26.08.2010
Je clafoute, tu clafoutes, il clafoute aux tomates cerises
Bien le bonjour, les cœurs de pigeon
Le terme clafoutis, outre nommer un entremets originaire du Limousin dont d’aucuns raffolent, est aussi un mot absolument exquis. Clafoutis, clafoutis, clafoutis, cela ne sonne-t-il pas joliment à vos portugaises? Le Dr Slurp, dont on connaît l’insatiable curiosité étymologique, a chaussé ses lorgnons et planché sur son origine. Qui n’est autre que le verbe clafoutoir, ou clafoutir, voire clafouter, qui désigna on ne sait trop quoi et appartient à une langue française qui ne se parle plus.
En tout cas, on clafoutait encore à la Renaissance, comme en témoigne ce court extrait du Quart Livre de Rabelais (chapitre XXXII): «Après avoir bien ioué & beluté temps, il convenoit boire quelque peu & clafoutir la bergière».
Rebelote quelques années plus tard sous la plume de Montaigne: «La Courtisane Flora disoit n'avoir jamais clafoutoyé avec Pompeius, qu'elle ne luy eust faict porter les merques de ses morsures.» (Les Essais, livre II, chapitre XV).
Et encore, au siècle suivant, chez La Fontaine: «La belette aurait pu finir limace/encore eût-il fallu qu’elle clafoutasse». Vers boiteux, s'il en est. La Fontaine ne buvait sans doute pas que de l'eau.
Bref, il semble que le vocable ait ensuite peu ou prou disparu du lexique, même si Molière le place dans la bouche de son Sganarelle, le cocu imaginaire, au beau milieu de la scène VIII:
«Ne me condamnez point d'un deuil hors de saison
Et laissez-moi, je vous prie, clafouter à foison.»
Depuis, plus de nouvelle de ce verbe-là. Le gâteau, lui, va bien, merci.
Nos lecteurs les plus fidèles le savent pertinemment, les desserts et pâtisserie ne courent pas ce blog. A clafouter ensemble, souffrez donc que nous clafoutassions salé, avec ce clafoutis de tomates cerise aux deux fromages, à manger seul ou à plusieurs, en pouffant ou avec raideur.
Pour quatre petits becs en entrée, acquérez 300 grammes de toutes petites tomates jaunes et rouges, deux œufs frais, 2 décis de crème, 50 grammes de pecorino, 50 grammes de chèvre frais, 120 grammes de lardons et un bouquet de thym. Notez l’exactitude des proportions. C’est si rare par ici. Le clafoutage ne souffre l’approximation.
Grillez les lardons à la poêle sans matière grasse. Essorez sur du papier. Expédiez les tomates dûment assaisonnées au four à 150°, une grosse quinzaine de minute. Plongez ensuite lardons et tomates dans un plat creux. On en reparlera.
Battez les œufs dans une jatte, ajoutez la crème, touillez, retouillez. Avant d’incorporer le pecorino grossièrement haché au couteau et le chèvre itou. Ajoutez le thym, sel, poivre, muscade râpée. Une mini pincée de piment voire même.
Puis versez le tout sur les tomates et lardons, en veillant à ce que les fruits affleurent. Enfournez enfin, toujours à 150°, pour un quart d’heure environ. Il faut que le dessus dore et que le dedans prenne (jolie phrase ça, on dirait du Bossuet). Servez sans attendre le clairon, avec quelque verdure, et contemplez l’affligeant spectacle des convives clafoutant en chœur.
Tchou, les copines
18:32 Publié dans Recettes qu'on sait pas où mettre, Recettes: scroutchs et préliminaires | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
| Tags : clafoutis, pecorino, tomates cerise |
|
Facebook

















Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://jeromeestebe.blog.tdg.ch/trackback/58794
Commentaires
Bien rigolé. Remarque, jusqu'à la Fontaine, j'y ai cru. Sacré Estèbe, aussi à l'aise dans le canular littéraire que dans la clafouterie culinaire.
Ecrit par : Anne-laure | 26.08.2010
Heureusement dans ses interventions suivies de recettes toujours chouettes, il ne se (cla) fout pas de nous...
NB Quoique ? un journal à gros tirage qui " couvre " le grand ouest de la France
( à, donc + de 900 km )
donnait dans son édition du dimanche 15 août 2010, la recette d'un
" clafoutis aux tomates cerises et aux herbes "
Mais il n'y avait pas un préambule du même acabit.
Ecrit par : angevain | 26.08.2010
Grillé par OPuest France??!!! Damned! Je suffoque, j'enrage, je clafoutargue!
Ecrit par : Estèbe | 26.08.2010
Intro bidonnée, recette piquée: un gros clafoutage de gueule, ce billet.
Ecrit par : Yves | 26.08.2010
Et en accusant au passage La Fontaine d'être un rimailleur alcoolo :)))) !!!!
Ecrit par : Marie | 26.08.2010
Oui, has-been, ce billet. Depuis l'Afrique du Sud, même Anelka et Ribéry ne clafoutent plus, d'ailleurs.
Il ne vous reste pas une ou deux tomates cerises, Estèbe? C'est juste pour les balancer sur un pote sans me faire voir.
Et ce truc rosé dans votre verre, c'est quoi, mmm?
Ecrit par : olif | 26.08.2010
Olif, c'est le tout nouveau rosé de la maison Gramenon, chouette autant que vénérable cave dans la région rhodanienne d'en bas. Vous connaissez, I presume.
Ecrit par : Estèbe | 26.08.2010
Quelle aisance, on y croirait, si ce n'est le nombre de pied de La Fontaine, qui clafoute grave
Ecrit par : Marsupial | 27.08.2010
Jamais on ne s'est tant clafoutu de ma gueule, mais je me suis quand même esclaffé d'étonnement.
Ecrit par : Patrick CdM | 27.08.2010
Vous m'espantez fort, Maître. La Flora se clafoutoye bien au chapitre XV !!
Je garde cette recette sous le coude, elle me plait bien.
Ecrit par : gabriella | 27.08.2010
J'ai trouvé deux autres définitions sur l'origine de " clafoutis "
dont une dans ce journal de l'ouest (etc etc), ou elle est très chaste....
Je préfère donc, définitivement, la tienne qui est plus - libidineuse -
Je termine d'écouter " nuages " du grand Django et par lui et vais rêver
de clafoutis
Ecrit par : angevain | 28.08.2010
Et bien dis donc, ça clafoute sec ici !Bien heureuse ne rentrant de vacance de trouver une telle clafouteire party.
Ecrit par : Anne Hélène | 02.09.2010
Recette testée ! Bien évidemment je n'ai pas suivi les recommandations des proportions et me suis retrouvé avec un clafoutis très liquide. Cependant... miam, slurp, glop glop. Servi avec des petites pdt nouvelles, c'est trèèès bon.
Merci pour l'idée.
Ecrit par : Frédéric | 03.09.2010
Écrire un commentaire