17.02.2011
M.F.K. Fisher: la goûter, la décorer, la vénérer, la regretter (très fort)
Coucou les coquelets
On s’est creusé la tête. Il y avait dû avoir un prêt malheureux, un soir de liesse, un soir de ricanements stupides. «Quoi! Tu ne connais pas M.F.K. Fisher!!! Hips. Tiens, lis ça! Hips. Et rends-moi vite les bouquins.» Le fâcheux, la fâcheuse, n’avait jamais ramené les livres. Bien sûr. La bibli était en deuil. Et nous avec. Qui que tu sois, toi l’emprunteur sans visage, surveille ton courrier, surveille ton ombre, surveille le gâteau d’anniversaire de ta nièce. On te retrouvera et la vengeance sera d’une cruauté inouïe.
Bon, calmons-nous. C’était un matin de printemps. 1992? 1993? A Paris. On était allé jeter un coup d’œil dans une librairie du Quartier latin consacrée à la gastronomie. Sur la pile des bouquins récents, elle était là. Elle nous dévisageait. Brune, belle comme tout, la pupille lutine et un demi-sourire enjôleur planant sur les lèvres. Mary Frances Kennedy Fisher. Les éditions Anatolia venaient de traduire le Fantôme et la Biographie sentimentale de cette essayiste américaine prolifique et voyageuse, née en 1908 et disparue quelques mois auparavant. Un quart d’heure plus tard, dans un métro bondé, on découvrait la plume aérienne et malicieuse, gourmande et gracieuse, de la dame. Un choc. Un coup de foudre. Une révélation.
Avouons-le, la prose culinaire n’est pas toujours une partie de rigolade. Il y a Montalban. Il y a Colette. Il y a Rouanet. Il y a les grands ancêtres, le gros Brillat et le gros Dumas, qui nous parlent dans une langue qui ne se pratique plus guère de choses que l’on ne cuisine plus guère avec une pompe doctorale qui n’impressionne plus guère.
M.F.K. pétille. Digresse. Badine. Mais jamais ne s’égare. Ou ne pontifie. Chez elle, le manger devient mystique, tendre, drôle, métaphysique. Il faut lire un Loup au dîner, souvenirs de guerre, où elle surfe sur la disette et ondoie dans la pénurie, en proposant des plats pour porte-monnaie vide tout en se remémorant les fastes d'avant-guerre. C'est mutin, touchant et indubitablement bien écrit. Miss Fisher a signé une vingtaine de livres, dont quelques-uns traduits en français. Il y a cinq ans, les éditions Motifs ont réédité Le Fantôme. En farfouillant sur la Toile ou chez le bouquiniste, il doit être possible de trouver tout ça.
Il va falloir s’y résoudre, du reste.
A moins que la crapule sonne à la porte, là, maintenant, avec les livres de M.F.K. à la main et des excuses plein la bouche.
Tchou!
PS: Ce billet éperdu a été publié initialement et pas plus tard qu’avant-hier dans la Fureur des Vivres, consacré ce mois-ci à la littérature miam. Qu’on se le dise.
09:16 Publié dans Littérature slurp | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Lu les quelques lignes du Fantôme, et de quelques autres, accessibles sur ouèbe.
Je cours chez mon libraire favori.
Merci Dr Slurp!
Ecrit par : Azrael | 17.02.2011
Je vais de ce pas tanner mon bouquiniste.
Ecrit par : Anne-Laure | 17.02.2011
Comme Anne-Laure et Azrael, je fonce me l’offrir. Merci Dr Slurp !
Le gros Brillat, le gros Dumas… et Rouanet ? Serait-ce la fine et alerte Marie ?
Si c’est elle, merci de l’avoir citée !
J’ai rencontré cette vénérable dame en 2001, à Gruissan (Narbonnais) lors des funérailles d’un grand ami libraire, elle a prononcé une homélie en occitan.
Et moi qui m’étais juré de ne jamais aller aux enterrements parce que le cadavre ne viendra pas au mien… comme quoi !
Encore merci Grand Estèbe.
Ecrit par : Benoît Marquis | 17.02.2011
Oui, c'est de la pimpante Marie dont on causait. Une homélie en occitan: trop fort.
Allez, tous ensemble:
Jésus moun Dioù! A l'agounio
Cauqu'un de nousaus se-ra leu
Dats en aquet, après l'oustio
Bos-té Ceou!
Ecrit par : Estèbe | 17.02.2011
Ouh là ! Il va falloir que je retrouve le lexique et le dico pour décoder cette prière. L'ami, ce libraire de Michel me les avait offerts.
Ecrit par : Benoît Marquis | 17.02.2011
Vous savez bien, cher Etsèbe, que les livres ne reviennent jamais, car ils sont offensés que l'on puisse se séparer d'eux. Alors, si Julia Child avait appris le français et la cuisine française a Paris, pensez a son effort et celui de Mary Francis Kennedy, épouse Afreld Young Fisher, a Dijon, puis a Chexbres, et mettez-vous a lire d'elle l'originel Consider the Oyster, paru en 1941, que l'on trouve encore chez les Brits et Yanks, et dégustez vertement avec un chateauneuf-du-pape blanc.
Ecrit par : Cancale de Lamellibranche | 17.02.2011
J'ai lu et relu "biographie sentimentale de l'huitre", c'est exquis! même si j'avoue n'avoir jamais testé aucune des recettes proposés ( la base étant souvent la soupe de lait et les huitres jetées dedans, avec toutes les variantes possibles ).
Le titre d'un chapitre s'intitule: " Prenez trois cents huitres bien propres", voilà le genre de choses dont on ne se lasse pas!
Ecrit par : Marie-Hélène | 17.02.2011
Cancale de Lamellibranche, vous tutoyez le cursus de la reine. Cela ne m'étonne nullement. Avec un blaze comme le vôtre vous devez avoir le temps de lire au coin du feu ;)
Marie-Hélène, moi non plus, pas de recette de MFK, en dehors de la délicieuse mandarine momifiée narrée dans le "Fantôme".
Ecrit par : Estèbe | 18.02.2011
Merci pour cette article... sont vraiment impressionnantes!!
Ecrit par : Generique | 21.02.2011
Bon,
Fort intéressant...
Mais nous n'allons pas passer " des lustres " la dessus...
au boulot,
sachant que, le titre du 14.02.2011 était
"L’admi(râble) de lapinou farci à la maligne "
et celui d'une - référence - blogomiam...
lectrices et lecteurs, à vous de chercher...
était...
>>>18 février 2011
" Ce week-end, c’est lapinou "
@ bientôt
Ecrit par : angevain | 22.02.2011
C'est bien joli tout ça, mais quand est-ce qu'on mange?
p.s. le Fantôme est épuisé (!)
Ecrit par : Azrael | 25.02.2011
Vous m'avez donné envie de lire du M. Rouannet, car pas trouvé du M.F.K Fisher
dans la médiathèque du coin.
Ecrit par : gabriella | 25.02.2011
@ Azrael,
Le chef est en stage à Castelnaudary et il compte nous revenir en montgolfière, c’est juste une question de vent.
Ecrit par : Benoît Marquis | 25.02.2011
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