02/06/2009

Eloge mystique de l’acidité qui zèbre et sublime le bon pinard

 Coucou, les aminches aïgus

 

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Un muscadet naturel, sec et cinglant comme un coup de congère.

 


« L’acidité, c’est la colonne vertébrale du vin », répétait, il y a un siècle de cela, notre prof d’œnologie. « La colonne vertébrale, vraiment ? », enregistrait-t-on d’une oreille distraite, trop occupé à traquer la griotte et le cassis le pif dans le verre. Il faut dire qu’à l’époque, l’acidité, on s’en souciait comme de notre premier canon de Corbières. Le bonheur d’alors était dans le lourd, le massif, le boisé, l’aromatique. On aimait les blancs qui collent et les rouges qui tapissent. Bien mûrs. Bien odoriférants. Bien balèzes. On était un peu con à l’époque, notez. C’était il y a un siècle.

 
Puis la saveur acide se fraya un chemin dans notre disque dur gustatif intime. Tout doucement. Peu à peu.
Via les blancs, d’abord. Ces blancs trop parfumés, à la finale molle comme un prout de peluche, qui laissent la bouche pâteuse et la papille lasse, un beau jour, on se mit à les redouter. Et donc à traquer la droiture, la fraîcheur, le dynamisme, la tension comme on dit désormais. Quelques hectolitres de riesling sec, savagnin, petite arvine et chenin plus tard, l’affaire était entendue et la messe dite. Point de salut sans acidité tintinnabulante. Cette vivacité sublime qui zèbre les beaux breuvages comme un éclair nocturne, allonge élégamment la bouche, illumine la muqueuse et taquine les bajoues, tout en appelant un verre de plus. Oui, il y a de la volupté dans un blanc taillé au rasoir.

 


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Un rouge de Loire droit comme le I de Cheverny. Euh....


Pour le rouge, cela a été un rien plus laborieux. Mais à force d’halluciner la Vierge en goûtant certains pinots noirs, gamays, trousseaux et quelques autres pas forcément septentrionaux, on a pigé qu’il y avait deux types de vins rouges. Ceux qui planquent leur acidité comme une maladie honteuse. Qui la planquent sous la confiture de fruits noirs, derrière le gras, la suavité, le bois, l’alcool, la bonbonnaille racoleuse. Et ceux qui l’affichent fièrement. Qui la revendiquent, comme un signe d’histoire, de terroir et de culture. Ou simplement par souci de digestibilité, d'équilibre, de fraîcheur du fruit, de transparence.
Dans le film Mondovino, Hubert de Montille distingue les vins « verticaux » (traduisez: longueurs et pointes) et les vins «horizontaux» (comprenez: sensationnalisme et compote de fruit). On dirait bien qu’on a choisi notre camp. Vertical, le camp.
Le bon vin n’explose pas; il frissonne. Et nous avec. Brrrrrrrr lovely.

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PS: Cette bafouille candide mais sincère a été publiée pour la première fois sur la Toile dans le numéro de la Fureur des Vivres consacré à l'acidité. Drôlement bien, le numéro. Sommaire ici-clic.

 

 

09:14 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : acidité, muscadet |  Imprimer |  Facebook | | |

Commentaires

Essaie le vinaigre... C'est bon pour les bronches.

Écrit par : Yves | 02/06/2009

C'est très bien écrit. Purée les images.

Écrit par : rose chiffon | 02/06/2009

C'est vous qui avez fait les photos, monsieur?...

Écrit par : mamina | 02/06/2009

Yves, pffffff
Rose, trop aimable
Mamine, of course, comme d'hab'

Écrit par : Estèbe | 02/06/2009

Il faudrait peut-être nous donner la liste des vins à la "finale molle comme un prout de peluche", ça peut-être utile pour distraire les enfants.

Écrit par : Robert | 02/06/2009

Rhaaaaa, Estèbe, vous êtes délicieux. vous avez le verbe aussi leste que les vins que vous a(ci)dulez. Je suis fan.

Écrit par : Camille | 02/06/2009

Estèbe, vous êtes le phœnix de la bloglouglou, la reine de l'acide, vous êtes the Gypsy, the Acid Queen, le chancre... euh... chantre du vin blanc naturel de comptoir.. Tout comme Camille, je vous aime. Dommage que je sois déjà marié et été aux Seychelles.

http://www.youtube.com/watch?v=b_z9V6HlAeI

Écrit par : olif | 02/06/2009

Je vous avais lu dans "Fureur de Vivres" avec plaisir mais j'avais oublié
votre prose alerte et imagée. On aime aussi.

Écrit par : gabriella | 02/06/2009

ben oui Cheverny, c'est ici ! et d'ailleurs si tu n'as rien de prévu, on t'attend ce dimanche électo-pastoral à Montbazon avec mon ami Lolo le caviste orpailleur. viens faire un tour chez moi, tu comprendras...
A dimanche ?

Écrit par : saperlipopote | 03/06/2009

Très joli, en effet. Mais que et quand mange-t-on?

Écrit par : Sophie 13 | 03/06/2009

Olif, ais-je vraiment la bobine, le tiiiiiimbre et le croupion de Tina? Non mais des fois!!!

Écrit par : Estèbe | 03/06/2009

Il y a des blancs sans acide qui sont très bons, aussi. (la fille qu'essaie de relancer le débat, toute façon on mange rien ici, on sort avec la faim)

Écrit par : rose chiffon | 04/06/2009

J'arrive bien après la bataille (point le temps de lire les quelques 192 flux de mon Netvibes), mais je tenais à saluer votre prose, sieur Estèbe. Cela fait un temps que je vous lis, et je suis à chaque fois esbaubie par vos mots. Par votre manière de les agencer. Par leur magie. En plus du miam, cela va sans dire.
Et moi qui ne bois pas d'alcool (j'aime pas le goût précis de cette substance), je suis sous le charme si visuel des saveurs que vous donnez aux vins, et c'est beau. Nan, Beau.
Merci !

Écrit par : AkaiKen | 13/07/2009

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