28/05/2009

Tût, tût : le râble du printemps

 

pet-rabbit.jpg
Déguisé en corsaire gothique et transformiste,
Estèbe revient du marché avec un gros lapin.




Il y en a probablement
parmi vous qui imaginent que la vie d’un blogueur culinaire, c’est de la tarte à la mirabelle. De la rigolade en cascade. Une longue thalasso à Biarritz avec Raquel Welsch en bikini rétréci au lavage. Ben non. Ce ministère-là, c’est la mine. Un mix entre Cayenne, Guantánamo, les îles Solovetski et Tobrouk, avec une pincée d’Alésia en fin de semaine.
 
Prenons un exemple au hasard: mèzigue.
Le matin, mèzigue se lève et déjà se ronge: Par le Joufflu Glacé du Diable Vert, que vais-je bien pourvoir inventer de drôle et d’exquis à servir à mes lecteurs? Un truc de saison, facile, inédit, sexy et tout ça?
Il y a des jours où l’imaginaire crépite. Cric, cric, cric. D’autres où le cervelet pédale dans la quinoa.
Et on vous passe les emplettes folles aux quatre coins de la République, les ratages humiliants, les photos nazes, les commentaires dévastateurs et les couilles informatiques. Un train-train de galérien, vous disais-je.


DSC01996.JPG

Tout ça pour clouer d’avance le clapet de tous ceux que l’on entend dire d’ici: Estèbe, il radote avec sa ricotta, ses morilles et son ail des ours. Non, on ne radote pas. On enfonce le clou saisonnier et on vous dit zut de zut.

Pour réaliser ce râble farci à la ricotta, morilles et ail des ours, demandez donc à votre boucher pileux de vous désosser un ou plusieurs râbles de lapinou. Tout dépend du nombre de râteliers à table, comme d’hab. On compte d’ordinaire un râble par paire d’adultes standards.

Hachez finement quelques brins d’ail des ours. Touillez avec la ricotta, sel, poivre et piment d’Espelette. Lavez les morilles. Faites les revenir coolos dans un peu de beurre avec sept minipétales d’échalote.
Ouvrez les râbles façon crapaudine, sel, poivre, tartinez la gouttière centrale de ricotta. Ajoutez un liseré de morilles coupées en deux, quatre ou six selon la taille des engins. Roulez le râble en faisant un carnage. Ficelez en maugréant.
Marquez presto le lapin sur le gaz, dans un peu d’huile d’olive. Emmaillotez façon papillote dans du papier-alu. Et enfournez une demi-heure à 180°. Avant de découper l’ouvrage en tronçons gracieux.
Nous autres, avec ça, on fait un petit jus. Très bon. Très fin. Mais voyez-vous, une flemme torrentielle nous interdit de vous en livrer l’alchimie aujourd’hui. Ce jus-là, il vous faudra le rêvasser tout seuls.


Et remontez donc de la cave un grand cru aquitain de renom communal, blanc, rouge ou rosé, une bouteille de Château Mildiou par exemple, si possible dans un millésime préraphaélite.
C’est tout.
Bonne nuit.
Zzzzzzzzzzzzzzzz

 

25/05/2009

Fondant au chocolat: l’histoire d’un larcin global et cacaoté

Michel.bras.large.jpg

Nul ne peut plus y échapper. Car partout il se pavane. Au menu des petits bistrots et sur les cartes des tables gastronomiques. Dans la moitié des livres de recettes et sur les fiches cuisine des magazines. Dans les rayons surgelés des supérettes et au dessert de l’anniversaire de ta cousine Raymonde. Partout, partout, partout. Lui, c’est le fondant au chocolat, of course. La douceur la plus populaire de ce début de XXIe siècle. Parfaitement.

michel-bras-palis-restaurant-grande-cuisine-5723.jpgPour les ermites et les Martiens, rappelons le principe. Le fondant au chocolat a le cœur qui coule et la carapace qui croustille. Enfin, normalement. Bien des fois, le cœur ne coule guère, pas plus que la carapace ne croustille. Dans ce cas-là, le fondant ne l’est pas. Du coup, d’aucuns l’appellent le moelleux. Oui, le moelleux au chocolat s’avère bien souvent un fondant raté. Mais pas l’inverse.

S’il est devenu une évidence gastronomique, un classique du répertoire, comme la tatin, la Morteau aux lentilles ou la fondue, le fondant au chocolat n’a pas trente ans. N’imaginez donc pas la recette patrimoniale que mitonnaient nos aïeules le dimanche au fond de leurs cavernes. Il est né en 1981 dans l’Aubrac, en Aveyron, Massif Central, France, Europe alignée, grâce à l’opiniâtreté créative d’un grand chef nommé Michel Bras. L’immense Bras. Le Wonder Bras.

«Tout est parti d’une émotion», nous raconte le cuisinier au téléphone. «Un retour à la maison après une sortie de ski de fond, par un temps exécrable. La famille, gelée, transie, muette, s’est attablée autour d’un chocolat chaud. Puis peu à peu, sous l’effet de la chaleur et du cacao, les langues se sont déliées, l’ambiance s’est réchauffée. Ce moment m’a fasciné. J’ai cherché à le retranscrire en cuisine

A partir de là, le chef et sa brigade travaillent près de deux ans pour mettre au point le dessert. Testent. Expérimentent. Remettent cent fois la ganache sur le métier. «Pour cette recette, on peut parler d’ouvrage, tant la traduction technique de cette évocation a été difficile à germer, à se poser

Et un beau jour, après des mois de «fièvre» en cuisine, bingo! Le «biscuit de chocolat coulant» est né. La technique? Complexe. Résumons. Le noyau, une ganache de chocolat, est congelé, façon glaçon. Puis intégré dans un moule, au cœur d’une pâte à biscuit. Deux matières distinctes. Deux textures. Deux températures. Un succès planétaire.

Au fil des années, la trouvaille magnifique de Bras se retrouve donc copiée, diffusée, déclinée, banalisée, industrialisée. Il y aura même un procès en paternité contre une société d’agroalimentaire; procès gagné par Michel Bras.
L’humanité gourmande, la goulette pleine de chocolat coulant, oublie vite le nom de son créateur. Ingrate. De même, la technique longuement échafaudée par le chef de Laguiole passe à l’as dans les cuisines pro ou domestiques, au profit d’une seule pâte à biscuit, cuite dehors, crue dedans. Parfois réalisée maison et avec amour. Souvent commandée toute prête sur un catalogue professionnel par les restaurateurs.
C’est que le fondant, même techniquement édulcoré, demeure une alchimie délicate, même pour un pâtissier aguerri.

090520_PENIN_AURELIE_CUISINIERE_FONDANT_4.jpg

Michel Bras, qui travaille désormais avec son fils Sébastien, ne s’émeut pas tant que ça du hold-up collectif. «A l’époque du procès, j’avoue avoir eu mal. Aujourd’hui, on est serein, on plane au-dessus de la mêlée», sourit-t-il. «Après tout, c’est de ma faute, j’ai communiqué la recette. Et puis je repense au jour où le fondant a été mis au point. L’émotion, l’enthousiasme de ce moment-là ne peuvent pas se traduire. Personne ne peut s’accaparer un tel bonheur

 

Bye, bye, les chinchillas

PS: Une fois, on avait grignoté le plat du jour à Laguiole. C'était bon, merci.

 

21/05/2009

Gambas, morilles et lard embrochés à la vitesse d’un TGV au galop

Coucou,

 

DSC02111.JPG

Aujourd’hui, chers lecteurs haletants et allaitants, nous allons tenter d’inscrire ce blog dans le Livre Guiness des Records Débiles, en publiant la recette narrée de manière la plus rapide de l’histoire de la popote mondiale.

Parfaitement.
On retient son souffle.
Et on se lance.

Pour réaliser une brochette gambas-morille-lard, embrochez le tout et faites griller.

88 caractères. 13 mots. Bingo. Ben voilà, on est dans le Guiness. Trop fort.
Certes, ce n’est pas donné à tout le monde, mais toi aussi, en bossant comme un fou des mois durant, tu peux y arriver.

Envoyez les télégrammes de félicitations et dons en nature à:
Dr Slurp
Genf
Suisse méridionale

Europe non alignée

 

Bizzzz

 

 

PS:  Avant de rafler le record, il s’agit de faire mariner les crevettes crues (de grosses crevettes ou de petites gambas) avec de l’huile d’olive, une pointe d’ail haché, une bonne pincée de piment d’Espelette, du thym frais et quelques tours de moulin à poivre.
Les morilles seront menues, bien nettes et fermes, si possible dégottées par M’Zelle Sonson dans les sous-bois des contreforts jurassiens (facultatif). On les nettoie sous l’eau, et on les précuit cinq six minutes dans une mininoisette de beurre.
Le lard est paysan mais pas fumé. Il est taillé en dés d’une taille égale à l’épaisseur des morilles et des crevettes (soyez bien concentrés à ce stade, SVP).

DSC02107.JPG

Une fois le tout enfilé sur une pique (pique et colégramme), on bloque la brochette avec un petit bâtonnet d’oignon frais (le détail sublime, qui trahit le passé de scout du cuistot).
On assaisonne. Avant de faire dorer les brochettes une douzaine de minutes dans un peu d’huile d’olive, à feu mezzo.
Il est envisageable de se taper ça à l’apéro, en entrée ou en plat principal. Voire au dessert ou au goûter. Compter de une à 87 brochettes par personne. A déguster avec un verre de gamay à jus blanc boombastic, genre le Moulin-à-vent émouvant du Domaine des Côtes de Molières.

DSC02061.JPG


Quoi??!! Il est long mon poste-scriptôme??!! M’enfin??!!

18/05/2009

L’échine confite dans sa nage thaïe qui fait débat

DSC02100.JPG

Deux individus, de poids, de taille et d’âge moyen, discutent dans une cuisine.

_ Mais Estèbe! Cuistot à Q.I. de belette! Tu nous as fait quoi? Le printemps est arrivé!
_ J’suis au courant. So ouate? (rires)
_ Ben, cornichon géant, ce n’est que l’hiver qu’on se popote des viandes mijotées. Quand t’as le pif en congère et des Moon Boots aux arpions. Au réveil de la nature, t’allèges, t'acidules, tu poétises.
_ Pfffff… C’est diablement réactionnaire comme vision du calendrier culinaire. (rires)
_ Réac, mes fesses. En tout cas, ton cochon thaï de quatre heures, il arrive juste deux mois à la bourre.
_ Je ferais humblement remarquer que cette échine de porc, confite longuement certes, barbote dans une nage lightissime à la citronnelle et gingembre, en compagnie de petits légumes de saison. Si ce n’est pas printanier ça, je veux bien me déguiser en Père Noël myxomateux. (rires)
_ Des légumes de saison, hein? Lesquels?
_ Petits artichauts, fèves et radis. Et toc, dans le râtelier!
_ Bon. Et ton super jus machin truc, il est comment?
_ Dégraissé à donf’, délicatement parfumé, fluide et goûtu.
_ Allez, vieille grenouille, je vais goûter. Mais rien que pour te faire plaisir. (rires

Grountch, grountch, grountch (bruits de mastication infâmes).

Rideau

DSC02102.JPG

Pour réaliser une échine de porc confite en nage thaïe aux petits légumes qui twistent, il vous faut d’abord filer...

Chez l’épicier asiate pour acquérir quelques tiges de citronnelle, un bout de gingembre frais et une bonne poignée de feuilles de kaffir (kaffir parfois appelé combawa, cumbava, cumbaba, makrut ou citronnelle feuille).
Chez le maraîcher ensuite, on s’offre des radis rouges (compter deux par gulu à table), des carciofi (ou petits artichauts violets, trois par personne), des grosses fèves dans leurs cosses, plus quelques feuilles d’ail des ours (en cas de pénurie, on remplacera par une demi-gousse hachée).
Chez le boucher (qui porte la moustache) enfin, on récupère un beau morceau d’échine de porc (baptisé cou de porc de par chez nous, compter 163 grammes par convive), morceau bon marché autant que gracieux, trop souvent méprisé par les gosiers snobs.

DSC02096.JPGDSC02097.JPG

La tactique?
Dans une cocotte en fonte et un peu d’huile d’olive, faites revenir le cochon sous toutes ses coutures. Sel, poivre.
Ajoutez une échalote hachée et une généreuse cuillère à soupe de gingembre râpé. Laissez blondir pépère. Déglacez avec un gros déci de blanc sec. Mouillez avec trois décis d’eau.
Bricolez-vous un bouquet garni thaï en ficelant quelques bâtons de citronnelle fendus en deux dans le sens de la longueur, les feuilles de kaffir et celles d’ail des ours. Immergez. Laissez glouglouter tout doux et à couvert quatre heures.

Interlude. Voilà qui laisse largement le temps de traverser le grand lac tout nu en dos crawlé, puis de relire en riant le préambule des Dialogues de Platon, avant de se shampouiner les rouflaquettes.

Au bout de quatre plombes donc, réservez la viande. Virez le bouquet garni. Et laissez le bouillon refroidir. Puis dégraissez à l’écumoire. Ce qui clouera le bec à vos éventuels détracteurs (des tracteurs, mais pourquoi?).

DSC02099.JPG


Préparez les légumes. Ecossez et dérobez les fèves. Tranchez le cul des carciofi et la partie supérieure de leur tête. Virez les feuilles extérieures coriaces. Coupez en quatre et réservez, au fur et à mesure, dans une eau citronnée pour éviter qu’ils ne noircissent. Détaillez les radis en fines lamelles.
Acte final (ouf!). Remettez le bouillon sur le feu. Puis ajoutez la viande et les carciofi. Une dizaine de minutes. Intégrez enfin radis et fèves dans la cocotte. Cinq six minutes, pour les garder un rien croquants.
Découpez la viande, qui se montre d'une tendreté inimaginable. Coiffez de fleur de sel et fines lamelles de kaffir.
Puis servez en dansant la Macarena comme un authentique latinouf. Ce qui est assez délicat, quoiqu’essentiel pour la bonne présentation de cette recette.

A sous peu

14/05/2009

Représailles cruelles et filet de veau au foin


Mes hommages, chers tous

DSC02090.JPG

Crapules de cochons d’Inde!!! Aucune éducation, ces bestioles. Jamais un bonjour. Jamais un merci. Jamais un sourire. On leur gratouille le menton. On leur nettoie le croupion. On leur remplit le bidon. Et pas un couinement de reconnaissance. Petits salopards.
Bref, l’autre jour, bien remonté contre par ses viles boules d’ingratitude, on a ourdi de sombres représailles. Un truc vraiment vicelard, cruel, radical.
.... On a piqué leur foin.
Ah, ah, ah… ça vous apprendra les manières, charognes de rongeurs hirsutes!

DSC02086.JPG

On a piqué leur foin, donc, pour réaliser ce filet de veau au foin et herbettes foldingues, recette sublimement couillonne, glissée dedans notre oreille par un gentil cuisinier basque en exil.

Equipez-vous d’un beau morceau de veau, rose et dodu comme un angelot de la sixteen, d’un bouquet de sauge et d’un bouquet d’estragon. Car la sauge et l’estragon copinent joyeusement avec le veau. Mais si d’autres herbettes foldingues dépérissent au fond de votre frigo (romarin, thym, cerfeuil, livèche, serpolet, persil, ortie, ail des ours, ouille des ars…), ne vous gênez pas.
Puis piquez donc une grosse poignée de foin aux deux idiots velus.

Mélangez herbes et foin dans un plat creux doté d’un couvercle. Préchauffez le four à 75°.
Sur la gazinière, marquez vite fait la viande à feu furax, genre une minute de chaque côté. Salez, poivrez. Puis emmitouflez le veau dans le foin aux herbes. Couvrez. Et enfournez une quarantaine de minutes. La viande doit sortir de là rosée à cœur, juteuse et parfumée de notes végétales proprement émoustillantes.

DSC02089.JPG


Avec ça, essayez des patates en robe de chambre, des aspergettes croquantes et un rosé de Bandol. Oui, un rosé de Bandol. C’est une bonne fée qui nous a soufflé cet accord. Ma pauvre dame, de nos jours, même les bonnes fées picolent.

Arrivée d'air chaud 

11/05/2009

L’angoisse de la pénombre musicale et le marbré de truite fumée aux citrons confits

 

Mes amitiés, les loutres savantes

DSC02082.JPG

Il y a bien des lunes de cela, on vous avait raconté un repas pris dans le noir complet. Avec un bandeau sur les yeux, la papille alerte et l’imaginaire allègre. Très chouette expérience sensorielle.
Mieux vaut d'ailleurs la blackout complet que la nuit partielle. On s'explique...
L’autre jour, la curiosité titillée par des commentaires élogieux publiés ça et là dans l’édition locale, on s’en est allé découvrir une nouvelle table branchée, où se presse la jeunesse nantie et se mijote la cuisine de la modernité radieuse. Déco chargée, genre retour des puces. Zizique suave, genre lounge. Lumières tamisées, genre surboum. Une dame sévèrement lookée nous place dans un coin, avec vue sur une télé muette, juste à côté de la porte des WC. Commode.
On approche nos museaux du menu pour déchiffrer les intitulés sophistiqués des plats. Il fait sombre, non? Voilà les entrées. Pas terribles, les entrées.
Au bout d’une demi-heure, crac: le patron, l’air ravi, augmente le volume de la musique et baisse le variateur de lumière. Huuu, il fait très sombre, non? On attend la série de slows. Ou l’électricien. Ou l’opticien. Mais voilà déjà les plats principaux, dont on distingue vaguement les contours. Pas terribles, les plats principaux.
Une demi-heure plus tard, recrac: le patron fait grimper les décibels et dégringoler les lux. Où sont mes mains? Qu’est-ce que tu dis??!!! Le dessert sera avalé dans une pénombre majuscule et le boucan musical. Pas terrible, d’ailleurs, le dessert.
On a payé l’addition, à tâtons. Terrible, l’addition. Avant de se retrouver sur le trottoir, ébloui par le clair de lune, les portugaises vaguement sifflotantes.
Cet enseigne-là ne nous verra plus. Un juste retour des choses, en somme. Faudrait pas non plus pousser mémé dans les ténèbres assourdissantes.

Ce marbré de truite fumé à l’aneth et aux citrons confits _ terrine d’une tonicité salivante, cela soit dit en passant _ sera donc dégusté sous un lustre pop, équipé d’une ampoule d’au moins 80 watts. Et au son d'un reggae vintage, diffusé par une chaîne d'au plus 8 watts. 

DSC02078.JPG


Pour une terrine d’un demi-litre, il vous faut deux ou trois citrons confits (maison ou pas), 300 grammes de truite fumée (bio, si possible; normale et saumonée pour faire, comme chez nous, dans le chochotisme dichromatique), trois décis de savagnin (ou autre blanc de terroir et d’histoire, à vous de voir), huit feuilles de gélatine, deux décis de fumet de poisson (maison – recette sur demande _ ou amoureusement réalisé par la poissonnière), au moins deux sortes de poivres aromatiques (jamaïcain, cubèbe, long, javanais, andorran…) et de l’aneth frais. Ce qui ne fait pas grand-chose, quand on y réfléchit bien.
Oups, avec ça, une petite crème au raifort fait risette. Crème pour laquelle il vous faut du raifort et de la crème. Ou de la ricotta. Ou du yaourt. Ben oui.

DSC02083.JPG


Lavez et émincez menu les citrons et quelques brins d’aneth.
Concassez au pilon les deux poivres en grains.
Virez la peau des truites, puis divisez les filets en deux par la gouttière centrale (La gouttière? Mais de quoi il parle, machin???).
Chemisez la terrine de papier film.
Montez la terrine en démarrant avec un tapis de poivre et aneth. Disposez une couche de truite blanche. Couvrez de citrons confits, aneth et un rien de poivre. Salez mollo. Poursuivez avec la truite saumonée. Citron, aneth, poivre et sel. Truite blanche, etc… jusqu’à extinction de la matière première. Décorez de quelques baies roses (ringard!), pluches d’aneth et nains de jardin (facultatif)

Pour la gelée
. Balancez le vin dans une casserole, portez à ébullition et flambez pour éliminer l’alcool. Ajoutez le fumet de poisson. Sel, poivre. Puis les feuilles de gélatine, toujours sur le feu, une à une; laissez mijoter quelques minutes. Goûtez. Laissez tiédir. Puis mouillez la terrine jusqu’à rebord.

DSC02075.JPG


Hop, au frigo, jusqu’au lendemain, qui, forcément, va chanter.

On mange ça avec la crème au raifort sus-décrite, bien corsée s.v.p., une salade verte et quelques tranches de pain grillé. Plus une topette d’un savagnin plein, lumineux et racé, l’Arbois 2007 d’Etienne Thiebaud du Domaine des Cavarodes par exemple, tout jeune vigneron naturel au talent éclaboussant. 2007, c’est d’ailleurs son premier millésime. Et sa première réussite. Mais pas la dernière.
Thiebaud, t’y es beau.

DSC02071.JPG


Tchou!

 

07/05/2009

La sauce délicieuse au vin qui sent mauvais

 

Bien le bonjour,

Recits_sur_assiette_grand.jpg


C’est un petit bouquin collectif qui vient de sortir aux éditions Campiche. Il s’appelle Récits sur assiette et contient 22 textes courts commis par des auteurs romands et réunis par la formidable romancière Corinne Desarzens. Vingt-deux textes donc, tournicotant autour de la cuisine: souvenirs d’enfance, expériences exotiques, rêveries gourmandes. Un saucisson emballé dans le journal. Un python frit. Des pruneaux japonais confits au vinaigre poivré. Et tout ça, quoi.
Bref, là au milieu, il y a un petit quelque chose de votre Dr. Slurp chéri.
Oui, je sais, ça commence à devenir lourd. Après le livre pour mioches corsaires de la semaine passée, revoilà qu’on plastronne en vous exhibant notre pléthorique production littéraire sous le pif.
On entend déjà les commérages désagréables bruisser dans les couloirs de la blogomiam. «Ya Estèbe qui fait encore le mariole à la librairie! Mais il se prend pour qui? Pour l’Amélie Nothomb de la poêle Téfal? Pour le Lignac du Léman
Pliiiiise, ne soyez pas sévères. Il ne s’agit là que d’un malheureux télescopage de calendrier. Et notre contribution à ces Récits sur assiette s’avère d’une modestie majuscule.
D’ailleurs, la voici.

La sauce délicieuse au vin qui sent mauvais

".....Voilà une recette à l’usage des gens qui ont de la bouteille mais toujours pas le cran d’en vider une dans les égouts sous prétexte qu’elle fleure le chien mort.


Il y a (assez) longtemps, nous étions jeunes et simples. L’alcool coulant était la bière. Ou la vodka. Ou je ne sais quoi. Mais le vin n’occupait qu’un strapontin. Puis le vin vint. Nous étions jeunes et simples. Le vin arrosait les repas. N’importe quel vin, dans n’importe quel état. Quel bonheur… Puis le vin changea de statut. On s’y intéressa. On apprit à goûter avant d’engloutir. Les problèmes commencèrent. Que faire des bouteilles un brin bouchonnées, bizarres ou oxydées? On les but, pendant un temps. Nous étions encore jeunes mais déjà plus très simples. Puis tout s’accéléra. Bientôt, on ne put plus avaler un breuvage puant. On dut s’habituer à verser, en fin de soirée, des flacons entiers dans l’évier. Un crève-cœur. Et l’âge n’y fait décidément rien.

Avertissement. L’affaire marche bien avec un rouge souple, un rouge de fruit, un blanc ou un liquoreux. Avec un rouge super tannique, c’est dur. Avec un vin variment über méga liégeux itou.

1- Verser la bouteille malade dans une casserole et porter à petite ébullition. Faut que ça réduise.
2- Aromatiser. Avec du romarin en branche, de la cannelle, un clou de girofle ou deux. Plus deux ou trois choses qui vous inspirent (laurier, thym, cumin, piment…). Faut aussi de la douceur. Sucrer avec du sucre de canne, et ajouter un ou deux carrés de chocolat. Insister si le vin est trop rêche.
3- Laisser réduire jusqu’à la moitié. Ou plus. Ça sent bon dans la cuisine. Filtrer et verser dans un récipient susceptible d’aller au congélateur. Un récipient assez grand, autrement ça perle.
4- Un jour, vous faites une côte de bœuf. Une épaule d’agneau. Un rôti de porc. Et vous vous dîtes "tiens, j’ai ce truc au congélo". Faites décongeler. Puis re-réduisez dans une casserole jusqu’à obtention d’un sirop. Ou presque. Liez d’une grosse noisette de beurre. Et rectifiez le sucre, les épices et l’amer selon humeur. Nappez la viande. Les convives se pâment. Et vous ricanez in petto en repensant à la mirobolante métamorphose du vin malodorant...."

Bien à vous

05/05/2009

L’énigme gastrosexuelle et les asperges en méli-mélo d’herbettes brésaolées

Salut, les pandas albinos

DSC02033.JPG

L’autre jour dans Libération, il y avait un papier sur un nouveau type d’homme, baptisé «gastrosexuel» par nos amis les sociologues. Grosso modo, le gastrosexuel a entre 25 et 44 ans. Il cuisine bien. Puis il emballe. «Mon taux de réussite, une fois l’invitation acceptée est de 75% le premier soir et 95% en tout», claironne Sébastien, 35 ans, interviewé par Libé.
95%, diable!
Lui fait de la popote française traditionnelle ou tape dans l’exotique. Dégaine des bouteilles prestigieuses ou des crus sudistes corsés. Et hop! La convive se retrouve toute chose sous la couette avant le café. Trop fort.

Cette peinture d’une nouvelle génération de prédateurs sexuels en tablier de cuisine nous a laissés tout dubitatifs.

Primo,
on n’avait jamais songé à utiliser notre vieille marmite en fonte comme arme de drague massive. On va reconsidérer l’engin.

Deuzio, il faut quand même se demander, si le cuisiner est occupé à lutiner l’invitée, qui nettoie les fourneaux et range le boxon après le repas. C’est que voyez-vous, il y a une éthique dans la popote. Un enchaînement de gestes quasi déontologique, qui va des emplettes à la vaisselle. Faire le boulot à moitié sous prétexte d’un digestif canaille, cela nous frise le code.

Tertio, pendant quelques millions d’années, c’étaient les dames qui faisaient la tambouille, sans que jamais cette activité-là ait boosté leur sex-appeal. Bien au contraire. Les gaillards s’y collent enfin. Et voilà qu’ils suintent brusquement la sensualité. Etrange. Comme quoi, il y a encore des pans entiers de l’attraction libidinale qui nous restent mystérieux.

DSC02030.JPG

Tout ça pour vous assurer qu’il n’y avait nulle perspective copulatoire dans l’élaboration de cette recette d’asperges en méli-mélo d’avocat aux herbettes et bresaola. Juste le plaisir de concocter quelque chose de slurp. Ce qu’on peut-être candide, des fois.
Spécial dédicace à la copine Edith, qui habite là-haut sur le flanc de la montagne, à 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, et dont le jardin explose d’herbes aromatiques ces jours-ci. Elle nous a offert un gros bouquet de cerfeuil. Un végétal gracile et gracieux, au délicat groove anisé, dont on raffooooole. Merci Edith.

Pour réaliser cette prodigieuse quoique couillonne entrée, il vous faut aussi des asperges vertes, un avocat mûr, une poignée de roquette, des tomates cerise et plein de fines tranches de bresaola.

DSC02036.JPG


Coupez le cul des asperges, au tiers environ, et pochez-les six-sept minutes. Qu’elles restent croquantes. Refroidissez et tranchez en menus tronçons biseautés en gardant les têtes entières. Extrayez la chair de l’avocat, taillez en cubes.
Hachez la roquette et le cerfeuil. Coupez les tomates en deux.
Taillez deux trois tranches de bresaola en lanières (le reste sera servi à côté, oui, on ne discute pas).
Puis tricotez-moi une vinaigrette athlétique et généreuse, à l’huile d’olive et vinaigre de cidre, bien relevée. Touillez le tout à la force du poignet. Et rectifiez s'il le faut. 
Et alors? Ben alors, l’avocat s’écrabouille façon crème. Les herbettes te titillent la goulette façon anisette poivrée. La vinaigrette swingue grave. Et la bresaola fait de la figuration rouge sombre, tout en amenant un discret contrepoint carné.
Je vous dis pas le tableau.
Printanier à donf’.
Mais pas gastrosexué pour un sou.
A sous peu

04/05/2009

Quand le Dr. Slurp va se ressourcer dans les caves

Bien le bonjour, coquelets lubriques

DSC02006.JPG

Parmi ces merveilleuses expressions dont raffole la modernité, il en est une qui nous laisse un brin perplexe. C’est «se ressourcer».
Dans le contexte, ça donne ça: sévèrement burnoutée, Germaine est partie toute seule une semaine à la Ciotat pour se ressourcer.
Le terme, qui est devenu une évidence dans nos conversations, indique implicitement qu’avant de se ressourcer il a fallu se sourcer - ce qui est plutôt mystérieux -, puis se dessourcer, vu qu’il s’agira de se ressourcer ensuite. Difficile de savoir quand et comment survient le dessoursage; mais ça doit faire boum!
Bref, cette terminologie opaque nous cause bien des sourcis.

 

A_fenetre1.jpg
 

En découvrant l’Auberge du Cèdre et malgré les réticences lexicales sus-décrites, on s’est pourtant exclamé in petto: waou, voilà l’endroit idéal pour aller se ressourcer.
L’Auberge du Cèdre, conseillée par un pote et cachée dans la nature languedocienne à dix kils au nord du Pic Saint-Loup, est en effet un endroit juste génial, arborisé à donf et amical en diable, familial et magique, loin du stress urbain et de l’hôtellerie cucul standard. Un endroit où l’on brûle de couler des jours heureux dans une autre vie.
C’est aussi une base idéale pour aller fureter dans les caves du coin, qui sont nombreuses et souvent pleines de jus réjouissants.
Au Mas Foulaquier par exemple, dont la cuvée Les Tonillières, vibrante d’énergie poivrée et de fruits rouges coquins, vient justement de s’installer sur notre podium des plus grands rouges de l’Histoire de l’Univers.
Il faut aussi aller faire un tour à Corconne, chez Zélige-Caravent, domaine tenu par un couple de jeunes producteurs naturels qui élaborent une série de cuvées aux concentrations et tarifs étagés. Notre chouchou demeure «Le Jardin des Simples», plus souple et glouglou que les consœurs balèzes, qui arrosera probablement tous nos casse-croûte de l’été

DSC02039.JPG

Vroum vroum. Après le Languedoc, on a filé vers le cœur palpitant du Beaujolais, à un jet de moût de Charentay, où se tenait la 3e édition de la Beaujoloise, soit le salon des vins naturels de la région. Salon d’une convivialité réjouissante, qui ravale les autres rendez-vous bachiques au rang de messes de l’Opus Dei, voire de congrès du MEDEF.
A la Beaujoloise, on rigole, on grignote et on trinque.
A la Beaujoloise, on hume des bouteilles mirobolantes et on croise du beau monde. Des pères fondateurs du naturisme vinique, Pierre Overnoy et Marcel Lapierre. Des Champenois bios et scotchants (Bertrand Gautherot, Jérôme Prévost). Des valeurs montantes autant qu’exaltantes: Philippe Jambon et les Perraud du Domaine des Côtes de Molières.
Plus quelques sauvageons jurassiens aux savagnins étincelants, Etienne Thiebaud et Philippe Bornard.
Plus quelques copains qui passaient par là.
Plus quelques gloussements.
Plus quelques frissons.

DSC02040.JPGDSC02042.JPG
Jean Foillard et Isabelle Perraud (Côtes de Molière). Des gamay top moumoute.
DSC02047.JPGDSC02046.JPG
Philippe Jambon (notre idole) et Jérôme Prévost (magnifiques petites bulles naturelles)
DSC02055.JPG
Marcel Lapierre, himself, avec six topettes sur l'épaule. Quel homme!

Bref, à la Beaujoloise, on y retourne l’an prochain. Manière de se ressourcer, quoi.

A plouche