24/12/2009

Les vœux sincères et le bisou du Dr Slurp

 

pere_noel.jpg



Ben, nous y revoilà. En avant le foie gras et les huîtres, la dinde et la bûche. Cadeaux, bisoux, recadeaux, rebisoux. Hips. Amen.
Tiens, avant de filer à la messe de minuit, il faudra se souvenir que Noël n’a pas toujours senti le sapin ni le vieux bénitier. Parfaitement. Petit flash historique: avant que l’église fasse son OPA sur la fête il y a quelques siècles de cela, il s’agissait d’une célébration velument païenne, qui marquait le solstice d’hiver. Les gens se mettaient en caleçon de bain, se roulaient dans la boue parfois, et twistaient jusqu’à l’aube en poussant des cris joyeux. Dans l’âtre rôtissaient des cochons sauvages de taille vertigineuse. Le beaujolais - sans soufre ni levures sélectionnées - coulait à flot. Pendant que le DJ balançait une archéo-techno tribale et envoûtante. On savait s’amuser à l’époque. Même que c’était peut-être bien le bon vieux temps.

Bref, bonne festouille à tous.

On se revoit sous peu (à l’oignon). Nous serons, selon le Grégorien, à l’aube de l’an de grâce 2010.
Que Saint-Chapon vous protège

Bizzzzzzzz

07:17 Publié dans Humeur de ventre | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : noël |  Imprimer |  Facebook | | |

21/12/2009

Darroze-Estèbe: 10-0

Coucou, les téléphonistes avisés

1806260658_ffcc80dfb2_o.jpg

C’est l’histoire d’un über provincial (quasi suisse, même) qui monte à Paname pour les fêtes. Et qui aimerait bien offrir à sa petite famille un gueuleton de rêve ans dans un resto dont on cause.
L’histoire d’un plouc affamé, en somme.

iPhoneRetro.jpgPremier essai, quinze jours avant le départ.
Driling driling…
Musique d’ascenseur, qui chante Darroze, Darroze, Darroze. Voix féminine enjouée, façon aéroport: «Restaurant Hélène Darroze, Relais et Château, bonjour» Même chose avec l’accent english. «Ristorainte Hélène Darroze, Relais and Château, hello.» Pause musicale. «Pour le menu en français, tapez 1; for the meniou in ingliche, press tou
Le menu? On voudrait commencer par réserver une table avant de lire le menu. On réfléchit à tout ça, un petit moment. La zizique chantonne. Puis le silence se fait. On pige enfin. On tape sur 1.
La zizique redémarre. «Pour faire une réservation, tapez sur 1»
Ouf, nous y voilà. On tape sur 1, ravi.
La voix enjouée nous avertit en substance que personne n’étant disponible pour le moment, il faut poireauter ou rappeler plus tard. A la St Glinglin, par exemple. Il y a aussi la possibilité de taper sur 0 pour parler à un être humain. Paf, sur le zéro. On attend dix sonneries. Voire plus. On se dit que ça commence à plomber la note. On raccroche, vaguement agacé.
Fin du premier coup de fil.

le-telephone-pleure1-300x191.jpgDeuxième essai, le lendemain, en début de soirée.
Darroze, Darroze, Darroze, hulule le chœur des vierges dans l’écouteur.
Ha, ha, on connaît le disque par coeur: toc sur le 1.
«Pour une réservation…» Hi, hi, on toque derechef sur le 1.
La nana-robot nous explique patiemment qu’il n’y a toujours par un chat pour nous causer. Mais ce coup-ci, on peut laisser un message. On se racle la gorge; on attend le bip; et on se lance d’un gosier ému.
«Je souhaiterais une table pour 5 personnes le 26 décembre à midi, au nom d’Estèbe.» On ajoute au moins trois numéros de téléphone. On dit au revoir, très poliment. Et on attend un signal sonore indiquant que la bafouille est enregistrée. Silence intersidéral à l’autre bout du fil. Très long, le silence. Très anxiogène, le silence. Le compteur tourne. On raccroche, vaguement agacé.
Fin du deuxième coup de fil.

Telephones-2.jpgTroisième essai, le sur-lendemain, vers 17 h 30.
On vous passe les manœuvres apéritives. Pour en arriver direct au message. «Cinq personnes. Le 26 à midi. Oui, au nom d’Estèbe, ESTEBE, E comme Escroquerie, S comme Stupidité, T comme Téléphonie inhumaine, E comme Entourloupe technologique, B comme Bécasse d’opératrice, etc.» Nouveau silence dans les limbes parisiennes. On raccroche, vaguement agacé.
Fin du troisième coup de fil

Quatrième essai, une semaine plus tard, en pleine aprème.
Ce coup-ci, après le rituel manège numérique, une voix vivante nous répond. Incroyable. C’est une dame, un rien corsetée dans son tailleur. Mais bon. On réitère notre demande, d’un ton badin, en brossant au préalable un rapide résumé de nos mésaventures téléphoniques passées. Pour la distraire. L’interlocutrice, pas attendrie pour un sou, tranche aussitôt. «Mais nous sommes fermés le 26 décembre (sous-entendu, mon pauvre monsieur). Au revoir.»
Comme si c’était là une évidence cosmique. On est peu de chose, nous autres indigènes extra-frontaliers.

Comme quoi, dans les restos étoilés, la douloureuse commence avec la note de téléphone.

Bien mes respects chez vous

17/12/2009

L’omniscient Chuck Norris et les perches saltimboquées à l’ibère

Bien le bonjour, les elfes ventrus

DSC02813.JPG



chuck-norris-ne-mouille-pas-cest-leau-chuck-n-L-1.jpegLa septantaine imminente mais le pectoral toujours bien bombé, Chuck Norris est un être humain balèze, un champion de karaté balèze, un amant balèze, un républicain balèze et un acteur de cinéma, disons, euh… assez balèze. Sur le web, plusieurs sites (clic) proposent des listes d’aphorismes sur le thème de Sa virilité, de Sa puissance, de Son omniscience. Exemples:
Chuck Norris fait pleurer les oignons.
Jésus Christ est né 1940 ans avant Chuck Norris
Chuck Norris et Superman on fait un bras de fer, le perdant devait mettre son slip par-dessus son pantalon.
Pour certains hommes le testicule gauche est plus large que le testicule droit; chez Chuck Norris, chaque testicule est plus large que l'autre.

Distrayant, non?

Tiens, Chuck Norris a avalé cul sec nos filets de perche saltimboqués au lomo. Avec la poêle et la gazinière.

Pour réaliser ce plat coquin et ravissant, il vous faut des filets de perches, certes, quelques tranches fines d’un chouette lomo – salaison cochonne autant qu’espagnole tout doucement pimentée – quelques feuilles de sauge fraîche et un demi-citron vert.

DSC02802.JPGDSC02804.JPG
DSC02800.JPGDSC02808.JPG


Assaisonnez les perches côté chair. Détaillez les filets de lomo en demi-lune, qu’il s’agit d’installer sur chaque filet de poisson avec un confetti de sauge au centre. Repliez les filets sur eux-mêmes, puis refermez-les d’un cure-dent vengeur. Ce qui n’est pas si fastoche que ça. La perche a le cuir dur, moins que Chuck Norris, d’accord, mais tout de même.

Allumez
le gril, en installant la plaque tout en haut du four.

Poêlez
d’abord deux trois minutes à feu dru les perches dans une noisette de beurre. Salez, poivrez, paprikez mollo. Puis achevez la cuisson quelques minutes de plus, en glissant la poêle sous le gril, la porte du four ouverte pour ne pas cramer le manche.

Réveillez
enfin la chair lacustre avec quelques gouttes de citron.

Voilà, ça se gobe en apéro, en riant, en entrée, en plat principal, en kilt, en dessert même dans les foyers progressistes. Et avec une grande goulée d’aligoté, SVP, celui des Curiades à Lully; voire, plus chic, celui d’Aubert de Villaine à Bouzeron, pour lequel on nourrit une vieille tendresse quasi libidinale depuis des lustres.

Bien à vous

PS: On dit aussi que le dernier homme à avoir serré la main à Chuck Norris c’est Jamel Debbouze. Hum...

14/12/2009

Le mystère époustouflant du magret fourré au foie gras et cuit au gros sel. Oui, Ginette

Bien le bonjour, les gens

DSC02816.JPG


Nos ancêtres hirsutes et pouilleux n’avaient ni plaque à induction, ni four à chaleur tournante. C’est là une réalité historique indiscutable. Pour cuire leur steak de mammouth, nos ancêtres se faisaient donc des barbecues. L’été, devant la grotte, dans une ambiance bon enfant.
Et comme il fallait aussi conserver la bidoche non consommée pour l’hiver, nos ancêtres la salaient, la bidoche.
Voilà une technique archi vintage, qui fonctionne depuis la nuit des temps, ou même avant; et fonctionnera jusqu’au crépuscule de l’humanité, alors que ton four à micro-ondes a toutes les chances de tomber en panne d’ici à la prochaine lune.

Ouvrons ici, si vous le voulez bien, un interlude scientifique.
-    Docteur Duckstein, le salage est-il à proprement parler un mode de cuisson?
Le Docteur Duckstein bourre sa pipe pensivement, chausse ses lorgnons et se lance dans une réponse circonstanciée d’une voix lente et profonde.
-    Non, ce n’est pas un mode de cuisson, tant chimiquement, ethnologiquement qu’étymologiquement. La cuisson, en effet, sous-entend un processus…
Concentré sur son propos, le savant n’a pas entendu les Indiens arriver. A cet instant précis, il reçoit une flèche en plein cœur, ce qui interrompt évidemment sa passionnante démonstration. Zut, alors.

Fin de l’interlude scientifique.

DSC02820.JPG



A l’heure où la fin du monde approche à grand pas, ou l’énergie se faire rare et le prix du baril décolle, il n’est pas inutile de renouer avec ce savoir-faire millénaire autant qu’écologiquement correct. Par exemple en se mitonnant un magret cuit au gros sel, farci au foie gras et aux muscats secs qui font hips. Une recette d’une simplicité assourdissante, que certains d’entre vous trouveront sans doute foutrement boogaloo. Impossible de les contredire sur ce coup-là.

Pour trois-quatre personnes en entrée, il nous faut un beau magret de canard, 80 grammes de foie gras mi-cuit, plus quelques raisins secs et un paquet de gros sel.

Faites barboter seize muscats secs dans un verre d’Armagnac.

Dégraissez,
disons à 80%, votre magret d’une lame agile. Puis virez autant que possible les nerfs côté chair.

Incisez
ensuite la bête dans sa longueur, en l’ouvrant comme un portefeuille, soit en laissant les extrémités et un côté intacts. Salez et poivrez l’intérieur. Parsemez ensuite de raisins secs émincés, puis farcissez de foie gras, en tassant bien du bout de vos mimines. Refermez le magret, puis moulez façon saucisson, en le ficelant. Poivrez.

DSC02791.JPGDSC02797.JPG



Au fond d’une terrine, disposez un lit de gros sel, agrémenté, s’il le faut, d’herbettes aromatiques. Posez le magret sur cette carpette saline, puis couvrez-le entièrement de sel. Refermez la terrine.
Hop, au frigo, pour un jour et demi.

A l’heure du miam, rincez puis essorez le magret. Découpez en très minces tranches. Servez avec une saladine à l’huile de noix. C’est très bon. Singulier, roots et rassasiant. Parfaitement.

DSC02824.JPG


Un coup de rouge n’est nullement interdit ici. Un rouge supernaturel, vrai, franc, cash et balèze; un rouge aussi intempestif que la technique culinaire sus-décrite. Par exemple l’ébouriffant Pirouette 6 (100% Carignan) du Domaine Fontedicto à Caux, dans le Languedoc. Cuvée généreuse et tonique, au fruité épicé (ou l'inverse), qui exige toutefois un long séjour en carafe, sous peine de donner au dégustateur la troublante sensation de se retrouver en plein 69 avec une chèvre sauvage.

Bien à vous
Estèbe

10/12/2009

Popote, années 00. L’abécédaire des mots de cuisine de la décennie.

popote6.jpg

 

Bien le bonjour, contemporains affamés

Tiens, vous avez remarqué? La décennie s’achève. Oui, déjà. Exeunt les années 00. Bonjour les années 10. Avant de fixer notre regard altier sur la ligne bleue de la période radieuse qui éclôt, récapitulons, si vous le voulez, les dix ans de cuisine qui s’achèvent. Qu’a-t-on popoté, picolé et mijoté depuis l’an 2000?

Petit abécédaire gourmand autant que rétrospectif.



Basse température (cuisson à). Tiens, si je mets ma côte de bœuf au four 10 heures à 75°, elle cuit aussi. Mieux même. La note d’électricité, remarquez, elle me cuit aussi.

Bento (et lunch box ouvragée). Ou comment réaliser des dessins très jolis avec le miam de midi contenu dans un Tupperware. C’est dans le vent; ça vient du Japon (voir ce mot); ça occupe.

 

obamasushi.1252921295.jpg


Blogs (explosion des). Dans les années 90, des recettes de cuisine, il n’y en avait quasi que dans les livres et les mags de dames. Maintenant, il y a un milliard de blogs qui ne pensent qu’à ça. Dont celui que vous becquetez. On en est même venu à causer de blogomiam, charmante communauté pleine de camaraderie, d’éthique et de LOL en cascade.

Bio. A cause de ce que vous savez (la planète, la vache dingo, les saloperies chimiques), le bio, confidentiel naguère, est devenu une préoccupation unanime et un business d’envergure (voir naturel). D’ailleurs, ce blog est bio. Ta voisine est bio. Ton chien aimerait bien l’être.

Bistronomie. Néologisme accouplant bistrot et gastronomie, qui désigne des bistrots où l’on mange quasi gastro. Ne riez pas. C’est atchement bon, parfois.

popote7.jpg



Cours de cuisine (explosion des). Les dames de naguère fréquentaient des écoles d’économie domestique. Aujourd’hui, t’as un cours sur le couscous à midi trente; un cours de dégustation de mousseux à six heures; puis un cours de cuisson basse température bio (voir ces mots) à 19 h 30.

Cuillère (la). Elle abrite tes bouchées apéritives. Elle te sert à laper les verrines, granitées et petites soupes. Elle est partout, la cuillère. Elle a enterré les autres couverts, la cuillère. Elle se la pète, la cuillère. Grave.

Cupcakes. Il aura suffi qu’une paire de greluches à longues jambes s’en goinfre dans le feuilleton Sex And The City (And The Cream Chantilly) pour que le monde entier s’entiche de cette pâtisserie ricaine, joufflue, calorique et pop.

Design (épuré et contemporain). Côté décor de restos, les années 00 n’ont pas franchement fait dans la rigolade. Le principe? Moins, c’est bien. Rien, c’est mieux. Et un peu beige, le rien, si possible.

popote2.jpg



Equitable (produits issu du commerce)
. Tu bouffes encore du thon rouge en boîte pêché par des enfants handicapés en Chine????

Espuma (de pommes vertes, crevettes et artichaut). Technique contemporaine pour désintégrer des aliments qu’il faudrait mâcher autrement (voir moléculaire). Car mâcher, voyez-vous, c’est ringard.

Fooding (le).
On aurait adoré écrire une définition désopilante. Encore aurait-il fallu que l’on pigeât ce que signifie ce terme-là.

Finger food (le)
. Nul ne sait trop comment, manger avec les doigts est devenu un signe extérieur de branchitude intérieure (voire cuillère).

Gluten (le boum des allergies au). Rien à dire, sinon que l’on n’aimerait guère en souffrir.

bisou.jpg


Japon (l’engouement pour le miam du). Yuzu, wazabi, soba, udon, matcha, umeishu… le gourmet des années 00 a la papille braquée vers le soleil levant. Et donc la baguette ouverte.

Joues (de bœuf, de porc…). Crise économique et nostalgie de la popote de mémé ont précipité certains bas morceaux sur le dessus de la scène du miam. J’en pince pour les joues. Elles me le rendent bien.

Légumes (oubliés puis retrouvés)
. Idem. Topinambour, mon amour. Panais, mon aimé. Cerfeuil tubéreux, mon amoureux. Scorsonère, mon… euh.

Lignac (Cyril). Très sympathique spécialiste des bons produits (dérivés). Voir télé-réalité.


Macarons (l’averse de). La cuisinière d’aujourd’hui doit savoir tricoter des macarons à tous les parfums de la création. Le cuisinier, lui, est exempté. Ouf.

Machine à pain. Jadis, c’était Jésus qui faisait le boulot. Maintenant, ils vendent la machine.

 

bit.jpg


Malbouffe (le drame de la). Que les gens avalent n’importe quoi, cela ne date pas de la dernière promo sur le surimi et la pizza congelée à la supérette du coin. Mais on s’en inquiète désormais.

Marx (Thierry). Ex-légionnaire et inventeur du wiff, le chocolat à sniffer.

526117407.jpg



Moléculaire (la cuisine).
Quand il avait huit ans, Ferran Adrià a reçu Le petit chimiste pour Noël. Après, il est devenu cuisinier.

Naturel (le vin). Sans soufre, ou presque, sans douleur, sans saloperie dans les vignes, sans machin dans la cuve. Mais avec du vrai raisin dedans. Tchin!

 

obelix.jpg


Produits branchés (la folle valse des). Baies de Goji, fève Tonka, poivre de Tasmanie, petit épeautre, pandan, quinoa et on en passe et des plus in. Zut, c’est quoi ce mois-ci, au fait?


Smoothies (ploutch). La centrifugeuse est l’avenir de l’homme. Aux fruits exotiques, l’avenir.

Proximité (vive les produits de). Pourquoi se ruiner pour des asperges des Antipodes qui empestent le kérosène et te trouent l’ozone quand, en attendant un tantinet, on peut croquer dans celles du voisin maraîcher? Plus qu’une preuve de conscience écologique, une affaire de bon sens. Et de gourmandise (voire bio et malbouffe).

pub-boulangerie.jpg


Télé-réalité. On causait assez peu popote dans la piscine de Loft Story. Mais M6 a rapidement humé le doux parfum de ressources publicitaires et d’audimat glorieux qui sortait de la cuisine (voire Lignac).

TVA (la baisse de). Si, si, si, elle se répercutera sur les additions. Après-demain, sûrement.

Verrines (la mode des). Nos aïeux appelaient ça simplement des verres. La modernité, après les avoir remplies de bonnes choses à manger, si possible chromatiquement étagées et à manger à la cuillère (voire ce mot), a décidé de les baptiser verrines. On attend les tassines, les assiettines et les coupines.

Salut, les coupines

04/12/2009

The Blair Witch Brochet (son beurre d’écrevisses, sa julienne au wok)


Bien le bonjour, les brochetons

DSC02790.JPG

Tapi dans les abysses, la canine assassine et l’œil cruel, le brochet attend sa proie. Il a la dalle, le brochet. Grave. Qu’un brave gardon ou une truitelle insouciante vienne fureter pépère dans son périmètre, et toc! Le brochet jaillit de sa planque et lui plante ses crocs dans le râble à la vitesse de l’éclair. Sauvage. Fulgurant. Impitoyable.
Poisson-brochet.jpgDe temps à autre, le brochet, qui n’est pas sans raffinement, se fait un petit extra gastronomique: une poule d’eau, une grenouille, un rongeur poilu. Ou un pauvre petit caneton, tout joyeux à l’idée de s’offrir sa première escapade loin de sa maman. Adios le caneton. Diable que la nature est rosse!
Bref, le brochet, avec sa gueule dentue et ses mœurs bestiales, il te file un peu les chocottes. Et ce n’est pas tout. Car non content de faire peur aux petits enfants, le brochet cache une anatomie percluse d’arêtes. Et pas des arêtes d’opérette. Des arêtes en Y, de vrais crochets, qui exigent un Bac + 13 en épilation pour être extraites sans carnage.
Tout ça pourrait te décourager. Ben t’aurais tort. Car la bestiole, sous ces dehors peu engageants, offre une chair serrée et savoureuse, ferme à la cuisson autant que juteuse, qui ne ressemble à rien de répertorié. Si ce n’est à de la lotte, peut-être, quand on y songe vraiment.

Tout ça pour dire que le Léman grouille de brochets. Que les riverains ne le croquent guère, ou si peu. Et que nous, oui. Tiens, il te branche ce filet de brochet du lac poêlé, beurre d’écrevisses et légumes d’hiver au wok? Non? Tant pis pour toi. Y’en aura plus pour les autres.

DSC02788.JPG



DSC02776.JPGLes emplettes. Il faut gentiment demander au poissonnier ou au pêcheur de lever un beau filet d’un brochet fraîchement mis hors d’état de nuire. Récupérez une poignée d’écrevisses en saumure, avec. Chez le marchand des quatre saisons, azymutez trois carottes violettes, deux racines de persil, un radis noir et un petit poireau. C’est tout.

Le beurre.
Faites blondir une échalote hachée au fond d’une casserole, ajoutez un filet de citron, une noisette de beurre et les écrevisses coupées en morceaux. Assaisonnez vaillamment. Une pincée de piment. Mixez le tout. Puis malaxez la pâte obtenue avec un bon morceau de beurre un rien ramollo. Une pincée de fleur de sel. Moulez en boudin dans du papier film. Et hop, au congélo.

Les légumes
. Pelez et taillez les légumes en julienne (soit en filaments graciles) avec – rayez les mentions inutiles – une mandoline, une râpe espèciale de la mort, un couteau et plein de patience, un engin technologique, un copain de piscine, beaucoup de bonne humeur. Au moment du miam, poêlez à feu furax au fond du wok, dans un peu d’huile d’olive et une noisette de beurre. Quatre cinq minutes. Il faut que ça croque. Assaisonnez. Citronnez un tantinet.

 

DSC02784.JPG


Le poisson.
Essorez la bestiole. Poêlez côté peau, deux ou trois minutes selon mensuration de l’animal, puis une minute côté chair. Assaisonnez.

La présentation
. Très importante. Organisez une carpette végétale circulaire au fond d’une assiette sobre mais griffée. Posez le poisson dessus. Puis une rondelle de beurre dessus le poisson. Vous suivez? Le beurre fond sur le brochet. Le brochet fond sur les légumes. Les légumes, euh…

Le vin.
Ben, un chardonnay du Jura, avec l’accent de son terroir, aux parfums d’amande, de pomme verte et d’épices lointaines; un chardonnay balèze mais lumineux, charmeur mais racé, prêt à en découdre avec le brochet. Pif, paf. Le chardonnay dit «Fauquette» de Michel Gahier, millésime 2004, en somme. L’est bon, très bon, trop bon.

DSC02780.JPG



Et comme disait Kennedy, ne nous laissons pas abattre.

Tchou, bonsoir

03/12/2009

Le poulet au cerdon safrané: des plumes et des bulles

Bien le bonjour, omnivores bipèdes


 

 

DSC02768.JPG
Page d'agenda du 14 novembre 2009. Dans la série "les objets de rien et du quotidien".

 

S’il y a une boisson avec des petites bulles graciles et un fruit pétardant dont on raffole, c’est bien le Cerdon du Bugey.
Notez, que c’est là le genre d’effervescent coquin que les œnophiles coincés et ventripotents méprisent souverainement. Et les œnophiles coincés et ventripotents sont des couillons (si j’ose). Car le Cerdon, avec sa chair douce mais tonique et ses huit petits degrés d’alcool, ben, c’est la fête au village dedans ta glotte. Et sans gueule de bois le lendemain.

Bon, il y a certes Cerdon et Cerdon. Les cerdons naturels et aériens, produits sans adjuvants par des vignerons intègres selon la « méthode ancestrale », dont on vous épargnera ici le descriptif technique et donc un rien fastidieux (on déballe tout sur demande timbrée). Et les autres cerdons, ceux qui collent, qui plombent et qui empestent la bonbonnaille.

DSC02766.JPG
Bouteille floue. Dans la série "les objets de rien et du quotidien".



C’est dans la première catégorie que règne depuis des lustres le cerdon d’Alain Renardat Fache, dont on se siffle quelques flacons parfois le soir au coin du radiateur en relisant de vieux Pif. Et pour un peu qu’un beau jour il reste un quart du divin breuvage oublié au fond de la bouteille _ cas de figure inimaginable mais imaginons-le quand même _, il s’agit de se tricoter vite fait au coin de la gazinière ce poulet au cerdon, safran et pommes caramélisées. Une recette sauvagement lutine, qui fait pétiller la volaille, la voisine et toi avec.

 

DSC02762.JPG
Poulet mijoté avec pommes. Dans la série "jamais ma cocotte ne cocote".

Découpez votre poulet en huit. Faites le bien dorer de tous les côtés, avec une pointe d’ail, dans une cocotte. Assaisonnez en poussant de faibles mugissements.
Mouillez avec deux gros décis de cerdon. Ajoutez quelques brins d’un bon safran qui embaume velu. Laissez cuire à couvert une quarantaine de minutes.
Pendant ce temps, taillez deux pommes fermes, genre gala, en cubes. Caramélisez-les dans une noisette de beurre à la poêle, en les saupoudrant de cannelle, piment et muscade râpée.
Au moment de mastiquer en groupe, coiffez le poulet avec les pommes joliment hâlées et quelques mimis fragments d’une tige de ciboulette qui passait par là.
Couillon. Voluptueux. Boombastic, voire même.

A tout soudain