La popote française, chez San-Antonio et au purgatoire


Bien le bonjour, copaingues

Tiens, parce qu’on ne peut pas passer son temps à claper des choses ravissantes en faisant des bruits avec son bec, lisons aujourd’hui. Voilà deux bouquins récents et convaincants, qui causent l’un et l’autre de la cuisine française, en des termes fort différents, il est vrai.


SA-Couv_v012.jpg

Commençons par San Antonio se met à table (L’Epure) de la truculente Blandine Vié, dont on avait déjà croqué avec grand appétit les Testicules (si j’ose). Ce coup-ci, la dame nous a escaladé un Himalaya: l’œuvre canaille de Frédéric Dard. Soit 174 volumes, qu’elle a épluchés à la recherche de toutes les références au miam, à la bouffe, à la tortore. Et Dieu sait si elles grouillent. Voilà donc un wagon de recettes et une cascade de citations. Plus les profils gourmands des héros: le bâfreur Béru qui a «l’œsophage au bord des lèvres», et le gourmet San-Antonio, qui doit à sa maman Félicie «ses plus beaux kilogrammes.» Forcément ça cause blanquette, daube, choucroute, ris de veau, paupiettes. Mais pas que. Il y a aussi du pinard, de la philo gaillarde et de la fesse, bien sûr. Plus en filigrane, une peinture de la France mijotante, flamboyante et mastiquante de l’après-guerre au crépuscule du XXe siècle.


cuisine-peril.jpg

C’est également, mine de rien, le propos du journaliste américain, Michael Steinberger. Lui vient de signer La cuisine française, un chef-d’œuvre en péril (Fayard) sur le thème déjà bien labouré du déclin de l’empire gastronomique tricolore. On a déjà lu mille choses là-dessus. Originalité: Steinberger est un fan et spécialiste de la popote hexagonale. Il la tutoie. Il l’a aimé follement. Il la connaît sous toutes ses garnitures.

Ce n’est donc pas le réquisitoire d’un pamphlétaire en recherche de gloire médiatique, mais le chant nostalgique d’un amant blessé, mais toujours éperdu. La démonstration n’en reste pas moins implacable. Tout y passe. De la fin du calandos au lait cru au triomphe du Mc Do, de la dégringolade qualitative de ces chers produits français à la momification progressive de la haute gastronomie, rendue obsolète par l’ébullition espagnole, anglaise ou nordique. S’enchaînent les récits de repas navrants et les souvenirs de festins homériques, les anecdotes, les faits chiffrés et les interviews de tous les acteurs de la popote française. C’est drôlement bien. Fin, ultra documenté, drôle à l’occasion, bien écrit (les subjonctifs imparfaits pullulent dans le texte comme les calories dans une recette d’Escoffier), jamais vulgaire, calomniateur ou simpliste.
On ne vous raconte pas la fin. On n’est pas comme ça.
Bien à vous

Tchou!

Commentaires

  • Il y en a prendre et à lécher dans cette sélection, autant j'attendais avec impatience le Vié (je me suis régalé avec Testicules aussi, mais également avant avec La Morue, une somme!).

    Par contre, Steinberger m'est tombé des menottes, un exercice de style en effet, sans plus à mon avis... pour le reste, ces gens là mangent toujours aux mêmes endroits et ont une idée figée de la cuisine.

  • Je trouve le Steinberger plutôt curieux et éclectiques dans ses exemples, au contraire. Il fréquente les trois macarons certes, mais aussi les producteurs, chefs bistronomiques, brasseries, profs de cuisine, etc. D'où une peinture assez réaliste, me semble-t-il

  • Un exercice similaire à la compilation " Les recettes de Carvalho" où Montalban réunit toutes les scènes de tortore de son héros, avec recettes à la clef et méditations philosophico-identitaires sur l'âme catalane traquée au cœur de la paella. A découvrir d'urgence si vous êtes fan de Pepe ou même, si vous ne le connaissez pas encore! (Christian Bourgois 1996 pour la traduction française)
    En attendant, je file acheter le bouquin de Blandine Vié nom d'un Béru !!

  • Et pourquoi pas " Nature, simple, sain et bon " d'Alain Ducasse ? Si l'écrit parait trop germanopratin, voyez les mets des Mousquetaires revus par Umberto Eco dans son dernier "Cimetières de Prague".

  • Je lis le Steinberger, que je trouve spécieux... je t'en dirai plus quand j'aurai fini.

  • On cause du Fredo Dard, mon idole, merci l'Estèbe !

    Je rêve de faire un jour le "pélerinage" à Saint Chef...

    Le Fredo, un des plus grand auteurs du XXème, I pèse my words.

    Une vidéo à voir en entier : http://www.dailymotion.com/video/xjif7_frederic-dard_shortfilms

  • Et, hors la cuisine Franco Française
    dans le genre compilation de recettes
    " Le livre de cuisine de la Série Noire "
    Bon je retourne sur Escoffier et sa, pardon " ma " soupe de lentilles
    Quoique, La Cuillère d'argent, nous change...

  • Je vais les inscrire sur les demandes d'achats de la biblio. de Rennes, ça devrait le faire.
    ( fauchée, moi ? pas du tout! )

  • Le mari: merci pour le lien, précieux. Comme lieu de pèlerinage, Saint-Chef vaut bien Lourdes.

  • Moi, je me goinfre la Princesse de Clèves de Mimi Lafayette; du sang, de la blanquette et du nibard, juré!

  • Tout San Antonio en cuisine ! celui-là, il me le faut ! Les Editions de l'Epure sont très qualitatives, un seul petit reproche, je trouve les recueils un peu chers pour la petit nombre de pages qu'ils offrent... mais bon, on a de la qualité ! J'ai sur mes étagères "la cuisine qui fait péter", un monument aussi !

  • Marie-France: çui-là n'est pas un poids plume, il pèse ses 375 pages et vous coûtera 28 euros. Bon investissement, va sans dire

  • Ah ! oui,là je m'incline -:)

  • Le San Antonio fait envie - pour l'autre malgré vos bons conseils, j'ai l'impression d'avoir lu et revu tout ce toutim. Pour changer j'aimerai bien un livre qui frimerait un peu, un livre ou on arrêterait de se dire qu'on est nuls. Pour changer un peu, c'est tout ....

Les commentaires sont fermés.