09/10/2008

Rougets au lard et crème de paprika: la recette à 700 milliards

 

Coucou, les happy contribuables

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C’est assez rigolo ces paquets de flouze qui valsent ces jours-ci. Ya les 700 milliards de ce brave Paulson; les 2,4 milliards d’euros pour Galileo; les trois milliards d’euros pour Galexia; les 4 milliards dilapidés par Kerviel, et on en passe et avec plein de zéros. Sans oublier les parachutes dorés, ou plutôt les montgolfières serties de diamants: trois millions d’euros pour le gulu de Dexia; six millions d’euros pour la nana d’Alcatel, etc.

Je sais pas vous, mais au bout d'un moment, tout ça devient total abstrait. Cent millions par ci; trois milliards par là. Et pouf! Ma petite dame, le billion, je vous l’emballe? On s’étonne plus. On compte plus. On peste même plus. C’est juste une petite musique avec des chiffres à la place des notes, qui fait dingueling dans nos oreilles.

Tout ça pour dire que le rouget barbet, avant-hier encore, on trouvait ça cher. Et les petits bolets tête-de-nègre aussi. Ben, l’autre jour, au marché, on a vidé notre portefeuille sans même y penser. Levez-moi les filets et prenez donc cette liasse, monsieur le poissonnier. La monnaie? Pour quoi faire?

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Après, on est allé jeter des pièces aux canards dans le lac. On s’est amusé à faire des cocottes avec les cartes de crédit. Avant de rentrer à la maison pour vous mitonner ces filets de rouget au lard rôti, petits bolets et crème de paprika frais pimenté. Recette à la fois roots et culottée, terre et mer comme on dit, que les gentes créatures qui partagent notre existence ont avalé avec un vrai enthousiasme. Sans compter, quoi.
On notera au passage l’utilisation de paprika frais, top chic et dépaysant, remplaçable sans nul bobo par des poivrons doux lambda. Il faut aussi se munir de longues tranches d’un lard salé, mais pas fumé. Et d’un piment fumé, mais pas salé. Par exemple le pimenton de la Vera venu d’Espagne, très parfumé et câlin, qui se cache d’ordinaire dans une boîte en métal au look délicieusement kitsch.

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Bon, zou, en cuisine!

Pelez et taillez les paprikas en morceaux. Faites fondre à couvert dans une casserole avec une larme d’eau et une giclée d’huile d’olive, en compagnie d’une gousse d’ail émincée. Quand le légume s’attendrit, mixez, liez d’une cuillère de crème, pimentez au pimenton, sel, poivre. Gardez au chaud.

Dégraissez un brin le lard, rôtissez-le à la poêle. Essorez sur du papier absorbant. Gardez au chaud.

Brossez les bolets, faites les sauter cinq bonnes minutes dans une noisette de beurre. Assaisonnez d’une pincée de gingembre en poudre. Sel, poivre. Gardez au chaud (quoi, on se répète?)

DSC01258.JPGSalez et poivrez les filets de poisson. Hop, à la poêle bien chaude. Deux minutes côté peau. Trente secondes côté chair. Et toc.

Récapitulation. Nous voilà donc avec un crème de poivron; des mignons petits cèpes; des bandelettes de lard et des filets de rougets. Il s’agit dès lors de présenter tout ça dignement, voire même joliment. Or c’est un art qui nous échappe encore. Débrouillez-vous.

Avec ça, un cru languedocien au fruité tapageur et à la chair aussi pulpeuse que fraîche, le sous estimé et éblouissant Faugères 2006 du Domaine Saint Antonin par exemple (13 francs, c'est quoi de nos jours?), pourrait redonner la banane aux bourses internationales.

Un trillion de bisoux

Commentaires

Il fut un temps où le rouget me barbait mais il faut bien reconnaitre que vous savez y faire pour lui redonner des couleurs! Et vive le Faugères!

Écrit par : olif | 09/10/2008

Un trillon de bisous... comme vous y allez. Avec le prix de cette recette, il fallait bien ça pour se remettre... vous pouvez en envoyer quelques uns à New York, Tokyo et Londres, il en feront sûrement quelque chose!

Écrit par : mamina | 10/10/2008

C'est vrai que ces chiffres deviennent assez irréels. Un bon plat à la basque semble bien plus masticable.

Écrit par : Yves | 10/10/2008

Tu as raison, c'est devenu surrealiste (ca fait combien en carambars tout ca d'ailleurs?). Refugions nous donc dans les bolets.

Écrit par : gracianne | 10/10/2008

Je mets du pimenton partout, c'est top et beau comme emballage. Les marmots gardent les boîtes.

Écrit par : Sophie | 10/10/2008

Voilà Estèbe qui pète les plombs. Au lieu de faire des cocottes avec ta CB, envoie-la en cadeau à un de tes bons lecteurs. Suivez mon regard dans le miroir.

Écrit par : Robert | 10/10/2008

Salut Chef, c'est quoi des paprika frais ? des poivrons allongés ?
merci
saluti
Greg

Écrit par : Greg | 10/10/2008

Même question que Greg, je ne connais pas le paprika frais.

Écrit par : gabriella | 10/10/2008

Ah, ah, ah. Mon stratagème pour faire le malin fonctionne.
Le paprika, c'est un frangin rouge et jumeau (quoiqu'un brin plus oblong) de ce bon vieux poivron, un piment doux donc, à la saveur assez fruitée et câline, qui, une fois séché et broyé, devient l'épice national hongrois.
Il se trouve qu'il y en avait des frais sur un étal de mon marché. Voilà pourquoi je la ramène comme un gandin.

Écrit par : Estebe | 10/10/2008

En fait ce n'est pas rigolo du tout, tout le monde se demande s'il ne va pas être bientôt licencié, et s'il aura encore de quoi faire bouillir la marmite. Les gens ont plutôt peur d'avoir faim, et ça, ça ne fait rire personne...

Écrit par : Gary GUETTE | 10/10/2008

Sœur Gary, vous nous faites souvent la morale, ces temps-ci. Une crise?
Il est vrai que le terme rigolo n'est peut-être pas idoine.
Disons... vertigineux? ça vous va? Ou abracadanmachin?

Écrit par : Estèbe | 10/10/2008

Autre question Sieur Estebe : lequel des rougets avez vous cuisiné : le barbet ou
le gandin ?

Écrit par : gabriella | 10/10/2008

C'est quoi le prix d'une baguette déjà ?? Avec tous ces zéros j'en perds mon Cac40tum !! Votre recette est superbe (on peut remplacer le rouget par du poisson pané si on n'a pas le sou ??)

Écrit par : Anso | 10/10/2008

C'est vrai que la CB, c'est plus pratique qu'une brouette de billets pour faire ses courses !

Écrit par : Vanille | 11/10/2008

moi je m'en fous, je prends toujours de l'essence pour 20 balles.

On le trouve où ce pimienton ? dans des trucs de luxe genre Globus ? cette boîte est adorable !

Écrit par : Louise | 11/10/2008

Pas de luxe: à la COOP!!!! Enfin, me semble-t-il.

Écrit par : Estebe | 11/10/2008

je verserai une petite larme chaque fois que je ramènerai des pimenton de Vera, snif. Négliger la présentation est aussi grave en ce moment que de faire des ricochets avec des Napoléon sur une mare. Pourquoi n'utilises tu pas des billets suisse pour tes grillades, il faut aller jusqu'au bout maintenant.

Écrit par : jupiter | 12/10/2008

Un trillion de bisoux, ça vaudra bientôt plus rien avec la dévaluation, c'est bien trop facile. Moi qui croyais la Suisse épargnée par tout ce capharnaüm de monnaies évaporées et d'origamis de billets! Cela dit, j'ai cherché la contrepèterie dans les rougets au lard (c'est à cause de Roger Martin du Gard, les neurones sont parfois trompeurs), et j'ai compris que la recette se suffisait à elle-même.

Écrit par : Camille | 12/10/2008

Des photos qui mettent l'eau à la bouche, ou peut être les recettes, ou peut être les explications... Il n'empeche que ce week end sera rouget ou boudin, peut être inconsciemment un choix entre la sirene et le matelot... Ou simplement tout dependra de mon marché, j'avoue être très curieuse de ce paprika frais ! et ce n'est pas une façon detournée de comingouter quoi que ce soit !

Écrit par : diner croisiere seine | 13/10/2008

Non, non, non et non ! Cher Top Slurp, vous êtes top, vous êtes slurp, vous êtes (presque) un Dieu mais là, ça ne va pas du tout ! Votre recette est contraire à ma slurp religion ! Pas à cause de l'UBS (rien de nouveau sous le soleil helvetique), pas à cause du paprika (miam), pas à cause des rougets (miam) ni du lard (miam) MAIS à cause de l'ensemble !

Je suis curieux, prêt à tout goûter et j'ai beau avoir essayé de comprendre ces aventures gastronomiques, je pense en effet toujours dommage de gâcher le goût du poisson, des saint-jacques, etc. par du lard ! J'en ai discuté il y a plusieurs années avec un super chef à La Chaux-de-Fonds (il était à La Parenthèse, je cherche le nom de son nouvel établissement mais je ne le retrouve pas sous la main... grrrrr...) après des saint-jacques justement et malheureusement (pour moi) entourées de lard... Je ne comprends décidément pas la démarche gustative, elle m'échappe... et en plus il me semble que le fait d'amener du gras animal (et je n'ai rien contre !) dans la délicate chair du poisson empêche d'en capter toutes les saveurs... Donc, je me demande si plutôt que de marier les rougets avec du lard (un peu comme marier les banques suisses avec un socialiste... oui, oui, je prendrai le rôle du lard...), on ne pourrait pas faire mieux ? Un petit lit pour ces rougets ? Un poivron jaune grillé ? Je ne sais pas très bien, c'est là que je reste un slurp amateur, mais ça me déprime trop d'imaginer ces beaux rougets avec ces belles tranches de lard...

Écrit par : roger deneys (alias roro slurp) | 17/10/2008

Je suis honteux de meurtrir ainsi votre credo gustatif. Mais lard et créature aquatique, parfois, juré craché, ça le fait, dru. Lard non fumé. Poisson goûteux. Et ici la crème comme trait d'union. Notez que vous pouvez adapter: par exemple en remplaçant le lard par du boudin.

Écrit par : Estebe | 17/10/2008

Bah, non ! Faites-moi souffrir... sinon, sans provocation, sans horizons nouveaux, la vie serait trop triste.

Donc je lis, j'entends mais pour le moment le passage à l'acte se révèle frustrant... je viens d'ailleurs de parler il y a une petite heure à ma compagne, Nathalie, de votre proposition de recette... J'ai eu l'impression qu'elle avait lu mon commentaire avant de parler... mais non !

Donc, on va réessayer à l'occasion, en suivant bien les top recommandations... je crois que le boudin m'inspire d'ailleurs davantage... héhéhé... Merci !

Écrit par : roger deneys (alias roro slurp) | 18/10/2008

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