29/10/2009

Le brik (de veau au citron confit), c'est chic


Bien le bonjour, les disco freaks

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Impossible de contredire le refrain d’un immense hymne disco, millésime 1978, sur lequel la planète transpira d’aise sous la boule à facettes et qui nous claironnait ceci:

Aaaaaaaaaaah, brik out
Le brik, c'est chic
Aaaaaaaaaaah, brik out
Le brik, c'est chic
Brik out
!

Trente ans plus tard, le brik demeure indiscutablement chic. Cela ne se discute guère. Et c’est pour cette raison que le Dr Slurp, prêt à toutes les bassesses pour coller à la branchitude culinaire, vous dégaine - oui, là tout de suite, en ondulant du joufflu et papillonnant des paupières - son brik de mignon de veau aux citrons confits. Tatatata. Une recette à la fois discoïde et orientale, qui n’occasionne guère que trois minutes et 27 secondes de boulot en cuisine. Et fait bramer d’extase les convives les plus exigeants.

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Pour deux ou trois gosiers à table, il vous faut un petit filet mignon de veau, un gros citron confit (acquis à l’épicerie arabe du coin ou tricoté maison), deux feuilles de brik, du ras-el-hanout et un bouquet de coriandre.

Marquez à feu endiablé le mignon à la poêle. Une minute de chaque côté. Quand il est bien basané, salez, poivrez et ras-el-hanoutez avec largesse. Réservez dans un coin de la cuisine. Il faut que la bête repose tranquilou.
Etalez
vos feuilles de brik l’une sur l’autre, en les humectant, l’une et l’autre, d’huile d’olive au pinceau. Salez et poivrez légèrement.
Préchauffez
le four à 220°. Emincez le bouquet de coriandre et le citron confit.
Juste avant l’heure du miam, posez le mignon sur le brik, coiffez de coriandre et de citron. Repliez avec habileté. Et fermez à coup de cure-dent. Un tour de moulin à poivre et basta. Cet emmaillotement doit impérativement se mener à la dernière minute, sous peine de voir les sucs de la viande imbiber le bric, qui ne manquerait alors pas de s’effondrer mollement autant que tragiquement. Un conseil de pote. Gratos.

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Enfournez enfin pour dix douze minutes. Pas plus. Il faut que la chair du mignon demeure aussi rosée que les joues d’un jouvenceau zieutant pour la première fois dans le Cœur croisé de sa cousine gironde.

Voilà: ça croustille à donf’sous la canine; ça acidule un tantinet les bajoues; ça embaume la luette; bref, ça égaye l’ensemble de la cavité buccale. Surtout si l’on a pris soin de déboucher un pinard idoine. Par exemple le Chignin Bergeron 2005 de Raymond Quénard (le monsieur a pris sa retraite depuis; son fiston lui succède), un grand blanc savoyard - oui, Madame - à la fois charnu et tonique, aux parfums exotiques autant qu’épicés, regorgeant de fraîcheur racée. Stupéfiante, d’ailleurs, cette accointance immédiate entre le pif alpin et le mignon maghrébin. Il faudra en causer au secrétariat de l’identité nationale.

 

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Bien à vous,

PS: Vous noterez que l’on vous a épargné la soirée diapo de nos vacances; les anecdotes, bibelots et souvenirs de camping. Ne nous remerciez pas. Vous nous êtes sympathiques.

16/10/2009

Les meilleures choses ont une faim

Comment allez-vous, donc?

 

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Bon, on a bien rigolé.
On a mastiqué deux trois choses aimables.
On a causé rillettes, solex et dérives néolibérales.
On a joué au Cluedo et à la dînette.
On a écouté Bob Marley.
On a bu de gentils canons, aussi.

Mais voilà, l'étude de la parade nuptiale chez les orques albinos (l'un de nos multiples hobbies) nous attire sous d'autres cieux.
Ce blog demeurera donc figé dans son élan sublime quelques heures, quelques jours, quelques lunes peut-être.

Séchez vos larmes. Demain sourit.

Adios!

PS: Comme d'ordinaire, les cadeaux, gros chèques, truffes d'Alba, caisses de champ' et autre nomination au Conseil Général des Hauts-de-Seine sont à adresser au:

Dr Slurp
Genf (centre)
Suisse de l'Ouest
Europe non alignée

15/10/2009

Pascal Henry, le gastronome en série, passe à confesse

Gros coucou, les gens

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Sa disparition
, un soir de juin 2008 après un repas chez El Bulli, avait fait les choux gras des gazettes. Il faut dire qu’on avait là une drôle d’histoire. Et un drôle de bonhomme avec. Souvenez-vous: le Genevois Pascal Henry avait entrepris un marathon gastronomique consistant à visiter, en 68 jours, 68 tables triplement étoilées au Michelin. A la quarantième étape, le serial gastronome pète un plomb. Et s’évanouit dans la nature. Avant de réapparaître, la queue entre les jambes, quatre mois plus tard.


Voilà pour le fait divers. Reste qu’au-delà de ce défi insensé, Pascal Henry mérite d’être entendu. C’est un type aux manières simples et aux idées claires, sincère et vif, plein de bon sens et d’enthousiasme. Un vrai passionné, qui tutoie la grande cuisine, et les grands cuisiniers, comme peu de gourmets peuvent s’en enorgueillir. Et causant avec ça. Tiens justement, l’autre jour, on est allé boire une bière avec lui…

L’initiation
«J’ai toujours été gourmand. Pas le genre qui laisse la moitié de son assiette, avec le petit doigt en l’air. Non, gourmand. Ma mère cuisinait comme une pive; ma grand-mère, en revanche, faisait des trucs simples mais vraiment bons: le biscuit roulé ou la confiture de coing. J’ai essayé de refaire ses recettes, au millimètre, sans jamais parvenir à en retrouver le goût. A vingt ans, pour fêter l’obtention de mon bac en France, mes grands-parents m’ont offert Girardet. Ç’a été le déclic: le ballet des serveurs, la découpe au guéridon et puis, surtout, le goût. Tout est parti de là.»

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La passion

«Pendant des années, j’ai pas mal gagné ma vie comme coursier indépendant. Voilà comment je dépensais mes sous. Je ciblais une table dans une région, puis j’en greffais d’autres autour. Il y a clairement une forme de démesure, de frénésie, chez moi. Certains ont la passion des bagnoles, de la hi-fi ou de la peinture. Moi, c’est la gastro. Ce que je cherche? L’émotion. Autant dans une sardine que dans un homard ou un turbot. Et les cuisines signées, personnelles. Les musiciens ont sept notes; les peintres les mêmes couleurs. Pareil pour les cuisiniers. Avec un nombre restreint de produits, certains composent, interprètent, et arrivent à nous embarquer dans un truc fou.»

Les chocs
«En gastronomie, les vrais chocs sont rares. Si tu fais une table référencée par le Michelin, t’es prêt à recevoir un coup. Et un coût, aussi. L’émotion et l’addition, quoi. Mais quand tu ne t’attends à rien de particulier, ça peut devenir vraiment intense. Ça m’est arrivé à l’Astrance, à Paris. Ce type, Pascal Barbot, c’est le Mozart de la rue Beethoven, un virtuose. Idem au Mirazur à Menton. J’y suis allé un peu par hasard, j’ai été foudroyé. En février dernier, sur un coup de tête, je suis redescendu en moto pour vérifier que je n’avais pas rêvé.»

 

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Les grands plats
«Les tables gastronomiques, globalement, c’est toujours bon. Mais on vient y chercher un peu plus que ça. Parfois, il y a des plats qui te font vraiment décoller. Et entre un bon plat et un grand plat, il n’y a rien, pas grand-chose, une alchimie, une épure, une lisibilité, un sens. La cuisine, c’est de l’horlogerie, il faut que ça donne l’heure juste. Parfois, ça ne fonctionne pas, sans que je sache d’abord pourquoi. Plusieurs jours plus tard, il m’arrive de piger. Là, je téléphone au chef pour lui raconter. Un grand plat, quand il débarque à table, je me dis: «ça, ce n’est pas appris». Sans pour autant chercher à l’analyser ou à le décortiquer, ce n’est pas mon truc.»

Les agacements
«En général, je trouve les chefs assez peu légumiers. Pour un Passard ou un Bras, combien traitent les légumes comme des garnitures, par-dessus la jambe, sans chercher à les cuisiner comme de vrais produits. L’autre chose, c’est le prix des boissons. De l’eau, en particulier. Ils t’assaisonnent. L’autre jour, dans un resto à Genève, je leur ai dit qu’à 7,50 fr. l’Henniez, ça faisait 15 000 fr. le m³ de flotte. Il faut arrêter. Et puis, il y a le «menu servi uniquement à l’ensemble de la table». Ça m’énerve. Quand on est quatre, deux bons mangeurs, deux petits appétits, ça fait deux frustrés. Ils ont des brigades pour ça. Si tout le monde prend 50 trucs à la carte, là, ils sont vraiment dans la mouise.»

 

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La cuisine moléculaire
«Il faut que la technique soit au service du goût. Quand elle devient une fin en soi, ce n’est plus de la cuisine, mais de la prestidigitation. Il faut avoir mangé une fois chez Denis Martin, mais pas plus. Quant à Ferran Adrià, c’est un grand cuisinier, mais il ne fait pas de la cuisine, au sens étymologique du terme.»

Les chefs et les clients
«Quand les gens vont au resto, il faut qu’ils aient faim et qu’ils se montrent curieux. Disponibles mentalement, prêts à l’aventure gourmande, et critiques aussi. Après tout, c’est eux qui payent l’addition. Trop souvent, quand le chef passe en salle à la fin, personne n’ose lui faire la moindre remarque négative. Bon, t’es assis, lui debout, tu le regardes par en dessous; c’est compliqué. Mais moi, je leur dis, tout: mes émotions comme mes déceptions. Ça les fait avancer. J’ai grondé Anne-Sophie Pic récemment. Mais gentiment, attention.»

La solitude

«Les gens pensent que je mange seul pour la concentration ou je ne sais quoi. Ben non. Je mange seul, parce que je vis seul. Si j’étais marié, les choses seraient différentes. Et puis, ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent me suivre midi et soir.»

Bavard, le gaillard. Mais palpitant, non?

Tchou!

NB: Les photos sont de Steeve Iuncker; l’interview de mèzigue.
NB 2: Une autre interview du phénomène, à lire sur le blog de Maître Perrin (clic).

13/10/2009

Le mignon de cerf marche à la baguette

Bien le bonjour, les cervidés hirsutes

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La Téloche Suisse Romande nous a récemment demandé de venir réaliser, live sur le plateau, sans trucage, ou si peu, en tenue de ville, ou pas, une recette de chasse. Soit avec du gibier dedans.
Fingers in the nose
, s’est-on gargarisé, en échafaudant illico une série de plans pour épater les spectateurs avec un machin à la fois sauvage, drôle et moderne.
Ben, l'entreprise s'est avérée plus ardue que prévue. Le fiasco des brochettes de faisan, narré il y a peu sur ce blog, fut le premier ratage d’une série d’essais désastreux. On vous passe le sanglier snacké à la liqueur de coing (catastrophe, servie, qui plus est, à un gourmet émérite, nous pardonnera-t-il?) et quelques autres tentatives giboyeuses tout aussi navrantes.

La convocation télévisuelle s’approchait. Et notre besace demeurait désespérément vide. Angoisses. Insomnies. Sueurs glacées.

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L’ultime tentative avant le deadline fut la bonne. Ouf! Il y a donc un Dieu, à dada là-haut sur le cumulus, pour les cuistots présomptueux.
Croquez donc dans ce mignon de cerf en croûte de pain et son chutney de coing. Ça le fait grave, non, comme intitulé? On se croirait au Royal Monpourceau. Ou au Carré des Effeuillants. Ou au Grand Petitfour.

Démarrons en trombe avec le chutney. Pelez et taillez-moi un coing en petits cubes, en virant la poche à pépins centrale. Faites fondre DSC02594.JPGgentiment dans une casserole, avec une giclée d'Armagnac, une autre de vinaigre de pomme, un rien de gingembre râpé, une petite cuillère de miel, deux feuilles de lauriers, trois clous de girofle, quelques raisins secs, un tour de moulin à poivre, une pincée de sucre, une autre de cannelle, une autre de piment d’Espelette, alouette. Laissez compoter pépère. En goûtant, of course.

Ouvrez une baguette de pain dans sa longueur. Virez la mie. Salez, poivrez le mignon de cerf. Oignez-le de chutney. Et installez-le dans le pain. Il y sera très bien. Refermez.

Frottez le pain avec un peu d’huile d’olive. Puis bardez-le ensuite de fines tranches de lard espacées de 1, 37 cm.
Pour faire tenir le tout: deux solutions. Le cure-dent ou la ficelle. Tout dépend du budget (le cure-dent a beaucoup augmenté récemment), de la dextérité (la ficelle exige du tact) et de l’humeur.

Rôtissez vingt minutes dans un four préchauffé à 200°. Vingt petites minutes. Le cerf s’ingère rouge à cœur.

Voilà. le travail. Les sucs de Bambi humidifient délicieusement la mie. Le lard croustille à donf. Le pain itou. Le chutney acidifie doucement l’ensemble. Les enfants rient. Les aïeux pavoisent. La famille communie autour d’un plat sain et vrai.

A plouche

12/10/2009

Pas glop de figues à la mozzi

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Tchou!

La peste brune ayant triomphé hier aux législatives genevoises; notre bulletin de vote n’ayant servi à rien du tout (ou pire); la météo étant infecte dans le genre vent mouillé à 180 km/h; un chewing-gum s’étant collé à la semelle gauche de nos baskets neuves; le spectre du licenciement planant sur notre petit clavier noir; ben, on a décidé de faire dans le minimum syndical aujourd’hui.
Pas glop, aujourd’hui.
Des figues (les dernières). De la mozzarelle (d’une dame bufflonne). Du citron vert, du sel, du vinaigre, de l’huile d’olive, du piment, de la fleur de sel, du poivre de Guinée, de la roquette et du basilic émincés, et je ne sais plus quoi encore.

On allait oublier Jean Sarkozy à la conquête du monde, tiens.

 

Demain sera un jour radieux. Ou après demain, peut-être bien.

.

09/10/2009

Chérie, j’ai fait rougir le pesto


Salut, les merluccius rieurs

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Le colin, ou merlu, est une bête à dos doré et bidon blanc, qui barbote gentiment dans la plupart des mers de la planète.
Quand il est petit, on l’appelle colinot ou merluchon. Et non pas cornichon et merlinot.
Quand il est tatoué et viril, on l’appelle le Colin Farrell.
Quand il porte un masque sur la tête et tripote les filles, on l’appelle le Colin Maillard.
Et l’Armand Colin, quand il édite des bouquins écrits tout petits sans trop d’images dedans.

Le colin, ou merlu, n’a certes pas une saveur totalement scotchante, mais sa chair ferme et tonique tient bon la rampe à la poêle. Et c’est pour ça qu’on l’aime, le colin ou merlu.

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Le colin, ou merlu, nous a inspiré un plat que voilà: le colin, ou merlu, son pesto rouge et ses anneaux de pâtisson. Et toc! Sciés, les mecs et les nanas. Derrière cet intitulé intimidant, gaullien quasi, se cache un plat distrayant à exécuter comme à avaler. Ce qui est quand même la moindre des choses.

 

Pour le pesto rouge. Balancez un poivron rouge au four. Quand il commence à bronzer, oubliez-le quelques minutes dans un sac en plastique. Pelez, ensuite. Epépinez. Taillez en morceaux. Puis expédiez dans le bol du mixer avec une cuillère à soupe de parmesan, une cuillère et demi d’huile d’olive, une cuillère de pignons, 80 grammes de tomates séchées émincées, une pincée de piment d’Espelette et un tour de moulin à poivre. Vrouuuuuum. Goûtez et rectifiez, oui, jusque ça soit bon. Car il faut que le pesto rouge amène du plaisir dedans la bouche.

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Pour le pâtisson. Pelez le légume, puis, avec un petit couteau pointu, virez la partie centrale pleine de graines. Tranchez ensuite en anneaux. Disposez sans chevaucher sur un plat vêtu d’une feuille de papier sulfurisé. Une giclette d’huile d’olive. Sel, poivre, romarin. Et hop, au four, pour une heure, à 140°.
Pour le colin ou merlu. Le poissonnier vous aura gentiment levé les filets, en gardant la peau, SVP. Poêlez à feu velu, deux minutes coté peau, une minute côté chair. Assaisonnez, puis coiffez d’un rien de thym frais.
Le final héroïque. Dressez joliment l’assiette, en laissant enfin éclater votre sens artistique, bridé par des années de labeur abrutissant au service du Grand Capital.
Puis oubliez-vous dans un verre de rosé bien frappé, parfumé, vigoureux et vif, exactement comme l’auteur de ces lignes.

A sous peu

PS: Le pif, au fait, c’est la cuvée les Galets Rosés, du toujours recommandable domaine Mourgues de Grès, Costières de Nîmes, Gard, Vallée du Rhône de tout en bas un peu à droite, juste avant la Camargue. La Camargue, oui, ses taureaux ailés, ses rizières mouillées, ses gardians altiers et tout ça.

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08/10/2009

Des dames, du vin et mille ans de «buona abuffata»

Bien le bonjour, les cocos bretons

Suffit la pignolette culinaire. Causons littérature, que diable.
Littérature miam et glouglou, s’entend.

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C’est qu’il y a quelque temps de cela, la copine Scoopette nous a gentiment prêté Delizia! de l’Anglais John Dickie (riez pas, c’est son vrai nom), qui est une histoire gastronomique de l’Italie bien touffue, brossée avec drôlerie et érudition. La copine, ayant l’habitude de griffonner ses livres, on s’est retrouvé avec un exemplaire plein de soulignages et de petits commentaires en marge, ce qui nous a donné la troublante sensation de bouquiner avec les lorgnons de quelqu’un d’autre.
Le dit Dickie parcourt donc mille ans d’histoire savoureuse, en battant en brèche au passage quelques idées préconçues. Non, la splendide popote transalpine ne s’est pas faite en un jour. Hier encore, elle n’était qu’une collection de bricoles régionales sans lien entre elles. Non, elle n’est pas paysanne, mais bien citadine; les villes s’étant toujours octroyées les mets les plus fins et plus beaux produits. De Milan et son risotto à Rome et sa saltimbocca. Du couscous de Palerme au XVIIe siècle à la misérable pizza napolitaine, qui mit un siècle à s’imposer dans le reste du pays. L’auteur nous narre la folle saga de cette «buona abuffata» avec pléthore de digressions, anecdotes et autres aromates sociopolitiques. Ça se lit comme du petit-lait (de bufflonne). Et puis mettre Sophia Loren en couve d’un traité gourmand, c’est toujours une preuve de goût.

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Tant qu’on est en librairie, restons-y, avec le bouquin de Ségolène Lefèvre, oui l’historienne de l’alimentation au blog palpitant, qui s’est lancée sur les traces d’un couple méchamment contrarié: la femme et le vin. Un couple qui aura eu toutes les peines du monde à convoler, longtemps bridé par une armada de préjugés machos autant que rédhibitoirement couillons. Dans ce drame-là, on croise quelques figures mythiques – de la Veuve Clicquot à Marie-Thérèse Chappaz – et des silhouettes plus modestes, épouses discrètes, serveuses d’auberge ou semi-mondaines au gosier en pente. Ségolène émaille son topo, savant, lutin autant qu’historique, d’interviews de vigneronnes ou autres professionnelle du vin, qui amènent un feeling sensible et vécu au propos. Vivement conseillé.

«Delizia!: une histoire culinaire de l'Italie» de John Dickie, ed. Buchet-Chastel
«Les femmes et l'amour du vin», Ségolène Lefèvre, ed. Féret

 

A sous peu

NB: Demain, promis, on retourne aux fourneaux avec un machin fumant mais pas fumeux, qui va vous faire écarquiller les papilles. Oui, Madame.

05/10/2009

La poêle antiadhésive, le sperme défaillant et la choucroute du lac Léman

Coucou, les salmonidés lutins

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Il paraît que les poêles antiadhésives contiennent une substance élégamment baptisée acide perfluoroctanoïque (ta mère), ou PFOA pour les intimes, qui provoquerait une baisse de la qualité du sperme. Osons une traduction imagée. Tu te fais des œufs au plat et les tiens se retrouvent à plat.
On notera que les «moquettes traitées antitaches» abritent, nous dit-on, la même saloperie, ce qui pourrait les rendre impropres à la consommation. Dans quel monde vit-on! Le danger se tapit partout, au fond de la Téfal et sous tes pantoufles.

Cela dit, nous autres mâles grisonnants, sommes probablement quelques-uns à nous ficher de la qualité de notre sperme comme de notre première casserole. Ben oui, du moment qu’il en reste quelques millilitres une fois de temps en temps, sa qualité, ma foi…
Certes, c’est égoïste. Il faudrait penser à la pérennité de l’espèce humaine, au vieillissement de la population, au financement des retraites et à tout ça. Mais quiconque a déjà faire cuire un pavé de lotte dans une poêle qui attache sait que ce genre de considérations humanistes ne pèsent pas grand-chose par rapport à un beau morceau de poisson pulvérisé par un ustensile débile.

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C’est donc avec une poêle sévèrement antiadhésive que nous exécuterons cette choucroute du lac, en essayant de ne pas penser aux effets secondaires, par là-bas en-dessous, dedans le boxer.
Notre lac à nous, c’est donc le Léman. Il se peut que ce ne soit pas le cas de tous nos lecteurs, particulièrement ceux qui vivent outre-mer. Qu’ils aillent donc fureter dans leurs eaux douces de proximité pour dégotter de quoi nourrir leur choucroute. Les jolies chairs lacustres courent les ondes.

 

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Pour quatre gulus à table, il vous faut 700 grammes de choucroute crue, deux brins d’estragon, un peu de crème, du blanc sec, deux filets d’omble chevalier, 200 grammes de filets de perche, deux filets de féra et deux filets de truite fumée (ou mieux, du brochet fumé). Votre poissonnier, ou pêcheur se fera un plaisir de lever tous ces filets. Et en riant, encore. Brave homme. Tiens, s’il a des écrevisses en stock, glissez en donc un bouquet dans votre cabas.

Pour la choucroute. Rincez une fois le chou presto et installez-le au fond d’une casserole avec quelques grains de genièvre, du cumin en cascade, six feuilles de laurier, un morceau de lard (juste pour le goût, on le poubellisera ensuite), un tour de moulin à poivre, un gros verre d’eau et un petit verre de vin blanc. Touillez. Faites cuire tout doux à couvert, en zieutant de temps à autre s’il reste du liquide.

Pour les poissons. Poêlez-les à la queue leu leu, à feu nourri, dans une bonne noisette de beurre et une larme d’huile d’olive. Deux minutes côté peau et une minute côté chair, pour l’omble et la féra. Une minute côté peau, puis trente secondes côté chair, pour les perches. Assaisonnez. Puis gardez le tout au chaud, sous une feuille d’alu, à 50° au four.
La truite fumée, elle, ira simplement se réchauffer sur la choucroute, à couvert, dix minutes avant le miam.

Pour la sauce.
Pas très light, la sauce. Mais pour une fois… Faites blondir une échalote hachée au fond d’une casseDSC02591.JPGrole, ajoutez un déci de blanc sec, faites réduire drastiquement. Puis ajoutez une grosse cuillère de crème, une noisette de beurre, l’estragon émincé, sel et poivre. Goûtez. Remettez sur le feu tout cool.

Acte final.
Virez le lard et le laurier. Tranchez en deux les filets de truite, féra et omble. Coiffez la choucroute avec les poissons. Servez la sauce à part. Et débouchez un grand vin, blanc et naturel, minéral et subtil, venu de l’un de ces vignobles qui mamelonnent gentiment entre Chalon et Beaune.

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Bien à vous

PS: Il est d’usage de proposer quelques patates vapeur avec la choucroute. Pourquoi pas? Ajoutez donc un kilo d’amandines à liste des commissions. Et toc.

01/10/2009

Les brochettes de la honte et le gratin de la gloire

Bonjour, gastrolâtres exigeants

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De temps en temps, il n’est inutile de rappeler à nos lecteurs adorés l’ennui abyssal que peut susciter la plus chouette des recettes décrite avec les fesses serrées.
Giga narcotique. Total rasant. Tue-la-faim, voire.
Jugez plutôt.

Gratin de patates douces au cumin pour 4 personnes:

-    1 kilo de patates douces
-    1,5 décilitre de crème fraîche
-    Cumin, sel, poivre
-    Gruyère râpé

DSC02561.JPGPeler et couper les patates douces en fines rondelles. Cuire dans le panier vapeur vingt minutes. Huiler un plat à gratin. Disposer au fond une première couche de patates. Arroser d’un peu de crème, assaisonner, saupoudrer de cumin. Puis recommencer par couches successives. Terminer avec une tombée de crème et de fromage râpé. Enfourner enfin au four préchauffé à 180° pour douze minutes.
Servir aussitôt.


Voilà comment on vitriole, stylistiquement parlant, un gratin de la mort de ta Tante Ursule qui t’emplit le clapet d’une douceur affriolante, tout en jouant les garnitures miraculeuses pour un plat sévèrement carné.
Enfin, on dit ça…

Bien à vous, mes canards dodus

 

 

PS: A vrai dire, on a tricoté ce gratin héroïque comme accompagnement de brochettes de faisan au cognac et noisettes; faisan acheté à un tarif intolérable que la pudeur nous interdit de préciser ici. Notre gourmandise nous conduira au Mont-de-piété. Autant dire qu'on plaçait de monstres espoirs dans cette recette-là. Et patatras...

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Le volatile avait mariné une aprème entière dans la gnole, un jus de lime et du miel, avec du genièvre, trois clous de girofle, de laurier et on ne sait trop quoi encore. Les brochettes sont allées se faire caraméliser à la poêle, avant de se faire coiffer de noisettes concassées et torréfiées.
Génial sur le papier; top naze en bouche.
Le faisan empestait l’alcool. Horriblement sec et fibreux, il offrait une chair déprimante, d'ordinaire l'apanage de ces pauvres poulets élevés trois jours en batterie soviétique.
Et comme le vin blanc de noble extraction bourguignonne, débouché espècialement pour l’occasion, puait le bois, le soufre et la misère, seul le gratin décrit sus-décrit a sauvé la soirée.

Merci gratin.

PS2: Drôle de post, aujourd'hui. Pas à dire, c'est l'automne.