06/10/2008

Des joues de bœuf mijotées à la Guinness et au poivre long. Oui, Madame.

Bien le bonjour,

Bou! Qu’elle est pas belle la viande mijotée quatre plombes dans le viseur de notre appareil photo. C’est que, voyez-vous, ces plats carnés en sauce et à cuisson interminable, s’ils procurent une volupté majuscule à ceux qui les grignotent, s’avèrent résolument peu photogéniques. Moches comme une planche de manuel de dermatologie. Même David Hamilton louperait la photo d’une nymphette après plusieurs heures de bain bouillonnant. Toute fripée, qu’elle serait la pauvre gamine.

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Bref, tout ça pour nous excuser du faible sex-appeal de l’image de ces pourtant glorieuses joues de bœufs mijotées à la guinness et au poivre long. Recette inspirée des exquises carbonades flamandes à la bière. Et parfumée d’un poivre récemment débarqué sur notre plan de travail, le poivre long, d’origine javanaise ou himalayenne selon les textes, dont les scotchants arômes de cannelle et de réglisse vous titillent aimablement les naseaux et embaument la marmite d’un fumet ébouriffant.

Pour deux bouches à table
, prévoyez donc 500 grammes de joues de bœuf, six chatons de poivre long, une canette de guinness, une grosse échalote, une gousse d’ail, un bon fond de veau, une grosse carotte, un poireau, quatre petites patates à robe rose (roseval ou cousine chromatique), deux tomates charnues et quatre carrés de chocolat noir. Emplettes qui n'ont rien de dispendieuses, ce qui est cool en ces heures de spleen financier. Ne me remerciez pas. Nous sommes tous des subprimes criseux.

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Hou, qu'elle est vilaine, la photo!


Tranchez les joues en deux, faites les bronzer au fond d’une cocotte. Sel, poivre. Réservez. Faites blondir l’ail et l’échalote hachés. Ajoutez la viande, le chocolat, une joyeuse pincée de paprika, la carotte et la moitié du blanc de poireau émincés. Plus le poivre long, préalablement caché dans une boule à thé. Mouillez le tout de deux cuillères à soupe de fond de veau et de guinness (deux bons décis au bas mot). Couvrez. Laissez glouglouter trois heures.

Entre-temps,
vous aurez tout loisir de peler les patates et de les émincer en petits cubes. De peler, épépiner et émincer les tomates. Et de tailler de jolies virgules avec le bout de poireau restant.

Au bout de trois plombes donc,
extrayez la viande de son jacuzzi. Mixez puis faites réduire le jus pour qu’il offre une texture seyante. Réintégrez les joues, avec les pommes de terre. Rectifiez l’assaisonnement. Cinq minutes avant le service, ajoutez tomates et poireau dans ce bain de jouvence.

Voilà: les joues sont confites, le jus onctueux et odoriférant, les légumes ravissants. Tout le monde, il est content.
Surtout si l’on dégaine une bouteille de Cahors pleine de santé. Ce Lamartine 2004 par exemple qui, avec son nez cacaoté et épicé, sa chair ferme mais fraîche, pince les bonnes joues du bœuf en rigolant.

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Tchou!

Commentaires

aaaaah voilà des joues qui me ré-joue-issent (oui bon c'est l'aube hein), j'adore ce genre de truc tout mijoté froufroutant de bonnes odeurs. Cette fois je vais acheter du chocolat "spécial sauce", la dernière fois j'avais pas trouvé mieux que d'y balancer des Mon Chéri, c'était étrange, mais pas si mal.

Écrit par : Louise | 06/10/2008

C'est vrai qu'il y a quelque chose d'hamiltonien dans le flou de ta barbaque. Tu lui aurais mis des bas en dentelles, ç'a aurait pu être presque parfait.

Écrit par : Robert | 06/10/2008

Je suis une adepte de la joue de boeuf, que je mitonne, pour ma part, aux trois agrumes...ce qui n'est pas mal non plus...mais demande néanmoins une trempette préalable d'une nuit...Bref, ce que je voudrais préciser, c'est que ce genre d'article, chez un boucher bouché (donc qui ne connaît rien à la cuisine mijotée et sublime des "bas" morceaux, comme l'araignée, aussi..) vous dira presque d'un air dégoûté (si si), qu'il faut commander ça au moins une semaine à l'avance, et encore, s'il y en a. D'autre part, si par chance on a obtenu gain de cause (ne pas oublier d'en commander beaucoup plus qu'on ne le penserait car il faut s'atteler au dur boulot de peluchage....et il en faut, de la patience, et une fois débarassées, les membranes, il ne reste plus grand chose à mijoter, enfin...quand même assez, je compterais 500 gr de "peluches). Donc, si Jérome connait un boucher éclairé qui vend cette denrée ipso facto et, pourquoi pas (on peut toujours rêver, j'avais bien un boucher qui me pluchait les cervelles) déjà peluchée...qu'il me le dise et je traverserai le canton pour me ravitailler !!
Ah oui, pour le poivre, c'est où ?
Merci et mille baisers mijotés

Écrit par : Babaloo | 06/10/2008

Oui Babaloo, il faut en général commander à l'avance ses joues chez le boucher. Les nôtres, dument parées dans la bonne humeur par l'homme de l'art, venaient de chez Jacky Bulla à la Halle de Rive. La boucherie du Molard en cache parfois dans un coin de l'étal.
Le poivre long, lui, se dégotte en épicerie exotique, ou chez Lyzamir, rue des corps-sains.

Écrit par : Estebe | 06/10/2008

Ici les Blondes d'Aquitaine ont de très belles joues et notre maître boucher peut
nous en fournir (après commande). Jamais testé avec de la Guinness, pourquoi pas ?

Écrit par : gabriella | 06/10/2008

Chez moi, pas d'osso bucco sans poivre long. Pas piquant et très aromatique. Ta recette doit lui aller comme un gant.

Écrit par : sophie | 06/10/2008

De quoi me faire sortir du placard ce poivre long , acheté à force d'en voir sur les blogs et pas encore essayé ! cette recette qui sent bon le terroir me plait beaucoup ,surtout si je décide de la faire avec une belle cuivrée du nord

Écrit par : irisa | 06/10/2008

Cette recette la, ca fait un petit bout de temps qu'elle m'attire. J'avais achete de la joue - qui s'est transformee en daube, pas tres photogenique non plus d'ailleurs - et de la Guinness, qui a fini dans les onion rings. Plus qu'a retourner faire les courses, j'ai envie de gouter cette amertume moelleuse.

Écrit par : gracianne | 06/10/2008

Chez le boeuf intégriste, que l'on voit paître du côté d'Econe à l'heure où blanchit la montagne, il est un dicton récurrent: "Si on te mange la joue droite, tend la joue gauche".
Ainsi, muni de deux joues callypiges, l'homme de bien gastronome à ses heures s'en va courir les sentes, le front bouillant et la panse extasiée, déjà prêt à bondir sur la nymphette encore fraîche et à dégainer son oiseau avant qu'elle ne flêtrisse (la nymphette, donc). Quant à Lamartine, sauf le respect que je vous doit Monsieur Estebe, il y a longtemps qu'il avait cassé sa pipe en 2004. De lui, il ne reste que des os, pas du vin (c'est un jeu de mots qui circule beaucoup aussi à Econe)

Écrit par : Zorg | 06/10/2008

Chouette, revoilà Zorg. Et en forme. Pour de la prose de cette trempe, on est prêt à tendre nos quatre joues.

Écrit par : Estèbe | 06/10/2008

C'est mon morceau préféré !!!!la tendresse de cette viande est incroyable.

Écrit par : michette | 06/10/2008

je suis une adepte du boeuf à la guiness qui réchauffe après un match de rugby mais en version joue de boeuf avec la chaleur du poivre long dont je ne sais jamais que faire, j'adopte illico presto la recette. bravo

Écrit par : marie | 06/10/2008

j'ai bien utilisé de la guiness dans ma cuisine, mais c'était pour faire du welsh rarebit l'autre soir. POur cette recette là pas besoin de photo, rien que le titre m'amuse :)

Écrit par : marion | 06/10/2008

Trop occupé à planquer des lingots sous mon lit, je n'avais pas vu cette recette qui réjouit le fan de joues et de guinness que je suis. Je te laisse ce poivre étrange, j'y mettrai de l'oseille à la place.

Écrit par : Yves | 08/10/2008

a voir

Écrit par : Rene | 08/10/2008

As already said, mais à l'attention de tes lecteurs chéris, cette joue tendre est slurpique. Moche et marronnasse à souhait, mais quelles saveurs! Et quel délice de boire de la Guinness en contemplant l'autre moitié glougloutante de la bouteille.

Écrit par : Camille | 19/01/2009

Quel plaisir non dissimulé autour de la table ronde ce midi...Juste eu un peu chaud quand j'ai goûté la sauce après les 3 heures de glougloutage car le goût était un peu amer donc il faut faire attention avec les carrés de choc...qui, si on en met trop, dominent quand la sauce réduit...donc j'ai rajouté une topette de fond de veau que j'avais en réserve..Mais le truc génial, qui contribue aussi à casser l'éventuelle amertume, ce sont les tomates et l'émincé de poireau de la fin..presque cru.. comme la cerise sur le gâteau....pour un peu ils seraient bien partis avec un doggy bag les invitéls...mais nous on veut finir le reste...ça c'est sûr (oui, parce qu'il faut en faire assez, notre kilo-huit y a presque passé pour 5 !!)

Écrit par : Babaloo | 29/03/2009

J'ai testé la recette ce Noël, dans un dîner-concept sur une succession de mises en bouche de haute voltige (17, en incluant les "mises en bouches sucrées"), et elle a rencontré son public sans difficulté. Pour l'aspect photogénique de la bête, j'ai gentiment posé l'émincé de poireau (à peine revenu au beurre, pour garder sa belle couleur printemps) sur le cube de joue de bœuf et la brunoise de tomates à côté. La photo : http://img15.hostingpics.net/pics/752353MG0146.jpg

Écrit par : Seb | 30/12/2012

Ben voilà un talent de metteur en scène qui manque à l'auteur de ce blog à la noix. Bravo!

Écrit par : Estèbe | 30/12/2012

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