29/03/2010

Top chef vs La Veuve

Coucouloucoucou


On adorerait détester Top Chef sur M6. On adorerait marteler que la gastronomie est affaire de convivialité et de partage, et non de compétition et d’exclusion. On adorerait ricaner sur la télé-réalité, qui souille tout ce qu’elle touche avec ses grosses ficelles puantes. On adorerait se ficher de la poire des concurrents qui tremblent et de celles des jurés qui se la pètent.

Mais voilà, ce machin-là nous scotche comme un benêt devant la lucarne tous les lundis. Voilà l’Estèbe qui halète avec les candidats; qui s’amuse des défis vicelards qu’on leur impose; qui s’émerveille du brio des uns et s’inquiète pour le destin des autres. Blousé, l’Estèbe.
veuve.jpegIl faut dire que ce truc-là est drôlement bien fichu dans le genre crapulerie télévisuelle, avec une vraie dramaturgie virevoltante, de vrais personnages qui mouillent le tablier et, surtout, de vrais moments de cuisine in progress.

Bref, on adorerait détester Top Chef sur M6. Or, on adore. Et on déteste adorer. Mais bon, comme chantait l’autre, il y a des choses qui ne se commandent pas.

Cela dit, rien ne nous empêche, une fois la téloche éteinte, de se plonger dans un roman autrement plus profond, émouvant et substantiel que le programme susdécrit. Ça s’appelle La Veuve (ed. Christian Bourgois). C’est le premier roman d’une Canadienne nommée Gil Adamson. A l’aube du XXe siècle, une jeune femme fuit dans le Grand Nord américain. Et rencontre, au gré de sa folle déroute, une galerie de personnages singuliers, cabossés, drôles et touchants. On se croirait un peu dans un vieux Cormac McCarthy, en un brin plus aimable, ou dans un vieux Jim Harrison, en un poil moins ornithologique. C’est rude. C’est épique. C’est addictif. Il y a de l’amour et du sang, des grands espaces et un ragoût de porc-épic, de la verve et du nerf. La Veuve, ça s’appelle. Lisez ce machin. Et bisez-moi.

Tchou !

PS :
Plus de slurperies jusqu’à la Saint Glinglin. C’est Pâques. On s’en va à Rome faire un stage de puériculture douce.


26/03/2010

Les lasagnes d’agneau à l’ail des ours (because il est revenu, l’ail des ours)

Bien le bonjour, les plantigrades connectés

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L’autre jour, alors qu’on relisait Platon dans le texte confortablement installé dans la litière à chat, le téléphone sonna. C’était une copine, en proie au plus grands des tourments. «IL EST LÀ. IL EST LÀ. IL EST LÀÀÂÀ», crachotait-t-elle dans le combiné. «Oui très chère, mais encore?», lui répondit-t-on, suavement. «IL EST LÀ. IL EST LÀ. IL EST LÀ. JE l’AI VU. JE l’AI VU. JE l’AI VU. JE l’AI VU. L’AAAAAA…» La fin de la phrase se perdit dans un inintelligible gargouillis, évoquant le dernier refrain de Claude François au fond de sa baignoire. Notre interlocutrice était vraiment toute chose. «L’A… L’A… L’AAAA», ânonnait la maheureuse encore et encore. On essaya de la calmer, en lui proposant de respirer à fond avec les deux poumons. Une vieille technique asiate. Au bout de vingt minutes, elle finit en effet par retrouver ses esprits. Et par articuler: «IL EST LÀ. JE l’AI VU. L’A… L’A… L’AL’AIL DES OURS
On raccrocha illico, vaguement ébranlé. L’affaire était grave. Le printemps avait donc fini par arriver.

L’ail des ours était de retour.

Le soir même, on échafaudait des lasagnes d’agneau à l’ail des ours, qui connurent, avouons-le sans fausse modestie, un succès colossal.

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Pour deux gulus qui ont grand faim, il faut se munir de 180 grammes de mascarpone, 400 grammes d’épaule d’agneau, un bouquet d’ail des ours, du parmesan gruyère râpé, une carotte, un petit fenouil, du lait, du kamoun (soit du cumin en poudre), un peu de concentré de tomate, une grosse échalote, des graines de fenouil, des lasagnes achetées dedans le commerce (on pourrait faire ça maison, mais parfois, voyez-vous, la flemme gagne la partie) et c’est tout. Ou presque.

DSC03071.JPGAvec un hachoir ou un couteau atchement affûté, hachez la viande sans acharnement en virant le gras. Emincez les légumes et faites les revenir dans un poêlon avec une lichette d’huile d’olive. Intégrez la viande, assaisonnez de sel, poivre, graines de fenouil et kamoun. Laissez bronzer un poil. Ajoutez un peu de concentré de tomate. Touillez. Puis mouillez d’un verre de vin blanc, additionné d’un verre d’eau. Couvrez, laissez frémir une heure, en surveillant le niveau de liquide. Il en faut pas mal, du liquide. Oui, parfaitement.

Pendant que l’agneau glougloute, lavez et ciselez l’ail des ours, avant de le mélanger au mascarpone dilué d'un peu de lait, avec trois bonnes pincées de parmesan. Sel, poivre. On goûte. On se pâme. Ou pas.

Huilez mollo le fond d’un plat à gratin, puis montez votre échafaudage en commençant par des plaques de lasagne, puis une mince couche de viande bien mouillée, une couche de mascarpone et ainsi de suite jusqu’à épuisement des matières premières. Achevez ce prodigieux édifice avec des feuilles de lasagne ointes de mascarpone et coiffées de plein de gruyère râpé.

DSC03083.JPGEnfournez à 200° pour vingt minutes. A mi-cuisson, baissez éventuellement le four, en couvrant les lasagnes d’une feuille de papier-alu.

Et après? Ben, après c’est grountch grountch.

Il s’agit évidemment de ne pas rester la glotte sèche à table (c'est pécher), en se l’humectant, par exemple, avec un gamay corsé, mûr et droit dans ses bottes; un gamay pinotant en diable, pas franchement rigolard mais assez classe; soit le Morgon Côte de Py «James» de Jean-Marc Burgaud. Enfin, on dit ça…


Veuillez agréer, bla bla bla

23/03/2010

La blanquette à Estèbe

Bien le bonjour

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Sachez que l’on soupèse le péril de l’entreprise. En s’attaquant à la blanquette, le cuistot amateur et exilé risque le désamour francophone, l’opprobre cosmique, la potence peut-être même. Tiens, rien qu’à y penser, on en grelotte dedans le slim. Certains se sont retrouvés criblé de plomb, puis coulé dans un bloc de béton au fond d’un fleuve saumâtre, pour avoir traité la blanquette par-dessus la jambe.
Car c’est là un mets farouchement patrimonial et velument identitaire, un monument, un rite gaulois, un Mont-Canigou, avec lequel on ne badine guère. Voilà même le plat préféré des commissaires Maigret et San Antonio, si ces phénix de la maréchaussée tricolore vous disent quelque chose.
Bon. C’est l’heure. On serre le joufflu et on fonce tête baissé vers la mort.

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Pour une blanquette bien roots et deux gulus aux ventres vides, il faut 220 grammes de tendron et 220 grammes d’épaule, le tout de veau bien sûr. Détaillez la viande en cubes de proportions harmonieuses. Colorez  tout doux dans une cocotte. Brumisez de farine, touillez pépère un petit moment, puis mouillez à niveau de flotte et d’un déci de blanc sec.

Dans le bain, ajoutez une carotte, un blanc de poireau, une gousse d’ail pelée fendue en deux (de rire), une tombée de muscade râpée, deux branches de céleri, un oignon piqué de deux clous de girofle, une feuille de laurier et deux brins de persil. Laissez frémir à couvert, une bonne heure et demie. Assaisonnez à mi-cuisson.

Ce qui vous laisse le loisir de tailler quatre champignons de Paris en lamelles et de les poêler dans une petite noisette de beurre.
Puis d’émulsionner, dans une très jolie coupelle ancienne, un jaune d’œuf, avec une grosse cuillère de crème, une pincée de sel et un filet de citron.
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Quand la viande s’abandonne comme la plus splendide des courtisanes, extrayez-la à l’écumoire. Réservez au tiède.  Filtrez le bouillon. Détaillez la carotte et le céleri en petits dés. Virez le reste. Remettez le bouillon sur le feu avec les légumes, tout doux, intégrez l’émulsion en touillant au fouet, puis laissez cuire dix minutes au seuil du glouglou.

Deux minutes avant le terme (comme on dit en obstétrique), ajoutez la viande.  Rectifiez l’assaisonnement. Puis dressez les assiettes, en parsemant de champignons rôtis et petits câpres. Avant de servir, si possible au garde-à-vous, un doigt sur la couture du pyjama et le regard braqué sur la ligne bleue de la tapisserie du salon.
On mange du riz blanc avec ça. C'est obligé. Un coup de blanc peut-être? Certes. Mais un bon, au bouquet singulier mêlant silex, miel et fleurs montagnardes, à la bouche opulente, zebrée d’une impérieuse nervosité. Soit la savoyarde et racée cuvée « Schistes » (75% de jacquère, boostée de roussanne, pinot gris et mondeuse blanche) du Domaine de Ardoisières, cher à Michel Grisard. Grand jus que voilà. Oui Madame.


A plouches, les copains

19/03/2010

La tartinade de sardines à la bergamote et estragon (RIP Alex Chilton)

Bien le bonjour, les cop’s

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Par la fesse glacée de Satan!!!!, s’est-t-on exclamé - mentalement et dans notre for intérieur - à la découverte, l’autre jour au marché, d’une cagette pleine de bergamotes. C’est que la bergamote, voyez-vous, n’est pas précisément un fruit qui court nos étals. Et que la bergamote, encore elle, c’est atchement bon à manger avec la bouche.

Pour ceux qui pédalent dans la polenta, quelques explications s’imposent. La bergamote, donc, est un agrume calabrais, sans doute d’origine orientale et probablement issu d’une étreinte passionnée entre un citron vert et une bigarade. Un agrume qui possède un physique de gros citron rond. Et surtout un parfum über câlin et entêtant, caressant et picotant, qui paraît d’emblée familier aux naseaux.
C’est que ce fruit-là, certes connu des pâtissiers avisés, s’avère une star dans le monde de la parfumerie et de la cosmétique. On a donc tous déjà humé son fumet. Par exemple dans le sillage de Mamie Lu, qui s’aspergeait d’eau de Cologne jusqu’à son décès prématuré à l’âge de 127 ans. Ou sur l’épiderme doré de Ginette, toute ointe de crème solaire, un dimanche d’août 1987 sur la plage de Brétignolles.

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Heu… très bien. Mais qu’est qu’on mange? Ben, des rillettes de sardines à l’estragon et à la bergamote, pardi; une recette express autant que slurp pour apéro drolatique en mode tartinade.
Ouvrez donc une bonne boite de sardines à l’huile, égouttez à donf, puis écrabouillez à la fourchette avec 120 grammes de séré (ou brocciu, ou ricotta, ou sérac).

Permettez-nous ici une parenthèse morale. Il se peut que pour certains d’entre vous, écrabouiller de bonnes sardines, genre Belle-îloise, Quiberonnaise et autres phénix de la conserverie bretonne, soit un crime. Certes. Comme quoi, parfois, le crime paie.


Zestez
un tiers de la bergamote. Pochez deux minutes les zestes à l’eau frémissante. Emincez. Hachez trois brins d’estragon. Et pressez la moitié de la bergamote. Ajoutez le tout aux rillettes de sardines. Sel, poivre, une pincée de piment d’Espelette. Plus une tombée de graines de pavot, rien que pour faire joli. Goûtez. Et avalez le reste sur des tartines de pain grillé. C'est dit.

Tchou !

DSC03030.JPGPS1. D’aucuns auront noté que la recette n’utilise qu’une moitié de bergamote. Que faire de l’autre? Quelques idées, en vrac… D’autres rillettes de sardines. Une choucroute de la mer bergamotée. Un déglaçage coquin pour une côte de veau. Un chapeau pour très petite tête. Ou un cendrier végétal.

PS2. Il n’est pas incongru d’avaler sa tartine de sardine en sifflant de grandes lampées d’un viognier ardéchois au parfum racé autant qu’élégant (c’est si rare dans la famille Viognier), celui du Domaine Romaneaux-Destezet de Hervé Souhaut. Tonique et radieux, ce pif-là. Et sans soufre dedans.

chiltonbachsbottom.jpgPS3. Avant-hier, le vénéré Alex Chilton, natif de Memphis au caractère ombrageux et au CV de rebelle romantique, guitariste-compositeur-chanteur intuitif, décapant et sensible comme l’histoire du rock en compte peu, ben, Alex Chilton, donc, a cassé sa pipe à l’âge de 59 ans. Et ça ne nous met pas de bon poil. Hou non. RIP, Alex.

11/03/2010

Le parmentier de lieu jaune au chorizo pour rigoler quand il ne fait pas très chaud (rizo)

Tchou, les cop’s

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Le lieu jaune, ce poisson bien aimable qui se trémousse dans les eaux septentrionales, se fait appeler pollock en langue anglaise. Oui, comme Jackson Pollock. Drôle de coïncidence. De là à penser que le peintre américain a choisi son pseudonyme après avoir dégusté ladite bestiole, ou se soit même inspiré des taches jaunes de ses flancs pour créer son style inimitable, il n’y a qu’un entrechat. Voilà même qui pourrait être un nouveau rebondissement dans la grande histoire des petites coulisses de l’art moderne autant que fractal. Tu nous suis? Non. Peu importe. Never mind the Pollock, comme dirait l’autre.


Tout ça pour engloutir notre parmentier de lieu jaune au chorizo, plat à la fois écologiquement correct (le WWF veut bien qu’on le mange, ce poisson-là), diététiquement nourrissant (n’importe quoi), calorigène et savourissime.

Pour deux être humains à solides appétits, il faut une livre de lieu en filet, trois grosses patates à purée, un vieux quignon de pain, du thym, du persil, du piment d’Espelette, huit tranches de chorizo (fort ou doux, à vous de trancher), du lait et d’autres petites choses encore.

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Oignez les filets de lieu d’huile d’olive, sel, poivre, thym, persil et piment. Laissez macérer deux heures au frais.

Pelez les patates, détaillez grossièrement (soit en disant des gros mots: putaingue de merdouille de boxon de campagne). Hop, dans de l’eau bouillante pour une grosse demi-heure. Dix minutes avant la fin, ajoutez une énorme gousse d’ail pelée.

DSC03043.JPGEmincez
le chorizo en fines lamelles. Faites griller à la poêle. Essorez sur du papier ménage.
Dans une grosse casserole, immergez le lieu dans de l’eau et du lait (à parité). Portez à ébullition tranquilou. Laissez glouglouter une minute. Virez la casserole du feu. Laissez tiédir.

Extrayez
ensuite le poisson du bain, en conservant le liquide de cuisson. Effilochez la chair, en virant arêtes et peaux moches. Puis mouillez largement avec le liquide de cuisson, additionné d’une cuillère à soupe d’huile d’olive. Assaisonnez vaillamment.

Essorez les patates et l’ail, écrabouillez le tout au presse-purée (à manivelle ou manuel), puis montez avec le liquide de cuisson de poisson et des giclées d’huile d’olive mesurées autant que successives, jusqu’à texture voluptueuse. Assaisonnez. Muscadez (je muscade, tu muscades, il muscate…). Touillez. Goûtez.

Beurrez un plat à gratin. Puis montez votre parmentier, en démarrant avec une mince couche de purée, une couche de poisson (n’hésitez pas à mouiller à donf’), une pluie de brindilles de chorizo, purée, poisson, purée et voilà. Râpez le quignon de pain sur le dessus, parsemez de minipluches de persil et d’une tombée de piment.

Enfournez un bon quart d’heure à 180°.

Ce bidule-là pourrait bien s’engloutir avec un verre de rosé frappé, bien vineux, fruité et vif, mais là, sous le coude, on n’a guère de suggestions. Les deux bouteilles de rosé genevois récemment acquises et dégustées ne nous ayant laissées dans la glotte qu’un arrière-goût de Canard WC éventé, on vous laisse dealer l’affaire avec le caviste du coin.

Bien à vous, les foufous

09/03/2010

La croisade malodorante des grands chefs tricolores

Coucou, mein choux chinois

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En entendant ça hier à la radio, on en a failli renverser le bocal de rillettes sur le carrelage. C’eût été un drame. Voilà la news: douze grands chefs français se sont unis pour défendre la graaaaande gaaaastronomie tricolooore. Car elle est en danger. Oui, Madame. L’étranger (ah, le sale étranger) la raille, la conspue, la juge rhumatisante, soporifique et rétropédalante. Pour faire court.

Du coup, l’association «Cuisine de France» part en croisade pour redorer ce blason mité, sous l’égide de Robuchon et Ducasse, épaulés de leurs croisés Guérard, Troisgros, Alleno, Gagnaire, Marx et autres toques étoilées par une marque de pneus.
Je ne sais pas vous, mais pour nous, ce type d’entreprise exhale toujours un vilain fumet de napht’ chauvinissime. Maréchal, nous voilà, tut tut tut. Car, voyez-vous, la ligue de défense patriotique, gastronomique ou pas, est un peu au militantisme culturel ce que la vanne porno est à l’amour courtois, si vous nous permettez une métaphore osée.

Le plus chouette, c’est la saillie de Guy Savoy lors de la conférence de presse, qui a déclaré sans sourciller (ou à peine): «La cuisine française est le socle de la gastronomie mondiale.» Le socle. MDR. Pince-moi, j’albumine. Et les cuisines italienne, indienne, chinoise, arabe ou japonaise, c’est quoi? Des vieux bouts de parpaing mal cimentés sur le Glorieux socle gaulois? Quel mépris! Quelle suffisance! Quelle ignorance, peut-être même.

Et comme disait allègrement un ami qui connaît un tantinet ce monde-là, «ils feraient mieux de bosser dans leur cuisine plutôt que de se pignoler le cerveau avec leurs idées de grandeur et de suprématie

Tiens ce soir, on va se faire un poulet tandoori. Ou un nasi goreng. Ou un tajine. Ou des lasagnes. A moins de jeuner en signe de consternation.

Chef français, mon ami, mon frère, mon idole, aujourd’hui, tu me fais honte.

Bye bye

04/03/2010

Joues de cochon, le retour: la nage safranée au Fino

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- Hey Estèbe, tu nous avais pas promis une deuxième recette avec des joues de cochon dedans, non?
- Sans doute, mais ne sais-tu ce que l’on dit des Gascons?
- Qu’ils racontent des salades?
- Une salade de joues de cochon, ça, c’est une idée…
- Au fait, t’es vraiment Gascon?
- On fait des salades avec tout aujourd’hui. La salade est galvaudée. Elle a perdu tout son sel. Elle est flétrie (soupir).
- Ha, ha, ha: Gascon comme Pierre Bourdieu, D’Artagnan, Marie Darrieussecq et Bayrou, alors. Ha, ha. Ha. Pété de rire.
- La modernité est si décourageante, parfois. Ya des jours où j’étais bien hier.
- Darrieussecq, elle avait écrit un super bouquin: Truismes. Une nana qui se transforme en cochon. Très bon. Ce qui nous ramène aux joues, d’ailleurs.
- Quelles joues?
- Les joues du cochon
- Ah bon?

Rideau


DSC03005.JPGPS: Pour réaliser une nage safranée de joues de cochon au Fino et panais, il faut commencer par faire revenir deux gousses d’ail émincées au fond d’un poêlon. Puis on dore les joues sous toutes leurs faces (qui ne sont pas si nombreuses). Avant de mouiller avec un déci de Fino (qui est un blanc andalou méga sec au bouquet explosif) et un verre d’eau.
Au fond d’une tasse et dans un doigt de Fino, on fait ensuite détendre quelques stigmates de safran (oui, le crocus, comme notre vieille idole Jésus, a des stigmates), qui filent presto dans le jus, avec une boule à thé abritant trois feuilles de laurier et deux clous de girofle. Sel, poivre. On couvre et on laisse mijoter deux heures.
Un quart d’heure avant la fin, on ajoute le panais taillé en petits cubes. On fait réduire un tantinet le jus à découvert. Au moment de servir, on coiffe d’une tombée de piment d’Espelette, de fleur de sel et de pluches de persil.
Voilà le truc, en gros.
Et c’est bon.
Gascon, ya téléphon qui son…

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03/03/2010

Joues de cochon, épisode 1: la terrine au vin jaune et morilles. Tatatata

Bien le bonjour, les porcelets coquets

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Certains refusent de manger des joues de cochon pour de très mauvaises raisons. Une rumeur très ancienne prétend en effet que quiconque engloutit cette divine partie de l’animal hérite illico de ses mœurs et de son QI. Nul n’a certes envie de se retrouver à quatre pattes dans sa bauge en poussant des groiiink plaintifs.
Mais rassurons-nous, tout ceci n’est que balivernes. La faculté est formelle. D’ailleurs, l’auteur de ces lignes, qui suit un très strict régime exclusivement à base de joues de cochon crues ou cuites, n’a pour l’heure ni le groin humide ni la queue en tire-bouchon. Désormais, il se fait simplement appeler Marc Verrat (lol).

Dans le cadre de la diète exigeante suscitée, on a récemment échafaudé une terrine de joues de cochon aux morilles et vin jaune jurassien à ce point coquine et goûtue, qu’un gourmet convié à la déguster s’est écrié, soudain galvanique, une main sur le cœur et l’autre sur le bidon: «Morbleu que c’est bon!». Voyez l’ambiance.

 

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Pour une terrine d’un litre, prévoyez 600 grammes de joues, une grosse carotte, une demi-bouteille de vin jaune et 30 grammes de petites morilles sèches (la vraie saison approche, certes, mais les sèches c’est drôlement bien itou, juré, craché, pfuuut).

Marinez
un petit moment les joues dans deux décis de vin jaune, avec une échalote entière (qu’on virera ensuite), deux brins de persil (qu’on virera ensuite) et quelques tours de moulin à poivre.

DSC03010.JPGPlongez les morilles dans deux décis d’eau tiède. Laissez bauger une demi-heure. Pressez bien les champignons. Puis récupérez précieusement l’eau, après l’avoir filtré plusieurs fois. Réservez. Rincez les morilles derechef. Une fois, deux fois. Réservez.

Dans une cocotte, immergez les joues dans leur marinade additionnée de l’eau de réhydratation des champignons. Ajoutez la carotte entière et, s’il le faut, une giclée de vin jaune, afin de recouvrir le cochon de liquide.

Laissez glouglouter deux heures et demie, en salant à mi-cuisson.
Ce qui laisse tout loisir de poêler tout doux les morilles dans une noisette de beurre. Sel, poivre.

Quand les joues s’effondrent, extrayez-les de leur bain. Et effilochez la chair porcine de la pointe d’un couteau habile. Assaisonnez sans timidité.

Taillez la carotte en tous petits dés.

Filtrez le jus de cuisson. Remettez sur le gaz, faites réduire un poil. Goûtez. Rectifiez l’assaisonnement. Avant d’y plonger une feuille de gélatine.

Tapissez votre moule de papier film. Puis montez votre terrine, en alternant viande, carotte et morilles en strates canailles, sans oublier de bien presser et d’arroser chaque étage avec le jus de cuisson. Mouillez le tout jusqu’au bord du moule. Couvrez. Et oubliez 24 heures au frigo.
Un jeu d’enfant. Et même pas supermalin, l’enfant.

Oups… Et avec quoi qu’on grignote ce machin? Ben, une salade verte croquante, trois cornichons, six oignons grelots au vinaigre, quelques tranches de pain grillé et d’immenses lampées d’un grand blanc du Jura, si possible à caractère oxydatif, comme on dit dans les revues spécialisées. Un chardo voilé de chez Macle, par exemple, ça fait toujours boum dans le gosier.

Groink !

PS: Après-demain, la suite de la folle saga des joues.

01/03/2010

La machine magique à couper les pommes

Bien le bonjour, les rainettes

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Une confession douloureuse en guise de préliminaire. Le Dr Slup est le roi des pipeaux pour tailler joliment les pommes. Pour faire de chouettes quartiers bien réguliers, des demi-lunes mignonnes autant qu’harmonieuses. Le Dr Slurp, il te cisaille péniblement des machins sans forme, biscornus et stupides. Du coup, ses tartes aux pommes ressemblent étrangement à des Waterloo après le passage de l’ouragan Katrina. Pas glop.
Notez qu’on peut vivre avec ce type d’insuffisance manuelle. Surtout quand on tombe sur un engin tout con susceptible d’y pallier dans la rigolade.
Tout ça pour vous exhiber notre dernière acquisition: un tranche-vide-pomme. (Il se peut que nombre d’entre vous connaissent déjà la chose depuis la dernière guerre, qu’ils excusent notre enthousiasme benêt).
Comment ça marche? Ben, c’est comme une roue avec des rayons tranchants et un trou central. De chaque côté, une poignée. Tu pèles ton fruit, ou pas; tu lui poses le machin sur la tête et t’appuies comme un malade.
Et paf: voilà 16 parts égales et glamour, avec le cône central et duraille de la pomme prêt à filer au compost.

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Phase°1: l'attaque contondante
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C’est donc là un ustensile absolument merveilleux (hou, on se calme là, si on vide la malle à superlatifs pour un tranche-pomme tout couillon que restera-t-il pour décrire pour le prochain album des Beatles?).

Euh… c’est donc là un ustensile fort utile en cuisine (hou, on se réveille là, si on cause comme au Téléachat de Bellemare millésime 1986, les lecteurs vont presto aller zapper ailleurs).

Euh… c’est donc là un ustensile gentiment mariol (pfff, OK, ça ira).

Tchou

PS
: Demain démarre sur ce blog une haletante thématique consacrée à la joue de cochon, déclinaison qui nous a valu un 2e prix de consolation au récent Concours international de la recette porcine de Saint-Lizier.

PS:
On fait quoi, au fait, avec la pomme si élégamment détaillée??? Hein? Ben, une tatin, un magret, une charlotte, des crêpes… ou du boudin. Oui, du boudin.

 

 

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