23/11/2009

Le cochon aux agrumes et l’hébétude de l’aube

Mes hommages, les gens

DSC02728.JPG


Quiconque
a déjà découvert, dans le miroir d’un ascenseur le propulsant verticalement vers un rendez-vous fort important, une traînée de dentifrice dans ses cheveux, s’est sans doute posé cette question: Me serais-je lavé les dents avec le shampoing? Interrogation légitime, suivie d’une foule d’autres. Suis-je gaga? Où se cache la caméra de Tchernia? Comment vais-je me débarrasser de ce machin?
Quiconque a déjà découvert une traînée de dentifrice dans ses cheveux un matin d’hébétude ordinaire sent un gouffre s’ouvrir sous ses pieds. Surtout quand il s’aperçoit, dans un éclair de conscience blafarde, que le rendez-vous fort important vers lequel le propulse verticalement l’ascenseur n’est en fait prévu qu’une semaine plus tard. Le dentifrice s’accroche à la mèche. L’ascenseur file vers un rendez-vous fantôme. Et le miroir réfléchit la tête d’un abruti en train de frotter nerveusement sa chevelure avec un mouchoir en papier, qui se pulvérise en une nuée de petits bouts blancs.
Quiconque est déjà arrivé à un rendez-vous avec une semaine d’avance et la tête pleine de pellicules de Kleenex mélangées à du dentifrice, comme nous l’autre matin, sait pertinemment qu’il y a des jours où il faudrait peut-être songer à rester chez soi.

Par exemple pour bricoler, en sifflotant d’un air dégagé et d’un gosier enjoué, une échine de cochon aux agrumes, pastis et légumes d’avant-hier; une recette mijotée, savoureuse et vivifiante, à l’excellent rapport besogne en cuisine/satisfaction buccale. Car ce ne sont pas les plats les plus fastidieux à échafauder qui bottent le plus en bouche. Et vice versa. Méditons cela.



DSC02727.JPG

Pour deux personnes (ou trois personnes toutes petites et sans appétit, ou pour une seule personne gigantesque et affamée par six ans de jeûne draconien en cellule de dégrisement), volez une tranche d’échine (ou cou par ici) de cochon épaisse comme trois doigts, joyeusement entrelardée, flirtant avec les 400 grammes; plus une lime, une orange, de la cardamome en poudre, trois clous de girofle, un doigt de pastis, une grosse carotte, une racine de persil et un topinambour dodu.

DSC02721.JPGPelez et taillez les légumes en rondelles.
Pressez l’orange et le citron vert.
Dorez la viande sous toutes les coutures au fond d’une cocotte.
Déglacez d’une giclée de pastis.
Ajoutez le jus d’agrumes et les clous de girofle.
Salez, poivrez, saupoudrez largement de cardamome.
Laissez glouglouter quelques minutes. Intégrez les légumes.
Laissez cuire tranquilou, à couvert, 45 minutes.
Rectifiez l’assaisonnement. Tranchez le cochonou en jolies tranches. Coiffez de fleur de sel. Et servez dare-dare, avec une polenta crémeuse et un jéroboam d’un très bon blanc sec, dont on vous laisse le choix.
Aimeriez-vous vraiment qu’un crétin avec la chevelure pleine de bouts de mouchoir en papier collés à du dentifrice décide du pinard à votre place?

Tchou, bonsoir

Commentaires

Sieur Estèbe,
Une bonne tranche de rigolade le lundi matin ça fait toujours du bien!
Comme j'ai des doigts fins j'en mettrai 4 pour l'épaisseur et comme j'aime beaucoup le sucré/salé je le béquetterai tout seul!

Écrit par : pascal henry | 23/11/2009

Etait-ce vraiment du dentifrice (CF "Mary à tout prix")?

Écrit par : Robert | 23/11/2009

Servez avec un jéroboam !!!!
Une recette pour 2 personnes ??!!!
Oui Robert, je pense que c'était quand même du dentifrice: picolgate ou signôle. Un truc du genre.

Écrit par : dano | 23/11/2009

Le couteau qui fait les carottes de cantine, vous pourriez en parler ?

Écrit par : rose chiffon | 23/11/2009

Deg, Robert. Dano, deux jéroboams sont envisageables.
Rose, votre vue nous étonnera toujours. Afflelou peut attendre. Non, je ne préfère pas en causer. C'est très personnel, et un rien embarrassant.

Écrit par : Estèbe | 23/11/2009

Vous pourriez faire comme si ce n'était pas le vôtre. Ou comme si vous étiez un autre, je ne sais pas. Ca m'intéresserait.

Écrit par : rose chiffon | 23/11/2009

Savoir comment vous en êtes arrivé à vouloir des carottes de collectivités. Par quel chemin.

Écrit par : rose chiffon | 23/11/2009

Bon, ce ne sont pas des carottes de collectivité, mais des tubercules divinement ouvragés, élégamment dentelés par la main de l'homme. Besogneux et créatif, l'homme. Na.

Écrit par : Estèbe | 23/11/2009

C'est une recette comme je les aime, acidulée et facile. Mais je ne suis pas sûre de trouver des racines de persil sur mon marché. Par quoi les remplacer? Panais?

Écrit par : anne-laure | 23/11/2009

6 ans en cellule de dégrisement, quelle tristesse !
je préfère le dentifrice dans les cheveux !
Et surtout déguster ce cochonou

Écrit par : chapot | 23/11/2009

J'ai déjà eu du dentifrice dans les cheuveux. C'est un drame.

Écrit par : Sophie 13 | 23/11/2009

En dépit de tout, voui, j'aurais bien aimé que l'huluberlu concerné nous donne une idée de pinard !

Écrit par : Tiuscha | 23/11/2009

euh ...
est ce que j'ai le droit de rie un peu là ? rien qu'un petit peu ?
^^

Écrit par : marion | 23/11/2009

je détesterais sentir un gouffre s'ouvrir sous mes pieds quand je suis dans un ascenseur.
(Au fait avez-vous déjà mesuré l'incongruité de cette phrase: "prendre l'ascenseur pour descendre" ?)

Bref, je suis tout à fait d'accord avec vous sur le rapport besogne / plaisir des recettes, qui n'est pas toujours celui qu'on croit.

Écrit par : Marie-Claire | 24/11/2009

Souper la recette, figure toi que je l'essaie, mettons demain !
Merci pour lien !!

Écrit par : Guillaume | 24/11/2009

Moi un jour j'ai eu un bout de salade verte dans les cheveux.
Personne au bureau ne m'a rien dit de tout l'après-midi, c'est dégueulasse.

Écrit par : Louise | 24/11/2009

Oui Louise, l'existence est pavée de mille petites humiliations destructives, qui font les choux gras des psychiatres. Cela dit, entre la laitue et le dentifrice, mon cœur balance.

Écrit par : Estèbe | 24/11/2009

Monsieur Estèbe,

Il y a longtemps, déjà, que j'ai cessé de cacher mes caméras. Par ailleurs, je ne prenais jamais l'ascenseur car je disposais à cette époque des frères Rouland (paix à leurs dames). C'est dire l'incroyable série d'amalgames qui émaillent votre prose. Enfin, si vous lisier Les Rubriques-à-brac de notre éminent confrère Marcel Gotlib, vous sauriez, espèce de saurien, qu'il y a bien pire que de se présenter à un rendez-vous avec du dentifrice et des confettis de Kleenex (marque déposée, je ne sais plus où, mais déposée) dans les cheveux. Je laisse à d'autres, tous fervents lecteurs de Pilote, le soin de vous rafraîchir - mais sans Colgate, cette fois - la mémoire...

Pierre Tchernia

Écrit par : Zorg | 24/11/2009

Dites donc monsieur Estèbe... j'ai mis en place un petit jeu sur l'orange avec les plats salés, vous devriez me l'offrir ce cochon aux agrumes... je serais ravie!!!
Mais sans dentifrice bien entendu!

Écrit par : mamina | 24/11/2009

Est-çe qu'il y a un truc pour enlever la peau du topinambour comme par magie?
Dites le moi parce que j'en suis arrivée à le manger avec la peau, comme une femme préhistorique.

Écrit par : Marie-Hélène | 25/11/2009

Oui, on a déjà essayé de manger la peau du phénomène. Qui n'est pas du tout désagréable d'ailleurs, un peu coriace, une fois la racine bien rôtie. Le blème majeur, c'est le nettoyage: le topi offre une plastique à ce point tourmentée qu'il est drôlement malaisé d'aller traquer la terre planquée ça et là. Du coup, nous, on emploie les grands moyens. Soit tailler tout ce qui dépasse et en avant l'économe. Pas toujours hilarant.

Écrit par : Estèbe | 25/11/2009

Les commentaires sont fermés.