21/02/2008

L'affaire du papet déviant et menus propos autour des classiques du patrimoine miam

 

Coucou 

Il y a quelques semaines, un de nos chers lecteurs nous a carrément et vertement interdit de parler d’un plat. Interdit. Trop fort. Cette mise à l’index nous a agacés d’abord (de quoi je me mêle?), puis amusés (hou, le mec!). Elle portait sur le papet vaudois, plat de tradition et de terroir, que l’on avait gentiment bousculé avec une version très vaguement déviante. Sans autre argumentaire de la part de notre censeur, on a imaginé qu’il enrageait de voir une recette immémoriale ainsi interprétée. A moins qu’il n’ait pas pu supporter qu’un Franco-Genevois glose d’un mets identitaire vaudois. Chacun chez soi, zut quoi.


Du coup, a jailli The question.

Que faire des grands plats du répertoire?
Hein ?
Les taquiner?
Les oublier?
Les vénérer?
Les dynamiter?

 


Nous autres chez les Slurp préconiserions plutôt le chahut tranquille. Ben oui, ces phénix gastronomiques, il faut qu’ils vivent avec leur temps sous peine de se transformer en pièces de musées. Et un plat fossilisé, c’est pas bon. Trop sec. Ou trop gras. Ou trop rance. Voyez quoi. Qui a envie de croquer dans une momie? C’est en les reliftant, les triturant, les adaptant au gré des humeurs, saisons et régions, modes même, qu’ils enjambent les siècles la tête haute.
D’ailleurs, il n’y a pas de recette traditionnelle inscrite dans le marbre. Prenez le cassoulet par exemple: c’est lequel le vrai, le prototype, le modèle original? Celui de Douzens en Aude, de Sorèze dans le Tarn ou de Revel dans le Lauragais?


Et puis, ce qu’il y a de bien avec ce vénérable patrimoine gourmand, c’est qu’il regorge d’idées pour faire le foufou aux fourneaux (ou le foufourneaux). Ben oui, des générations de marmitons ont sué au piano, autant profiter de cet héritage pour pomper quelques combines utiles. Des cuissons. Des tours de mains. Des mariages (la saucisse, le poireau et la patate par exemple, hi, hi). On ne va quand même pas se gêner pour farfouiller là-dedans.


Reste que l’époque est à l’iconoclasme débridé en matière de cuisine. Ce qui peut irriter, certes. On carpacciose à tout vent (en oubliant Vittore Carpaccio,  le rouge et tout ça); on tartare en cascade (en oubliant Gengis Khan, les Mongols furax à cheval et tout ça); on mille-feuille, on tatine, on rillette, on blanquette, on bouillabaisse, on choucroute avec tout et n’importe quoi.
Une fois, un «couscous de lentilles aux écrevisses», benoîtement proposé en plat du jour dans un resto, nous avait ainsi fait un brin tousser. Faut pas non plus pousser Maïté dans les orties.
Il y a quand même une histoire d’esprit et de lettre dans cette affaire-là. A trop faire mumuse avec les classiques, ils finissent par devenir des coquilles lexicales vides.

Bref, la popote est enfant de bohème, mais elle a un gros bagage.

Méditons ça. Je relève les copies dans trois heures.

Tchou!

Commentaires

Oui, certes, mais faites gaffe ! Vous avez rangé un produit d'entretien pour les meubles parmi les boîtes de cassoulet (heureusement que je comprends le néerlandais). Ca peut être dangereux: supposez qu'un gosse rentrant de l'école décide de se taper un cassoulet et qu'il avale ce machin toxique.....

Écrit par : Rabbit | 21/02/2008

Un gigot de Maïté aux orties, c'est un plat du terroir que je n'aimerais pas voir galvaudé.

Écrit par : Robert | 21/02/2008

c'est rien, il sera juste complètement ciré, c'est tout.

Ceci dit, la "nouvelle cuisine" me laisse de marbre. Quand je vois un article dans le journal sur un resto qui dit quelque chose du genre : "cuisine traditionnelle blablabla produits du terroir blablabla", je regarde les photos desdits plats du terroir et là, oh consternation, y a un espèce de mini machin qu'on voit même pas que c'est un bout de saucisse et qui baigne dans une sauce savament emberlificotée à base de jus de truc et d'épices improbables, le tout dans un décor digne d'un vernissage parisien.
J'aime bien les nouveautés, d'ailleurs ces temps je teste le tagine sous différentes versions (au poisson, à la viande hachée, au poulet) et même que des fois je me rate dans la recette, mais je préfère mille fois la vue d'une surréaliste mais si goûteuse bouillie de viande-légumes un peu loupée esthétiquement, à l'idée seule de la cuisine moléculaire qui me fait comater et frémir d'horreur.
Moi qui salivait déjà à l'idée d'une belle grosse assiette remplie de choucroute au saindoux, quelle déception.

Écrit par : trimix | 21/02/2008

Il ne feront jamais dans la choucroute: toutes leurs références culinaires proviennent de régions située en-dessous de la Ligne de Démarcation.

Écrit par : Rabbit | 21/02/2008

Pfff, 3 heures, trop long, quand est-ce qu'on mange?
Je peux etre serieuse juste 1 minute? Parce que c'est un sujet serieux mine de rien. Je crois qu'on ne peux rien inventer sans maitriser un tant soit peu les bases. En cuisine comme en tout. Apres, inventons, divergeons, sans fausses notes et sans ostentation. L'essentiel est que ce soit bon.

Écrit par : gracianne | 21/02/2008

ça, c'est envoyé Gracianne. Cultivons-nous pour mieux déconner.

Écrit par : Estebe | 21/02/2008

Le cher lecteur aux fatwas papetesques tient à souligner que :
a/ il plaisantait, et il me semble que c'était dur de ne pas s'en apercevoir
b/ Jérôme Estèbe venait de lui censurer une remarque sur sa façon de faire le papet. Bien qu'il le nie, mais bon...

Écrit par : Géo | 21/02/2008

Oui, je nie en bloc (de foie gras)

Écrit par : Estebe | 21/02/2008

me dites pas que la choucroute gazeuse ne s'est pas encore échappée de leurs esprits tourmentés dans les strates moléculaires

(non j'ai pas non plus compris ce que je raconte mais c'est pas grave d'ailleurs je n'écoute même pas ce que je dis alors bon)

Gracianne a totalement raison ! mais je me demande s'il faut savoir maîtriser la base des sauces par exemple pour faire un gaz de bolognaise ?? ou pas ?

Écrit par : trimix | 21/02/2008

Olif va encore douter de ma grande délicatesse typiquement féminine, mais ces histoires de foufourneaux et de saucisses, moi, je trouve ça dégueulasse.

Écrit par : Le confit c'est pas gras | 21/02/2008

Oui, il y a de l'abus. A Paris, j'ai vu la semaine passée une bouillabaise au saumon et thon rouge. SCANDALE!!!! Je failli casser la gueule au chef (j'suis de là-bas)...

Écrit par : Sophie | 21/02/2008

D'accord avec Anaik, même si mon langage est d'ordinaire plus châtié et même châtré. C'est dégoûtant, vos histoires de grosses saucisses vaudoises qu'il faut s'enfoufourner, même dans le gosier! Pet ou papet, là est la question!

Écrit par : olif | 21/02/2008

3 heures, plus le temps ? Alors je copie sur Gracianne. Mais In fine, le principal c'est ce que nous disent nos papilles, non ! Je suis beaucoup plus sceptique quand je vois que "Carrefour" nous propose du Pangasius élevé au Vietnam.

Écrit par : Vanille | 21/02/2008

Tout façon quand on fait de la mayo sans moutarde......................la messe est dite !

Écrit par : loulou | 21/02/2008

" attention l'affaire est très grave " comme dirait Yannick noah.
qui a parlé de ligne de démarcation ?
La seule ligne que je connaisse se situe juste après la glotte où tous les éléments de la cuisine dissociée ou pas se retrouvent pour fusionner et .... la suite vous la connaissez
j'ai choisi mon camp celle de la bouffe à la louche, celle du papet fouettard.
Et si on parlait des vrais bons produits , avant de parler de la cuisine ? nos ancêtres à peaux de bêtes étaient des précurseurs, ils mangeaient des produits naturels , mélangeant allègrement tous ce qui étaient mangeable et dans un ordre incertains, mais ne connaissant pas l'écriture il n'y eu aucune trace des recettes fossilisées , juste quelques dessins de gibier dans la grotte de Lascaux se Gava.
Ok je sors

Écrit par : jupiter | 21/02/2008

foufournaux, j'en suis! sinon, où irait-on, ma bonne dame? j'aurai plus qu'à fermer boutique!

Écrit par : alhya | 22/02/2008

Mais où est l'arbitre ? On ne va pas continuer comme ça....

Écrit par : Rabbit | 22/02/2008

bah ! l'amour passe par l'estomac, c'est connu !

Écrit par : trimix | 22/02/2008

tiens je serais bien d'accord avec mon ami jupi....la chose est grave LOL..


bravo pour ce blog ..et bonne journée

Écrit par : marithé | 22/02/2008

Entièrement d'accord avec les gourmets helvètes !

Écrit par : les rabelaisines | 27/02/2008

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