09/12/2008

Le parmentier en pyjama de bagnard psychédélique

Bien le bonjour d'Alfred

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On a débarqué, ruisselant de fierté, avec notre parmentier bicolore autant que fumant entre les mains.
Quel spectacle prodigieux que cette purée rayée aux tons pop! Quelle création audacieuse et novatrice! Quel délice pour la rétine et l’âme! Sur notre visage, la fatigue occasionnée par un long labeur en cuisine s’était muée en une expression de satisfaction, sans doute un rien suffisante quoiqu’aisément compréhensible vu le chef-d’œuvre accompli.
C’est à ce moment-là que quelqu’un autour de la table a osé émettre une réserve. «En dehors du côté visuel, ton truc à rayures, là, ça sert à quoi?»
Ça sert à quoi? Ça sert à quoi? Demande-t-on à Picasso à quoi sert le machin bleu froissé entre ses gonzesses d’Avignon? Demande-t-on au Caravage à quoi sert cette grosse ombre noire derrière son barbu en armure? Demande-t-on à Mondrian à quoi sert la grille de sudoku au milieu des carrés de couleur? Hein?


Ben, sur notre parmentier, les rayures mauves, elles ne servent à rien. On ne discute pas avec l’art.
Pour un authentique et délectable parmentier aux deux pommes de terre et aux deux viandes, propre à combler cinq appétits majuscules, six même, il vous faut:
- Trois grosses patates farineuses
- Sept pommes de terre vitelotte
- 500 grammes d’épaule de bœuf coupée en gros cubes
- 500 grammes d’échine de porc coupée en gros cubes
- Une carotte, un poireau, du fond de veau, du ras-el-hanout, de la muscade, du lait, du laurier, une vraie sensibilité artistique, trois gousses d’ail, trois échalotes et un verre de cognac. Alouette.

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  Pour le ragoût. Salez, poivrez puis dorez bœuf et cochon dans une cocotte. Réservez. Faites blondir ail et échalote hachés. Ajoutez les viandes et la carotte taillée en petits dés. Mouillez avec un déci de fond de veau, le cognac et de l’eau. Dans une boule à thé, immergez aussi trois feuilles de lauriers, quelques grains de poivre noir et deux clous de girofle. Ajoutez le vert du poireau (qu’on virera en fin de cuisson) et une large tombée de ras-el-hanout. Laissez frémir trois bonnes heures.
Voire plus si rendez-vous chez le dentiste.
Dans un saladier, effilochez la viande, qui ne doit plus guère offrir de résistance après ce long bain brûlant. Mouillez-la avec la moitié du jus, en visant une hygrométrie tropicale. Rectifiez l’assaisonnement sans timidité.

 
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Pour les purées. Cuisez les patates dans le panier vapeur, les grosses dessous, les petites dessus. Quand les vitelottes sont cuites, pelez, écrabouillez au mixer (la vitelotte a la chair ferme), puis montez la purée d’abord avec quelques noisettes de beurre puis une série de petites rasades de lait. Salez bien, poivrez mollo, muscadez (une pincée d’ail en poudre est même envisageable).
Même topo avec les patates jaunes, mais au presse-purée.

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  The artistic touch. Dans un plat à gratin, alternez couche de viande, purée jaune, viande, purée violette, viande, purée jaune, etc… jusqu’à épuisement des ressources. Sur la surface, créez enfin votre motif dichromatique et imaginatif (rayures, pois, zigzags, visage de la Vierge, croix occitane, buste d’Obama…). Saupoudrez de gruyère râpé. Gratinez vingt minutes au four. Et attendez les journalistes de Beaux-arts Magazine.

DSC01541.JPGAvec ça, il n’est pas interdit de vider une bouteille d’un producteur catalan et naturel à la pointe, Cyril Fhal, dont Le Clos du Rouge-gorge 2004 s’avère simplement mirobolant de tension fruitée, de pureté minérale et de maturité harmonieuse. Oui, tout ça. Une vraie découverte.
Mais qui t'es, Fhal?

A tout soudain 

Commentaires

On dirait une recette élaborée pour les Sex Pistols, ce sont presque exactement leurs couleurs... Sinon ce vin me parait effectivement au poêle.

Écrit par : Patrick CdM | 09/12/2008

Bravo Pat: commentaire poêlant.

Écrit par : Estebe | 09/12/2008

Le tout est d'avoir une vraie sensibilite artistique - et pas une once de timidite. Bravo maitre Estebe.

Écrit par : gracianne | 09/12/2008

Ôte-la vite, ta vitelotte, ce n'est pas la couleur qu'il fhallait. Pardon pour le tutoiement intempestif, mon bon Estèbe. Sans cela, mon jeu de mot tombait à plat! Vous êtes décidément le Picasso des pique-assiettes!

Écrit par : olif | 09/12/2008

Enfin un vrai Hachis Parmentier comme je les aime... sans viande hachée tout sêche et purée mousseline dég.. C du boulot mais ça le vaut... je me passe du motif bicolore par contre. l'art et moi...

Écrit par : Yves | 09/12/2008

Von Olif, ce tu, non tu, nous tue.
Yves, total d'accord avec vous: le vrai parmentier mijoté mérite quelque effort.

Écrit par : Estèbe | 09/12/2008

Vers l'infini et au-delà !!!!! Est-ce là, d'après vous, que je place le jus de mamaye ??

Écrit par : Anso | 09/12/2008

Sudoku.
Hygrométrie.

Écrit par : rose chiffon | 09/12/2008

Qu'est ce que vous pouvez être sévère tout de même, madame Chiffon. Sévère mais juste.

Écrit par : Estèbe | 09/12/2008

Heureuse que cela vous convienne, en tous cas. Vous m'avez vexée dernièrement, l'avez-vous remarqué ? Ma rancune toutefois ne saurait passer devant l'exactitude du verbe.

Écrit par : rose chiffon | 09/12/2008

Nom d'un cochon d'Inde ! Je n'aurais pas pensé à mettre du porc dans mon hachis (très trad' en la matière, je hachisse les restes de paleron après un pot au feu). Et les vitelottes, trop beau ! Dans un récent cours de cuisine, j'ai fait de la purée violette au tamis, elle est coriace cette petite patate. Ensuite, on ajoutait une plaquette de beurre et de grosses rasades de crème (pour 1 kg de pommes de terre). Il paraît que c'est ce que préconise Robuchon...

Écrit par : Touyette | 09/12/2008

une pointe de délicatesse, pour une fois le laurier ne se baigne pas tout nu au milieu de chairs attendries. Pour lard je verrais avec les frères Dalton.

Écrit par : jupiter | 09/12/2008

Assorti à la combi de Buzz l'éclair. Belle collec de Pez.

Écrit par : Camille | 09/12/2008

Mes filles adoreraient !

Écrit par : Tiuscha | 09/12/2008

Moi, je voudrais surtout évoquer un problème dramatique dont personne ne parle : malgré ces rayures mauves à la pointe de la tendance, je remarque que tu n'es pas dans le classement Elle des "reines du Web". Pffff, c'est une honte !

Écrit par : Le confit c'est pas gras | 09/12/2008

Miss Confit ne remuez pas la spatule pleine de purée pimentée dans la plaie béante de mon amour propre. Je ne suis pas reine du web, certes, et mon mari ne pirate même pas mon blog pour voler à ma défense. Que vais-je devenir? Sniiiiiif.

Écrit par : Estèbe | 09/12/2008

Avec un parmentier pareil, avec de telle couleurs, dans le prochain classement Wikio, tu sera en tête et ce serait parfaitement justifié... même si ça ne sert à rien!

Écrit par : mamina | 10/12/2008

Ah ouais, je ne suis pas une reine non plus et ça fait mal après tous les efforts qu'on fait pour être gentils... et que le ciel nous préserve des maris!

Cela dit : "je suis une princesse et je vous emmerde" (pas vous vous, mais tous).

Écrit par : Patrick CdM | 10/12/2008

Le collectif des reines même pas du web en colère se réunira samedi soir dans le salon ici présent et ça va faire du bruit, croyez-moi Bob. Y aura du beau monde. On va leur montrer, à ces gens de la presse de femme.

Écrit par : rose chiffon | 10/12/2008

"Ça sert à quoi? Demande-t-on à Picasso à quoi sert le machin bleu froissé entre ses gonzesses d’Avignon?"

En effet, on ne demande pas ça à Picasso, qui aimait aller dans un bordel â Barcelone dans la rue d´Aviñó. C´est dans le barrio gótico, ça vaut le coup quoique la rue était très appauvrie la dernière fois que j´y suis passé. Mais on demanderait bien aux voleurs de noms pourquoi ils ont transformé une rue à putes en une belle et noble et très fidèle et françoise ville.

Écrit par : sopadeajo | 11/12/2008

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