31/03/2008

Gare aux morilles (farcies au chèvre basiliqué)

Salut, les gens

1377883750.3.JPG

 

L'autre jour au marché, on jouait des coudes pour attraper un bouquet de basilic. Mais impossible. Une dame très comme il faut, la quarantaine pomponnée et résolument glossée, avec plein de grandes marques apparentes, nous cachait l'étal. "Regaaaarde", glapissait-elle à l'intention de son mari, grisonnant et mutin."Ils font des carottes blanches!!!" Or, c'était une botte de navets qu'elle désignait. On a bien rigolé, in petto bien sûr.

L'élégante ne s'est pas arrêtée en si bon chemin. "Et ces petits pois, ils sont énoooooormes", a-t-elle hululé derechef... en montrant des fèves dérobées. Le marchand, vaguement goguenard, lui a alors indiqué les vrais petits pois, blottis dans leurs cosses. "Mais on dirait de gros haricots verts", s'est-elle étonnée. "Les petits pois, ils sont dedans", a expliqué le maraîcher, avec un demi-sourire. La créature a hoché du bonnet, avec la mine de celle a qui on ne la fait pas, avant d'aller chercher d'autres bizarreries végétales plus loin. 

Celle-là, on n'aimerait pas être son garde-manger.

 

Heureusement que l'ingénue n'a pas vu nos grosses morilles, elle les aurait pris pour des grenades de la Guerre de 14. Ou pour des prostates de vieux cosaques.

Les dites morilles, d'ailleurs, on les a farcies au chèvre basiliqué. Et c'était énoooooorme.

 

1642905970.JPG

 

Lavez les morilles en leur infligeant deux bains successifs et un dessablage délicat.

Dans le bol du mixer, réunissez une tome de chèvre frais, un demi-bouquet de basilic équeuté, une grosse cuillère d'huile d'olive, sel et poivre. Mixez.

Et, à la poche à douille, farcissez les morilles, après en avoir percé la tête de la pointe d'un couteau.

Hop à la poêle, tout doux, dans une bonne noisette de beurre, une vingtaine de minutes, en les retournant avec un soin infini. Sel, poivre. Et miam. 

Tiens, rien à voir, mais saviez-vous que les flics chinois aiment le fromage suisse? Ben oui, ils ne résistent jamais à un morceau de tête de moine. Warf.

 

Bien le bonsoir

 

PS: Les plus malins d'entre vous auront noté que le look de ce blog a changé. Et le fil RSS avec. Le nouveau est là, à droite. Amis syndiqués, rafraîchissez donc votre lien.

PS2: Les plus fidèles d'entre vous auront noté qu'on s'était déjà essayé à la morille farcie. C'est à engloutir .

21/03/2008

Quelques plans slurp pour la table pascale

 

Diling diling,

 

 

 

 

On en entend d’ici qui sanglotent. «Par le cul glabre du Diable Pourpre, que vais-je bien pouvoir faire à manger pour Pâques???? », se désolent-ils, perdus au milieu des bouquins de Cyril Lignac.
Séchez vos larmes, les agnelets, Dr Slurp déboule à votre rescousse.

 

A Pâques, la tradition dit agneau. Ne la contrarions pas.

 


Avec ce gigot au citron, ail et coriandre

Ou ces souris mijotées au thé de menthe

 

A Pâques, les peuples du sud disent cabri. Ne les contrarions pas.

 


Avec ce demi-cabri rôti aux herbes

Ou cette épaule de cabri aux cumin, gigembre et patates douces.

 

A Pâques, le Midi dit Brandade. Ne le contrarions pas.

Avec The brandade slurp

 

A Pâques, d’aucuns s’empiffrent de lapins en chocolat.
Pourquoi en chocolat? Mangeons du lapin tout court.

Par exemple un râble farci au brocciu

Voire un lapin au laurier et genièvre

 

A Pâques, certains pensent très fort au Petit Jésus. Nous, on a fait une croix dessus.

 

Diling diling.

 

PS: La semaine prochaine, point de slurperies. On va jouer au ping-pong avec les grands singes de Bornéo.

20/03/2008

Le cas Black Crowes et le risotto aux morilles et asperges sauvages

 

Bien le coucou pascal, mes agneaux

 

 

 

 

L’autre jour, on est allé claquer quelque mitraille chez le disquaire. On en est sorti avec trois disques tendance: le dernier Adam Green (adorable), Vampire Weekend (pas mal) et les Black Lips (bof bof).
Et pour temporiser toute cette branchitude de saison, on a également glissé le dernier Black Crowes dans notre petit panier, qui est probablement l’album le plus réactionnaire de la décennie.
C'est que, voyez-vous, les Black Crowes vivent avec le rétroviseur braqué sur l’année 1972, avec une fixette sur les Rolling Stones en général et Exile On Main Street en particulier. D’où un rock résolument naphtaliné, savamment fossilisée, rétropédalant en diable, qui ferait passer les gens d’AC/DC pour de dangereux DJ’s de drum & bass. Le punk-rock? Le hip-hop? La techno? Z’ont rien vu passer les Black Crowes, kéblos qu’ils sont en 72.
Selon affinités, on trouvera ce travail-là admirablement intempestif ou foutrement ringard. De la musique de vieux cons pour vieux cons. Et on aime assez bien ça. C’est grave, docteur?

 

Et pendant que ce gros blues baveux et millésimé bavait dans nos enceintes, on a noué un tablier de cuisine autour de nos hanches osseuses et hâlées pour vous mitonner ce risotto d’asperges sauvages et morilles. Risotto qui ne sent nullement la napht’ mais bien le printemps.

«Y'a le printemps qui te réveille, t'as le bonjour du printemps», chantait benoîtement Michel Fugain quand il avait encore de cheveux.

 

Bref, pour quatre gulus à table, il vous faut:
- 300 grammes de riz carnaroli
- Deux échalotes
- 30 grammes de morilles sèches (ou pas)
- Une demi-botte d’asperges sauvages
- Deux tranches un peu épaisses de jambon cru maigre
- Un bon litre de bouillon de légumes corsé (venu de la supérette ou fait maison comme décrit quelque part dans ce bog, mais où?)
- 30 grammes de parmesan
- 20 grammes de beurre ¨
- Une louchée de mascarpone.
- Un verre de vin blanc
- Quatre pluches de cerfeuil

 

Vous noterez au passage la précision, inhabituelle en ces lieux, du dosage des ingrédients. C’est que le risotto est une alchimie délicate qui mérite un brin de sérieux. Pouet.

 

 


 

Mettez vos morilles à réhydrater dans un grand verre de vin blanc. Une heure. Puis filtrez plusieurs fois le vin. Réservez.
Faites revenir les morilles dans une noisette de beurre une dizaine de minutes à feu cool. Réservez.
Lavez les asperges. Couper le bas des tiges duraille, soit un tiers environ. Puis détailler en bâtonnets. Les queues, plus coriaces, cuiront plus que les têtes. Na!Détaillez le jambon en fines lanières.
Faites blondir (mais pas brunir) les deux échalotes émincées dans une cuillère à soupe d’huile d’olive au fond d’une grosse casserole. Au bout d’une dizaine de minutes, ajoutez le riz, remuez jusqu’à ce que les grains deviennent aussi translucides qu’un bustier de starlette.
Ajoutez le vin blanc (qui doit sentir la morille à mort) et laissez évaporer totalement.
Baissez le feu. Intégrez les queues d’asperges et mouillez avec une bonne louchée de bouillon.
Puis recommencez l’opération louche à louche, en remuant le moins possible, jusqu’à obtention d’un riz moelleux dehors, mais un tantinet croquant à cœur. L’opération dure normalement un gros quart d’heure.
A mi-cuisson, on n’oubliera pas d’intégrer les têtes d’asperges. Ben oui. Puis les morilles. Ben oui (bis).
Quand le riz vous semble OK, ajoutez le jambon, le beurre froid coupé en morceaux, une cuillère de mascarpone et le parmesan. Avant de mantecarer avec vigueur et vélocité, soit de lier le risotto avec la spatule en bois trouée de rigueur (voir autoportrait de l'artiste au travail ci-dessus).


Rectifiez l’assaisonnement. Parsemez de pluches de cerfeuil et débouchez un Cour-Cheverny des Huards, blanc altier et farouchement hors-mode. Un peu comme les Black Crowes, mais en plus rafraîchissant.

 

 

 

Tchou!

 

 

19/03/2008

La salade de steak aux herbes fraîches façon thaï (de guêpe)

Salaam, les gens

 

 

 

Tiens, si on causait vocabulaire. C’est qu’il y a deux ou trois expressions contemporaines qui nous interpellent au niveau du lingual.


«Conséquent» pour commencer. Quand on était petit, conséquent, ça avait rapport avec la conséquence. Il a fait ce qu’il a dit: il a été conséquent. Ben oui. On ne sait trop comment, ce conséquent s’est mis à signifier substantiel, gros, important. Drôle, non? Oui, Monsieur, le pavé de bœuf est conséquent: 250 grammes.
Dodu, mafflu, balèze, considérable, velu; le lexique ne manque pourtant pas de ressources.
Mais non, le parler ambiant a choisi conséquent. Ce qui manque atchement de charme. On notera au passage qu’inconséquent n’a pas revêtu le sens contraire, soit petit, riquiqui, maigrelet : Rassurez-vous ma petite dame, le pavé de bœuf est inconséquent. C’eût pourtant été conséquent.

 «Grave» ensuite. Çui-là, on l’aime bien. L’est à la fois adverbe et adjectif, et traduit grosso modo une surenchère approbative. Ou désapprobatrice selon le contexte.
Le pavé de bœuf? Il est grave, Monsieur. Bon, évidemment l’ancienne acceptation peut s’entrechoquer à l’occasion avec la nouvelle: «Mireille Mathieu, elle chante aiguë, c’est grave». Dans le genre, il y avait aussi: «Il fait chaud, c’est cool.». Ou « le bain, c’est bath ». Voire « ton top, Simone, il est top

«Trop» pour finir. Qui a gentiment remplacé très. Trop bon, le pavé de bœuf, Madame. Pour l’instant, rien ne s’est d’ailleurs substitué à l’ex-trop. Grave peut-être ?

Bref, voilà une salade de bœuf aux herbes fraîches façon thaï, baignée d’une vinaigrette au citron vert comme là-bas. Salade trop grave, quoique - pondéralement parlant - relativement inconséquente.

 

 

 

 

On se paye un pavé de rumsteck, compter 100 grammes par gulu. On le saisit vite fait sous toutes les coutures, on assaisonne et hop au four à 90°, blotti dans du papier-alu.
On se paye des jeunes pousses printanières aux saveurs spirituelles: trévise, pourpier, cresson and co.
Plus une demi-botte de cerfeuil, de coriandre et de menthe.
On nettoie tout ça, on vire les tiges et queues. On émince la menthe.
Et on s’attaque à la vinaigrette au citron vert.
Pour laquelle, il s’agit d’émulsionner:
- Le jus d’un citron vert
- Deux cuillères de sauce de poisson
- Du piment en poudre
- Une pincée de sucre
- Une cuillère d’huile de tournesol
En adaptant les quantités jusqu’à obtention d’un jus giga tonique et frais.
On balance herbes et salades dans un très joli plat aux couleurs assorties avec les rideaux.
On ajoute une bonne pincée de graines de sésame grillées
On sort le steak du four, on tranche en très fines lamelles.
Et on touille le tout avec la vinaigrette.
Le résultat? Trop grave.
Voire même über style.

 

A pluche, amigos

17/03/2008

La lapinou dans sa gaine d'ail des ours

 

Bien le bonjour, les ours

 

 

 

 

You pla pla pouet. Le revoilà. Qui ça? Ben l’ail des ours, Germaine, cette plante prodigieuse, de la famille des aulx, qui montre le bout de son pif vert dans les sous-bois des contreforts jurassiens aux premiers soubresauts printaniers. Et dont les longues feuilles, à l’élégante et fraîche saveur alliacée, t’illuminent la popote d’un groove verdoyant.
You pla pla pouet. Le revoilà, disais-je.

 

 


 

Déjà loué par nos services l’an passé avec une certaine pompe, et , l’ail des ours nous a, ce coup-ci, servi à emmitoufler des aiguillettes de lapinou qui passaient par là.
Vous l’aurez compris peut-être, voilà des filets de lapin vapeur dans leur combinaison d’ail des ours. Recette soufflée dedans nos trompes d’eustache par le crémier qui, mine de rien, connaît un paquet de combines gourmandes. Bougre de crémier.
La tactique? Assez ardue. Vingt minutes avant de s’affaler à table, oignez d’huile d’olive, salez et poivrez vos filets de lapin. Puis emmitouflez-les d’ail des ours. Avant de les rouler dans du film alimentaire, super serré et de manière résolument hermétique, façon Carambar.

 

 


Hop, dans le panier vapeur, 10 minutes. Après, on découpe de petites bouchées, qui font rire les enfants et glousser les mamans.
C’est slurp, c’est light, c’est moderne.
Si on ne gagne pas le Prix Lignac de la recette branchouille 2008 avec ça, c’est que le jury a été acheté.

Tchou!

PS: A la relecture, on trouve ce billet d’une frivolité frisant le crétinisme majuscule. C’est l’andropause qui ramollit le cervelet? Ou la victoire du PS à Toulouse?

PS2. Dans les champs, évitons de confondre l’ail des ours et le muguet. Car qui bouffe du muguet clamse le 1er mai (proverbe syndicalo-vaudois).

PS3. Les frangines font un pesto des ours de la mort. Scoopette itou, page 44 de son récent et désopilant "Mise en Bocal" (ed. Favre). Et Véro aussi; et Bebop tambien.

PS4. Avec le lapinou, il n’est pas interdit de s’enfiler une longue rasade de ce Morgon joyeusement bouqueté et élégamment charpenté.

 

 

 

 

 

13/03/2008

Les tartines de sole aux bolets et Greco le magnifique

 

 

 

 

Bien le bonjour,

 

Vous voulez un tuyau de la mort? Ben voilà un très beau blanc italien de la maison Vesevo. Un blanc aux parfums atypiques mais exaltants d’amandes grillées, d’ananas et d’abricot sec. Un blanc méridional, bien joufflu et coquin, pourvu d’une nervosité minérale qui te laisse la bouche fraîche comme un matin de printemps dans les Vosges. Vendue à prix bisou (quinze balles, neuf petits euros) par le marchand, cette merveille en robe solaire nous vient de la Campagnie, de la région d’Avellino plus précisément, qui ne vénère qu’un cépage: le Greco Di Tufo, plant  importé de Grèce il y a quelques millénaires, qui trouve une expression mirobolante sur les sols volcaniques de ce coin de la péninsule.


Et keskon mange avec ce Greco di Trufo? Cherche, feignasse ! Tu donnes ta baveuse au chat?

Une tartine de sole à la rouille et aux bolets, pardi!


Payez-vous de petits filets de sole. Et une focaccia, ou à défaut un pain blanc tendre et aéré. Vérifiez au fond du placard s’il vous reste des cèpes secs. Mettez en illico une poignée à réhydrater dans un peu d’eau (avec une larme de gnole, ça ne fait jamais de mal). Quand les champignons ont retrouvé leur souplesse naturelle, essorez et faites dorer dans une noisette de beurre. Réservez.


Tambouillez-vous une rouille à la force du poignet. Soit une mayonnaise à l’huile d’olive, avec une demi gousse d'ail hachée, quelques filaments de safran et cinq gouttes de citron dedans. Sel, poivre.
Faites griller (ou four ou au toaster) vos tranches de pain, débarrassées de leur mie. Puis tartinez de rouille. Ajoutez quelques cèpes en lamelles. Et coiffez d’un demi-filet de sole salé et poivré.
Et hop, quatre minutes dans le four préchauffé à 187° (cinq minutes même en cas de filets dodus). On peut coiffer les tartines de pluches de persil, voir de roquette hachée. Pourquoi? Parce qu’elles le valent bien.


Sur TF1, ils concluraient tout ça par un «elle est pas belle la vie?». Mais on n’est pas sur TF1, mais sur Top Slurp. Alors on se quitte sans un mot, avec simplement un sourire sibyllin flottant sur nos lèvres purpurines

 


 

A tout soudain, les potes

 

11/03/2008

Le tajine d’agneau qui te cause du printemps


Salud!

 

 

 

 

Le mois de mars est un mois maudit pour les gourmets. C’est la césure. Les fruits et légumes d’hiver désertent les étals. Leurs collègues du printemps tardent à se pointer. Pas pressés, les cochons.


C’est là aussi que prolifèrent les fraises des antipodes, les asperges du Mexique, les tomates espagnoles gonflées à la flotte et toutes sortes de primeurs importées à grandes giclées de kérosène. Frères et sœurs, évitons la tentation. Serrons les dents pour quelques semaines encore. C’est dur. Mais c’est juste.


D’ailleurs, il existe des combines pour patienter dans la joie, comme ce tajine d’agneau préprintanier, qui offre un zeste d’exotisme tout en ouvrant une lucarne vers les beaux jours. Trop fort. On notera au passage que, loin d’être un artifice de service, le tajine, cet autocuiseur du désert, est un concept culinaire total, dont la sublime simplicité nous épate encore. Une cloche, de la terre cuite. Et basta. Cuisson douce; saveurs préservées. La cocote minute Seb peut aller se rhabiller avec son ridicule sifflet rouge.

 

Au marché, crachez sur les cerises d’Afrique du Sud.
Et payez-vous quelques carciofi (ou artichauts violets), deux fenouils et une botte de petits navets. Plus une épaule d’agneau gentiment désossée et coupée en cubes par le boucher moustachu. Comptez 120 grammes de viande par bouche à combler.

 

 

 

Faites tremper votre tajine.
Débarrassez les carciofi de leurs feuilles extérieures, moches et coriaces, tranchez au raz de la queue et coupez la pomme en son milieu, de façon à éliminer toute la partie supérieure des feuilles. Mettez-les à tremper dans de l’eau citronnée. Tout contents, les carciofi.
Idem pour les fenouils: exit le cœur duraille. Détaillez en feuilles.
Lavez les navets. Coupez-les dans le sens de la longueur, puis dans le sens de la largeur. Gardez un tout petit bout de verdure; c’est chic et chou.

Hachez un gros oignon et expédiez-le à fondre au fond du tajine, à feu mezzo, dans une giclée d’huile d’olive. Saupoudrez généreusement de kamoun et de ras-el-hanout. Ajoutez une demi-cuillère de graines de coriandre. Remuez jusqu’à obtention d’une pâte odoriférante. Puis faites dorer la viande de tous côtés. Sel, poivre.
Montez votre tajine. La viande en bas, les carciofi ensuite, puis les fenouils et enfin les navets. Plus 27 raisins de Corinthe, pour amener un brin de douceur dans ce monde de crapules crypto-gaulistes assoifée de pouvoir.


Mouillez avec deux verres d’eau. Refermez et laissez glouglouter d’abord à feu musclé, puis, dès ébullition, à feu pépère. Tout ça va cuire entre une demi-heure et quarante minutes. On jette tout de même un œil sous la cloche régulièrement, manière de surveiller le niveau de jus. Dix minutes avant la fin, touillez tous les ingrédients et rectifiez l’assaisonnement.


Avec ça, il faut du couscous, qu’il serait dommage de ne pas safraner en intégrant quelques pistils dans l’eau de cuisson. Et un rouge girond, agile et poivré (un peu genre Rika Zaraï), susceptible de fait ami-ami avec les épices. Nous, on a débouché une mondeuse savoyarde des fistons de Charles Trosset. Peccable!

 

 

 

 

A tantôt

PS : Une salade de carciofi au balsamique ? Un tajine de poulet aux citrons confits ?
Oui, il y a du matos caché dans nos archives.

10/03/2008

La nage de poissons à l’anis étoilé qui t’envoie au plafond

 

Coucou, contemporains connectés

 

 

 

 

 

Les lecteurs de Top Slurp ne le savent que trop: les desserts allégés et autres espumas de légumes gonflées à l’hydrogène gazeux ne courent pas ce blog. Ce qui ne signifie nullement que la popote maison soit de celles qui te boudinent aux entournures. Hou la, non.
Notre balance peut en témoigner, elle qui indique les mêmes valeurs qu’en 1978. Enfin, grosso modo.

On a pourtant reniflé çà et là comme un début de réputation honteuse (Top Slurp = Gros Blurp), tout en sentant l’haleine fétide de la désapprobation diététique nous filer le train, en s’insinuant dans les sombres corridors de la blogomiam comme un venin de rascasse (oui, on aurait pu faire un bon score à la municipale de Champignac).

Il fallait réagir. Voilà donc une nage de la mer parfumée à l’anis étoilé et au garam massala, qui s’avère d’une légèreté quasi inhumaine. Tu la boulottes, tu maigris. Magique. Il s’agit d’ailleurs d’arrimer solidement les convives à leurs sièges avant le repas, sous peine de les voir s’écraser au plafond une fois leur assiette achevée.


Pour quatre gulus à table, faut se payer 16 grosses crevettes crues, 24 palourdes et quatre tronçons de lotte d’une centaine de grammes pièce. Plus des carottes, un poireau, un céleri branche et de l’oignon frais.

Après, on rentre chez soi en lévitant sur le bitume

 

 

"Nage en devenir", nature morte pixellisée, Estèbe, 2008.
4e Prix au festival de la photo maritime de Vierzon.

 


Dans un litre et demi d’eau, on balance cinq anis étoilés, le blanc d’un poireau coupé n’importe comment, une carotte coupée n’importe comment, une gousse d’ail, deux grosses pincées de garam massala (en poudre de chez le marchand ou fait maison comme indiqué là), deux grosses pincées de curcuma (pour la couleur vangoghienne), deux oignons frais entiers, dix grains de poivre et un demi-déci de Pastis. Oui, du Pastis.


Décortiquez les crevettes. Et ajoutez les carcasses dans le bouillon.
Extrayez les os de la lotte, en séparant les tronçons en deux bouchées. Et ajoutez les os dans le bouillon.

Laissez glouglouter à feu pépère 40 minutes.
Pendant ce temps, émincez en brunoise une tige de céleri branche et une carotte. Taillez aussi un oignon frais en minirondelles.

Filtrez le bouillon, virez tout ce qui surnage, et remettez sur le gaz. Rectifiez l’assaisonnement. Intégrez le céleri et la carotte. Laissez glouglouter deux trois minutes.

Baissez le feu. Et immergez les crevettes, palourdes et morceaux de lotte. Cinq minutes. Pas plus.
Répartissez démocratiquement dans les assiettes. Coiffez d’oignon émincé et d’une pincée de fleur de sel.

On peut (on doit) servir ça avec du couscous, qui épongera le bouillon avec une ferveur admirable.

 

 

 


Du cholestérol dans Top Slurp? Plutôt mourir (de rire)!

Bises acaloriques


PS: Message personnel. Saint-Papoul, faites que la gauche rafle la mairie de Toulouse. Merde, quoi!

07/03/2008

La terrine de foie gras aux lentilles: plus con, ya pas; plus bon, non plus

 

Bien le bonjour

 

 

 

Un jour, l’épouse d’un producteur de lentilles genevois, la pupille lutine et la mine gourmande, nous avait glissé ceci: «Moi, les lentilles, je les fais en terrine… avec du foie gras.» On avait répondu d’un hochement de tête poli, sans plus y penser.
Mais voilà; les propos de la dame ne nous ont plus quittés depuis. Chaque nuit, cette terrine de lentille au foie gras flotte dans nos rêveries, avec une grâce tentatrice.
Bref, il fallait muer cette chimère en bloc à croquer. On l’a fait.
C’est fastoche, rapide (une heure de taf grand max), et redoutablement slurpique sous la dent.


Il vous faut 100 grammes de foie gras mi-cuit, 100 grammes de lentilles vertes, un poireau, deux carottes, du Xérès, un oignon, une gousse d’ail, des feuilles de gélatine et deux trois aromates que vous découvrirez, ravis, en lisant ce qui suit.

 

 

 


Taillez artistiquement une petite carotte et un demi-blanc de poireau en brunoise. Ce qui signifie, dans l’opaque lexique popotier, en micro cubes mignons.


Rincez puis faites cuire les lentilles dans un litre d’eau, avec le vert du poireau coupé à la zouave, deux gousses d’ail déchemisées, un oignon piqué de trois clous de girofle, les légumes émincés menu, deux feuilles de laurier et une bonne pincée d’herbes de Provence. Entre vingt et trente minutes, à petits glouglous, jusqu’à ce que la légumineuse s’abandonne sans s’effondrer.


Pendant ce temps, faites raidir le foie gras au congélo, puis détaillez-le en copeaux.
Faites attendrir dix feuilles de gélatine dans de l’eau fraîche. Puis essorez-les.
Les lentilles sont cuites? Essorez en gardant précieusement la moitié de l’eau de cuisson. Poubellisez l’oignon, le vert du poireau et le laurier.


Remettez l’eau sur le feu, intégrez la gélatine, plus un demi-déci de Xérès, qui va t’embaumer le bouillon d’un fumet entêtant.
Salez et poivrez avec une certaine véhémence, puis ajoutez les lentilles. Laissez prendre une dizaine de minutes. Goûtez. Et rectifiez l’assaisonnement. Faut que ça pétille à la papille.


Chemisez une petite terrine de film alimentaire.


Montez votre affaire en commençant par une louchée de lentilles. Puis une couche de copeaux de foie gras, fleur de sel, poivre au moulin. Une louchée de lentilles. Puis une couche de copeaux de foie gras, fleur de sel, poivre au moulin. Une louchée de lentilles. Et voilà. Mouillez l’échafaudage à ras bord avec le jus de cuisson.


Fermez la terrine.


Et oubliez douze heures au frais.


Le lendemain (qui chante, bien sûr), ce trésor marbré s’ingurgite dans la joie avec une salade verte vinaigrée au balsamique, une pincée de fleur de sel et un rouge sudiste, plein mais élégant, tonique et tannique. Avec le Clos Marie, jamais on n’est marri.  Avec l'Olivette, c'est la fête.
Avec des slogans comme ça, on aurait fait des ravages  dans la publicité.

Bon vike, les cocos

06/03/2008

Simone la bégueule et les galettes au roquefort

 

Simone, 

Simone?


S.I.M.O.N.E.!


T’as faim?
Non? Ben, tant pis.

Simone, t’aimes les jolies petites galettes de patate au fromage à grignoter avec la salade verte?
Non? Ben, tant pis.

Simone, me dis pas que t’aimes pas le roquefort et les graines de sésame noir croustillantes?
Non? Ben zut alors.

Simone, t’as envie que je te raconte une recette slurp?
Eh !!! Oh!!! Simone, je te cause!

 

 

 

Bon, tu prends cinq ou six patates moyennes.
T’épluches et tu mets à la vapeur jusqu’à cuisson totale.
Après ça, t’écrabouilles au presse-purée (ou à la fourchette).
Dans une jatte, tu touilles avec 70 grammes de roquefort, une cuillère de graines de sésame, un œuf, une pincée de poivre et de piment et trois petites cuillères pleines de farine.
Tu goûtes.
Tu fais préchauffer le four à 180°. Et sur une plaque dûement vêtue d’une feuille de papier sulfurisé, tu déposes des cuillères de pâte, que tu aplanis jusqu’à former des galets circulaires, plats comme un thorax d’une top modèle.
Simone, réveille-toi. Je n’ai pas fini.
Tu enfournes un quart d’heure, jusqu’à ce que les galettes offrent un look inspirant.
Puis tu sers avec une salade de rampon aux noix. Voire en accompagnement d’une viande blanche.
Voilà, chouette, non?
(…)

Simone?
Hum... Simone, tu aimes le vin rouge plein de fruits noir et de gaîté?
Non? Ben tant pis.
Sinon, je t’aurais suggéré d’ouvrir un gamay de la cave valaisanne Fin Bec. Très dense, très réussi.

Simone, tu peux éteindre ton iPod et enlever ton casque intégral?
SIMONE!!!

 

 

 

 

PS: Ce billet est purement fictionnel. Toute ressemblance avec Simone (Afric), Simone (Garnier) ou Simone (Paul) serait totalement fortuite.

 

03/03/2008

La sauce acidulée aux noix, la féra, et les lendemains maritimes.

 

Chers gourmets surfeurs,

 

 

 

 

L’autre jour, on s’est fait gentiment et justement grondé gronder pour avoir poêlé un filet d’empereur. C’est que ladite bestiole, souffrant de surpêche, se retrouve menacée de disparition. On ne le fera plus.

Entre-temps, une lectrice nous a expédié la liste des espèces maritimes à boulotter sans risque de carnage. On l’a apprise par cœur. Avant d’aller toquer à la porte d’une cabane de pêcheur au bord du Léman, pour emplir notre petit panier de filets de féra, corégone rieur et goûteux qui, aux dernières nouvelles, prospère dans nos eaux lacustres.


Ces chairs d’eau douce, il est d’usage de les avaler avec une sauce béarnaise plus ou moins fraîche et franche, qui en masque souvent la saveur délicate, tout en plombant nos bidons de calories même pas voluptueuses. A distendre le slim, autant le faire pour la bonne cause.

Ben nous, sur une recette inspirée par ce cher Michel Troigros, on a pacsé notre féra avec une petite sauce acidulée aux noix, façon pesto, atchment distrayante et quasi aérienne.

 

 

 

 


Dans un mortier, réunissez une demi-biscotte, une petite poignée de cerneaux de noix, les zestes d’un citron, une tombée de basilic sec, une pincée de poivre, une cuillère à soupe de parmesan râpé, une petite gousse d’ail (déshabillée autant que dégermée). Pilonnez comme un tirailleur sénégalais dans sa tranchée. Puis mélanger la radieuse pâte obtenue avec une bonne louchée de ricotta, quelques gouttes de citron et un filet d’huile d’olive. Miamou assuré.


Le poisson est poêlé à l’unilatérale côté peau (deux minutes à fond, puis tout doucement jusqu’à que se nacre la partie supérieure). Puis se retrouve juché sur une étuvée de poireaux, beurrée avec parcimonie, et simplement soulignée d’un filet de citron et d’une pincée de sel.
Avec ça, il n’est nullement interdit d’avaler une lampée d’un très friand et gracieux chenin méridional du Domaine de la Malavielle.
Et de prier Neptune et Poséidon (qui sont assez potes, voire plus) pour que notre descendance puisse encore croquer dans du poisson sauvage en 2108. Rien de moins sûr.
Une chute grave, ça le fait aussi des fois.


Mes respects (à la noix)