04/10/2010

Pléonasme de volaille au fenouil et pastis

Bien les bonjour, les gens

Tu te souviens sans doute des figures de style de la langue français que t’enseignait, naguère en classe, la très disgracieuse Madame Zurber derrière sa moustache et ses lunettes vintage. La litote, la synecdoque et l’ellipse. Vas je ne te hais point et l’aveuglante obscurité. Tout ça, quoi. Ça y est? Tout te revient?
Ben, voyez-vous, cet arsenal littéraire peut parfaitement s’appliquer en cuisine. Parfaitement. Il y a ainsi des plats qui relèvent de l’allitération (les subtils sushis de supions aux salsifis) ou du chiasme (raie au beurre, beurre à la raie). D’autre s’avèrent paradoxaux (douceur au vieux camembert), hyperboliques (tsunami dévastateur au chocolat blanc et framboises) ou encore oxymoriques (purée croquante de brocolis délicieux).

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L’autre jour, alors qu’on présentait ce radieux poulet au pastis et fenouil à nos convives, l’un d’entre eux a glissé insidieusement que le mariage des ingrédients lui paraissait un tantinet… pléonastique. Gloups! Pléonastique ta mère? Ben oui, argumenta-t-il, la bouche arrondie comme le derrière de la volaille suscitée, le fenouil et le pastis n’offrent-ils pas des saveurs cousines, pour ne pas dire jumelles? D’où le pléonasme. Zut, alors! Il avait raison. On ne lui a plus adressé la parole de la soirée, en le zieutant à la dérobée en train de saucer son assiette comme un cochon. Pléonastique peut-être, slurpissime assurément.


Découpez un beau poulet bio en huit. Réservez la carcasse.

Faites longuement dorer huit gousses d’ail grossièrement émincées au fond d’une cocotte. Réservez.

Colorez à feu dru le poulet sous toutes les coutures. Assaisonnez vaillamment. Pimentez un poil. Déglacez avec un demi-déci de Pastis. Mouillez avec le jus d’un demi-pamplemousse et un filet de citron.

Puis ajoutez l'ail et un gros fenouil émincé, en prenant soin que le légume ne barbote pas dans le jus. Coiffez le tout avec la carcasse. Couvrez. Laissez mijoter 20 minutes. Puis raclez la carcasse pour la débarrasser de tous ses exquis morceaux de chairs. Balancez into the poubelle.

Laissez cuire à couvert un quart d’heure de plus. Touillez enfin.

Servez le pléonasme ailé avec trois pluches de persil et un vin blanc du Jura, mur et altier, crâne et brillant, aux senteurs de caillou chaud, tilleul et cédrat, dont l’élégante amertume finale te laisse le clapet frais autant qu’ému. Guignez donc l'étiquette.

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Tchou!

Commentaires

Pléonastique le fenouil ?
Le poireau encore, j'aurais compris...

Écrit par : dano | 04/10/2010

Mais pourquoi faut-il jeter les exquis morceaux de chair à la poubelle? A l'instar de l'épaulé-jeté en machinphilie, l'oxymore en germanopratisme, le raclé-jeté serait-il une figure de style du slurpisme?

Écrit par : Marcolino | 04/10/2010

Damned, me serais-je mal exprimé? On garde les sots-l'y-laisse dedans la cocotte, on vire la carcasse toute nue. C'est du raclé-mangé

Écrit par : Estèbe | 04/10/2010

Un "vin blanc du Jura, mur et altier, crâne et brillant, aux senteurs de caillou chaud, tilleul et cédrat, dont l’élégante amertume finale te laisse le clapet frais autant qu’ému", c'est pas un pléonasme, ça? Mais vous avez raison, il vaut mieux en boire deux fois qu'une. Vous avez Labet-nédiction de moi-même en personne pour cela.

Écrit par : olif | 04/10/2010

bravo pour ce très beau et double oxymore "purée croquante de brocolis délicieux" et surtout pour le second !! Les alccolos de service vous raseront les synapses avec la thèse pléonastique du Pastis-fenouil et du Ricard-badiane et que "Même avec un glaçon, C'est Po pareil, le 51 et le Ricard qu'à cause du fenouil et que de la badiane..."

Excellente nuit sombre et nyctalope de silence assourdissant et de profond sommeil nocturne sans éveil des eyes wide shut...

Écrit par : docadn | 04/10/2010

Ah, ah. L'amicale des pourfendeurs du brocolis monte au créneau. Je suis directeur,trésorier et membre actif depuis 1964.

Écrit par : Estèbe | 04/10/2010

Nous on met du pastis dans toutes nos recettes, et tant pis pour la redondance.
Redondant ton c..., serions-nous même tenter d'ajouter...

Écrit par : Les alcooliques unanimes | 04/10/2010

Tentés ouais, spassqu'on est bourrés !

Écrit par : Les alcooliques unanimes | 04/10/2010

Il synecdoque, le doc?
Quant à l'Hyper-bowl, cela reste pour moi une manifestation sportive ricaine d'un immense inintérêt culinaire.

Écrit par : Yves | 04/10/2010

C'est métaphore de café...

Écrit par : Patrick CdM | 04/10/2010

Mais gare à l'alégorille.

Écrit par : Estèbe | 04/10/2010

Gare surtout au pléonanisme !

Écrit par : dano | 04/10/2010

Certes, même si le pléonain n'est pas forcément pléonaze

Écrit par : Estèbe | 04/10/2010

En tout cas, c'est capté: nous ne tremperons plus nos fenouils dans l'anis !
C'est comme sucrer son miel ou saler ses anchois...
Humecter son eau ou beurrer son huile...

Écrit par : dano | 04/10/2010

d'où le célèbre 'pour qui sont ces sandwichs qui suintent cette sale graisse'

Écrit par : Camille | 04/10/2010

Intéressante association. Mais quel dommage d'utiliser le vulgaire pastis (51 ou Ricard) alors qu'à un jet de pierre du lac de Genève une vallée joyeuse vous offre des absinthes fines et subtiles. Sur que le Côte du Jura vous en sera reconnaissant !

Écrit par : Nonoche59 | 06/10/2010

Ben justement, Nonoche, à faire cuire un jus anisé une heure avec une poule, autant utiliser un vulgaire Pastis qu'une Fée Verte et Radieuse.

Écrit par : Estèbe | 07/10/2010

J'ai suivi la recette à la lettre. Le tout est excellent. Merci pour ce partage !

Écrit par : Jogos de vestir | 07/10/2010

Ah bon ça fait vulgaire le pastis ?

Écrit par : rose chiffon | 07/10/2010

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