30/04/2008

La truite, l’estragon et Bob Dylan

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Bien le coucou, 

Un aveu. On entretenait depuis toujours des relations plutôt distantes avec Bob Dylan. Il nous ignorait royalement (jamais un SMS ni une carte postale). On le lui rendait bien. L’autre jour, avisant deux albums passablement célèbres du bonhomme vendus à vil prix chez le marchand, on a décidé de faire un geste. On est reparti avec Blonde on Blonde et Highway 61 Revisited sous le bras. Et on a succombé. Mieux vaut tard…

C’est quand même là une bien drôle de musique. Avec des arrangements sans génie apparent (en fait discrètement brillants), des mélodies que l’on jurerait improvisées au coin du zinc (en fait bien plus malignes et entêtantes qu’il n’y paraît) et cette voix de dindon prétentieux, qui semble nous répéter «si t’es pas content, mon pote, va donc voir ailleurs».


Et, vu qu’on est sur un blog qui s’intéresse d’ordinaire aux choses qui se mangent et boivent, on osera un parallèle entre ce Dylan de 1965 et les vins blancs du Jura. Oui. Même empilement de défauts (ou en tout cas ce que la doctrine obtuse peut considérer comme défauts); même singularité; même rogue de façade; même intemporalité.
Bref; Bob Dylan-Savagnin, même combat. Qui l’eût cru?


Que ces divagations musico-viniques ne nous empêchent pas de passer en cuisine pour se mitonner des truites à l’estragon, recette un brin niaise mais stimulante au palais, qui exige des truites (ben oui) d’environ 217 grammes, dûment vidées et ébarbées par la poissonnière, un bouquet d’estragon, un poivron (ou un paprika blanc en l’occurrence), une grosse tomate, un blanc sec, un bouquet de ciboule et un citron.

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"Truites impudiques", Nature Morte, Estèbe, 2008
Troisième prix au festival de la photo piscicole de Vierzon.


Rincez les poissons. Egouttez-les. Salez, poivrez et farcissez-les d’estragon entier.
Puis disposez-les gentiment dans un plat allant au four, avec deux décis de blanc, deux brins d’estragon haché, une giclette d’huile d’olive, une pincée de sel, deux brins de ciboule émincée, le jus d’un demi-citron. Plus la tomate et le poivron, préalablement pelés, épépinés et réduits à l’état de cubes nains. Et pourquoi pas quelques tranches de citron pour faire genre.
1875288008.JPGCoiffez d’une feuille de papier-alu. Puis enfournez dans le four préchauffé à 200 degrés pour une petite vingtaine de minutes.


Vous l’aurez capté, gros malins et malignes, il s’agit d’engloutir les arcs-en-ciel ainsi accommodées en écoutant Ballade Of A Thin Man de Robert Allen Zimmerman, tout en sirotant un blanc jurassien altier mais girond. Pourquoi pas l’immense cuvée Sacha de ce cher Monsieur Puffeney? Hein?

Bien le bonsoir

Commentaires

Bien que ma tasse de thé soit plutôt l'autre Zimmermann (avec deux n, celui de Soldaten), Blonde est quand même, il faut l'avouer, un album très indémodable… Je l'ai même racheté en version CD, c'est dire…
Mais truite pour truite, je préférais l'autre, la petite truite commune européenne avant qu'elle ne soit évincée par l'arc-en-ciel cette vulgaire « envahisseuse » d'outre-Atlantique…

Écrit par : Olivia_Mohune | 30/04/2008

Bien d'accord avec vous, Madame Olivia, mais on ne trouve plus guère que de l'arc-en-ciel d'élevage. A moins bien sûr de taquiner la fario en rivière soi-même, activité réservée aux rentiers oisifs d'âge mûr.
Côté Dylan, on envisage même d'investir dans les versions vinyl des deux opus, c'est dire.

Écrit par : Estebe | 30/04/2008

J'ai toujours pensé que le père Dylan sentait un peu le poisson

Écrit par : Robert | 30/04/2008

Dylan, un vieux souvenir que j'aime... la truite chez moi ça évoque plutôt schubert : voyez au sein de l'onde, ainsi qu'un tououourbillon d'argent, la truite vagabonde, braver le flot changeant.... c'est comme ça que je l'aime. Pfff gros effort, je prendrais bien un petit vert de juradylanisé !

Écrit par : eglantine | 30/04/2008

On ne peut pas dire que ça soit bien moderne tout ça. Mais c'est dans les vieux pots (dylan-truite au blanc...) qu'on fait les meilleurs posts

Écrit par : Anne-laure | 30/04/2008

M'excuse, mais ne suis ni rentier, ni d'âge mûr(quoique), ni oisif (quoique)et pourtant je taquine le poisson. C'est grave? Par contre, je veux bien lâcher mes cannes si on débouche un blanc du Jura: un des meilleurs vins au monde...pour moi!

Écrit par : Jean-Luc | 30/04/2008

Je m'excuse pour ce portait leste et bête des taquineurs de truites. Cette remarque, c'était du toc.
On connaît même des pêcheurs jeunes, qui bossent dur après avoir mouché comme des vairons.

Écrit par : Estèbe | 30/04/2008

Découvrir Bob à votre âge... vous foutiez quoi les quarante dernières années? Parti à la pêche?

Écrit par : Olivier | 30/04/2008

Elles n'ont obtenu que le 3ème prix ces belles truites ? Alors c'était quoi le 1er et le 2ème ? Vous nous les réservez pour les prochains articles ?
D'accord que la truite fario est sûrement meilleure, mais comme on ne trouve que de l'élevage - pêchée aux environs par Monsieur - il faut bien s'en contenter, et on aime bien à la maison.
Bon week-end à vous, quelques brins de muguet virtuels,

Écrit par : Marie-France | 30/04/2008

Vieux motard...
Comment ça, ces truites n'ont obtenu que le troisième prix à Vierzon, pourtant j'ai voté 3 fois pour vos sieur Estèbe et j'ai soudoyé le pompier de l'expo et aussi la doyenne... mais bon, ça n'a pas suffit. certains ont du payer le jury plus grassement que moi!

Écrit par : mamina | 30/04/2008

Soudoyer le pompier? Waou! Merci de votre soutien occulte, Mamina.

Écrit par : Estèbe | 01/05/2008

J'aime trop manger en musique.

Écrit par : gracianne | 05/05/2008

Parlez moi du festival de la photo piscicole

Écrit par : Philippe | 05/10/2008

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