28/09/2009

La troublante simplicité de la croûte au bolet façon mémé


Bien le bonjour, les boletus boletus

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C’était un gros bolet tout propre, avec un beau chapeau roux et un long peton bien blanc. Une bombe mycologique, à la plastique plantureuse autant qu’inspirante, née en Ardèche et à présent alanguie sur l’étal d’un marché genevois. Ce gros bolet-là, il nous a plu tout de suite. Le marchand l’a installé sur la balance et a annoncé le verdict: «Vingt francs
VINGT BOULES LE CHAMPI!, s’est-on exclamé in petto. Il allait falloir négocier, et dur.
«Vingt et un», a-t-on donc tergiversé, en offrant au commerçant notre sourire carnassier.
Le monsieur nous a coulé un regard perplexe, a zieuté à nouveau sa balance. Avant d’asséner: «Non, non, c’est bien vingt francs
«Vingt-deux!», lui a-t-on glapi au museau, enivré par l’haletante transaction. Il a haussé les épaules. «Ben, donnez-moi ce que vous voulez.» KO, le type. On lui a filé vingt-trois francs. Et on a pris le chemin de la maison, ragaillardi par l’issue victorieuse de cet âpre marchandage.

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Après avoir caressé mille projets d’apprêts révolutionnaires autant qu’exotiques, on a décidé de traiter notre bolet de la manière la plus roots possible, avec une croûte crémée et persillée. Soit le genre de recette jaillie du fond des âges, qui fait litière de la post modernité culinaire pour renouer avec les goûts vrais et les calories rieuses (n'importe quoi).

DSC02551.JPGHachez une échalote, une cuillère à café de gingembre frais et une minipointe d’ail. Faites fondre le tout dans une larme d’huile d’olive et une petite noisette de beurre.
Brossez et émincez
le ou les bolet(s). Ajoutez dans la poêle. Remuez doucement. Assaisonnez véhémentement (l’adverbe le plus vilain de la langue française, ne trouvez-vous pas?).
Quand le bolet s’attendrit (l’affaire de quelques minutes), mouillez d’une bonne louchée de crème fraîche, additionnée, s’il le faut, d’une petite pincée de farine pour obtenir la texture onctueuse ad hoc. Laissez réduire.
Rectifiez l’assaisonnement. Intégrez in extremis le persil haché.
Faites bronzer au toaster, ou sous le gril, des tranches d’un brave pain mi blanc un tantinet raffermi par l’âge. Nappez avec les champignons crémés. Et dévorez, avec une salade verte et une cousine germaine qui passe par là, sans faire trop de bruit avec votre bouche.

Bonjour chez vous

DSC02491.JPGNB1: Il n’est pas impossible de se rincer la glotte entre chaque bouchée avec l’épatant et racé savagnin de Philippe Villard, Anières, Genève du nord-est, Suisse méridionale, Europe-du-milieu. Beau vin blanc, oui Madame.


NB 2: Rien. Si ce n’est, peut-être, le dicton du jour, un nectar de sagesse populaire: Bolet bien acquis profite toujours. Et paf!

24/09/2009

Le mini cassoulet déviant versus le maxi burger gerbant


Bien les bonjour, les cochons chinois

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Les Etats-Unis d’Amérique sont un pays où l’on sait encore se jeter de vrais défis. Prenez Steve Mallie par exemple, le boss du Mallies’ Sports Grill & Bar dans le Michigan. Il rêvait de figurer dans le livre Guinness des records débiles. Ben, l’autre jour, il a bâti le plus gros hamburger du monde : 84 kilos de pain, de fromage et de bidoche hachée. Yes, he can.  Un gulu a même déboursé 500 dollars pour acheter ce gros machin huileux.

Selon son humeur, on pourra trouver cette prouesse absolument prodigieuse, ou résolument gerbatoire sur une planète où plein de gens crèvent la dalle. C’est pas pour faire de la morale à deux sous, mais quand même…

Bref. Comme nous aussi caressons l’espoir d’inscrire notre nom au panthéon des réalisations culinaires extrêmes, on vous a cuisiné le cassoulet… le plus petit du monde. Trop fort. Messieurs du Guinness, venez donc goûter cette sublime miniature.

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On dit cassoulet, certes, tout en soupesant l’inexactitude du terme. Le vrai cassoulet, gascon ou languedocien, est le résultat d’une ingénierie gastronomique longue et exigeante, au terme de laquelle les chairs, parfums et saveurs s’enlacent en une fascinante étreinte, digne d’une partie de jambe en l’air entre Aphrodite et Dionysos un samedi soir sur l’Olympe. De vrais cassoulets?  Zieutez donc çui-ci, ou çui-là.

Notre cassoulet de poche n’en est donc pas un à proprement parler. Mais une recette coquine de mi-saison, largement plus light et simplette que l’auguste plat dont elle choure le nom. Prudence oui: on ne voudrait pas se retrouver frappé d’une fatwa occitane.

Pour quatre mini cocottes, il vous faut 700 grammes de haricots borlotti (borlotti, ouiiiii, clic) dans leur cosse, 250 gr de palette de porc crue, 120 gr de lard non salé, quinze petites tranches de magret fumé, trois brins de persil et autant de thym, trois feuilles de laurier, un bouquet garni, une gousse d’ail, deux tomates bien mûres et dodues et un ancêtre cathare mort sur le bûcher (facultatif).

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Ecossez
les haricots, pochez une vingtaine de minutes avec le bouquet garni et le laurier dans une eau frémissante non salée.
Détaillez la palette en petits cubes, le lard et le magret fumé en lamelles.
Faites fondre la gousse d’ail hachée dans un peu d’huile d’olive; réservez. Puis dorez la palette et le lard sous toutes leurs coutures porcines. Sel, poivre. Réservez.
Pelez, épépinez et concassez les tomates. Ciselez les herbettes.
Quand les haricots s’attendrissent, égouttez. Remettez-les alors dans leur casserole, avec les viandes et la tomate. Assaisonnez avec largesse. Touillez. Laissez mijoter tout doux trois quart d’heure, en veillant à ce qu’il reste un peu de jus au fond du récipient. Car le borlotti sec lasse la papille.
DSC02533.JPGAu moment du miam, intégrez les herbettes, rectifiez l’assaisonnement, et emplissez vos mini cocottes, avec un peu de jus au fond. Cet ultime transvasement n’ayant d’autre but que de faire son petit malin branché qui joue à la dînette en exhibant son matos culinaire hors de prix. Et éventuellement de garder le cassoulet au chaud, à four tiède, pendant l’apéro. Voire même, si la journée a été fraîche et l'humeur frivole, de gratiner l’affaire presto au gril, en coiffant le cassoussou d’une biscotte écrabouillée.

On sert tout ça avec une salade verte. Et on l’arrose de vin rouge, certes. Un grand vin rouge de la mort du diable même. Par exemple un Bandol du Domaine Tempier (le vin favori du romancier Jim Harrison, cela soit dit en passant) qui, même dans sa cuvée la plus modeste et un millésime récent, avec ses parfums de fruits noirs un rien chocolatés, ses tannins aériens, sa chair pulpeuse mais tonique, figure sur le podium des plus grand pinards du cosmos. Parfaitement.

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A plouche

21/09/2009

La stupide légende du pagre rôti à la menthe

 

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Coucou, les farfadets tabascotés

Pour faire taire la fringale qui hurlait dans son maigre bidon, Gustave tenta de se replonger dans l’intégrale de Blek Le Roc. Sans succès. Faim, faim, faim, psalmodiait son ventre vide. Ses yeux se brouillaient de larmes, ses mains tremblaient. Il s’effondra sur un pouf et alluma la télévision. Le visage de Cyril Lignac s’encadra dans la lucarne. Gustave se mit à gémir. Il balança, furax, la zappette par la fenêtre, qui alla se briser, trois étages plus bas, sur le crâne d’un pauvre séminariste qui passait par là. Pas de chance.

Une dernière fois, Gustave farfouilla dans son placard. Vide, bien sûr. Soudain, il avisa une fiole qu’il n’avait pas repérée jusque-là. Une vieille bouteille de Tabasco, périmée au moins depuis le split des Beatles. Tant pis. Il aspira une goulée d’oxygène, serra les fesses. Et déboucha le flacon, prêt à en engloutir le contenu. Dans un grand éclair blanc, apparut alors un bon génie. The Bon Génie. «Salut, je m’appelle Estebouille. J’étais coincé dans cette bouteille depuis le spit des Beatles. Tu m’as libéré. Cool. Du coup, je t’exauce un vœu, là, maintenant.» Gustave, incapable d’articuler un mot, désigna son nombril geignant. Estebouille hocha la tête en souriant. Puis disparut par la bonde de l’évier en chantant l’Internationale.

Une seconde plus tard, on sonnait à la porte.

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Gustave alla ouvrir. Un pagre d’un kilo l’attendait, ruisselant et jouasse. «Salut mon pote, j’arrive du golfe de Gascogne.» Le poisson se dandina jusqu’à la cuisine, où il entreprit de s’écailler, de se vider, de s’oindre d’huile d’olive et de s’assaisonner sous toutes les coutures, tout seul comme un grand.

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Driling. On sonnait encore à la porte. Gustave, ahuri, découvrit sur le palier un bouquet de menthe, trois tomates joufflues et une échalote. Le groupe pénétra dans l’appartement en rigolant. La menthe s’auto-hacha et alla se glisser dans le ventre du pagre. L’échalote et les tomates se pelèrent et s’émincèrent mutuellement, avant de se lover gentiment au fond d’un plat à gratin. Le poisson sauta habilement sur ce lit végétal et s’y alanguit. Trop chou.

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Une bouteille d’un Montlouis naturel, charmeur et ciselé (Le p'tit Caporal produit par le bien nommé Frantz Saumon), qui était apparue sur le plan de travail comme par enchantement, envoya enfin une giclée de son précieux jus blanc sur les légumes.
A ce moment précis, le four, qui préchauffait à 180° de sa propre initiative, ouvrit sa porte avec un certain fracas.
Gustave, groggy, comprit qu'il devait enfourner le plat. Vingt minutes après, le four s’ouvrait à nouveau.

N’ayant aucun talent particulier pour la cuisine de la mer, et surtout pas pour lever les filets, Gustave mangea le poisson entier, s’étouffa avec une arête et mourut sur le coup, comblé, ravi, repu.

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Tchou

PS: Cette histoire n’est pas vraie.

17/09/2009

La dame qui dormait au frigo et la caille mi-figue mi-raisin

 

Bien le bonjour, les perdrix naines


La cinquantaine imminente et le poil jaune dûment permanenté, l’Américaine Joyce dort dans son frigo pour être plus belle. Oui. Pour rester ferme et fraîche, au sens le plus strict du terme. Elle a essayé la chirurgie esthétique. Mais rien ne remplace, dit-elle, un bon gros dodo à 3°. Ses proches sont d’ailleurs formels: A 49 ans, elle en paraît 46. Notez que cela se discute en guignant la vidéo ci-dessus.

Bref, tous les soirs, Joyce enfile sa nuisette; bise sa famille; et va se recroqueviller dans le réfrigérateur, sur un petit coussin, sans vraiment dépareiller d'ailleurs au milieu des cornichons en bocal et de la dinde sous cellophane.
Notez que cette manie contrarie probablement un tantinet la vie sexuelle de Maman Frigo (pas de place pour deux dans l’habitacle, ceinture doudou), tout en contingentant sévèrement l’alimentation familiale (pas de place pour un chapon non plus, ceinture doudou).
Benoîtement, on se dit qu’à vouloir ainsi rester jeune et sexy, cette brave dame risque d’attraper froid – une grosse angine de poitrine cela peut-être fatal. Et de se retrouver dans une autre chambre froide, bien plus confortable celle-là.

 

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Impossible, cela dit, de réfuter la théorie de la coquette Joyce. Prenez par exemple ces quatre cailles désossées. Ben, après une nuit au frigo, elles faisaient montre d’une jeunesse et d’une joliesse stupéfiantes. Sans chirurgie esthétique. On aurait pu les épouser. On a fait mieux. On les a cuisinées avec de petits fruits de saison, du laurier frais et de la gnôle charentaise. C’est tout dire.
Voilà des cailles mi-figues-mi-raisin au cognac et laurier, recette peu exigeante, quasi acalorique, à la fois moderne et rassurante, espiègle et implacable. Tayaut!

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Pelez et épépinez une grappe de bons gros raisins de table blancs. Pelez et tranchez en deux quelques jolies figues vertes. Dans une jatte touillez doucement les fruits avec une généreuse lampée de cognac et de vinaigre blanc, quelques larges tours de moulin à poivre, plus trois ou quatre feuilles de laurier frais très finement émincées. Laissez macérer au frais, en mélangeant de temps à autre.

Sur la table de la cuisine, ou plan de travail comme on dit chez Roche-Bobois , disposez vos cailles désossées le ventre à l’air, façon crapaudine. Salez et poivrez. Puis écrabouillez une figue sur leurs mignons bidons, ajoutez quatre demi-raisins. Le reste des fruits? Il jouera les garnitures. Un peu de patience, que diable!
Puis pliez et refermez les volatiles avec une ou plusieurs pique(s) de bois, en aiguillonnant au passage une feuille de laurier. Sel, poivre. Arrosez enfin avec le jus de macération.

 

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Préchauffez le four à 200°. Enfournez les bestioles pour vingt minutes. A mi-cuisson, ajoutez dans le plat le reste des figues et raisins.
Quand les cailles sont dorées et les fruits gentiment confits, servez vos convives, sans doute déjà largement éméchés. Puis retournez au frigo pour rester jeune et fraîche.

A bientôt, et vivement bientôt

PS: Oups... on allait oublier le proverbe du jour. le vlà: Trotsky tue le ski.

14/09/2009

Le frisé qui ne se prend pas le chou, farci aux noisettes, jambon et pleurotes


Bonjour, les gerboises rousses

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Il y a quelqu’un qui nous a dit que quelqu’un lui avait dit que quelqu’un d’autre avait peut-être aperçu des bolets dans les sous-bois jurassiens. Ou peut-être pas. Dans la presse, on appelle ça une info de première main. Un scoop, voire. La saison des champignons est de retour. Youpi.

Par solidarité avec nos amis les champignonneurs qui, depuis des jours déjà, parcourent la pampa la truffe à terre, la carotide palpitante et le pelvis aux aguets, on s’est donc payé une barquette de pleurotes à la supérette. Des pleurotes de couche, of course, élevés par la main de l’homme. Notez que le pleurote, s’il n’offre qu’une chair molle et somme toute peu affriolante après cuisson, reste largement plus goûteux que son collègue de culture: le champi de Paris. Le pleurote, il s’avère même über croquignolet dans ces feuilles de chou farcies aux champis, jambon et noisettes. Oui, Madame.

Voilà une recette furieusement sylvestre et pré-automnale, pour laquelle il vous faut des noisettes, des pleurotes (visez les 120 grammes par personnes, ça réduit à donf’), un chou frisé (oui, façon Kadhafi), quelques tranches d’un jambon cru de caractère (ibérique par exemple), un morceau de lard non fumé, une gousse d’ail, un demi-bouquet de ciboulette, sept brins de persil, deux échalotes et une demi-heure à perdre.

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Pour la farce (ah, ah).
Détaillez lard et jambon en très minces lamelles. Hachez ail et échalote. Ciselez les herbettes. Pilonnez les noisettes (huu, tu commences à me pilonner les noisettes, toi). Rincez presto et émincez mini les pleurotes.
Pas souci de correction diététique et mesure de précaution calorique, poêlez d’abord le lard. Réservez ensuite sur du papier absorbant. Rincez la poêle. Dans une larme d’huile d’olive, faites alors fondre ail et échalote. Ajoutez le jambon, laissez colorer quelques minutes. Puis intégrez le lard et les pleurotes. Laissez barboter quelques minutes. Avant de balancer, d’un geste gracieux SVP, la ciboulette, le persil et les noisettes. Shakez. Assaisonnez bien. Réservez.

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Pour le chou.
Détachez de belles feuilles, deux ou trois par personne, pochez les deux minutes dans de l’eau frémissante, essorez. Puis farcissez avec le mix sus-décrit. Repliez les feuilles façon première leçon d’origami. Ficelez.
Expédiez vos mignons fagots dans le panier vapeur pour dix minutes.
Puis colorez-les à la poêle quelques minutes. Assaisonnez.

 

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DSC02442.JPGAvec ces paquets bénis, il faut boire. Ben oui. Du vin. Du rouge. Par exemple le Plant Robert de l’adorable Henri Chollet à Aran-Villette, Lavaux, canton de Vaud, Suisse méridionale, Europe occidentale; un chouette pinard à l’élégante rusticité, au fruité impérieux et au poivré titillant. Un vin racé, frais et terrien. Un vin agricool, en somme.

Bien le bonjour chez vous

10/09/2009

Le boudin caché dans sa pomme au pastis


Bien le bonjour, les marmottes à ventre fauve (si j'ose)

 

 

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On connaît des gens qui préféreraient avoir un scorpion dans la culotte plutôt que de manger du boudin. Une copine, qui a le sens de la formule et le boudin en horreur (deux qualités rarement réunies dans le même individu), nous disait ainsi l’autre jour: «Ce n’est pas demain la veille que du sang de cochon coagulé rentrera dans mon corps, moi vivante et en pleine possession de mes moyens physiques et mentaux.» On attend donc qu’elle débloque pour lui en faire manger. Nyark.


DSC02443.JPGComme souvent dans les affaires de haines alimentaires viscérales, l’aspect de la chose honnie a son importance. Ce gros boyau, tout noir, vaguement suintant et, somme toute, assez content de lui, remue des choses troubles dedans notre lourd bagage culturel judéo-machin. Le boudin, c’est intestinal. C’est fécal. C’est zitital, voire. La plus infecte animalité, celle-là même que l’humain tâche sans répit de museler, d’oublier, d’anéantir, ben, elle se pavane, radieuse et luisante, au fond de son assiette. Vade retro, boudinas.

Bref, planquons donc ce boudin que l’on ne saurait voir. Planquons-le dans une pomme rassurante, sa notoire et meilleure copine gastronomique. Voilà donc un joli boudinou en cage de gala pochée au pastis et 5 épices, recette épatante qui devrait réconcilier une partie de l’humanité avec cette défrisante canaillerie charcutière.

 

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Coupez la tête des pommes. Avec un couteau pointu, faites un petit volcan pour mettre le boudin dedans. Un cratère généreux, mais respectueux de l’enveloppe du fruit. Il existe des engins pour mener à bien cette tâche-là. A l’aide d’un économe, pelez ensuite partiellement la pomme, en laissant un liseré rouge en haut et en bas, ceci par pur chochotisme esthétique.
Pochez-les ensuite, entre quinze et vingt minutes, dans une eau frémissante en compagnie d’une bonne dose de pastis, d’une énorme pincée de 5 épices (Sichuan + fenouil + poivre + DSC02445.JPGcannelle + je ne sais plus quoi) et d’une pincée de piment.
Pendant ce temps, poêlez tout doux le boudin dans une noisette de beurre; dix minutes grosso modo. Puis extrayez la chair d’ébène de sa gaine. Pour en farcir les pommes, dont on aura au préalable poivré et épicé l’intérieur. N’oubliez pas le chapeau. Très important, le chapeau. Il faut bien le planquer dans son boudoir nain, le boudin noir.

A plouche

PS: Oui, il y a des garnitures nickel avec ça. Oui, il existe aussi des vins merveilleusement adaptés à la situation. Mais, voyez-vous, il faut savoir laisser le lectorat se déboudiner un peu tout seul. Notez que si 6798 personnes nous le demandent gentiment...

 

PS2: Notre tendre éditrice nous hurle dessus, because on a oublié de claironner qu'elle et nous seront dimanche au Salon des Goûts et Terroirs de Bulle à animer deux ateliers hilarants pour les mômes, puis à faire des tartinades live en direct sans filet.
Dimanche. A Bulle. Oui, on bosse le week-end. Il faut bien vendre ce livre, zut quoi!

 

07/09/2009

Les coulis de tomate de Papi Slurp

Bien le bonjour, les grenouilles mugissantes

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Au début, tu marches à quatre pattes. Tu fais des bulles avec ta bouche et toutes sortes de bruits stupides. Tu bouffes aussi tes pièces de Légo. Puis t’apprends la table de 2.
2x1 = 2; 2x2 = 4


Après, t’écoutes du punk rock. Ou les Bee-Gees. Tu rigoles avec Pat et Fred. Tu bisoutes la Nathalie. T’étudies aussi. Un peu. Puis tu bois ce qui te passe devant le goulot.

Après après, tu prends de la bouteille et t’en vides un peu moins. Tu souscris à une assurance-vie auprès de la BNP. Tu fais 1, 67 enfant. Tu te réveilles tous les matins à 06 h 45 pour aller au bureau gagner de quoi manger du steak et partir aux Flots Bleus cet été. Et puis, tu trouves que la série Lost, c’est vachement bien, quand même.

Après après après, tu dis que Bayrou il n’a pas tort, finalement. Tu t’es remis à faire du vélo, pour garder la forme. T’écoutes de la musique classique le dimanche matin. Tes yeux s'ourlent de pattes d’oie, ta vue baisse, ta peau se plisse comme un palimpseste. Et tu relis Jules Vernes au lit.

Après après après après, tu peines un peu à te mouvoir et à te souvenir du nom des gens. Tu penses de plus en plus souvent à Fred, Pat et Nathalie. Tu racontes toujours les mêmes histoires. Tu regrettes un peu le bureau. Et le steak d’antan aussi, qui n’avait pas le même goût qu’aujourd’hui.

Après après après après après,
tu passes de longs moments à regarder un point très précis, là-bas, sur le coteau en face. Un jour, la Mort, en dentelles noires et bustier de latex, sonne à ta porte. Et tu lui ouvres, vaguement soulagé.

Euh… C’est à quel moment que tu t’es mis à congeler des coulis de tomates à la fin de l’été, en vue des rigueurs de l’hiver?

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PS1: Le coulis de tomate über couillon de Papi Slurp. Dégottez des tomates bien mûres, voire plus. Pelez, épépinez, virez avec minutie toutes les parties blanches et durailles. Détaillez en petits morceaux, essorez un max dans une passoire en pressant avec votre petite menotte. Puis oubliez dans une marmite dans une larme d’huile d’olive, à petits glouglous, le temps que la flotte disparaisse. Une heure et quelques. Répartissez en petits pots, (sans assaisonner, manière de laisser le champ libre pour les spags des premières neiges). Congelez. Et quand la bise sera venue, ricanez donc devant ces infectes tomates hivernales venues de Hollande en charter.

DSC02429.JPGPS2: Pendant l’opération sus-décrite, il n’est nullement interdit de se siffler quelques verres d’un charmant petit blanc bio et nord-bourguignon: l’aligoté de Monsieur et Madame Goisot par exemple, dont on a retrouvé avec délectation la fraîcheur minérale et le fruité lutin. Quand Papi Slurp se goisote le museau, il cuisine avec des trémolos.

03/09/2009

Nos copains les borlotti, en frichti maritime et estival

Bien le bonjour, les pétulants omnivores

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Je ne sais pas vous. Mais nous, il y a des choses à manger que l’on adore juste à cause de leur nom. Ces mets-là, on les a à la bonne avant même d’avoir croqué dedans. C’est que la grande loterie étymologique leur a aimablement refilé une paire de syllabes lutines, des sonorités qui swinguent, une procession de lettres qui chantonne.

Notez que tout ça reste méchamment subjectif. Il se peut ainsi que les mots potiron, crépinette, bigorneau ou croustade n’éveillent rien en vous. Chez nous, oui. Ça résonne, ça tintinnabule, ça rigole, quoi. A contrario, duxelles, porridge, quiche, salsifis ou macaron ne groovent nullement à nos oreilles. Une affaire de goûts musicaux, donc, mais pas culinaires. Ou si peu.

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C’est évidemment dans la première catégorie que l’on range les borlotti, soit ces haricots à l’exquise robe marbrée de vieux rose, nommés également cocos roses, qui débarquent frais sur nos marchés à cette époque de l’année. Ben, borlotti, c’est kawaï en diable. C’est chou de chez chou. C’est du miel lexical dans nos vieilles portugaises. Pour un peu que l’on s’interdise de penser au vilain Borloo, Jean-Louis, ce qui gâcherait ce moment de béatitude sonore.
Et puis, tant qu’on y est, avalez donc cette salade de borlotti aux bébés seiches, recette roots et vivifiante ramenée par la copine Claire du sud de l’Italie.
Comme quoi on n’attrape pas que des coups dans les Pouilles.

 

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Il vous faut de petites seiches prêtes à la grillade, du persil, du citron, du basilic, des tomates rubicondes, de l’oignon rouge autant que frais, un petit piment rouge et, donc, des cocos roses frais. Compter grosso modo 320 grammes par bouche à table.

DSC02415.JPGEcossez les borlotti, en vous émerveillant de la gamme chromatique croquignolette des haricots qu’ils cachent. Haricots qu’il s’agit de pocher une vingtaine de minutes, dans une eau frémissante mais pas salée, qu’ils se décrispent tout en restant croquants. Rafraîchissez aussitôt.
Pelez, épépinez et détaillez les tomates en dés. Ciselez menu basilic et persil. Emincez l’oignon et le piment.
Rincez les petites seiches et poêlez dans un peu d’huile d’olive quatre ou cinq minutes. Sel, poivre, citron.
Touillez le tout. Assaisonnez résolument d’huile d’olive, jus de citron, sel, poivre.
Puis servez en susurrant d’une voix rauque et chaude bor-lo-tti, borlo-tti, bor-lo-tti. Effet ga-ran-tti.

Ciao, les potes