16.11.2009
Le céleri branche en salade lutine et l’expression la plus émouvante de la tendresse humaine
Salut les Nambikwara
Tiens, aujourd’hui, un peu d’anthropologie. Ça vous fera les pieds. C’est qu’on vient de tomber sur un petit texte charmant de Lévi-Strauss (1909-2009), où il narre sa rencontre avec la plus authentique douceur sensuelle au fin fond de la pampa sauvage. La scène se passe chez les Nambikwara, dans le nord du Mato Grosso, au milieu des années 30.
«Le visiteur qui, pour la première fois, campe dans la brousse avec les Indiens, se sent pris d’angoisse et de pitié devant le spectacle de cette humanité si totalement démunie; écrasée, semble-t-il, contre le sol d’une terre hostile par quelque impalpable cataclysme; nue, grelottante auprès des feux vacillants. Il circule à tâtons parmi les broussailles, évitant de heurter une main, un bras, un torse, dont on devine les chauds reflets à la lueur des feux. Mais cette misère est animée de chuchotements et de rires. Les couples s’étreignent comme dans la nostalgie d’une unité perdue; les caresses ne s’interrompent pas au passage de l’étranger. On devine chez tous une immense gentillesse, une profonde insouciance, une naïve et charmante satisfaction animale, et, rassemblant ces sentiments divers, quelque chose comme l’expression la plus émouvante et la plus véridique de la tendresse humaine.»
Entre deux câlins et trois papouilles, il n’est pas impossible d’imaginer que ces indiens-là se restaurent avec la même gourmandise ingénue. Tiens, on leur proposerait bien notre salade de céleri branche au gingembre, pignons rôtis et copeaux de pecorino. Une salade d’hiver acidulée et spirituelle, dont voilà la savante ingénierie:
Rincez puis pelez grosso modo les branches de céleri à l’économe. Détaillez en petites virgules.
Rôtissez les pignons à la poêle sans matière grasse. Laissez refroidir.
Pelez et émincez mini un bout de gingembre frais. Pressez un citron vert. A l’économe, prélevez quelques copeaux filiformes dans un pécorino bien sec.
Disposez le céleri et le gingembre à plat dans une très belle et large assiette. Oignez avec largesse d’huile d’olive et de jus de citron. Poivrez, salez (parce sur le céleri, le sel rit, warf).
Au moment fatidique, celui de la cène donc, coiffez de pignons et pécorino, puis servez avec «une immense gentillesse et une profonde insouciance». Les convives en seront tout chose.
A +
Biz
09:18 Publié dans Recettes: scroutchs et préliminaires | Lien permanent | Commentaires (16) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : céleri, gingembre, pécorino |
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Commentaires
Sacré Lévi-Strauss,il a pas fait que des jeans il en a écrit de belles choses!
Ecrit par : pascal henry | 16.11.2009
Fernandel, Lévi-strauss, ce blog devient archi culturé. J'aime quand tu racontes tes salades.
Ecrit par : Yves | 16.11.2009
J'ai beaucoup d'admiration pour Claude Lévi-Strauss, mais à l'instar de Rousseau, n'est-il pas un peu naïf de penser que les indiens sont (même quand ils se font ces papouilles) naturellement gentils?
Bon, ce ci dit, j'aime bien ta salade avec le sel qui rit... et non pas la vache pour une fois.
Ecrit par : mamina | 16.11.2009
Mamina, vous l'aimez à cause de son prénom. Ce n'est pas tout à fait le bon sauvage qu'il décrit (quoique...), mais une émanation de la tendresse humaine, pure et sans arrière pensée.
Ecrit par : Estèbe | 16.11.2009
Oui c'est un beau texte. Et pas triste non plus votre topic.
Ecrit par : rose chiffon | 16.11.2009
Très en forme, Dame Chiffon. Qui s'y (trop) frotte, s'y (trop) pique?
Ecrit par : Estèbe | 16.11.2009
Vous allez chercher de ces choses.
Ecrit par : rose chiffon | 16.11.2009
Test... j'envoie le message depuis le train. on vit une époque formidable. mais comment comment font les Nambikwara pour s'aimer sans machine moderne?
Ecrit par : anne-laure | 16.11.2009
Il faut toujours avoir une petite pensée sauvage pour ce cher Claude.
Ecrit par : Camille | 16.11.2009
Quel bonheur d'avoir des habituées à ce point doctes. Vous noterez qu'entre le cru et le cuit, on a opté pour la première éventualité avec le plat du jour.
Ecrit par : Estèbe | 16.11.2009
C'était ça ou l'Homme nu ?
Ecrit par : Camille | 16.11.2009
A la salade,
Je suis malade ;
Au céleri,
Je suis guérie. !!
Ecrit par : gabriella | 16.11.2009
"Si femme savait ce que le céleri fait à l'homme
Elle en planterait de Paris à Rome"
Avec un râpé de gingembre et un soupçon de tendresse par dessus,la soirée s'annonce bien !
Ecrit par : chapot | 16.11.2009
Quand-est-ce tu nous fais la salade Alla Spinoza ?
Ecrit par : Fraiseroi | 16.11.2009
Et que fait exactement le céleri à l'homme, Chapot? Il le rend drôle?
Fraiseroi, on relit vite fait l'"Ethique" en VO d'ici l'heure du déjeuner, et on vous pond un Spino Burger.
Jolie comptine, Gab
Ecrit par : Estèbe | 17.11.2009
Quoiqu'il en soit, céleri ou pas, je retiens la façon de servir.
Ecrit par : Marie-Hélène | 17.11.2009
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