24/01/2011

L’aube glacée et la féra grillée (au citron et poireaux pimentés)

Aglagla, les amis

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Par les génitoires de l’Inuit, il fait un froid de gueux.
Ce matin à l’aube, la ville claquait des dents. On grelottait nous aussi, sur notre petit vélo, le pif rouge vif, la babine bleue et les mirettes embuées de givre. Va donc pédaler avec entrain quand il fait -56°.

Ce matin à l’aube, on a vu un homme entre deux âges, l’air très comme il faut, qui courait en short et tee-shirt. Sans manches, le tee-shirt. Bon jogging, M. Gump.

Ce matin à l’aube, on a vu un rasta enjoué sur un pont, qui chantait des chansons de Bob Marley comme si le soleil brillait. Il jouait de la guitare. Et sans gants. On lui a donné des sous. Il nous a dit thanks man, et en riant.

Ce matin à l’aube, on a vu aussi un chien d’une laideur indicible, à peine plus gros qu’un rat, le poil rare et miteux, vêtu d’un ridicule pull mauve. Il pissait en tremblotant contre un arbre. Ses yeux globuleux scrutaient la rue avec terreur. Dieu qu’il était minable. Comment peut-on faire des chiens à ce point déprimants?

Les féras, elles, ne tremblent ni ne louchent quand elles se soulagent dans les eaux lacustres. Les féras ont de la classe. Les féras sont nos amies. Surtout au citron et poireaux pimentés (Mazette, quelle transition habile).

 

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Offrez-vous des filets de féra (ou d’omble, ou de truite, ou de saumon, ou de gnou). Des citrons, des poireaux, un petit piment. Et c’est tout. Notez au passage la légèreté anthologique de la recette qui va suivre. C’est rare.
Virez le vert des poireaux. Détaillez le blanc en biseaux. Lavez à grande eau. Et faites cuire dans le panier vapeur, une douzaine de minutes.
Préparez une vinaigrette corsée, huile d’olive-vinaigre de Xérès, avec un petit piment rouge en brunoise caché dedans.
Pelez deux citrons à vif. Soit en quartiers et sans la peau.
Farinez mollo, salez et poivrez les filets de féra. Poêlez à feu furax dans un mix beurre-huile d’olive, deux minutes côté peau, une minute côté chair. Réservez au chaud. Ajoutez une noisette de beurre dans la poêle. Poêlez y les citrons, vingt deux secondes, en touillant délicatement. Assaisonnez.
Puis dressez élégamment vos assiettes, en arrosant les poireaux de vinaigrette et en coiffant la féra de quartiers de citrons rôtis. Pof, c’est fini.
DSC03840.JPGMirobolantissime, non?
Et comme c’est la fête au village, on va même se faire quelques petites bulles avec ça. Celles du délicieux et ciselé Crémant d’André et Mireille Tissot, Arbois, Jura, France du milieu tout à gauche sur la carte. Moins cher et bien plus slurpique que 96,78% des champagnes de Champagne. Oui, Madame Clicquot.
Tchou!

Commentaires

- 56 ?? Vous n'auriez pas des origines marseillaises M'sieur Estèbe ?
Pas de féra par chez moi, ce sera donc de la truite. Pas mal l'assocation avec les bullles, mais ça me parait un cru coûteux, n'est-il pas ?

Écrit par : Marie-France | 24/01/2011

Je ne pense pas qu'Estèbe ait le cru coûteux. Tout au plus quelques pellicules...
Le Crémant du Jura de Stéphane Tissot, par contre, c'est à peine 10 €. Moins de 15 balles suisses. À ce prix-là, c'est cadeau, tiens!

Écrit par : olif | 24/01/2011

Coûteux, du tout! Rapport tarif/volupté implacable: 10 euros et quelque la topette. Banzaïïïï

Écrit par : Estèbe | 24/01/2011

Sorry, Sieur Olif. Ya eu comme un télescopage de coms tarifaires.

Écrit par : Estèbe | 24/01/2011

Bien qu'il m'en coûte, je vous ai devancé d'un poil de cru, mon bon Estèbe.

Écrit par : olif | 24/01/2011

Bon, alors je révise mon jugement tarifaire hâtif et garde l'adresse en réserve.

Écrit par : Marie-France | 24/01/2011

Ces bonzaïs de chien sont non seulement laids et déprimants, mais rosses parfois. L'un d'entre eux a essayé cet été de m'arracher un bout de mollet, juste par mauvaise humeur. Je l'ai puni sévèrement.

Écrit par : Yves | 24/01/2011

De la rosse à la rose il n'y a qu'un tout petit pas que je franchis l'air de rien à l'image de notre bon Docteur et ses introductions délicieuses.

Écrit par : rose chiffon | 24/01/2011

J'ai bien lu entre les filets...
La féra, c'est rien que pour nous - gens de l'ouest - nous embêter
la truite, c'est possible tout autant que le saumon... l'omble !!! si nous avons pas soleil... difficile à trouver
Mais pour le filet de " gnou " j'ai trouvé la référence...

>>> Après une bataille avec d'autres mâles, le gnou se constitue un harem pour la reproduction. Un gnou peut avoir jusqu'à 150 femelles à féconder

C'est du " stakhanovisme "

etpic'estpasunpoisson, NA

Écrit par : angevain | 25/01/2011

Intéressantes ces histoires sur la sexualité du gnou. Mais que font les femelles de leurs longues journées esseulées?
Elle font de la gnougatine pour gnourir la famille?
Elles jouent au gnounours avec les gnouveaux-nés?

Écrit par : Estèbe | 25/01/2011

Ouille que de mauvais calembours! Pitié pour gnou!

Écrit par : Florence | 25/01/2011

Ben alors, moi, c'est les poireaux qui me font peine dans cette fiesta.
Pourquoi virer les verts ?
On peut en faire un solide potage au gruau d'avoine, par exemple, avec un bout de jambonneau pour améliorer l'ordinaire.

Écrit par : La Salamandre | 26/01/2011

Bonjour,
Bravo pour votre blog et vos recettes. Je viens de trouver un autre site culinaire remarquable : de belles recettes de terroir classées par catégories d’aliments mais aussi un grand tableau très complet indiquant le mariage adéquat des aliments avec les épices et aromates. Voici le lien :
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René

Écrit par : René | 17/02/2011

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