28/02/2011

Des gourmandes nues dans leurs baignoires

Bien le bonjour, amis de l’art et du cochon

Tiens, parlons d’arts plastiques. Et plus précisément de la singulière Lee Price, artiste américaine en activité, qui a trois dadas. Au moins.
Primo, la peinture à taux de réalisme himalayen. Price, elle te barbouille des toiles qu’on dirait des photos. Avec ses pinceaux et de la peinture à l’huile. Balèze.
Deuzio, la contre-plongée radicale. Price, elle contemple ses personnages depuis le plafond. Du coup, ils ont l’air très très très seuls, ses personnages.
Tertio, les dames qui se gobergent de sucreries à poil dans leurs baignoires. Chacun son truc. Price, c’est donc l’ablution masticante et féminine dans la faïence. Ce qui pourrait être glamour. Mais s’avère étrangement morbide. Ces créatures s’offrent-elles une ultime douceur avant le grand couic? La mousse ne risque-t-elle pas de donner un mauvais goût aux friandises? Est-ce bien raisonnable de jeter des papiers de bonbons dans l’eau du bain?
Un travail qui pose de vraies questions avec des additifs et des colorants dedans.

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Bien à vous, mein choux

Votre dévoué Esteban 1er


11:20 Publié dans Art Slurp | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : lee price |  Imprimer |  Facebook | | |

17/02/2011

M.F.K. Fisher: la goûter, la décorer, la vénérer, la regretter (très fort)

Coucou les coquelets


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L’autre jour, on farfouillait dans la bibliothèque, à la recherche de la Biographie Sentimentale de l’Huître, le roman de MFK Fisher. On farfouillait, on farfouillait. En vain. Pas de Biographie sentimentale, ni même de Fantôme de Brillat-Savarin, pas plus que de Loup au dîner. MFK Fisher avait déserté l’étagère. Malheur.

On s’est creusé la tête. Il y avait dû avoir un prêt malheureux, un soir de liesse, un soir de ricanements stupides. «Quoi! Tu ne connais pas M.F.K. Fisher!!! Hips. Tiens, lis ça! Hips. Et rends-moi vite les bouquins.» Le fâcheux, la fâcheuse, n’avait jamais ramené les livres. Bien sûr. La bibli était en deuil. Et nous avec. Qui que tu sois, toi l’emprunteur sans visage, surveille ton courrier, surveille ton ombre, surveille le gâteau d’anniversaire de ta nièce. On te retrouvera et la vengeance sera d’une cruauté inouïe.

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Bon, calmons-nous. C’était un matin de printemps. 1992? 1993? A Paris. On était allé jeter un coup d’œil dans une librairie du Quartier latin consacrée à la gastronomie. Sur la pile des bouquins récents, elle était là. Elle nous dévisageait. Brune, belle comme tout, la pupille lutine et un demi-sourire enjôleur planant sur les lèvres. Mary Frances Kennedy Fisher. Les éditions Anatolia venaient de traduire le Fantôme et la Biographie sentimentale de cette essayiste américaine prolifique et voyageuse, née en 1908 et disparue quelques mois auparavant. Un quart d’heure plus tard, dans un métro bondé, on découvrait la plume aérienne et malicieuse, gourmande et gracieuse, de la dame. Un choc. Un coup de foudre. Une révélation.

Avouons-le, la prose culinaire n’est pas toujours une partie de rigolade. Il y a Montalban. Il y a Colette. Il y a Rouanet. Il y a les grands ancêtres, le gros Brillat et le gros Dumas, qui nous parlent dans une langue qui ne se pratique plus guère de choses que l’on ne cuisine plus guère avec une pompe doctorale qui n’impressionne plus guère.

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M.F.K. pétille. Digresse. Badine. Mais jamais ne s’égare. Ou ne pontifie. Chez elle, le manger devient mystique, tendre, drôle, métaphysique. Il faut lire un Loup au dîner, souvenirs de guerre, où elle surfe sur la disette et ondoie dans la pénurie, en proposant des plats pour porte-monnaie vide tout en se remémorant les fastes d'avant-guerre. C'est mutin, touchant et indubitablement bien écrit. Miss Fisher a signé une vingtaine de livres, dont quelques-uns traduits en français. Il y a cinq ans, les éditions Motifs ont réédité Le Fantôme. En farfouillant sur la Toile ou chez le bouquiniste, il doit être possible de trouver tout ça.
Il va falloir s’y résoudre, du reste.
A moins que la crapule sonne à la porte, là, maintenant, avec les livres de M.F.K. à la main et des excuses plein la bouche.

Tchou!

PS:
Ce billet éperdu a été publié initialement et pas plus tard qu’avant-hier dans la Fureur des Vivres, consacré ce mois-ci à la littérature miam. Qu’on se le dise.

14/02/2011

L’admi(râble) de lapinou farci à la maligne

Bien le bonjour

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Tiens, on va te causer d’un drame. Un vrai, en béton armé, personnel et dramatique (ce qui est la moindre des choses pour un drame, notez).

Il ne faut plus manger de lapin.

En tout cas pas de lapin que t’as pas connu personnellement de son vivant. Que t’as pas vu gambader dans le gazon en tenue d’Adam velu. Et faire chlika chlika avec Mme Lapine un soir de St Valentin.
Car quasi tous les lapins qui se pavanent sur les étals ont été élevés à la concentrationnaire, dans des cages à ce point exiguës qu’en comparaison les geôles birmanes ressemblent à la suite royale au Negresco. Ne causons pas même de l’ordinaire alimentaire de ces pauvres bestioles. Désastreux.

Et comme sous nos cieux, nul label ne certifie pour l’heure un cursus aimable (en tout cas pas à notre connaissance), nous voilà obligés:
-    D’élever nos propres lapins (ce qui est inconfortable quand on vit soi-même dans un clapier).
-    D’exiger du volailler le CV circonstancié de l’animal convoité (ce qui est hasardeux; le brave homme s’en tamponnant généralement la gibelotte).
-    De ne plus manger de lapin (ce qui est déchirant).
-    De manger du lapin carcéral en culpabilisant comme un fou (ce qui est déchirant aussi).

Notre conseil: débrouillez-vous.

Car voilà justement un râble farci aux épinards, citron, ricotta et pignons, qui est plus bon que bon, voire plus encore si entente.

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Pour un couple averti…

Demandez
au boucher de désosser le râble de façon radicale, jusqu’à obtention de deux escalopes.
Attrapez une bonne grosse poignée de pousses d’épinard (gaffe: ça réduit un max). Lavez à grande eau. Ôtez les tiges. Hachez. Dans une poêle, faites fondre une gousse d’ail hachée dans une cuillère d’huile d’olive. Ajoutez les épinards. Shakez quelques minutes. Assaisonnez. Réservez.
Rôtissez quelques pignons sans matière grasse à la poêle.
Zestez un citron vert.
Puis touillez épinards, zestes, pignons dans deux cuillères à soupe de ricotta. Ajoutez une lichette d’huile d’olive et une pincée de piment. Assaisonnez. Goûtez. Réfléchissez bien: si la saveur vous semble top affriolante, c’est bon.
Sinon, non.
Etalez les deux parties du râble, en les chevauchant un tantinet. Tartinez de farce. Roulez gentiment. Ficelez. Assaisonnez. Colorez quelques minutes le râble sur le gaz.
Puis enfermez la bête dans du papier alu façon papillote. Et hop, au four, à 180°, pour une demi-heure.
Découpez enfin en mignons tronçons.
DSC03959.JPGPuis débouchez le très croquant, vibrant et charmant « Mauvais Temps » de Nicolas Carmarans; un rouge naturel venu de l’Aveyron avec la ferme intention de nous ensoleiller la goulette. Mission accomplie. Oui, c’est un coup de cœur, ce jus-là. Parfaitement.

Tchou!

10/02/2011

Le hareng, l’orange et le fenouil (poil à la nouille)

Coucou, le gens


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Les lecteurs fidèles de ce torchon hirsute qu’est le blog Top Slurp auront noté qu’il n’y est jamais question de saumon. On n’est pas fan. Ou plus trop. C’est que sous ce nom générique se cache une flopée de variétés aux saveurs très discutables.
Il y a le saumon de piété qui ne vaut pas un clou.
Le saumon de Vénus qui rend fou.
Le saumon Canigou qui fait ronron.
Et puis le saumon beausapin qui n’est plus de saison.

Du coup, chez le poissonnier où l’on traînassait l’autre jour, on s’est payé du… hareng. Fumé. En filets. De la Baltique. Du hareng, oui.
Après ça, on a échafaudé une salade étrange, voire top frappadingue, vaguement inspirée d’une recette italienne dégustée naguère.
Voilà les lanières de hareng au fenouil et orange
. Tût, tût.

DSC03950.JPGVirez le cœur coriace d’un bulbe de fenouil. Emincez. Pochez trois minutes et rafraîchissez illico sous l’eau fraîche. Puis assaisonnez et arrosez d’une bonne huile d’olive. Réservez.
Pelez une orange douce et détaillez en minces tranches rondes.
Taillez les filets de hareng en lanières. Arrosez d’une bonne huile d’olive. Poivrez. Réservez.
Pile-poil à l’heure du miam, réunissez le tout dedans le plus beau des saladiers, puis dévorez dare-dare avec quelques aventuriers de la papille. Plus un grand verre de la cuvée Billes de Roches du Clos Melaric, un Saumur classe et gourmand, tamisé d’une larme de douceur mais tendu d’une acidité tonique (ta mère).

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Tchou!

07/02/2011

Les seiches se rebiffent

La prochaine fois que vous mangerez des calamars, ayez une pensée pour le pauvre monsieur qui les a occi. C'est pas si fastoche. Z'ont de la suite dans les tentacules, ces crapules.

 

03/02/2011

Le lecteur bougon et la longeole en croûte

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Pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole.
C’est quoi une longeole?, gémit légitimement le lecteur extra-lémanique, peu au fait des charcutailles de terroir.
C’est ça
, qu’on lui répond en créant presto un lien hypertexte vers un billet savant.

Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes.
Tu crois que j’ai deux heures à perdre?, s’indigne légitimement le lecteur surbooké, haletant et stressé, dont le déo a lâché depuis l’aube.
Oui, qu’on lui répond. Et toc.

Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes, avant d’ôter le fin boyau qui l’emmitoufle.
Un boyau emmitouflant? Mais t’as fumé la moquette?, persifle légitimement le lecteur allergique aux licences lexicales du Dr Slurp.
On fume quoi qu’on a envie, qu’on lui répond, en allumant un gros joint de géranium.

Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes, avant d’ôter le fin boyau qui l’emmitoufle, de la sécher soigneusement avec du papier absorbant et de la cacher entièrement dans de la pâte feuilletée, soudée avec les mimines.
Et elle sort d’où ta pâte feuilletée?, s’étonne légitimement le lecteur attentif aux coups de théâtre de la présente recette.
De la supérette, banane, qu’on lui répond en lui coulant un sourire dédaigneux.

Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes, avant d’ôter le fin boyau qui l’emmitoufle, de la sécher soigneusement avec du papier absorbant et de la cacher entièrement dans de la pâte feuilletée soudée avec les mimines. On oint alors au pinceau la pâte de jaune d’œuf battu et on cuit le tout une demi-heure au four préchauffé à 180°.
T’aurais pas pu prévenir plus tôt qu’il fallait préchauffer le four ?, grogne légitimement et derechef le lecteur, qui décidément commence à nous courir velu sur le râble.
Tiens, prend ça, qu’on lui répond, en lui écrasant la longeole en croûte sur le crâne, avec une sauvagerie chirurgicale que l’on ne croise d’ordinaire que dans les films de kung-fu des années 70.

Oui, c'est une recette pleine de violence.

Adios