04/02/2010

Les joues de lotte au pavot, l’huile d’argan, la copine de lycée et tout ça

Yo !

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On avait une copine de lycée prénommée Charlotte, que tout le monde appelait Lotte. Ce qui ne la dérangeait nullement. C’était une brunette rigolote, une chic fille, sans histoire ni chichi, toujours partante pour te prêter cinq balles ou te filer sa version latine pour que tu pompes dessus. On ne lui connaissait pas de fiancé, mais la rumeur la disait secrètement amoureuse de ce gros crétin de Francis. Lequel l’ignorait royalement. Bien sûr. Un con, le Francis.
Bref. Un dimanche matin, alors qu’elle faisait ses courses en famille, Lotte (la fille) découvrit, sur l’étal d’un poissonnier de la halle Victor Hugo, une lotte (le poisson). Entière. Avec la tête. Quiconque n’a jamais vu la tête d’une lotte (le poisson) ne connaît pas l’effroi. Cette bestiole-là est d’une laideur inouïe. Avec une tronche grimaçante et dentue, qui occupe les deux tiers du corps. Un cauchemar.
Dès le lundi suivant, nul ne put plus appeler Charlotte par son diminutif. Elle n’y répondait plus. Puis les vacances d’été arrivèrent. Elle changea de lycée. Jamais on ne la revit.

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Spécial dédicace à la copine d’antan: voilà nos ravissantes joues de lotte panées au pavot et noisettes, avec son méli-mélo de légumes d’hiver à l’huile d’argan.
Recette intimidante sur le papier, je le concède, mais d’une facilité de réalisation étourdissante. D’ailleurs, on en est tout étourdi rien qu’à le taper sur le clavier. Hu hu

Il faut se munir au préalable de joues de lotte (voir nota bene n°1), d’une bonne huile d’argan (voir nota bene n°2), d’une bouteille de Mauzac pour boire avec (voir nota bene n°3), d’une poignée de graines de pavot, d’une autre de noisettes, d’un céleri pomme, d’une rave et d’une paire de carottes violettes. Ou pas (voir nota bene n°4).

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Pour le méli-mélo. Pelez les légumes, puis taillez-les en minces lamelles à l’économe. Passez à la vapeur quatre -cinq minutes. Humectez d’huile d’argan. Fleur de sel. Tour de moulin à poivre. Réservez au chaud.

Pour les joues. Virez les peaux et filaments. Rincez. Séchez. Oignez d’huile d’olive.
Au fond d’un mortier, écrabouillez ensuite les noisettes. Mélangez-les au pavot, avec une pincée de sel et quelques tours de moulin à poivre.
Roulez les joues dans les petites graines, en insistant pour qu’elles s’agrippent à la chair du poisson comme un ministre à son portefeuille.
Poêlez enfin, à feu furieux, une minute et quelque de chaque côté.

Posez enfin les joues sur la couette légumière. Débouchez le Mauzac et pâmez-vous en sniffant son bouquet divin. Des fleurs blanches. De la poire. Du silex. Un boisé délicat. Rahhhhh…

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Tchin Charlotte!

NB1: Selon notre poissonnier, les joues de poisson (colin, cabillaud, lotte) sont des mets en voie de disparition. De plus en plus, les bestioles maritimes lui arrivent sans tête, écailles ni arêtes. Adios les joues, donc. Sale époque.

NB2: L’huile d’argan, élixir marocain à l’envoûtante saveur d’amandes grillées, vient donc de la pression des amandons contenus dans les noix, elles-mêmes contenues dans les fruits de l’arganier. Vous suivez ? Deux gros hics. Certaines de ces huiles, manufacturées de manière très traditionnelle, rancissent à la vitesse d’un chameau à la fois sous EPO et au galop. Très vite, en somme. D’autres, provenant d’arbres squattés par les chèvres (folles dingos des fruits de l’arganier), ont la fâcheuse tendance à empester le caca de bique. Pas super sexy. Il faut donc dénicher une huile à la fois pure et résistante. On a trouvé la perle rare et bio (clic).

DSC02938.JPGNB3: Le Mauzac est un cépage autochtone du pays de Gaillac, aux arômes de pommes et de noix absolument exquis. On est dingo de la vive autant que racée cuvée de Mauzac du Château de l’Enclos des Rozes, d’Aurélie Balaran, la fille de son père d’Escausse (clic), distribuée par l’infatigable monsieur de Vins Etonnants (clic).

NB4: Euh… et  chez vous, ça gazouille?

 

Commentaires

tout à fait, ça gazouille. J'aime les joues, et celles des lottes en particulier. On va tester.
Jamais utilisé l'argan. D'ailleurs, Argan, chez Molière, c'était pas une huile...

Écrit par : Anne-Marie Brunner | 04/02/2010

A l'économe? Drôle d'idée que j'expérimenterai dès ce soir sur un gros panais qui m'attends au frigo.

Écrit par : Anne-Laure | 04/02/2010

Oh ! Espèce de petite tête de linotte d'Estèbe et Garonne, vous avez une fois de plus, oublié quelque chose ! Vous ne trouvez pas ?
La photo de cette tête si bien décrite, elle est où ?
Bon, ça ira pour cette fois.
Juste encore, une petite question : est-il vraiment nécessaire d'humecter cette tête de lotte avec de l'huile d'argan avant de la taillée à l'économe ?

Écrit par : Rollmops | 04/02/2010

Figurez-vous, cher Rollmops, que j'ai longuement hésité. J'ai pris en photo l'animal dans toute sa laideur gluante, sur un marché cet été. Un cliché d'épouvante, veuillez me croire. A tel point que j'ai renoncé, estimant qu'il était inutile d'affoler le lecteur en bas âge.
Quant à votre résumé de la recette, il est nickel.

Écrit par : Estèbe | 04/02/2010

Nous avions aussi une camarade de classe prénommée Charlotte, nous l'appelions Baudroie.

Écrit par : Yves | 04/02/2010

M'enfin, non mais, en bas âge moi !
Vous allez voir, si jamais je sors de mon bocal...

Écrit par : Rollmops | 04/02/2010

Bon disons, le lecteur raffiné et lettré d'âge indéfinissable.

Écrit par : Estèbe | 04/02/2010

Bin v'là M'sieur Estèbe, j'ai compris... vous avez changé de thon.
Ça va mieux pour moi, je vais changer de blanc.
(o_~)

Écrit par : Rollmops | 04/02/2010

Alors à la place d'une photo de la lotte,celle de Françis le Con pour se venger?

Écrit par : pascal henry | 04/02/2010

C'est vrai qu'elle fait peur la Lotte, même que les Allemands, qui passent pourtant pas pour des lavettes, l'appellent Seeteufel!

Écrit par : Azrael | 04/02/2010

Tout ce qui est rare et cher... dans la halle de Bourges qui n'est malheureusement pas la Halle Victor Hugo de la ville rose qui vous vit naître, les joues de lotte sont affichées à 47 € le kilo... je me contenterai donc de boire un mauzac avec quelques gouttes d'huile d'argan.

Écrit par : mamina | 04/02/2010

ça gazouille à mort, surtout en commençant la journée avec la lecture de ce billet! j'aime pas j'adore

Écrit par : Laurène | 05/02/2010

Mais pourquoi cet engouement pour cette huile d'argan qui n'est que des vulgaires noyaux passer par le système digestif d'un chèvre lambda ?
Ok je navigue à contre courant et m'en excuses mais chassez le naturel et il revient au galop
mode ; cocotte en fonte et cuisine au vin, et ben je ne découvre rien de nouveau sous le soleil vert 'Soleynt Green"

Écrit par : jupiter | 06/02/2010

Une drôle de louloutte que la lotte, elle ferait même peur à mon chien !
Et que deviennent les têtes de poissons ?
Les amateurs trouvent cette partie de la bête la plus goûteuse, et comme toujours vous nous mettez l'eau à la bouche

Écrit par : chapot | 06/02/2010

@ Chapot

le poisson serait plutot affaire de chats.

Ni affirmation, ni connaissances particuliere en gastronomie canine, simple curiosite.

bien des salutations amicales,

Écrit par : yggdrasilfrene | 07/02/2010

j'adore le "thon" de votre blog ;)

Écrit par : Gastronomie et Presse | 07/02/2010

POurquoi juste les joues alors que le corps entier est là, frétillant (enfin plus mais en imagination) ? A part ça je trouve que le Mauzac vole la vedette à la lotte avalée et à la charlotte enfuie ! Il y a beau que je n'ai pas lu un tel enthousiasme vineux ici, un signe ! Amen.

Écrit par : Tiuscha | 08/02/2010

alors si je comprend bien malgré son physique ingrat tout est bon dans la lotte... jamais testé la joue mais j'adore le reste de la bête.

Écrit par : marie | 08/02/2010

la recette est bien appétissante mais l'huile d'argan coûte assez cher quand même, si je puis me permettre (par rapport à l'argan cosmétique bien sur)

Écrit par : huile d'argan biologique | 10/02/2012

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