28/09/2009

La troublante simplicité de la croûte au bolet façon mémé


Bien le bonjour, les boletus boletus

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C’était un gros bolet tout propre, avec un beau chapeau roux et un long peton bien blanc. Une bombe mycologique, à la plastique plantureuse autant qu’inspirante, née en Ardèche et à présent alanguie sur l’étal d’un marché genevois. Ce gros bolet-là, il nous a plu tout de suite. Le marchand l’a installé sur la balance et a annoncé le verdict: «Vingt francs
VINGT BOULES LE CHAMPI!, s’est-on exclamé in petto. Il allait falloir négocier, et dur.
«Vingt et un», a-t-on donc tergiversé, en offrant au commerçant notre sourire carnassier.
Le monsieur nous a coulé un regard perplexe, a zieuté à nouveau sa balance. Avant d’asséner: «Non, non, c’est bien vingt francs
«Vingt-deux!», lui a-t-on glapi au museau, enivré par l’haletante transaction. Il a haussé les épaules. «Ben, donnez-moi ce que vous voulez.» KO, le type. On lui a filé vingt-trois francs. Et on a pris le chemin de la maison, ragaillardi par l’issue victorieuse de cet âpre marchandage.

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Après avoir caressé mille projets d’apprêts révolutionnaires autant qu’exotiques, on a décidé de traiter notre bolet de la manière la plus roots possible, avec une croûte crémée et persillée. Soit le genre de recette jaillie du fond des âges, qui fait litière de la post modernité culinaire pour renouer avec les goûts vrais et les calories rieuses (n'importe quoi).

DSC02551.JPGHachez une échalote, une cuillère à café de gingembre frais et une minipointe d’ail. Faites fondre le tout dans une larme d’huile d’olive et une petite noisette de beurre.
Brossez et émincez
le ou les bolet(s). Ajoutez dans la poêle. Remuez doucement. Assaisonnez véhémentement (l’adverbe le plus vilain de la langue française, ne trouvez-vous pas?).
Quand le bolet s’attendrit (l’affaire de quelques minutes), mouillez d’une bonne louchée de crème fraîche, additionnée, s’il le faut, d’une petite pincée de farine pour obtenir la texture onctueuse ad hoc. Laissez réduire.
Rectifiez l’assaisonnement. Intégrez in extremis le persil haché.
Faites bronzer au toaster, ou sous le gril, des tranches d’un brave pain mi blanc un tantinet raffermi par l’âge. Nappez avec les champignons crémés. Et dévorez, avec une salade verte et une cousine germaine qui passe par là, sans faire trop de bruit avec votre bouche.

Bonjour chez vous

DSC02491.JPGNB1: Il n’est pas impossible de se rincer la glotte entre chaque bouchée avec l’épatant et racé savagnin de Philippe Villard, Anières, Genève du nord-est, Suisse méridionale, Europe-du-milieu. Beau vin blanc, oui Madame.


NB 2: Rien. Si ce n’est, peut-être, le dicton du jour, un nectar de sagesse populaire: Bolet bien acquis profite toujours. Et paf!

Commentaires

mon plat préféré...avec la croûte au fromage...et le gratin de patates.

Les champis sont chers parce que c'est sec de chez sec en ce moment, y en a même pas des mauvais :-(

Écrit par : Louise | 28/09/2009

Vu ton sens de la négociation, tu aurais peut-être dû participer au G20. Le délégué Top Slurp, chargé de sauver la planète.

Écrit par : Robert | 28/09/2009

Légèrement nucléaire, votre bolet. Vos papilles ne vous chatouillent pas trop ?

Il serait dommage que pour quelques obole(t)s, votre goût subisse quelque antimétabole(t).

Écrit par : Camille | 28/09/2009

Vous faites preuve d'un rare sens du marchandage: vous devriez accompagner notre Président lors de son prochain déplacement à Tripoli...
Mais je vous entend déjà ricaner: "les tripes au lit: j'ai arrêté". Tant pis.

Écrit par : dano | 28/09/2009

Damned: encore une fois, il y a un génie qui a eu à peu près la même idée que moi pendant que je rédigeais péniblement ma dernière note, et scouci j'ai pas fait gaffe. Tant pis.

Écrit par : dano | 28/09/2009

Pis pour Polanski, vous pensez entrer en matière ?
Joli, ce bolet à vingt balles! De toute façon j'en trouve presque jamais dans les forêts... autant se résigner à les chercher sur les étals, porte-monnaie en main.

Écrit par : betterave | 28/09/2009

C'est que chère Betterave, aux dires des champignonneurs les plus aguerris (Louise, par ex), nos campagnes manquent terriblement de flotte pour laisser éclore les précieux chapeaux.
Robert et Dano, non, je ne figure pas encore parmi les 20 grands (glands) de ce monde. Mais demain, je n'en jurerai pas.
Camille, fortiche. Comme d'hab'.

Écrit par : Estèbe | 28/09/2009

aguerrie... euh ahem bof : un jour j'ai trouvé plein de bolets. Conteeeeeeente, j'étais ! c'était si rare !
Parmi eux, 1 et 1 seul bolet amer, j'avais pas remarqué sa petite couleur rosée. Pas toxique, mais alors toute ma platée de bolet est partie à la poubelle tellement c'était amer beuaaark.

Écrit par : Louise | 28/09/2009

Ca fait combien en euros, le bolet ?

Écrit par : gabriella | 28/09/2009

Estèbe, quoique faribole(t)s, votre flatterie me fait flancher les guibole(t)s. c'est touchant comme un discours de Guy Bolet.

Écrit par : Camille | 28/09/2009

Gabriella, environ 14 euros. Soit 80 de ces bons vieux FF. Ou encore (pour nos glorieux aïeux) 8000 anciens francs. Pas donné, le bolet, houuuu non. Mais l'était vraiment gros.
Camille, vous ne l'avez pas bolé.

Écrit par : Estèbe | 28/09/2009

Vraiment véhémentement? oui, c'est moche ;-)... plus en tout cas que l'image qui me file une dalle terrible.

Écrit par : Anne-Laure | 28/09/2009

Enorme, turgescent, onéreux, et en plus vous l'avez marchandé !

Écrit par : Tiuscha | 28/09/2009

à ce tarif je vais envoyer papy caillou sur les marchés, il va arrondir nos fins de mois...
La poêlée de cèpes d'hier, en photo depuis ce matin sur mon blog, ça vous tente ????

Écrit par : mamie caillou | 28/09/2009

Vous vous êtes fait avoir : c'est pas un bolet. C'est un cèpe de Bordeaux. un vrai de vrai.

Écrit par : Marie-Claire | 28/09/2009

C'est vrai que vous avez un sens aigu des affaires!
Ce bolet me titille les papilles, tant que ce n'est pas un boletus satanas !

Écrit par : chapot | 28/09/2009

Marie-Claire, sans être une bête-ès-champi, je ne pense pas qu'il s'agissait d'un Bordelais, mais bien d'un tête de nègre à long pied, soit le fameux boletus aereus, et non l'edulis, qui a un physique bien plus râblé et la chair moins ferme. Mais bon...
Madame Caillou, j'y fonce.

Écrit par : Estèbe | 29/09/2009

Savais pas que l'Ardèche exportait des bolets vers la Suisse...

Écrit par : Fraiseroi | 29/09/2009

Tous les jours je fais des danses sioux autour de ma cuisinière pour faire venir la pluie.
hmmmmm... sentir le bois mouillé, l'humus, le lichen et avoir le souffle presque coupé quand on aperçoit son chapeau brun et gros son pied bien blanc ...



C'est drôle, mais le marchand me fait pas le même effet ...

Écrit par : "Toinette" | 29/09/2009

C'est pas sympa de la part de Jean-François Mabut de se fagoter, de se faire passer pour un marchand de champignons et de vendre un bolet... 23 francs. Et il a eu le culot d'en parler dans son blog du 28.09.2009. Dire que ce galopin est le Maître de ton blog !

Écrit par : Rollmops | 30/09/2009

Bjour, avez-vous une adresse sympa pour les bolets ? moi je les prends au marché de Rive les samedi matin mais tout autre contact sera le bienvenu..
Saluti
Greg

Écrit par : Greg | 30/09/2009

Alors...
Tu laisses la voiture sur la droite du chemin, tu passes le clédar et tu montes sur la gauche. Faut crapahuter un petit moment hein...ensuite tu verras un groupe de six sapins à droite, là y'a comme une dérupe et un plat droit devant avec des herbes fines assez longues même un peu sèches et bien là...c'est assis que tu pourras les ramasser.

;-)

Écrit par : "Toinette" | 30/09/2009

Pareil, Greg. OK, Toinette, j'y file pif à terre.

Écrit par : Estèbe | 30/09/2009

je croyais avoir besoin d'un dessert
J'étais limite pleurer parceque j'ai pas de crème au chocolat dans mon frigo mais c'est pire, je pleure parceque j'ai pas de cèpe
Faich'

Écrit par : marion | 30/09/2009

cette fois l'inflation est au ras des pâquerettes
mais où donc les schtroumphs vont ils pouvoir se loger décemment

Écrit par : jupiter | 03/10/2009

L'automne a du bon ! Nous grossirons pauvres mais heureux avec cette magnifique gourmandise :)

Écrit par : Claire | 06/10/2009

20 balles le champi et le brignole y vient pas de chez Poîlane à Paris des fois?

Écrit par : Pascal Henry | 13/10/2009

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