29/02/2008

L'éprouvante dégustation de sodas energisants

 

Bonjour, les buzzers

 

 

 

 

Nous aussi, on rêverait de gagner des thunes et des cadeaux en vantant des produits de l’industrie agrocacalimentaire sur notre blog. On pourrait faire des publireportages fiévreux, qui engendreraient des buzz planétaires. Et permettraient à des boîtes de raviolis synthétiques de se vendre comme des capotes en Chine.


Mais voilà. Le Grand Capital ne nous envoie jamais rien. Pas un seul paquet de croquettes pour chien. Pas une couche à tester. Pas une barre de cacao chimique. Rien. Snif.

Du coup, on s’est dit que si les industriels ne venaient pas à nous, nous, on allait venir à eux. Et hop, on a organisé une dégustation technique et sensorielle de sodas énergisants. Une vraie dégustation. A l’aveugle. Avec trois gosiers avertis (un œnologue patenté, un diététicien œnophile et une exquise frangine blogueuse à qui on ne la fait pas). Et sept Energy Drinks du commerce (achetés avec nos propres deniers, t'y crois à ça??), préalablement chemisés et numérotés comme l’exige la doctrine.

 

 

 

Ben, on a dégusté, justement.


Diable que ces breuvages sont infects. Avec des bouquets chimiques et puants, des bouches archi sucrées et méga acides, à la fois pâteuses et aigres, qui te font tomber le dentier et écarquiller les orteils.

Voilà notre pire-parade, soit le podium des canettes les plus infectes.
 

1. «Burn», lancé récemment par Coca-Cola, rafle la médaille d’or de la boisson la plus éprouvante, «qui décape et te fait fondre l’émail façon vinaigre». Jury unanimement pétrifié.

2. «Bio Energy» de Biotta, «aromatiquement infâme» écope de la deuxième place.

3. L’Energy Drink de la Coop et le Red Bull arrivent ex aequo à la troisième place des dégoûtants, avec un maigre avantage de l’original (le Red Bull) sur sa copie caricaturale.

Dans le peloton final se placent, dans l’ordre, Dr Pepper, BodyStyle et l’EnergyCola de la Migros, qui triomphe grâce à sa discrète platitude.

 

 

 

 

Bon, après ce premier pas vers nos copains industriels, on attend de petits cadeaux.

Grosses papouilles du Léman

 

28/02/2008

La queue de bœuf mijotée quatre plombes au banyuls

 

Comment que ça va bien?

 

 

 

 

Le banyuls est un vin à la fois doux et catalan, dont les vignes dévisagent la Grande Bleue sans ciller. Il y a de bons banyuls et des banyuls sublimes. Des banyuls profonds et intimidants, aux parfums d’épices lointaines, d’orange amère et de moka, dont la douceur, loin de se montrer liquoreusement racoleuse, confère à l’aristocratisme vinique. Parfaitement.

Certains affirment que le banyuls constitue le meilleur compagnon du fumeur de cigare solitaire le soir au coin du feu. C’est vrai. D’autres assurent qu’il s’agit du seul breuvage terrestre capable de tenir tête à un dessert de chocolat noir. C’est encore vrai.

Vous imaginez donc le déchirement qui zèbre les tripes de l’œnophile balançant une bouteille de ce vin précieux au fond d’une cocotte fumante. C’est que voyez-vous, la cuisine est affaire de partage, mais de sacrifice aussi parfois (c’est beau ça, on dirait du Jean Lacouture).

 

 

 

 

Tout ça pour vous parler de notre queue de bœuf longuement mijotée au banyuls. Plat d’un slurpisme achevé, qui n’exige rien d’autre que deux feuilles de laurier, trois brins de romarin, quelques gousses d’ail (comptez deux gousses par gulu à nourrir), quatre clous de girofle, deux carrés de chocolat noir, un rien de cannelle, une orange et des oignons grelots. Alouette.

Plus une bouteille de banyuls et de la queue de bœuf (qui n’a que les os sur la peau, compter deux tronçons épais comme trois doigts par personne). Queue, soit dit en passant, dont le brave animal se sert d’ordinaire pour écarter les mouches et les mains baladeuses des présidents défroqués en goguette au Salon Agricool.

 

 

 

 

Action. Commencez tôt, il va falloir poireauter cinq heures.

Dans une boule à thé, cachez le romarin, les clous de girofle, le laurier et quelques grains de poivre.

Ficelez les queues (on voit d’ici les commentaires libidineux), salez, poivrez. Puis faites les dorer de tous côtés au fond d’une cocotte. Virez la graisse. Et mouillez de 5 décis de banyuls (aïe, snif!). Immergez la boule à thé dans un coin. Jetez les gousses d’ail entières, le chocolat et une pincée de cannelle.

Laissez mijoter à couvert quatre heures, en retournant la viande à mi-course (au bout de deux heures donc). Puis retirez avec précaution le bœuf à l’écumoire, virez la boule à thé, et laissez refroidir le jus (sur le coin de la fenêtre puis au congélo s’il le faut) pour le dégraisser. Oui, faut dégraisser dru.

Remettez la viande dans la cocotte et faites réduire le jus de moitié jusqu’à ce qu’il se montre follement liquoreux. Goûtez. Et rectifiez l’assaisonnement et la douceur, en ajoutant éventuellement un ou deux morceaux de sucre brun. Voire un carré de choc de plus.

Faites glacer vos oignons grelots. Pelez-les et recouvrez d’eau dans une casserole avec une cuillère à soupe de sucre, une noisette de beurre et une demi-cuillère à café de vinaigre. Quand l’eau est évaporée, laissez les oignons caraméliser gentiment à feu tout soft.

Zestez une orange.

Acte final: nappez la viande de sauce, coiffez de zestes (décoratifs certes, mais gustativement pertinents) et parsemez d’oignons glacés.
Avec ça, une purée de céleri fait son petit effet.

 

 

 

 

Et le glouglou????, gémissez-vous devant vos computers embués d’embruns salivaires. On peut opter pour un solide rouge de la région, Mémoire du Temps 100% carignan de chez Ferrer-Ribière par exemple. Ou aller traquer l’Italien septentrional fier et racé, le barbaresco Coparossa de Bruno Rocca, pourquoi pas. Ou encore tenter l’accord voluptueux avec un gros amarone joufflu. Ou boire du thé à la menthe. Ou du sirop de papaye. Ou du banyuls. Ou ne pas boire du tout. Ou boire la sauce. Ou boire les paroles de sa fiancée. Voyez, quoi.

 

A tout soudain, les copains

 

 

26/02/2008

Ce millefeuille de tabous alimentaires dedans nos têtes

 

 

Bonjour, les gastéropodes gracieux

 

 

 

Il y a un bon bouquin sur le miam qui vient de sortir. Pas un bouquin avec des recettes de Cyril Andrieux ou de Julie Oliver dedans. Non. Un bouquin qui cause de manière drolatique mais savante de notre rapport avec les choses qui se mangent. Rapports finalement assez louches et tordus.

Ça s’appelle «Le dictionnaire des tabous alimentaires» (ed. Favre). C’est signé d’un prof nommé Richard Deutch. Et ça se dévore de A comme Abats à V comme Vers. En passant par les chenilles, le sperme, la limace, les additifs, le foie gras, le singe, les intestins, le hérisson ou la grenouille.


D’une notice à l’autre, on découvre que l’humain moderne est devenu quand même vachement difficile à table. C’est que le pauvre bougre empile au fond de son crâne des strates de tabous alimentaires, façon millefeuille. Résumons.

Première couche: les tabous primitifs (manger de la fiente ou sa belle-mère, ça ne se fait pas).
Deuxième couche: les tabous religieux (le porc ici, la vache là).
Troisième couche: les tabous culturels (le chien chez nous, les escargots ailleurs).
Quatrième couche: les tabous écolo-politiques (que du bio de proximité, SVP).
Cinquième couche: les tabous mystico-diététiques (de la viande, quelle horreur!!!, passe-moi mes graines).
Ajoutez à ça la prolifération des allergies (ya du gluten dans ta blanquette?).
Ajoutez à ça la vache folle et la grippe aviaire (euh… des rognons de poulet? Non merci).
Ajoutez à ça les légendes urbaines (j’ai trouvé un doigt dans mon hamburger).

Et nous voilà avec une liste d’interdits alimentaires longue comme un jour sans pain. Biologique et au levain à l’ancienne, le pain.


Au passage, on se rend compte aussi que le miam d’ici devient peut-être un gros berk chez le voisin. Et vice versa.

Voilà, quoi.

Sur ce , bye bye, on a un ragoût de limaces transgéniques sur le feu.

25/02/2008

Une fricassée de lapin pour le Patrimoine mondial de l’Unesco

 

Bien le bonjour, chers gourmets virtuels

 

Président Chirac palpait le croupion des ruminantes avec tendresse. Ce week-end au Salon de l’agriculture, Président Sarko s’est également mis dans l’ambiance agricool en adoptant un langage de porcher de la pampa reculée. Très grossier dans la version originale. Et habilement remixé là.

Ensuite, Président Sarko a exigé que la gastronomie française soit inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. La blanquette de veau entre les Pyramides de Gizeh et la Muraille de Chine, quelle bonne idée!

Evidemment, la demande a illico filé les boules aux voisins. Dimanche,l’Italie a revendiqué le titre. D’ici la fin de la semaine, les cuisiniers lettons, luxembourgeois et péruviens devraient également monter aux barricades. Bonjour la baston. Pas à dire, il est vraiment bon, Nico le Bref, pour lubrifier les relations internationales.

 

 

 

 

 

D’ailleurs, on aimerait que cette fricassée de lapin à l’abricot confit, cumin et pistaches soit illico inscrite au patrimoine mondial. Si ce n’était le cas, on arrête de respirer trois minutes en faisant d’horribles grimaces.

Payez-vous de petites aiguillettes de lapin (142 grammes par bouche à nourrir). Détaillez en cubes. Salez, poivrez. Et poêlez à feu moyennement balèze dans un peu d’huile d’olive. Au bout de six sept minutes, quand le lapinou a joliment doré, ajoutez une demie poignée de pistaches effilées, trois abricots confits émincés et une pincée de cumin. Shakez la poêle une minute. Réservez. Déglacez d’un trait de vinaigre soft.

Puis servez le tout aux représentants de l’Unesco invités à dîner. Et si, par un hasard désastreux, ce plat exquis et osé ne leur plaisait pas, prononcez la formule magique autant que présidentielle: «cassez-vous, pauvres c…»

A bientôt, les lapinous

 

22/02/2008

La dent-de-lion psychanalytique au citron confit et rognon sauté

 

Coucou, les cornichons gracieux

 

 

 

Un jeu quasi psychanalytique d’écriture automatique circule ces jours-ci sur le Net. Il s’agit de balancer, comme ça, sans cogiter, à l’arrache, dix associations de saveurs.
Gracianne nous ayant aimablement proposé d’y participer, on s’y colle illico, sans nulle préparation et même, sous une rapide auto-hypnose.

 

En voiture, Lacan

 

Chou de Bruxelles-Pipi
Bigorneau-Martine la Voisine (quand j’avais dix ans)
Rognon-Citron confit
Confiture de Fraise-Fessée
Oursin-Ourson
Andouillette-Confessionnal
Curry-Camaret (ben oui, le curry de Camaret)
Rhubarbe- Papa
Roquefort-Stooges
Café-Addition

 

Evidemment, notre subconscient a craché là nombre de pistes pour appréhender les méandres de notre personnalité. Ce qui, dans un blog ouvert à tous les vents, relève de l’impudeur totale. 
Oubliez donc cette Martine et cette histoire de confessionnal. Hum…
Notre surmoi taquin aura, en tout cas, pondu une idée palpitante d’association gastronomique. Soit rognon-citron confit. Vite en cuisine!


Et comme la première dent-de-lion française est arrivée cette semaine sur l’étal de la maraîchère, voilà une salade de dent-de-lion aux citrons confits et rognon sauté au cognac. Construction subtile et coquine, le pissenlit amenant une amertume carabinée, le citron une douceur acidulée et le rognon une canaillerie douceâtre.
Voyez le tableau. On en a le bidon qui gargouille d'aise juste à tapoter sur le clavier.

 

 

 


Pour deux personnes, prévoir un rognon de veau dégraissé et émincé en lobes par le boucher à moustaches. Plus deux citrons confits (à faire maison ou à acheter en échoppe orientale) et une grosse poignée de dent-de-lion.


Laver soigneusement la salade, émincer grossièrement en virant les bouts laids.
Préparer une vinaigrette corsée, au vinaigre de Xérès pourquoi pas
Détailler les citrons en huit.
Assaisonner avec véhémence puis faire sauter les lobes de rognon à feu du diable, deux minutes grand max, dans une noisette de beurre.
Ajouter une giclée de cognac dans la poêle écumante, faire flamber si possible. Sinon non.
Touiller l'ensemble. Un tour de moulin à poivre de rab'.


Et voilà une salade préprintanière quoique reconstituante.

 

"What else?", comme dirait machin, le bellâtre caféiné autant qu'agaçant.


Merci le subconscient. A vous Vierzon.

 

PS: Comme les poux pubiens et le mildiou, le jeu des associations de saveurs automatiques est transmissible. Olivier, Arnaud, Vanille, les Frangines , Olif, Tiuscha et So viennent de l’attraper. Désolé.

 

21/02/2008

L'affaire du papet déviant et menus propos autour des classiques du patrimoine miam

 

Coucou 

Il y a quelques semaines, un de nos chers lecteurs nous a carrément et vertement interdit de parler d’un plat. Interdit. Trop fort. Cette mise à l’index nous a agacés d’abord (de quoi je me mêle?), puis amusés (hou, le mec!). Elle portait sur le papet vaudois, plat de tradition et de terroir, que l’on avait gentiment bousculé avec une version très vaguement déviante. Sans autre argumentaire de la part de notre censeur, on a imaginé qu’il enrageait de voir une recette immémoriale ainsi interprétée. A moins qu’il n’ait pas pu supporter qu’un Franco-Genevois glose d’un mets identitaire vaudois. Chacun chez soi, zut quoi.


Du coup, a jailli The question.

Que faire des grands plats du répertoire?
Hein ?
Les taquiner?
Les oublier?
Les vénérer?
Les dynamiter?

 


Nous autres chez les Slurp préconiserions plutôt le chahut tranquille. Ben oui, ces phénix gastronomiques, il faut qu’ils vivent avec leur temps sous peine de se transformer en pièces de musées. Et un plat fossilisé, c’est pas bon. Trop sec. Ou trop gras. Ou trop rance. Voyez quoi. Qui a envie de croquer dans une momie? C’est en les reliftant, les triturant, les adaptant au gré des humeurs, saisons et régions, modes même, qu’ils enjambent les siècles la tête haute.
D’ailleurs, il n’y a pas de recette traditionnelle inscrite dans le marbre. Prenez le cassoulet par exemple: c’est lequel le vrai, le prototype, le modèle original? Celui de Douzens en Aude, de Sorèze dans le Tarn ou de Revel dans le Lauragais?


Et puis, ce qu’il y a de bien avec ce vénérable patrimoine gourmand, c’est qu’il regorge d’idées pour faire le foufou aux fourneaux (ou le foufourneaux). Ben oui, des générations de marmitons ont sué au piano, autant profiter de cet héritage pour pomper quelques combines utiles. Des cuissons. Des tours de mains. Des mariages (la saucisse, le poireau et la patate par exemple, hi, hi). On ne va quand même pas se gêner pour farfouiller là-dedans.


Reste que l’époque est à l’iconoclasme débridé en matière de cuisine. Ce qui peut irriter, certes. On carpacciose à tout vent (en oubliant Vittore Carpaccio,  le rouge et tout ça); on tartare en cascade (en oubliant Gengis Khan, les Mongols furax à cheval et tout ça); on mille-feuille, on tatine, on rillette, on blanquette, on bouillabaisse, on choucroute avec tout et n’importe quoi.
Une fois, un «couscous de lentilles aux écrevisses», benoîtement proposé en plat du jour dans un resto, nous avait ainsi fait un brin tousser. Faut pas non plus pousser Maïté dans les orties.
Il y a quand même une histoire d’esprit et de lettre dans cette affaire-là. A trop faire mumuse avec les classiques, ils finissent par devenir des coquilles lexicales vides.

Bref, la popote est enfant de bohème, mais elle a un gros bagage.

Méditons ça. Je relève les copies dans trois heures.

Tchou!

19/02/2008

La marche de l'empereur coiffé de son huile au romarin: grandiose

 

Tût tût 

 

 

 

 

 

L’empereur est un poisson qui vit au fond des mers. Tout au fond. Il vit très vieux, cent ans parfois dit-on, en ne lutinant l’impératrice, son épouse, que le premier dimanche du mois après le souper. Du coup, l’empereur n’engendre pas une descendance gigantesque. Il s’agit donc de le pêcher avec modération.


L’empereur n’est pas le plus laid des bestioles marines. Mais pas le plus sexy non plus. Il a grosse goule dentue. Et des yeux de bouledogue. Lesquels éclatent souvent lors de sa pêche (souvenez-vous: il vient de tout en bas), ce qui n’est guère affriolant sur l’étal. Du coup, les poissonniers préfèrent lui trancher carrément la tête plutôt que de décourager la clientèle moderne, qui est si bégueule. En cela, l’empereur partage le destin de la lotte (laide itou), que sa chair peut d’ailleurs évoquer, dans un genre un brin plus rustique.

Z’avez vu l’exposé introductif?

Tiens, si on engloutissait des filets d’empereur à l’huile citronnée de romarin, flanqués de lanières de poivron et tomate séchée?


Voilà donc la marche (de l’empereur), à suivre comme si c’était le dernier (empereur). Notez au passage la cascade de références cinéphiliques, signe d’une culture subjugante chez l’auteur de ces lignes.

 

 

 

 

Zestez un citron vert. Puis pochez les zestes une minute. Réservez.
Emincez une branche de romarin. Réservez.
Aromatisez l’huile en réunissant, au fond d’une casserole, une gousse d’ail, deux branches de romarin entières, un demi-déci d’huile d’olive et le jus du citron susmentionné. Portez à ébullition. Retirez illico du feu. Laissez refroidir. Et virez ail et romarin. Réservez.
Taillez un poivron jaune et six tomates séchées (pour deux goinfres à table) en lanières.
Etuvez-moi tout ça, à couvert dans une casserole, avec un rien d’huile d’olive, une pincée de sel et une demie tasse d’eau. Comptez un bon quart d’heure.
Assaisonnez et farinez mollo vos filets d’empereur. Poêlez-les à feu mezzo dans une lichette de beurre et un filet d’huile aromatisée. Cinq six minutes. Surcuit, l’empereur s’effondre lamentablement, genre Napoléon après sa pathétique retraite russe.
Nappez d’huile citronnée, des zestes et de romarin haché. Disposez les légumes en gracieux mamelons partout autour.
Et débouchez vite un blanc savoyard, genre le Chignin Bergeron «Grand Orgue» 2003 de l’ami Louis Magnin, vin ample et orgueilleux, impérial quasi, qui clame haut et fort sa différence, son pays, ses racines. Tut tut tut, font les trompettes.

 

 


 

Adios!

PS: Découvrant la photo de ce plat glorieux, l'ami Fabrice a pensé qu'il s'agissait d'une "grenouille éclatée sous une mangue géante". On est peu de choses.

18/02/2008

Les petits champignons picotants de la décrue pondérale

 

Bonjourno, gastrolâtres en goguette

 

 

 

Après avoir englouti des hectolitres de fondue au fromage sur le toit de l’Europe, les orteils écarquillés dans nos Nordikas de location, les yeux embués de bonheur devant l’arc alpin dans son plus bel état et le cervelet engourdi après quatorze bouteilles de blanc bien frappées, nous revoilà redescendus dans la plaine.

Avec six tonnes de trop sur chaque hanche.


Voilà donc une salade acalorique quoiqu’exaltante de champignons de Paris (crus!!!) au curry et graines de fenouil en crème aérienne de ciboule. Louons au passage lesdits champignons de Paris, créatures simples mais riantes, dont la saveur discrète (euphémisme) accueille les épices et apprêts dingos les bras ouverts. Braves petits champis parigots. Trop couillons mais sympas.


Visez donc de petits champignons, bien propres, bien ronds. Nettoyez et séchez les délicatement.
Puis dégottez-vous un chouette fromage frais light, avec autant de matière grasse dedans que sur le croupion de la première dame de France.
Touillez-le avec acharnement avec une branche de ciboule (ou d’oignon frais) émincée, une larme d’huile d’olive, seize gouttes de citron, une tombée de curry corsé et une grosse cuillère à café de graines de fenouil. Sel, poivre, paprika. Goûtez. Il faut que ça arrache un brin la glotte.
Mélangez ensuite aux petits champignons. Avant de dévorer avec une feuille de laitue coupée en quatre et un grand verre d’eau.
Ben oui, c’est la diète. Pour vingt-quatre heures.
Demain: gratin de nouilles au saindoux.

 

 

 

Bye, bye

08/02/2008

Parlons peu, parlons de mèzigue.

 

 

 

  

Hello,

 

Tiens, trois petites news intimes pour clouer la semaine.

 

Primo: le blog Top Slurp s’apprête à fêter ses deux ans d’existence. Emotion. Larmes. Hoquets. Deux ans d’amour et d’humour, de flageolets et d’encornets. Deux ans plein de rires et de chansons, de crimes crapuleux et de cochon rôti. Vous avez été 650 milliards à consulter quotidiennement ce blog depuis le 16 février 2006. Comme chaque année, vous recevrez donc votre colis personnel en guise de remerciement, avec votre poids en rillettes de buffle et un magnum de Cacolac dedans.


Deuzio: on repasse à la téloche cet aprème, l’amie Scoopette nous ayant aimablement invité à cuisiner live et sans filet une bêtise érogène pour la Saint-Valentin. Ça va chauffer dans les chaumières.


Tertio: on part chasser le dalaï-lama en Nouvelle-Guinée pour une semaine. D’où une suspension provisoire de slurperies.

A bientôt, les ptérodactyles

 

 

 

 

07/02/2008

Par Toutatis! Le cou de porc fumé et caramélisé à l’hydromel

 

Salut, les martiens

 

A Genève, un apiculteur fait de l’hydromel. Comprenez du vin de miel; une liqueur über puissante et capiteusissime, pas franchement aérienne, qui vous tapisse la bouche aussi sûrement qu’un kilo de marshmallow confit au sucre, en y laissant un interminable sillage miellé. Le producteur conseille de siffler cet impressionnant sirop avec un foie gras. Je ne vous dis pas le double gras en bouche. Du coup, on a imaginé d’autres emplois pour ce doux bulldozer.

Pourquoi ne pas l’utiliser pour caraméliser une tranche de cou de porc fumé? Hein, Obélix? Voilà une recette un brin baroque et canaille, antibling-bling pour tout dire, que l’on imagine assez bien sur la table d’un roitelet de l’ancien régime.

 


Le cou de porc, ou l’échine en VFF (version franco française), est un morceau entrelardé, tendre et goûteux, bizarrement assez peu prisé par les marmitons. D’où son prix amical. De par chez nous, on peut le dégotter en supérette à la fois fumé et bio.
Ne zappe pas, lecteur lointain. Et sèche tes larmes. A côté de chez toi aussi, il y a sûrement du cou de cochon fumé et bio. Cherche. Cherche. Et tu trouveras.

 

 

 

 


Tactique. Faire cuire la tranche dans de l’eau frémissante trois quarts d’heure. Virer l’eau de la casserole. Ajouter un déci d’hydromel et un demi-déci de vin blanc. Quatre tours de poivre au moulin. Crac. Laisser réduire. Quand le vin tourne au sirop, tourner et retourner le porc sans relâche, jusqu’à ce qu’il affiche une belle mine acajou, dit teint-de-la-mémé-suédoise-à-Ibiza-en-août.

 

 

 

 


Servir avec un petit gratin light de poireaux (ya la recette quelque part sur ce blog, mais où?).

Et un rouge svelte mais impérieux, susceptible de tenir tête à ce coquin de porcinet laqué.


Tiens, sniffe-moi donc le Coteaux du Vendômois vieilles vignes de chez Patrice Colin, avec son atypique bouquet de mûre bien fraîche, de gingembre et de résine. Et pâme-toi devant cette bouche pleine et poivrée, entêtante mais élancée. Dix balles chez le marchand. Quoi? Te plaît pas, ce pinard-là? Non? Ben, ya du Red Bull au frigo.

Arrosoir

05/02/2008

La mayo, la vinaigrette, la doctrine et mèzigue

 

Bien le bonjour,

 

Peu après qu’il eut parfaitement réussi la cuisson de son cuissot de mammouth sur la braise, le premier homme de l’humanité, fier et repu, s’empressa de décrire sur un mur de Lascaux le bon petit plat qu’il venait de mastiquer. Scoop archéologique! Les peintures rupestres ne sont que des recettes de barbecue.


Après ça, d’Apicius à Thierry Marx, via Carême et La Chapelle, l’humanité gourmande n’arrêta plus de noircir du papier sur le thème du miam. Cette masse de gribouillages, on appelle ça la doctrine. La Grande Doctrine Slurp. Ou GDS. Respect.


Seul hic: parfois, la grande doctrine pédale dans la semoule. Oui.

Prenez la vinaigrette par exemple. Du Larousse Gastronomique aux Confessions de Robuchon, on nous répète qu’une bonne vinaigrette se fabrique avec trois volumes de gras pour un volume d’aigre. Comprenez trois cuillères à soupe d’huile d’olive pour une cuillère de vinaigre. Or, en touillant avec vaillance, on parvient à une émulsion parfaite avec un rapport 1 pour 2. Soit deux cuillères d’huile et une cuillère de vinaigre. Evidemment, il faut adapter un brin les doses selon les liquides employés. Mais la proportion demeure indiscutable. Troublant, non? La GDS se fourre le doigt dans l’œil. La GDS devrait faire gaffe à sa ligne.

Deuxième exemple? La mayonnaise. On nous a toujours dit et répété que la mayo ne pouvait monter qu’avec de la moutarde en sus du jaune d’œuf et de l’huile. Même Hervé This vous martèle ça à coup d’équations chimiques. Pas de mayo compacte sans moutarde, donc. Tout faux.
Pour des raisons génétiques autant que personnelles, on n’utilise jamais de moutarde. Et on vous fait une mayo d’enfer, ferme comme le pectoral du déménageur breton, juste avec un jaune et de l’huile d’olive. Faut y aller mollotissimo. Ne pas s’économiser le poignet. Et ça marche. Sans moutarde, ni combine ni machin. Sel, poivre, un filet de citron même, et vlà de la mayo pure et parfumée, sans ciment verdâtre dedans.

 

A force de prendre les grands textes initiatiques en défaut, on s’est imaginé plus malin que les voisins. C’est humain, la vanité. Alors, on a décidé d’ajouter notre brique au grand édifice gastro-littéraire en inventant un plat qui ferait date: le poulet piqué au pamplemousse.

 

 

 

 

C’est que, voyez-vous, on rôtit quasi chaque semaine une volaille aux agrumes, qui la farcissent et l’oignent, avec un résultat fruité peu satisfaisant. La peau se parfume; la chair guère.
Alors, on est allé acheter une seringue chez la pharmacienne (tout étonnée). Filtré le jus d’un pamplemousse. Et piqué la malheureuse volaille dans tous les coins de son anatomie. Partout, partout. Une passoire, la poulette. Affligeant. Voilà d’ailleurs qui n’est pas une mince affaire. Les seringues n’ont pas été usinées pour la popote.

Puis, on a cuit la bête au four.

Et alors? Ben, c’était nul.

Snif

04/02/2008

L’affriolante pita avec du poulet croustillant et mille sauces dedans

 

 

 

 

 

Niark!

 

Dans notre civilisation résolument moderne et farouchement contemporaine, il est assez mal vu de bâfrer avec les doigts. La fourchette, c’est pas fait pour les cochons, qu’on nous rabâche depuis la crèche. D’où le trouble transgressif qui s’empare du dîneur obliger de tripatouiller la nourriture avec ses mimines. Une honte voluptueuse, qui crée presto une complicité coquine autour de la table. Car, voyez-vous, manger avec les doigts, particulièrement au sein du couple en devenir, s’apparente au plus sûr trampoline vers d’autres plaisirs de sens. Une antichambre vers la chambre. Un aller simple sous la couette. Une prélimimiam, si j’ose.


Voilà donc des pitas de poulet croustillant, flanquées de tzatziki, compote d’oignons aux raisins, sauce sésame et crudités variées, qui exige donc quelques exquises manipulations collectives avant mastication.

 

 


 

Emplettes? Pas grand-chose. Il vous faut du fromage frais, un yaourt, des blancs de poulet bio, du sumac (la divine épice arabe), du kamoun, deux oignons rouges (ou quatre échalotes), des raisins secs, de la cannelle, du sésame, du piment, un concombre, de l’aneth, de l’ail, des tomates cerise, de l’oignon frais, un citron, du quatre-épices, des pitas (pain sanwitch oriental), du miel et de la laitue iceberg. Rien que ça. Et une petite heure de boulot tranquilou en cuisine.


Confit d’oignon aux miel et raisins. Une recette typique de Casablanca, empruntée à l’ami et danseur de slow Bruno, qui pourrait être la douce colonne vertébrale de cette affaire. Emincez les oignons, pochez-les un bon moment dans deux verres d’eau. Quand le liquide s’est fait la malle et que l’oignon est bien confit, ajoutez une louchée de miel, une tombée de cannelle, une pincée de kamoun et une autre de sel. Plus une poignée de raisins de Corinthe. Laissez compoter en ajoutant un peu d’eau s’il le faut.

Sauce au sésame. Touillez deux grosses cuillères de fromage frais avec une lichette d’huile de sésame et d’huile d’olive. Ajoutez plein de graines de sésame, piment, sel et poivre.
Une variante? Dame Anaïk a une formule différente autant que palpitante.

Tzatziki. Râpez un demi-concombre, essorez bien. Puis touillez avec un yaourt, deux gousses d’ail émincées, aneth, sel et poivre. Amen.

 

 

 


Crudités. Emincez une laitue iceberg. Taillez les tomates cerise en quatre, arrosez de quatre épices, huile d’olive et rondelles d’oignons frais. (Re) amen.


Poulet. Découpez vos blancs en bandelettes minces. Faites sauter à fond les manettes dans un peu d’huile d’olive. Saupoudrez de sumac (vous noterez au passage que de sumac à smack, il n’y a qu’une lettre, un U, autant dire rien du tout). Sel, poivre. Quand le poulet est roux comme le Diable, arrosez du jus de citron et shakez la poêle, toujours à feu dingue, jusqu’à évaporation.

 

 

 


Les pitas. L’affaire de trois minutes. Guignez le mode d’emploi sur le paquet. Zut quoi!
Le principe, on l’aura compris, consiste à tout poser sur la table, chacun se composant son sandwich au feeling en piochant dans les plats. Miam léger mais goûtu. Souffle oriental sur la salle à manger. Ambiance gentiment érogène. Bonheur sans nuage.

 

A tout soudain, les batraciens

 

PS. Damned: on n’a pas causé pinard. Il n’est pas interdit ici d’azymuter un rouge méditerranéen bien mûr, replet et épicé. Avec du mourvèdre dedans, par exemple. Harcelez le caviste, il finira par cracher la bouteille idoine.

01/02/2008

L’(ado) râble qui cachait du brocciu aux tomates séchées

 

Bonghjurnu,  

 

 

 

 

Le brocciu est une mirobolante pâte à la fois fraîche et corse, issue du petit-lait de brebis le plus souvent, vache parfois, chèvre rarement, ânesse jamais. C’est un fromage exquis autant que subtil. Et superlight, avec ça. « Là où le brocciu passe, jamais la bascule ne trépasse », disait Napoléon qui, mine de rien, soignait sa ligne.


L’autre jour qu’on déambulait au marché de Rive, on est tombé raide béat d’extase devant un étal truffé dudit brocciu. Lequel a sauté dans notre panier. Avant de jouer le premier rôle dans ce râble de lapinou bardé, farci de brocciu aux herbes et tomates sèchées. Excusez la longueur de l’intitulé, trop souvent gage de médiocrité rampante. Mais, juré, ce râble-là botte en bouche de tout ceux qui ont croqué dedans.

 

 

 


Touillez deux grosses cuillères à soupe de brocciu avec une giclette d’huile d’olive, sel, poivre et ail en poudre. Ajoutez dix petites tomates sèches émincées, quelques feuilles de cerfeuil hachées et de ciboulette ciselées. Goûtez. Il faut que ça soit bon. Vif, parfumé et méridionnal.


Le râble, que le volailler vous a désossé sans se faire prier, se fait assaisonner de tous côtés. Tartinez lui donc largement le ventre de farce. Roulez. Bardez de fines tranches de jambon cru. Et ficelez le tout, façon momie.

 

 


Dorez l’animal quelques minutes à la poêle dans un peu d’huile d’olive. Puis emmaillotez-le dans du papier aluminium comme un gros bonbon. Et paf, au four, préchauffé à 180°, pour une demi-heure.
Quand la pendule du salon, qui dit oui qui dit non, vous dit c’est l’heure, baby, sortez le râble de sa papillote, virez le cordage, et découper avec d’infinies précautions. Servez ça avec une petite purée carottes-céleri.

Et extrayez par la même occasion le bouchon d’un Catalan rigolard, au pif débordant de framboise épicée et à la chair tendre mais pleine. J’ai nommé la scotchante Cuvée 2006 du Domaine Boudau, vendue à tarif über câlin par le marchand. Impossible de bouder ce Boudau.

 


Pace i salute