30/03/2009

De la puissance érotique du radis (en fondue balsamiquée et pimentée pour réveiller ton grenadin de veau qui pionce)

 

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"Souvent femme radis, bien fol qui s'y fie"
François 1er

 

 

Tchou!

Certes, il n’a pas de vertus aphrodisiaques notoires. Ni même une saveur susceptible de déchaîner la passion amoureuse. Et encore moins une forme libidineusement évocatrice. N’est pas la figue ou la banane qui veut. Rien à faire: le radis n’est pas une bête de sexe. C’est une crucifère charmante, mais sans libido. Une petite chose à croquer sans arrière-pensée. Un ange planqué dans un coin du jardin potager.

Alors, me direz-vous, pourquoi avoir claironné son pseudo-pouvoir érotique dans le titre de ce billet? Ben, juste pour attirer un peu de monde sur Top Slurp. Oui, c’est malhonnête en diable. Mais nous autres, petits blogueurs indépendants, souffrons aussi de la crise. D’où cette tentative pathétique de booster notre trafic souffreteux.

Cela dit, le radis a de multiples talents et utilités. Oblong et bicolore, il fait un parfait bouchon auriculaire aux concerts de Motörhead. Rouge et rond, il devient un cochonnet valable pour vos parties de pétanque entre amis. A moins de servir de boule pour bowling miniature. Au cinéma, le saviez-vous, il lui est même arrivé de crever l’écran. Par exemple dans Qui veut la peau de Roger Radis? et Les Aventures de Radis Jacob (lol de lol de chez lol).
En cuisine (oui, on y vient, pas trop tôt), il se montre drôlement distrayant dans le navarin, dans le risotto de prinprin, caramélisé à l’orange, ou simplement accompagné d’un beurre de fanes. T’en veux d’autres, des idées furieuses? Y’en a .

Et puis gobe donc ce grenadin de veau flanqué d’une fondue de radis et ciboule au balsamique. Une recette, mine de rien, venue du fond des âges, car inspirée des gastriques des maîtres-queux médiévaux, qui maniaient vinaigre et sucre en alchimistes, bien avant la découverte du chutney en Occident.

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Pour le veau. On s’offre un beau morceau de grenadin (un cube inspirant de 400 grammes, par exemple), qu’il s’agit de colorer presto de tous les côtés. Avant de l’expédier une demi-heure au four (ou plus selon poids de la bête) à 100°, caché dans du papier-alu, en compagnie d’un bout d’échalote et d’une feuille de sauge. Et gare à la surcuisson! Le bon veau s'avale über rosé. Et pas blanc et sec comme le derrière d'un vieil énarque.

DSC01961.JPGPour la gastrique. Détaillez dix radis en tous petits morceaux lilliputiens. Idem avec deux branches de ciboule. Flanquez le tout dans une petite casserole, avec un demi-déci de vin blanc, une cuillère de balsamique, une larme de vinaigre de Xérès, un sucre brun, sel, poivre, piment soft. Faites réduire tout doucement. Goûtez et rectifiez jusqu’à ce qu’un bonheur simple et vrai vous embrase la papille.
Découpez le veau. Coiffez avec le machin. Et servez en chantant Raddy Cool de Boney M. 

She's crazy like a fool / What about it raddy cool

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27/03/2009

Rififi autour du carpaccio d’asperges à la citronnelle et gambas rôties

Bien le bonjour,

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Comme la coiffure de Mireille Mathieu, l’ours des Pyrénées, le charme discret du secret bancaire ou la transsexualité du pape Ben The Sixteen, il y a des thèmes qui divisent encore et toujours. L’asperge crue en fait partie. Certains l’adorent. D’autres la craignent.
Une récente expérience, narrée ci-dessous, s’est ainsi soldée, autour de la table familiale, par une double exécution verbale. Dr Slurp en est sorti les pieds devant, l’âme ciselée et l’égo émincé. Rien de grave, on vous rassure. Et puis, tous les gnous sont dans la panure. 
Mais on vous raconte quand même. Because, ben, ce n’était pas si mal, en fait.

Bref, croquez dans ce carpaccio d’asperges vertes, gambas rôties et vinaigrette tiède à la citronnelle.

DSC01945.JPGDécortiquez entièrement de grosses gambas crues. Et faites mariner deux bonnes heures, au frais, avec plein de feuilles de citronnelle, de l’huile d’olive, un filet de citron et une bonne pincée de poivre de Sichuan.
Préparez une huile aromatisée à la citronnelle. Dans une casserole, plongez un déci d’huile d’olive et six feuilles de citronnelle. Dès que l’huile frémit, coupez le feu et laissez infuser quinze minutes. Virez les feuilles. Puis préparez une vinaigrette acidulée avec un filet de citron, sel et poivre.
Coupez le tutu coriace des asperges (entre le tiers et la moitié de la tige selon la plastique des demoiselles). Pelez-les. Séparez les têtes d’un coup de lame vengeur. Taillez les tiges en minces lamelles à la mandoline (gratte gratte, mon petit Bambino). Blanchissez les têtes quatre minutes dans de l’eau salée. Rafraîchissez sitôt.
Poêlez à feu furax les gambas, deux minutes de chaque côté, plus 33 secondes sur la tranche, en arrosant de marinade. Essorez. Tranchez en deux dans le sens de la longueur.
Réchauffez tout doux la vinaigrette.
Disposez les lamelles et têtes d’asperges dans une grande assiette au design sobrement baroque. Empilez les crustacés, là au milieu, en une rosace érotique. Oignez largement de vinaigrette tiède. Quelques cristaux de fleur de sel. Un gros tour de moulin à poivre. Et grimpez à pas pépères sur l’échafaud.

Arrosoir

PS: L’étrange là-dedans, c’est qu’en effet, l’asperge crue n’a guère la saveur de l’asperge cuite. Rien à voir. Voilà même une vraie bizarrerie culino-physique. On en parlera à notre psychiatre.

26/03/2009

La dent-de-lion qui se poêlait au boudin

Salut, ô omnivores connectés

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On chantait l’autre jour les premiers hoquets printaniers et le débarquement de notre amigo l’ail des ours.
Ben, au même rayon, celui du réveil de la nature et de la sauvagerie végétale à saveur majuscule, voilà la dent-de-lion. Ou pissenlit. Ou couronne de moine. Ou chandelle du curé. Ou on ne sait trop quoi encore. Soit cette plante à l’amertume swingante et au croquant ravigotant, qui pointe son minois dentelé dans les champs dès la fonte des neiges.
Truffée de substances bienveillantes pour ton corps engourdi par les gratins de nouilles hivernaux, la plante collectionne les vertus. On l’a dit ainsi dépurative, laxative, revitalisante, tonique, cholagogue. Et diurétique, aussi. Certains mauvais esprits auront noté, du reste, que de pissenlit à pissaulit il n’y a jamais qu’une toute petite paire de lettres malignes. Et qu’un accident est si vite arrivé.


Bref, l’humanité se mitonne bien souvent la dent-de-lion crue, en salade, aux lardons, noix, roquefort, psychanalytique parfois. Par pur esprit de contradiction, on vous a tricoté une version chaude et diététiquement cuistre.
Une poêlée de pissenlit aux pommes épicées, gingembre et tronçons de boudin noir pimenté, qui te chante le printemps dedans la glotte jusqu’au sternum.

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Lavez 97 fois cette maudite dent-de-lion terreuse. Hachez grossièrement.
Pelez et taillez une pomme en petits cubes. Emincez finement une phalange de gingembre frais.
Découpez le boudin en mignons tronçons, en prenant garde de ne pas destroyer le précieux boyau avec une lame aiguisée à la cochon.
Faites chauffer tout doux le boudin dans un rien de beurre. Pimentez d’un trait de poivre de Cayenne.
Dans une autre poêle, faites dorer les pommes et le gingembre avec une noisette de beurre, saupoudrez largement de quatre épices (poivre, muscade, girofle et cannelle). Une fois le fruit bronzé, ajoutez le pissenlit, une bonne giclée d’huile d’olive, un filet de citron, sel et poivre. Shakez trente secondes grand max.
Et disposez le tout joliment sur un plat sobre, en un motif géométrique propre à ravir les âmes simples. Sans oublier de déboucher un pinard susceptible de tenir tête à ce gros boum gustatif: le rosé 2007 du Domaine Gramenon (vineux, corsé, frivole) sera votre nom de code.

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Tout de bon chez vous

23/03/2009

Le retour de l’ail des ours et le risotto über printanier.

Coucou, les ours

 

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Après un hiver glacé comme la burne gauche du Diable (notoirement plus froide que la droite, tous les manuels de démonologie l’affirment); après un hiver long comme un jour sans vin naturel (notoirement plus mortifère que les jours sans bordeaux chimique); après un hiver qui commençait gentiment à nous rancir le moral et nous sulfater l’optimisme, le revoilà.
Qui ça?
Le printemps, banane. Il est là, sur l’étal du marchand (c’est beau ça comme phrase, on dirait du Michel Fugain). Il est là avec son cortège de plantes atchement bonnes à manger (c’est beau ça comme phrase, on dirait du Gérard de Villiers).

Bonjour à vous, Messieurs les carciofi (ou petits artichauts violets).
Bonjour à vous, Messieurs les petits radis (rouges dehors, nacrés dedans).
Bonjour à vous, Mesdames les fèves siciliennes (si tendres, si goûtues).
Et Gloire à vous, ô splendeur des splendeurs du Cosmos, Monsieur… l’Ail des Ours (roulement de tambour, pâmoisons, sanglots...)

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A ce moment du récit, il n’est pas inutile de vous faire un rapide topo sur l’ail des ours, cousin sauvage de l’ail tout court à la saveur délicate et tonique, auquel on voue un culte dégoulinant, au point d’avoir créé, avec la copine Marion, l’opaque mais influent C.L.A.A.O, dont la bannière brille là en bas à droite. CLAAO pour Cercle Lémanique des Adorateurs de l’Ail des Ours; une association déclarée d’utilité végétale, qui accepte les dons numéraires et/ou en nature.

Bref, avalons donc ce risotto du printemps printanier de la mort du bonhomme d’hiver. Qui exige, pour ravir quatre gulus à table, 300 grammes de riz carnaroli, dix petits carciofi, 700 grammes de fèves dans leurs cosses, six radis rouges, deux carottes, deux grosses échalotes et un bouquet d’ail des ours. Plus un verre de vin blanc sec, 80 grammes de beurre et 80 grammes de bon parmesan râpé.

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DSC01931.JPGPour le bouillon.
Ecossez les fèves, balancez la moitié des cosses dans une grande marmite d’eau. Ajoutez quelques fanes de radis et de carottes, une échalote piquée de deux clous de girofle, une carotte émincée grossièrement, une gousse d’ail écrabouillée, une pincée de sel, un tour de moulin à poivre et trois feuilles de laurier. Portez à ébullition pépère. Laissez frémir trois quarts d’heure. Passez au chinois. Réservez au chaud.

Pour les légumes. Blanchissez trois minutes les fèves. Refroidissez illico. Et dérobez-moi tout ça (dérober ne signifiant pas ici chouraver, mais virer la gaine). Réservez.
Eliminez le cul des carciofi et la partie supérieure de la tête. Virez les feuilles extérieures coriaces. Coupez en quatre et réservez, au fur et à mesure, dans une eau citronnée pour éviter qu’ils ne noircissent. Puis faites les revenir à la poêle, une grosse dizaine de minutes, doucement dans un peu d’huile d’olive. Sel, poivre.
Détaillez les radis en fines rondelles, la carotte en petits dés.
Emincez enfin huit feuilles d’ail des ours (avec la tige) et l’échalote.

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Pour le risotto. Dans une cocotte, faites blondir doucement carotte et échalote dans une cuillère à soupe d’huile d’olive. Puis versez le riz. Quand il se nacre et se fait translucide, ajoutez un verre de vin blanc. Touillez jusqu’à élimination du liquide. Puis mouillez peu à peu de bouillon, à grandes louchées successives, jusqu’à ce que le risotto se montre moelleux, tout en demeurant un tantinet croquant à cœur. C’est un rien technique. C’est méga tactile. Comptez une vingtaine de minutes et environ un litre de bouillon. Assaisonnez puissamment.
Ajoutez carciofi, ail des ours, fèves et radis. Touillez une minute. Intégrez le beurre froid en petits morceaux, puis le parmesan. Mélanger suavement mais avec vélocité.

A taaaaaable !

Aparté vinique. Voilà peut-être l’occasion de remonter de la cave un grand bourgogne blanc, où gras, flaveurs et acidité nous jouent la plus belle des trignolettes. Par exemple un Montrachet (artère) ou un Meursault (du lit). Ben oui, soyons fous. Et roulons-nous dans la luxure avant que Durex XVI nous excommunie.

A bientôt. Et vivement bientôt.

PS: De l’ail des ours? D’autres recettes slurps? C’est , ici, ou par là.

19/03/2009

La capote du pape et le millefeuille de betterave au jambon ibérico

Mes bien chères soeurs

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Il y a un pays que l’on brûlerait de visiter. C’est le Pays des Papes. Car voilà bien une contrée mystérieuse et pittoresque. Ses habitants ont ainsi des mœurs qui ne ressemblent à nulle autre. Particulièrement en matière de sexualité. Un exemple? Au Pays des Papes, les gens n’ont pas, comme vous et moi, la sève qui leur chauffe l’entrejambe. Ils ne niquent pas comme des êtres humains lambda. Ils s’abstiennent. Personne ne sait du reste comment ils se reproduisent. («Silepapeétaitpapasonpapaseraitpapi», dit d’ailleurs une comptine charmante). Plus étrange encore: quand par malheur, ils enfilent une capote, ils choppent le sida. Et pof!
Dépaysant, non?

Bref, vivement dimanche que Ben le 16ème se repose. Ça fera des vacances à l’humanité.

D’ailleurs, ce hamburger de betterave au jambon serrano aux noisettes et quenelles de chèvre ne lui est nullement dédié. Na! Une entrée exquise et troublante, cela soit dit en passant, inspirée par un plat récemment dégusté dans un bistrot dans le vent, où le chef avait eu la bonne idée de marier une assiette de charcutaille ibérique à une glace à la betterave. Nickel, le pacs. Sitôt avalé, sitôt pompé.
Pour croquer dans ce chef-d’œuvre, il vous faut une betterave cuite, quelques tranches de jambon ibérico, un chèvre frais, douze feuilles de moutarde (ou plus, ou moins), des noisettes, de l’huile de noisette et une botte d’oignon nouveau.
DSC01917.JPGPelez et tranchez la betterave en tranches de 4, 37 mm d’épaisseur. Disposez-les à plat sur un plat plat (belle phrase, on dirait une homélie). Humectez gaiement d’une vinaigrette à l’huile de noisettes bien relevée. Sel, poivre. Et coiffez d’oignon frais et de pousses de moutarde ciselées. Filmez. Oubliez au frais une heure.
Dans une jatte, touillez le chèvre frais avec une larme d’huile d’olive, quelques rondelles d’oignons frais, des éclats de noisettes, sel, poivre, piment d’Espelette. Formez de gracieuses quenelles avec deux petites cuillères.
Et alors? Ben alors, dressez vos machins trucs, en alternant tranches de betterave et chiffonnades de jambon. Le tout avec quelques feuilles de moutarde, une giclée de vinaigrette, quelques noisettes balkanisées et deux quenelles de chèvre.
Très chic. Très bon. Toucon.
Amen

 

16/03/2009

Give Me The Food !!!!!

Bien le bonjour, contemporains omnivores

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On vit dans un monde exquis et radieux, ne trouvez-vous pas?

Tenez, le même week-end, alors que Bashung casse sa pipe, on nous annonce que Chantal Goya revient.
Forcément, ce genre de télescopage calendaire plombe un brin le moral. Moral qu’il s’agit de rebooster au plus vite...

Avec un gros verre de rouge, par exemple. Sympa. Même si cancer colorectal se tapit au fond de ton verre.

Tant pis, empiffrons-nous donc de chocolat. Voluptueux. Même si mieux vaut ne pas se polluer l’organisme avec un produit potentiellement illicite.

Si on se rôtissait un canard sauvage, alors? Alléchant. Même si une méchante grippe rôde, dit-on.

Bon, une tartine de foie gras d'oie, peut-être? Ravigotant. Même si nul n’est à l’abri d’une amylose carabinée.

Ne pensons même pas à boulotter une pizza à la mozzarella ou trois tranches de sauciflard.
Euh… Un petit narguilé entre potes?
Non? Juste un petit verre d’eau?

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Et jouissons sans entrave, qu’ils disaient en 68.
Pas si facile, ces jours-ci

Heureusement que Miss Platnum, qui est gourmande, potelée et fière de l’être, nous chante sa jolie chanson.

Au revoir, les amis.
L'avenir sera dodu et groovy. 

 

12/03/2009

Chercher la féminité dans la salade de pois chiches au crabe, orange et herbettes fraîches

Salut les filles

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Le saviez-vous? Les chairs femelles sont notoirement plus tendres et savoureuses que les chairs mâles. Tous les bouchers vous le diront: la vache est meilleure que le bœuf; la poule faisane que le faisan; la canette que le canard; la poularde que le chapon; la biche que Courteline. L’aneth et l’âne, en revanche, n’ont aucun lien de parenté. On dit aussi que Monsieur Bocuse, quand il s’en va chez son volailler aux halles de Lyon, ne veut entendre parler que de poulettes. Véridique. Inutile de dire que Monsieur Bocuse en connaît un rayon sur ces choses-là.

BobEtBobette10_18092005.jpgLa raison de cette indiscutable quoiqu’injuste disparité gustative saute aux yeux quand on contemple un portrait du rugbyman Chabal au sortir d’un match. Ou de Mickey Rourke au réveil. Ou du gouverneur de la Californie en petite culotte. Nous autres les gaillards, avec nos muscles saillants, notre pilosité galopante, notre testostérone bouillonnante, ne pouvons offrir qu’une viande coriace et rustique. Trop de virilité gâche le rôti.

Et si un jour, en voyage avec Bob et Bobette, votre avion venait à s’écraser dans la Cordillère des Andes, croquez en priorité dans Bobette.

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C’est pour cette raison que le vrai gourmet traque sans répit la féminité dans sa nourriture. Et ce n’est pas toujours facile. Prenez par exemple cette salade de pois chiches au crabe, orange et herbettes, recette aux discrets accents orientaux aussi originale que flamboyante, ben, il va falloir se lever tôt pour la féminiser. Chez le marchand, le sexe du crabe et celui du pois chiche restent le plus souvent mystérieux. Le poissonnier, à qui l’on demandait benoîtement une pince de dame crabe, nous a toisés avec un mépris thatchérien.
Bon, c’est pas tout ça.
DSC01900.JPGPour quatre gonzos à table, munissez-vous de 260 grammes de pois chiches, une boîte de chair de crabe, trois pinces de crabe cuit (pour avoir un peu de matos à mâcher), un bouquet de menthe, un bouquet de coriandre, un oignon frais, deux belles oranges sanguines, du kamoun et c’est tout.
La veille, mettez les pois chiches à tremper dans de l’eau. Et changez moi l’eau du bain deux trois fois.
Le lendemain, faites cuire les pois chiches une bonne heure et demie dans une eau frémissante citronnée, en compagnie d’une boule à thé pleine de laurier, cumin, poivre long, graines de coriandre et de fenouil.
Pendant ce temps, pressez une orange, taillez l’autre à vif en mignons quartiers. Préparez une vinaigrette bien tonique avec le jus d’orange, une larme de vinaigre de cidre et de l’huile d’olive. Sel, poivre à foison.
Emincez l’oignon nouveau. Décortiquez les deux pinces. Ciselez la moitié des deux bouquets d’herbes.
Quand la légumineuse est tendre, laissez refroidir, puis touillez le tout avec délicatesse et une large pincée de kamoun.
Goûtez. Et rectifiez à l’envi, le pois se montrant un rien chiche en saveur. Puis servez tranquilou à pas de loup, en rêvassant à la saveur des magrets de Bobette.

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Bye!

09/03/2009

Le désastre du cochon shooté à l’ananas


Amis de la science, bien le bonjour

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Ce matin, vénérables lecteurs, fêtons - si vous le voulez bien - un anniversaire.

Le vendredi 14 mars 1969 , le professeur Nicholas Kurti faisait une communication d’ampleur à la Royal Institution de Londres, devant un parterre sévèrement diplômé. Même la BBC était là. Le chercheur allait taper un grand coup, en démontrant la puissance des enzymes de l’ananas, ou bromélines pour les intimes. Lesquelles ont ceci de dingue qu’elles te dégradent les protéines sans faire de prisonnier. Les protéines donc, dont le collagène, responsable de la dureté des viandes. Devant une assistance haletante, Kurti dégaina une seringue et injecta un jus d’ananas fraîchement extrait dans un rôti de porc. Une moitié de la bête seulement fut shootée. Puis il mit la pièce au four. A l’issue d’une cuisson plus brève que nécessaire, la messe était dite. La partie indemne était rose et coriace, l’autre était «parfaitement cuite», les chairs «presque réduites en purée». Applaudissements.
L’expérience est narrée à la page 102 des «Secrets de la casserole» d’Hervé This, éditions Belin, 2006.

Le dimanche 8 mars 2009, quasi trente ans après jour pour jour, le Dr Slurp refit l’expérience. Dr Slurp, qui entretient une vieille passion à la fois pour la viande de porc et les savants britanniques, dut au préalable régler un certain nombre de problèmes.
D’abord, acquérir un joli carré de côte de porc et un gros ananas de Caraïbes. Assez fastoche.
Puis, aller acheter une seringue à la pharmacie.
_ Bonjour Madame, je voudrais une seringue.
_ Quel type de seringue?
_ Euh… Sais pas
_ C’est pour quoi faire?
_ Pour piquer un cochon.

Long regard dubitatif de la pharmacienne. Silence de mort dans le magasin. Honte sur nous.

Ensuite, il fallut extraire le jus de l’ananas. On imagina alors utiliser un vulgaire presse-fruits, quand un être cher nous fit remarquer que l’ananas n’était pas l’orange. Ben oui. On pela donc et découpa le fruit. On en mixa la chair pour obtenir une pulpe super épaisse, qui fut patiemment filtrée, jusqu’à obtention d’un demi-déci de jus clair. Une heure de taf. Merci Kurti.

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DSC01885.JPGEt après? Rigolade. Shooter un carré de porc, c’est top relaxant. Ploutch, ploutch. La bestiole avait été ointe de curry, piment doux et graines de sésame noir. Elle fut donc amplement pikouzée. Puis expédiée au four une petite heure, d’abord à donf, puis tout doux.
Et alors?
Et alors?
Et alors?

Ah, ah. Désastre absolu. Un waterloo gustatif. Un cauchemar fétide. Voilà même sans doute la chose la plus infecte qui soit entrée dans notre pauvre bouche. Le cœur de la viande, attaqué par le fameux enzyme protéinophage, s’était transformé en une pâte ignoble, une bouillie répugnante, une purée puante. C’est que le goût de l’ananas et celui du cochon, s’ils peuvent éventuellement cohabiter agréablement (quoique…) en faisant chambre à part, s’avèrent totalement gerbatoires une fois accouplés.
D’ailleurs, on écrit ces quelques lignes d’une main tremblante sur notre lit d’hôpital. En sanglotant sur le sort de ce superbe carré de porc. Dans la pièce à côté, les médecins discutent avec animation de notre pronostic vital. Visiblement, c’est pas joué d’avance.

Merci Kurti. Merci la science.

Inutile de nous envoyer une corbeille de fruits exotique si par hasard les choses tournaient mal.

Adios!

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Ce machin est dangereux

05/03/2009

L’onglet saignant et son anchoïade ouf

Tiens, vous ici?

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Certains esprits pervers pensent que «les morceaux du boucher» qualifient les mâles attributs dudit commerçant. Les roubignoles du moustachu, en somme. Que nenni. Les morceaux du boucher, ce sont des pièces de bœuf à poêler, que le brave homme garde pour sa pomme. Ou qu’il réserve à ses clients les plus aimables et fidèles. Il s’agit de certains petits recoins de l’anatomie bovine qui, s’ils n’offrent pas un look lisse et rassurant comme l’entrecôte ou le filet, s’avèrent tout aussi savoureux. Voire plus. Et bon marché avec ça. La prochaine fois que vous allez voir Mr Boucher, exigez donc un chouette morceau de poire, d’araignée, de bavette ou de hampe. Le banquier et la papille apprécieront.
L’onglet, avec ses longues fibres coquines et sa saveur corsée, appartient à ce club formidable. Pas cher. Trop bon. Et écologique, puisqu’il n’exige qu’un très bref passage sur la gazinière pour ravir.

L’onglet, on peut le manger nature, si on a envie.
Ben oui.
L’onglet, on peut aussi le manger coiffé de la prodigieuse anchoïade déviationniste, à la roquette et lanières de poivrons doux sur laquelle le rideau slurpique ne va pas tarder à se lever.
Avant de s’exciter très fort, il s’agit d’acquérir un bocal de piquillos, peperoni ou autres poivrons à l'huile rôtis, softs et rouges. Ajoutez une poignée de roquette et une petite boîte d’anchois. Plon plon.

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Dans le bol du mortier, réunissez une lichette d’huile d’olive, les anchois dûment rincés à l’eau claire et émincés à la sauvage, quelques feuilles de roquette hachées et une gousse d’ail pelée, dégermée et émincée. Poivrez. Puis pilonnez comme un cosaque parkinsonien jusqu’à obtention d’une bonne papâte. Poivrez. Goûtez. Faut que ça dépote dru.

DSC01871.JPGEssorez
ensuite et taillez le poivron en mini lanières. Hachez un peu de roquette.

Poêlez à donf l’onglet, deux minutes de chaque côté. Coupez en tranches toutes minces avec une lame d'enfer.

Coiffez enfin ces chairs rouges vifs avec tout le bazar susdécrit (anchoïade + roquette + poivrons). Amen.

Dans le genre petite mort carnivore, c'est drôlement slurp, on vous le jure sur les animelles du boucher. Surtout si l’on a eu le tact de remplir les verres d’un rouge naturel et catalan (il y a dans ce coin de France une ribambelle de jeunes producteurs sans soufre ni douleur), comme le très dynamique et gourmand Côtes du Roussillon «Hop’Là» d’Edouard Laffite, Domaine du Bout du Monde, qui vous glisse le long de la glotte comme une caresse ensoleillée.

Adios!

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NB: C'est quand même rigolo comme nom de pinard, ne trouvez vous pas?

NB2: On ne sait pas chez vous, mais ici la météo tire une tronche de requiem. Bientôt Noël.

NB3: Vous avez lu Oui Oui au pays des bouchers?

NB445: Bon, il va falloir qu'on y aille. On a des merguez sur le feu.

03/03/2009

Les trois conseils de lectures édifiantes du Dr Slurp

Bonsoir, gens de goût

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Les fidèles de Top Slurp le savent pertinemment. Cela fait une paye que la tête de mort avec fourchette et couteau, celle qui vous dévisage là à droite, veille sur ce blog. Depuis une époque où Albator avait encore ses deux yeux et Van Gogh ses deux oreilles. Depuis la préhistoire, quasi.


pcpcover.jpgBref, l’autre jour, on a juré à la fois sauvagement et in peto, en découvrant qu’une jeune artsite brune nous l’avait piqué, notre crâne fétiche. Autant dire qu’on va illico lui lâcher nos avocats au derrière. Ça va saigner. Elle se fait appeler Chloé des Lysses. Elle a appris le piano, tourné dans des films pornos et fait tout plein de photos de groupes de rock. Elle vient de publier un bouquin chic, étrange et coquin baptisé The Pimp Cook Book (ed. Glenat). Un bouquin compilant des recettes de gens célèbres ou pas, le tout illustré par la dite demoiselle d’images un rien interlopes, drôles, gothiques, décalées, SM voire. Il y a des jarretelles sur les gambas et du cuir noir sous le chou-fleur.
On louera au passage cette tentative d’entraîner l’iconographie culinaire sur les terres de l’érotic-fantasy et du rock’n’roll venimeux. De réconcilier résille et papilles, poils et poêles, sucs et fornication, bondage et rognons. Bref, ça nous change du bouc à Lignac et des cupcakes de la voisine.

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Un autre bouquin, nettement moins culotté, ou moins déculotté, celui-là, c’est Exquis promeneurs de l’érudite Monique Zetlaoui. Qui nous raconte avec une folle intimité la saga historique d’une vingtaine de fruits et légumes orientaux. Des végétaux que l’on tutoie par ici. D’autres que l’on connaît moins, tels le gombo, la corète ou la mloukhiya. C’est écrit d’une plume leste et publié dans l’épatante collection Sindbad (ed. Actes Sud), dont tous les volumes devraient briller dans la bibliothèque de l’honnête gourmet.

 

 

 

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Pour finir, on ira se graisser la pupille sur le site désopilant thisiswhayourefat.com (traduisez, c’estpourçaquetuesgros.com), où je, tu, il, nous pouvons expédier les photos des trucs les plus gras et trashs qui disparaissent dans nos bouches et gonflent nos bidons.
Voilà donc de la charcutaille frite, des kebabs dégoulinants, des sandwichs suintants, des douceurs ventripotentes, des burritos qui baignent et des burgers à dix étages. Méga berk.
Le premier qui envoie une photo de ce blog sur thisiswhyyourefat, on le traîne dare-dare aux Assises.
On en est plus à une procédure près.

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Bye

02/03/2009

Les rougets à la purée de patate douce et coppa chipsée. Ré mi fa sol sol ré.

Gros coucou, les aminches

 

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Les Rougettes de Rochefort, portrait posé, Estèbe 2009.

La mirette était vive, la robe joliment argentée et la moue espiègle. Allez savoir pourquoi, ces deux rougets alanguis sur l’étal du poissonnier nous ont illico évoqué les Demoiselles de Rochefort. Celles qui sont des sœurs jumelles, nées sous le signe des barbets, mi fa sol la, mi do. ré mi fa sol sol ré. De la fraîcheur. De la jeunesse. De la malice. Allez hop, les frangines, direct dans le cabas. En compagnie d’une énorme patate douce et de quatre fines tranches de coppa. Car, il y avait un plan là-dessous. Soit cette recette couillonissime mais luxurieuse de filets de rougets à la purée de patate douce comme à Cayenne et coppa chipsée. Mi fa sol la, mi ré.

A la maison, il a fallu lever les filets des mignonnes. C’est technique. Barbant, le barbet. En cas de charnier annoncé, demandez donc au poissonnier de bosser. Cela évitera une volée de très gros mots dans la cuisine.
Ce n’est pas tout. Ensuite, à la pince à épiler, il s’agit d’extraire, une à une, les arêtes qui peuplent la partie médiane des filets. Opération valorisante en diable. Ce n’est pas donné à tout le monde de dégazonner la délicate échine des Demoiselles de Rochefort.
Nous avons toutes deux au creux des reins, c'est fou
Une salve d’arêtes qui vous troueraient le cou

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Après ça? De la pure rigolade.
Pelez, lavez et détaillez la grosse patate douce en cubes. Direction la casserole, dans de l’eau frémissante salée, un bon moment. Quand le tubercule s’effondre, écrasez à la fourchette ou au presse-purée. Puis montez avec une mini louchée de crème et quelques menues rasades d’huile d’olive. Sel, poivre, un rien de muscade, poivre de Cayenne. Goûtez. Il faut que ça soit bon. A la fois doux et picotant. Gardez au chaud.
Chipsez la coppa à la poêle sans matière grasse. Quand elle croustille, essorez, puis réservez au chaud.
Salez et poivrez les filets, poêlez-les à feu balèze dans un léger mix huile d’olive-beurre, moins de deux minutes côté peau, trente secondes côté chair.
DSC01865.JPGDisposez savamment les trois éléments dans des assiettes chaudes et belles, en une composition post-cubique quoique néo-constructiviste. Composition dont l’aspect résolument monochrome n’aura échappé à personne. Non, Germaine, trop de rouge ne nuit guère. A attendre le Matin du Grand Soir, autant le faire à table.
Rouge aussi devra donc être le pinard, tel le pinot noir 2006 spirituel et croquant de la maison valaisanne Fin Bec, l’une de nos tocades récentes, dont la fraîcheur fruitée fait…
Aimer la ritournelle
Les calembours et les bons mots
Mi fa sol la, mi ré
Ré mi fa sol sol sol ré do

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Tchou!