22/06/2009

Les riches piquent tout aux pauvres, même le gaspacho vert

 

Mes amitiés, laboureurs andalous

 

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Vous avez remarqué? Les riches piquent toujours tout aux pauvres. Même en cuisine.
Les pauvres mettent des siècles à mitonner des plats simples, goûtus et roboratifs. Et pof, les riches les piquent.
On les imagine, les pauvres. Dehors rugit la bise, dedans gémit la faim; ils se serrent à quinze dans la cuisine, grelottant au coin d’une modeste flambée. Un beau jour, là au fond de la vieille marmite cabossée par le temps qui dodeline sur l’âtre, le miracle s’opère. La maigre pitance, améliorée par touches discrètes semaine après semaine, année après année, génération après génération, se transforme en une recette accomplie, harmonieuse, géniale quoi.
Et pof, les riches la piquent.
À tous les coups.
Sales riches.

Gazpacho andaluz.jpg


Tenez par exemple, le gaspacho. Le gaspacho est né en haillons. Sous un soleil de plomb. Dans les champs de l’Andalousie. Le voyageur romantique George Borrow, en balade espagnole dans les années 1830, le décrit comme un très humble mélange de pain, d’ail, d’huile, de vinaigre, de sel et d’eau froide. Même pas de tomate. Un breuvage de laboureur, n’exigeant qu’un pilon et un brin d’énergie pour pilonner; un moyen de lutter contre la chaleur qui fait oublier la faim et contre la pauvreté qui interdit de l’oublier. Un truc de pas-grand-chose. Un truc vital.
Et pof, les riches l’ont piqué.

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Car, voyez-vous, le gaspacho nous joue désormais le mets branché. Les éditeurs lui consacrent de pleins bouquins richement illustrés. Les mags culinaires lui déroulent le tapis rouge (rouge tomate, bien sûr). Les chefs qui comptent l’adaptent. De Ferran Adria d’El Bulli à Bernard Pacaud de l’Ambroisie, sans oublier Denis Martin et son gaspacho noir à l’encre de seiche. Bref, le gaspachisme est en marche.

Il n’y avait pas de raison que le Dr Slurp regarde passer le cortège sans grimper dedans. Voilà donc notre gaspacho vert, recette élémentaire autant que bon marché, qui propose un émouvant clin d’œil aux origines prolétariennes de la soussoupe ibérique.

Pour trois bols, il vous faut un gros bouquet de basilic, une gousse d’ail, un bulbe de fenouil, le vert d’une grande côte de bette et un demi-concombre. Rien, quoi.


DSC02192.JPGVirez le cœur coriace et les antennes du fenouil, émincez, puis faites pocher trois minutes à eau frémissante salée avec la feuille de bette. 
Et mixez-moi tout ça avec le concombre taillé en morceaux, le basilic, une gousse d’ail et un demi-verre d’eau. Ajoutez un peu d’eau si nécessaire.
Puis intégrez une grosse cuillère à soupe d’huile d’olive et une demi-cuillère de vinaigre de Xérès. Salez, poivrez, sucrez un mini poil même. Goûtez. Et rectifiez jusqu’à l’extase. Expédiez au congélo. Avant de servir, quand le soleil plombe et que l’apéro s’enlise, avec quelques tranches de pain grillées, frottées à l’ail et à la tomate.

Il n’est pas interdit de faire barboter quelques graines de fenouil et un trait de piment sur la surface. Ça fait riche. A piquer un plat aux pauvres, autant assumer.

Olé!


PS. Il y a une autre recette de gaspacho quelque part sur ce blog. On pourrait vous faire un lien. Mais c'est l'heure de la sieste.

Commentaires

Vous faites aussi très bien les ronds verts, hein que ça fait riche.

Écrit par : rose chiffon | 22/06/2009

Mon gaspacho vert à moi est à la laitue et au citron, super pauvre aussi ! Mais par temps de bise, je préfère quand même une minestrone bien chaude, voire une soupe aux oignons.

Écrit par : betterave | 22/06/2009

Oui, on pourrait également citer la polinta blanche, la pizza, la paëlla et le foie gras de canard truffé. Tiens! On me dit: "Non, pas le foie gras de canard truffé". Et pourtant si: chez nous, les anciens mangeaient du foie gras de canard truffé et réservaient les légumes - dont on connaît les bienfaits - à leurs enfants.
C'est beau, c'est digne.
Ce qui est indigne, en revanche, et qui n'a surtout rien à voir avec le sujet du jour: dès son entrée à la direction de France Inter, Philippe Val a viré le type qui faisait la revue de presse du matin. Vous, je sais pas, mais moi ce type me flanque des nausées...

Écrit par : Zorg | 22/06/2009

Pommier, il s'appelle de monsieur. Frédéric Pommier, sauf erreur. Pas de pommes dans le gaspacho, certes. Plus de Pommier sur France Inter, donc. Rapide, en effet, le Val (de travers?). Guillon retrouvera-t-il son micro après les vacances?

Écrit par : Estèbe | 22/06/2009

Hey, les gars, vous causez de quoi? Pourquoi pas de foot tant qu'on y est? Et le gaspacho vert, alors? Moi, j'écoute France Culture le matin. Pas de Val en vue.

Écrit par : Robert | 22/06/2009

Les nouvelles non culinaires de ce blog me dépriment. Val vire, quelle pomme.
Moi je l'aimais bien celui de la revue de presse, aussi, même si je n'avais pas noté qu'il s'appelait Pommier, tiens.
Mais si ils virent Guillon je me rebranche sur la RSR (autant dire, déprime assurée dès le réveil, ce qu'il faut pas faire pour témoigner de sa rage) !

Écrit par : betterave | 22/06/2009

Bon, je vais la jouer perso et très blogueuse car la politique m'ennuie et qu'ici, c'est un blog de cuisine...
Super beau ton gaspacho tout vert et waouh, quelle photo... t'as changé d'appareil?
Bisous du centre (de la France!).

Écrit par : mamina | 22/06/2009

Cher Estèbe, comme je le disais dernièrement (moi aussi j'ai la flême de vous coller le lien, d'solée), c'est dépassé le gaspacho, il faut se mettre au Salmojero (soupe froide, plat de pauvre ET andalous tanbien). J'ai également goûté le Ajoblanco (j'ai identifié amandes, ail, vinaigre, pignons et quelques bouts de pomme acide dessus pour finir), c'était délicieux. je mène actuellement l'enquête pour trouver une recette fidèle (enfin traditionnelle, de pauvre même). Oui je sais, je triche, moi je suis sur site ! (du coup, point de Val en Ibérie centrale, je sens qu'il va me falloir rattraper quelques épisodes de retard à mon retour en France...). En même temps, France Inter le matin y a belle lurette que je boycottais, mes oreilles faisaient de l'allergie pure à Demorand (je préfère son frère).

Écrit par : DQJM | 23/06/2009

Je gaspachise de longue date, sans doute mon penchant olé-olé pour l'Ibérie gourmande... Vert, rouge, orange (l'ajo blanco que je n'ai pourtant pas encore testé, frileuse moi ?) et que dire du noir...

Écrit par : Tiuscha | 23/06/2009

en tant que riches,
,comme les pauvres d'ici,
nous mettons toujours un peu de vinaigre dans les gaspachos
et de l'huile d'olive de l'année.

le gaspacho d'Alentejo est une merveille
tous les végétaux y sont en fine duxelle

Écrit par : jo | 23/06/2009

Une façon assez primitive de considérer la lutte des classes... par le petit bout du blender... mais efficace toutefois: sales riches, OK

Écrit par : Yves | 23/06/2009

Y'avait déjà un gaspacho vert prolétarien (mais snob quand même, car sa confection était toute en subtilité) : la vichyssoise glacée qui enchanta mon enfance. Élémentaire en effet : pomme de terre, poireau, oignon, eau - et un peu de beurre. Je reste fidèle pour ma part à la formule Courtine publiée dans le Cahier de recettes de Madame Maigret.

Écrit par : Olivia_Mohune | 24/06/2009

Bob, comment faites-vous pour supporter Alexandre Adler ?

Estèbe, Simone Ortega ne serait pas hyper hyper contente. Un gaspacho détourné, pour elle, c'est un peu comme une sardine dans le cassoulet. L'argument devrait vous titiller.

Écrit par : Camille | 24/06/2009

C'est tout à fait vrai, ce que tu dis. Le gaspacho n'est pas seulement espagnol, mais aussi portugais. Dans l'Alentejo, il n'y avait effectivement que les pauvres qui en mangeaient au retour des champs, où ils avaient travaillé comme des forçats dans une ambiance chauffée à souvent plus de 42ºC. Aujourd'hui, il est servi dans les meilleurs restaurants d'Évora et est considéré très chic (parce que light... C'est bien connu, les riches sont souvent maigres).

J'aime bien ça, le gaspacho. J'en fais les jours de grosse chaleur. Celui-ci me fait vibrer à cause de l'arôme terrible du basilic (et puis, j'ai plein de fenouil sauvage dans mon jardin...). Ce que ce doit être bon!

Écrit par : Elvira | 24/06/2009

Elle est là ton autre recette de gaz pas chaud, heureusement que je suis là moa:
http://jeromeestebe.blog.tdg.ch/archive/2008/07/31/le-gaspacho-facon-slurp-et-l-amical-echange-des-lettres-au-d.html
(recette au pastis que je préfère d'ailleurs, tout ce vert, ça me déprime)

Écrit par : Sophie 13 | 24/06/2009

bonjour Elvira
ici nous n'avons pas de restaurants chics,
on en sert partout l'été,
c'est partout la même recette
ils mettent des petits copeaux de jambon dedans
et de l'origan
c'est excellent,
très frais
et tout à fait différent de l'Andalousie

Écrit par : jo | 24/06/2009

Bonjour
Je viens de découvrir votre blog et je me suis permis de le référencer sur ma blogothèque http://blogotheque.gourmandenise.fr
Si vous voulez, je peux vous envoyer le logo pour vos liens.
A bientôt
Cordialement

Écrit par : Gourmandenise | 24/06/2009

Recette testée hier soir pour six personnes ; j'ai éliminé le vert de la côte
de bette, ajouté une giclette de tabasco et deux ou trois lichettes de Biosoy,
nouvelle recette. Avec le cagnas qui plombait la ville, ce gaspacho verde a été
apprécié par la compagnie !!

Écrit par : gabriella | 03/07/2009

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