23/08/2010

Le tartare à la noix (de veau) et la lame tokyoïte

Bien le bonjour, les vacancières en boubou


64-1.jpgUn jour à Tokyo, un homme nous a vendu un couteau. (Pour un blogueur qui a disparu des ondes deux longs mois sans donner de nouvelles, voilà une intro qui ne manque pas de maniérisme, voire même d’une certaine goujaterie. Mais bon…).
C’était un matin venteux. Les eaux de la baie avaient pris une couleur gris souris morte. Le type attendait le chaland assis devant son échoppe, dans une ruelle remplie d’odeurs d’arrière-cuisine. Il avait la pupille narquoise et des grosses mains croisées sur le ventre. On a rapidement choisi une lame à poisson, dotée d’un manche en bois blanc griffé de quelques idéogrammes. Avant de l’emballer, le vendeur s’est saisi d’un exemplaire du quotidien local – 60 pages au bas mot, format berlinois – et, sans nous quitter des yeux, l’a réduit en mille confettis. Tchak, tchak, tchak. Il nous a alors coulé un sourire sans chaleur, qui signifiait sans doute: «t’as vu comment il est affûté; aboule les sous maintenant, ô touriste occidental ignare». Il a empoché ses 4000 yens, puis s’est rassis, en se désintéressant ostensiblement de notre cas.

Le couteau trône toujours dans la cuisine. Il a peu servi. On l’attrape parfois, en revoyant la scène: l’œil sarcastique du marchand, le journal tokyoïte déchiqueté. Tchak. Tchak. Tchak.

Les gens, il va justement falloir jouer du couteau pour tricoter ce tartare de veau à l’estragon, citron confit et noisettes, plat d’été à la fraîcheur indiscutable et à la saveur tintinnabulante, improvisé récemment pour deux convives pentus de la glotte mais fins de la gueule, qui en sont sortis contents. Merci pour eux.

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Il nous faut un bouquet d’estragon, quelques citrons confits (maison ou pas, recette sur demande timbrée), des noisettes, de l’oignon frais en botte et 130 grammes de noix de veau par gulu à nourrir. Ouvrons ici une parenthèse. C’est qu’il existe, voyez-vous, deux sortes de bouchers. Il y a de gentils bouchers moustachus, qui vous hachent la viande au couteau, et en rigolant encore. Il y a aussi les bouchers glabres moins gentils, qui vous proposent de la hacher à la machine – horreur, massacre, couillonnade! –, ou d’aller vous faire hacher le kiki ailleurs. Si votre artisan appartient à la seconde catégorie, préparez-vous à un épisode traumatique, car cette chair-là ne se taillade pas comme ça.

Pilez
les noisettes, puis faites les rôtir à la poêle sans matière grasse. Réservez.
Ciselez l’estragon, émincez les citrons confits en mini dés, détaillez l’oignon en toutes petites rondelles. Puis mélanger le tout à la viande hachée (au couteau, faut-il que je m’enlise?).
Humectez d’un large filet d’huile d’olive, de neuf gouttes de citron et d'une lichette de vodka. Salez, poivrez, pimentez mollo. Puis goûtez. Il faut que ça soit drôlement bon.
Moulez le tartare dans un emporte-pièce de dimensions aimables. Coiffez de noisettes. Servez enfin avec une salade, verte ou pas. Avant de mettre en lambeaux Le Figaro du jour avec la lame japonaise sus-décrite. Ça fait un bien fou. Juré.

DSC03447.JPGBien à vous

PS: Avec le tartare à la noix, il n’est pas saugrenu de déboucher un Jurançon sec et sans reproche, à la chair pleine, pure et contondante, par exemple la cuvée 2009 de la vénérable et biodynamique Yvonne Hégoburu du Domaine de Souch. Excellente adresse que voilà.

Et longue vie à ceux qui savent faire des fleurs avec leurs orteils.

Commentaires

Vous m'avez manqué.
Mais qu'avez-vous fait des tomates achetées samedi passé ?

Écrit par : La Salamandre | 23/08/2010

Chouette ! En plus une recette de tartare de veau c'est tout bien - bon retour !

Écrit par : Claire | 23/08/2010

Merci, merci, mesdames. Youpi. La vie chante. Les tomates? Je les ai empaillées, pour décorer le sapin de Noël, bien sûr.

Écrit par : Estèbe | 23/08/2010

Ah quand même ! C'est qu'on allait finir par mourir de faim. Même qu'on s'inquiétait. Serait il mort étouffé en tentant d'avaler une palourde royale ?
Rebienvenue chez vous en tout cas.

Écrit par : Lilian | 23/08/2010

Et bin voilà, c'est la rentrée ... ;o)

Écrit par : Loredana | 23/08/2010

Estèbe, vous êtes le Gengis Khan des tartares dévôts. N'allez tout de même jusqu'à vous faire hara-kiri de vous voir si beau en ce miroir. C'est juste qu'on est content de vous revoir.

Écrit par : olif | 23/08/2010

Ah, le revoili le confectionneur de raviolas, et ce n'est pas trop tôt !
Mais cet Estèbe là m'inquiète à voir l'usage qu'il fait de son nouveau couteau.

Qui donc aurait pensé que le bon Dr Slurp a des dons de chourineurs pour mettre en lambeaux son figaro. Mettre en lambeaux un brave petit artisan, non mais...!

Il ne devait pas être de première fraîcheur son coutelier japonais jaunâtre pour l'y avoir vendu ce diabolique couteau.

Mais bienvenu tout de même Maestro(quet) Jérome !

Écrit par : Benoît Marquis | 23/08/2010

TRES BIEN
TRES BONNE REPRISE
FELICITATION(S)

Si vous pouviez...! un " clip " pour expliquer un tartare au couteau... , Vos admiratrices et admirateurs seraient enchantés... ( Moi je sais, mais il y a une technique)
PS... dire merci aux dames, oui... mais nous les gars ?

Écrit par : angevain | 23/08/2010

Question ? pourquoi couper les " pages en quatre " du figaro. ?
Pas l'acheter c'est un premier geste
Quoique dans les composteurs avec les encres " bio " le tassement papier, épluchures et vers de terre donne un bon humus.

Écrit par : angevain | 23/08/2010

@ Benoît... et à toutes et tous

J'ai retrouvé cet article sur ton ami...
qui forcément ... aimait, comme nous tous, les plaisirs de la table

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/culture/20080725.OBS4555/le-saxophoniste-americain-johnny-griffin-est-mort.html

Merci Estèbe

enregistrement... que je trouve émouvant ...

Écrit par : angevain | 24/08/2010

Ben oui, on est content(e). Vierzon a sorti les drapeaux et poussé un ouf de soulagement. La fanfare (tuba et triangle réunis) est prête pour l'ovation.
Il faut au moins ça pour accueillir le blogueur disparu et retrouvé.
Les émigrés helvètes ont des caprices de diva, ils aiment se faire désirer et le pire est qu'ils y arrivent!
Bien joué l'ami!
Bises émues.

Écrit par : mamina | 24/08/2010

Un clip tartare, mais bien sûr, le voilà
http://www.youtube.com/watch?v=C6QqSxmpRMM&feature=search

Pas à dire, on sait vraiment faire la fête à Vierzon.

Écrit par : Estèbe | 24/08/2010

Ah bin c'est pas trop tôt et d'abord vous étiez où et avec qui et c'est à cette heure-là que vous rentrez. Non ça rend rien du tout si on tutoie pas. Et puis ça me rappelle le fils du boucher, votre plat.

Écrit par : rose chiffon | 24/08/2010

Par ce que je le veau bien? On a failli attendre. Mais le tartare méritait bien six ans de pose estivale.

Écrit par : yves | 24/08/2010

Mieux vaut tartare que jamais.

Écrit par : dano | 24/08/2010

Je n'avais pas d'estragon, j'ai pris une poule.

C'est quoi cette animosité envers la presse? Stress de rentrée?

Écrit par : Patrick CdM | 24/08/2010

A la réflexion et à propos du surin, vous imaginez le tokyoïte vendeur faire sa démonstration sur un I-Pad ? ça nous mettrait à cher la démo.
Et en plus, on ne pourrait pas enfouir les déchets dans le compost de M. Angevain.
Moralité : deux bonnes raison de continuer de lire la presse imprimée sur papier.

Écrit par : La Salamandre | 24/08/2010

Ravie de vous retrouver l'ami.

Écrit par : gabriella | 24/08/2010

Mais, mais, mais, a-y-est, de retour, avec de nouvelles slurperies à boire et à manger ? Bien chouette ce tartare, quant à la fera fumée, comme la fraîche, cela reste de l'ordre du fantasme... Où trouve t on des amandes amères ?

Écrit par : Tiuscha | 26/08/2010

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