L’œuf à la coque triplement parfumé qui a vu l’ours

Chers ami(e)s, bonjour

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La cuisine, c’est comme la vie.
(Ben, ça démarre mal aujourd'hui. Cette intro naze et convenue devrait même donner à nombre d’entre vous l’envie impérieuse de zapper ailleurs. On ne saurait les en blâmer. C’est vraiment pitoyable d’écrire des niaiseries pareilles à jeun. Mais bon…»

La cuisine, disais-je donc, c’est comme la vie. Tout roule, tout roucoule, tout glisse. Et patatras! Surgit un traquenard. Un croc-en-jambe du destin. Une ouille dans le minestrone. Prenez par exemple cette recette, celle de l’œuf à la coque en crème d’ail des ours et curry – plat apéritif mirobolant, cela soit dit en passant -, elle commence comme une partie de rigolade.

 

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Avisez des œufs bien frais. A vue de nez, estimez la quantité de crème fleurette dont vous aurez besoin pour les remplir.
Touillez ladite crème avec quelques brins d’ail des ours sévèrement émincés, un doigt de vinaigre de Xérès, une pincée de curry, une pincée de poivre au moulin, une pincée de piment en poudre, une bonne pincée de fleur de sel. Goûtez. Faut que ça groove grave.
Décalottez les œufs avec le terrible engin prévu à cet effet. Virez le blanc (relativement fastoche). Gardez le jaune intact. Et faites les cuire, juchés sur leurs cocotiers, au bain-marie, à eau à peine frémissante, quatre minutes. Puis emplissez les œufs avec la crème à la petite cuillère. Elémentaire, mon cher Klaxon.

C’est là que l’affaire, jusque-là vaselinée et radieuse, se corse.

Car, avec le cocotier et les mouillettes, il va vous falloir réaliser... une tête de lapinou à gros pif. Si!
Et ce n’est pas si facile que ça. La tête de lapinou à gros pif est un art exigeant.
Le gros pif sera matérialisé par le cocotier. Deux mouillettes figureront la bouche, deux autres les yeux, deux autres les oreilles. Recommencez autant de fois qu’il le faut, jusqu’à ce que vos proches, découvrant l’assiette, s’écrient «houuuu… le lapinou à gros pif!»

 

 
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Bonne chance, amigos

PS: A l’heure du miam, on recommandera aux convives, d’aller chercher le jaune (chaud) au fond du pif, pour le marier à la crème (froide) . Outre l’aspect ludique de pacser ainsi les fluides dans sa petite cuillère, il y a là un mix gustativement voluptueux. Enfin, ce qu’on en dit…

Commentaires

  • Faites pas le malin, Estèbe! Vous savez très bien ce qu'on raconte sur les lapinous à gros pif. C'est peu dire qu'ils sont chauds. Et qu'ils bondissent partout, d'un bout à l'autre de la cuisine, en trainant leurs gros oeufs derrière eux. Imaginez les dégâts dans un modeste trois pièces. Les lapinous à gros pif, je vous assure, sont pas des tendres. Z'avez intérêt à planquer vos petites cousines (hors de la cuisine, la cousine!). Et vos fesses, aussi. Surtout si, au préalable, vous avez filé une pincée de piment à votre lapinou à gros pif. Alors là, mes amis, c'est direct le SAMU avec la lumière bleue qui fait pim-pom (non, pim-pom n'est pas le petit nom du lapinou à gros pif, qui préfère pim-pim). Vous voilà prévenus: faudra pas vous plaindre après.

  • Tout faux, Zorg. Les lapinous à gros pif sont au contraire les plus pacifiques et calmes des lapinous. En effet, la libido, chez les lapinous, est inversement proportionnelle à la taille du pif. Tout le monde sait ça.

  • Yves, vous parlez des lapinous à lunettes ou sans lunettes?

  • Vraie question. Nous avions un lapinou à gros pif qui était myope, mais il portait des lentilles.

  • Oui. D'où mon trouble. Car la myopie, chez le lapinou à gros pif, se double dans 98% des cas de priapisme.

  • Désolé de me glisser dans ce débat fulgurant, mais je voulais préciser qu'il vaut mieux un lapinou à gros pif atteint de priapisme qu'un lapin à gros pif atteint de propapisme.

  • Le lapinou priapique propapal n'a au moins auncun souci pour trouver capote à sa taille.

  • Vous faites référence à Philippe Sollers ou à Pascal Descaillet, Estèbe?

  • A aucun des deux, tiens il faudra que je cherche ces noms dans le Boutin.

  • Quoi qu'il en soit, et c'est suspect, ce lapinou à gros pif arrive à point. D'aucun l'auront sans doute remarqué: Pâques est à nos portes (il y danse d'ailleurs d'un pied sur l'autre, vue la température extérieure).
    Or, à Pâques, le lapinou à gros pif a besoin d'un oeuf pour se rendre à Rome. Et pourquoi se rend-il à Rome, ce lapinou têtu et sarkozyste? Pour, à la curie vaticane, rendre compte des activités de ses pairs (et pas seulement de c., ajouterais-je si une éducation stricte et d'obédience exclusivement trisexuelle ne m'interdisait ce genre de vulgarité langagière)
    Car le lapinou à gros pif est un indic. Un espion papiste. Un sbire de l'Opus Deï. Il faut le dire. Son priapisme est un leurre, destiné à séduire la femelle gourgandine. Son gros pif est une arme de guerre. Posons nous la question: le lapinou, combien de divisions?
    De ce constat surgit une vérité effroyable, chers bloggeurs du Top Slurp: Estèbe est son agent.
    Satan, SORS de ce corps gras saturé de lipides!!!

  • Satan m'habiterait-il? Vil flatteur Zorg
    Cela dit, ne nous emballons pas. Car s’il est vrai que les lapinous à gros pifs intégristes grouillent, en répandant la peste puante de la pensée vaticane, il existe certains lapinous à gros pif un tantinet progressistes, favorables au mariage des prêtres et à l’amour en semaine toutes lumières allumées. Ils sont rares certes. Je pense à Chantal Goya et Raymond Barre.

  • Mais, Estèbe: Chantal Goya est morte.

  • Je ne sais pas, c'est compliqué. Je réfléchis.

  • En même temps quand vous dites que c'est un art exigeant j'ai du mal à le croire.

  • Ca doit être le fait de cuire le jaune tout seul au fond de la coquille qui me met mal à l'aise, mais vraiment je ne sais pas.

  • J'ai pas l'habitude de faire comme ça.

  • Cela vous fait du bien d'en parler?

  • C'est difficile à dire. Oui.

  • c'est bon, le lapin.

  • D'un autre côté, je vois approcher Pâques avec effroi : j'ai pas encore fini les chocolats de Noël moi.

  • Rose, ma fille, ne vous tourmentez pas : c'est le jaune d'oeuf qui vous trouble. C'est très freudien, le jaune.

  • Pourquoi...tout ça... au fond?

  • au fond de quoi ?

  • Si on mettait un peu de musique ?

  • Heu Louise ma chérie, je suis lacanienne en fait.

  • Le jaune est une couleur mystique, qui peut être vue par tout le monde.

    Comme musique je vous propose : Music for Zen meditation,par Tony Scott; ça se marie bien avec le lapin.

  • Manquait plus qu'un peu de clarinette; ça fait coaguler l'oeuf.

  • Non non, ne criez pas.

  • Aline.

  • Je ne voudrais pas déranger... mais la recette du jour me semble très comestible, quoique visiblement un rien hallucinogène.

  • Anne-Laure, venez je vais vous expliquer le fonctionnement. Il y a d'un côté le salon avec quelques personnes qui ne vont pas bien pour le moment mais qui ont entamé une démarche positive et en face la cuisine. Vous êtes libre d'aller où bon vous semble. Ici le maître mot c'est le respect du produit et la fraîcheur surtout. Vous comprenez ?

  • Dire, ici, et répétez sans cesse, afin qu'enfin la rumeur s'appaise, que je n'ai rien contre les lapinous à gros pif. Faudra-t-il, pour vous convaincre, que je revienne encore et encore sur cette anecdote: un jour de septembre 1978, alors que je me rendais à la Fête de l'Humanité où devait notamment se produire Genesis (vous pouvez vérifier), j'ai pris à bord de ma Renault 6 bleu grenouille un lapinou à gros pif qui faisait du stop du côté de La Garenne-Colombe.
    Ensemble, nous avons chanté des chansons de Tachan. Puis nous avons partagé des bières blondes au stand de soutien aux guitaristes chiliens dont on a coupé les cordes. Plus tard, Guy Bedos nous a signé un autographe commun: "A Zorg et à Lapinou au gros pif, avec toute mon estime."
    C'est dire.

  • Continuez.

  • Oui, Zorg, continuez. Trop de suspens nuit. Avez-vous achevé cette nuit rouge et étoilée l'un contre l'autre?

  • A dire vrai, à partir de la séance de dédicace, ça a dégénéré.
    En mordant dans son khebab, Lapinou à gros pif s'est lancé dans un vaste plaidoyer en faveur de Phil Collins. Selon lui, l'ancien batteur de Genesis avait la stature d'un leader. Pour ma part, je regrettais le départ de Peter Gabriel.
    Je trouvais en outre que la chemise à jabot de Phil était de mauvais goût. Lapinou à gros pif y voyait l'affirmation d'une insolence certaine, dont il allait chercher les prémices dans l'oeuvre de Barthes. Je tentais alors de le convaincre que Peter Gabriel, pas encore chauve à l'époque, s'apparentait à Deleuze avec qui il partageait une même vision de l'empirisme transcendental.
    Autant dire que les terrains d'entente se réduisaient comme peau de chagrin. Celui de la Courneuve, où se déroulait la fête, était lourd et spongieux. Il avait plu toute la nuit précédente. Et je n'avais qu'un sac de couchage.
    Comment aurais-je pu le partager avec un lapinou à gros pif convaincu que le chanteur n'est pas le seul garant du sens de son oeuvre? Problème insoluble. J'offris alors à Lapinou de lui céder mon sac de couchage tandis que je m'en irais dormir dans un hôtel Ibis situé à proximité. Lapinou refusa et s'obstina dans cette démarche nihiliste.
    Très vite, nous en vinrent aux mains (aux pattes pour lui). Même les gars du service d'ordre de la CGT me parvinrent pas à nous séparer. A bout de souffle, voyant que Lapinou cherchait à m'étrangler, je lui sectionnais la patte gauche d'un rapide coup de couteau suisse.
    Plus tard, je l'avoue, c'est avec une pointe de culpabilité que je la regardais se balancer suspendue au rétroviseur de ma Renault 6 bleu grenouille.

  • Mais, Zorg, avez-vous toujours votre grenouille bleue ? ou pas ?

  • C'est d'une extrême violence en effet. Mais j'avoue avoir été prise par le fil du récit. Vous devriez écrire, vous.

  • Content de te retrouver, après toutes ces années, Zorg.
    Je vois que tu te souviens de moi. Moi aussi. Et même si j'avais la mémoire défaillante, j'ai toujours ce mognon en bout de bras pour me rappeler notre rencontre...

  • Qu'un lapinou manchot à gros pif, naguère baba marxiste et aujourd'hui agitateur pour l'Opus Dei (j'en profite pour résumer un peu les débats), lise ce blog, c'est une vrai choc. Suis tout chose. Coucou Lapinou!

  • Quelqu'un a encore un peu de cette herbe là...comment déjà... aie désourse...

  • Nouvelle fidèle de ce blogue, je suis complètement admirative de tes talents de cuisine et d'écriture (oui on se tutoie, d'abord parce que je suis au Québec et ensuite car, d'après ce que j'ai lu des références musicales on doit avoir à peu près le même âge), un peu moins des tentatives artistiques vu la tête du lapinou, mais l'art c'est comme la vie, il faut persévérer.

  • Euh..., ça coûte combien une psychanalyse sur Top Slurp?

  • Quelques ronds de carotte.

  • Coque chic dans les prés, c'est la fin de l'hiver

    (bon, c'est hors débat, je sais)

  • J'ai rarement vu une recette de cuisine susciter de rédactions un brin (d'ail des ours?) allumées! Le Lapin à gros pif dégagerait-il des substances hallucinogènes ?

  • Palin ? un gros paf ??!

  • tout ça pour un oeuf coque (certes qui a vu l'ours et la crème et semble goûteuxissime mais enfin, les amis, c'est le printemps, sortez voir les jonquilles et cherchez les oeufs durs, ça vous aérera la tête et la psychanalyse !

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