse d’eau. Comptez un bon quart d’heure.
Assaisonnez et farinez mollo vos filets d’empereur. Poêlez-les à feu mezzo dans une lichette de beurre et un filet d’huile aromatisée. Cinq six minutes. Surcuit, l’empereur s’effondre lamentablement, genre Napoléon après sa pathétique retraite russe.
Nappez d’huile citronnée, des zestes et de romarin haché. Disposez les légumes en gracieux mamelons partout autour.
Et débouchez vite un blanc savoyard, genre le Chignin Bergeron «Grand Orgue» 2003 de l’ami Louis Magnin, vin ample et orgueilleux, impérial quasi, qui clame haut et fort sa différence, son pays, ses racines. Tut tut tut, font les trompettes.

 

 


 

Adios!

PS: Découvrant la photo de ce plat glorieux, l'ami Fabrice a pensé qu'il s'agissait d'une "grenouille éclatée sous une mangue géante". On est peu de choses.

Commentaires

De l'huile, du beurre et du pinard: le régime aura été bref

Écrit par : Yves | 19/02/2008

Il ne peut pas être plus laid que la rascasse ! Dire que c'est avec les plus vilains becs qu'on fait les meilleurs soupes...

Écrit par : Tiuscha | 19/02/2008

J'attendais les nouilles au saindoux et je me retrouve avec un nouvel empereur... qui est la nouille qui est l'empereur (quoique j'ai ma petite idée)... Outre tes références cinématographiques et culinaires (mais cela va sans dire) je suis émerveillé par tes références musicales avec ton "mezzo" sur le piano... Félicitations...
Allons dévorer l'empereur ainsi il ne nous cassera plus.....
Bonne journée...

Écrit par : Olivier | 19/02/2008

Et la musique d'accompagnement, celle qui irait bien avec le romarin et l'empereur, tu nous la mets quand?

Écrit par : gracianne | 19/02/2008

Ce M. Estèbe est un véritable poète des choses dont la contemplation révulse les poètes qui manquent d'estomac.

Écrit par : Rabbit | 19/02/2008

Tiens ça fait longtemps que je n'en ai pas manger va falloir y remédier ...tout est particulièrement OK sauf peut être -pour moi s'entend- le farinage, mais bon, tu te rattrapes avec le Bergeron de mon voisin ça val e faire !!

Écrit par : mercotte | 19/02/2008

Ma maudite machine, hélas, ne permet pas pour l'heure d'ambiance musicale. Mais le jour où cela sera possible, Top Slurp risquerait fort de virer au juke-boxe de cuisine.

Écrit par : Estèbe | 19/02/2008

Un juke box de cuisine, le reve.

Écrit par : gracianne | 19/02/2008

Suis assez d'accord avec Fabrice pour la photo. Mais immortaliser un empereur mort n'a jamais été facile. C'est vite larmoyant.

Écrit par : Sophie | 19/02/2008

M. Estèbe j'aime beaucoup cette préparation impériale pour
poisson que j'utiliserai pour une autre espèce car je boycotte
définitivement les poissons de grandes profondeurs. Les
grands chalutiers hauturiers avec leur chalut font du "buldozage" des grands fonds. Voir à ce sujet le rapport de
Green Peace "Eaux troubles : mettre fin au chalutage de
grands fonds".
Je reviendrai dans votre cuisine, car j'apprécie toujours
l'humour du chef.

Écrit par : gabriella | 20/02/2008

Tient, tient, tout cela vient bien de chez moi, empereur exclu, quoique , nous avons un Nicoléon en réserve, manchot bien entendu.

Écrit par : jupiter | 20/02/2008

cher Estèbe,

j'essayerais votre recette ce soir avec un poisson super sexy : le cabillaud !
j'ai un poivron jaune qui se demande depuis quelques temps ce qu'il fait dans mon frigo.

a bientôt

Écrit par : romain | 20/02/2008

Gabriella, on connait le carnage, mais l'empereur ne figure _ semble-t-il _ pas encore parmi les espèces hyper menacées. Juste un peu. Le cabillaud, en revanche, va assez mal, mais grillez tout de même Mr Romain.

Écrit par : Estèbe | 20/02/2008

Pas d'accord avec vous Maître Estèbe, selon l'IUCN, l'empereur
serait dans une situation plus critique que ce pauvre panda.
voir sur le site de "Cité-sciences.fr" un article passionnant
à ce sujet. Bien le bonsoir !!

Écrit par : gabriella | 20/02/2008

Dac o dac, désolé de mon ignorance. Adieu l'empereur!

Écrit par : Estèbe | 21/02/2008

Merci gabriella, je me demandais justement ce qu'il en etait de l'empereur. je me mefie toujours de ces poissons qu'on ne nous vend qu'en filets, a cause de leur tete des profondeurs justement.

Écrit par : gracianne | 21/02/2008

Cher Estèbe

Effectivement Gabriella a raison, il faut bannir ce poiskaille de nos assiettes. Il est définitivement rayé de la carte en Atlantique Nord et dans l'Océan Indien. Maturité sexuelle à 26 ans seulement et espérance de vie 160 ans, des chiffres qui en feront rêver certains ... Sa pêche est très destructrice avec des filets lestés de lourdes charges qui râclent le fond de le mer à 1500m de profondeur et détruisent des récifs coralliens de grands fonds qui vont mettre 10 000 ans à se reconstituer (s'ils se reconstituent...) et je vous fais grâce du reste des dégâts ! En bref, une catastrophe écologique, n'achetez plus d'Empereur !!

Sans rancune ;-)
eric

Écrit par : Eric | 22/02/2008

Je m'incline. Cet empereur sera notre dernier. Snif

Écrit par : Estèbe | 22/02/2008

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