La poulette à la broche, l’apéro méditatif et le bon sens de rotation du mécanisme vintage

Tchou!

 

P1000090.JPG

Une volaille tounicotant sans hâte sur une broche et devant un âtre rougeoyant est un spectacle sublime, pour ne pas dire hallucinogène. Un spectacle plein de majesté, de langueur et de mystère, propice à l’émulsion de l’imaginaire et au relâchement de l’âme.
Devant une volaille à la broche, l’humain normalement cérébré a la cafetière qui décolle. Le voilà méditant sur l’existence (de Dieu, de Barry White, de Loana…), rêvassant au cosmos sans fin, inventant des choses inouïes, composant peut-être même un slow baveux promis au faîte des hit-parades.

Si on vous raconte ça, c’est que l’autre jour, le Dr Slurp s’offrant une glandouille pascale dans la pampa quercinoise, tombe nez à nez avec une broche antique, planquée dans un coin de la cheminée. Le genre de belle mécanique vintage mais increvable, qu’il faut remonter à la main tous les quarts d’heure, comme la montre gousset de Tonton Octave.

Branle-bas de combat. Une heure après, l’engin était nettoyé, les braises crépitaient, pendant qu’un beau poulet fermier d’un kilo et demi ne demandait plus qu’à être embroché. Oui, le Dr Slurp peut se montrer impulsif à l’occasion.

P1000092.JPGOuvrons ici une nécessaire quoique sans doute fastidieuse parenthèse stratégique. Dans l’art de la broche, technique de cuisson douce autant qu’immémoriale, le sens de rotation a, voyez-vous, une importance décisive. La bestiole, à moins qu’on ne la souhaite toute sèche sous la dent, doit tournoyer du foyer vers vous, chers spectateurs. Et non de vous vers le foyer. Dans le second cas, la petite goutte de graisse, une fois bien chaude et dodue après son passage devant les braises, se casse lamentablement la gueule dans la lèchefrite. C’est la loi de la gravité. Dans le premier cas, en revanche, la même goutte de graisse, une fois le feu remonté, vient aimablement glisser sur la bête. Tu piges? Nous, il nous a fallu six heures d’explications.

Cuisinons maintenant, si vous le souhaitez, un gros poulet à la broche, au citron et au Mauzac, pour apéro méditatif à rallonge.

Videz la bête. Farcissez-lui le tutu avec plein de thym, de romarin, deux gousses d’ail, une giclée d’huile d’olive, sel, poivre. Refermez pudiquement ledit tutu. Oignez ensuite l’animal d’huile d’olive, de jus de citron, sel, poivre. Embrochez-le bien au milieu de la tige. Remontez la mécanique. Installez la broche. C’est parti, mein kiki.

DSC04083.JPGOuvrez maintenant une bouteille d’un blanc local, le formidable et impérieux Mauzac de Patrice Lescarret du Domaine de Causse Marines à Gaillac, par exemple. Remplissez le verre de chacun des convives, en leur demandant gentiment de ne pas le siffler cul sec. Le jeu va en effet consister à balancer à intervalles réguliers le fond de chaque godet sur la poulette qui dore tout doucement là-bas dans la cheminée. Distrayant, non? Et comme il est hors de question de laisser le volatile se déshydrater, il faudra impérativement refaire les niveaux des verres durant les deux heures et demie, voire trois plombes, de cuisson. Comptez trois bouteilles. Au moins.

Le processus s’achève d’ordinaire par une mastication voluptueuse quoique - on ne sait trop pourquoi - un brin somnolente.

Bien à vous

Commentaires

  • Vous faites quoi les six prochaines heures ?

  • Ça c'est l'exemple de l'article parfait d'un blog de cuisine. On se régale des yeux, on s'amuse et en même temps on apprend UN VRAI truc que personne n'a jamais, jamais, jamais lu ailleurs sr la blogosphère.
    Bravo, merci, on a de la chance de vous avoir, moi je le dis !

  • J'aime beaucoup : recette de poultock et mode de vie qui va avec !

  • Si vous aviez rôti une caille à la broche, vous auriez économisé deux heures de cuisson et au moins deux bouteilles de Mauzac. Et 3/4 de citron. Mais peut-être que ce n'était pas le but du jeu?

  • @ rose chiffon, Marie-Claire, : Marie-Hélène et olif
    Je vais , derechef, insister auprès de mes grands fils pour bloguer avec vous

    Bon, je ---> blaguais ... je ne pourrais pas tenir un " blog " à les lire ... j'y passe trop de temps ...

    @ Estèbe,
    nous avons dans mon Anjou natal ... nous avons des " choses " pas mal à boire

  • C'est beau, on dirait du veau, euh, non, c'est juste beau et c'est forcément bon. 3 boutanches, quand même, comme ça, à jeun?

  • Rose: je dors
    MC: dankechou!
    MH: poultrock, adopté!
    Olif: On fera rôtir un chapon XXL lors de votre prochaine visite
    Angevain: Oui, la Loire, son petit chenin qui sent la noisette
    Steph: A jeun, oui, au début tout au moins

  • Toujours une bonne partie de rigolade par ici. Non Loana n'existe pas.

  • J'aime bien la bobine de la bouteille !

  • Poultock, pas poultrock ! ( mais dans quelle contrée obscure vivez vous Estèbe ? )

  • Oui, Estèbe. Il va falloir au moins un Jéroboam de Mauzac sur le chapon! Je remplirai les verres et arroserai gentiment la bête pendant que vous tournerez la broche.

  • Barry White existe, c'est mon nom de scène quand je minaude dans le micro

  • Olif, sachez qu'il faut garder trois gouttes dans son verre. Pas facile.
    Yves, c'était donc vous?
    MH. C'était un gag maladroit

  • ça fait un peu vin de messe car à la fin du quart d'heure magique et ronronnant le ding ding de la broche à la manivelle impérieuse vous rappelle que l'huile de coude est nécessaire et que le coude sert aussi à relever le verre vers les bouches assoiffées
    c'était donc cela cette journée du "petit coude"
    jupi

  • D'abord que tes anniversaires soient joyeux ! Ah non je ne te vois pas prendre la retraite, mais alors pas du tout, cela ferais une immense vide et pour nous et surtout un gros désoeuvrement pour toi
    Le partage, les expériences, les rencontres aussi bien virtuelles que réelles te manqueraient trop
    Alors en Mai fait ce qu'il te plait mais reste comme tu es, nous on s'en contente largement , hihi.
    bisous
    jupiter

    ps. mon blog qui s'essouffle à eu 5 ans le 24 avril

  • je suis scotchée ! le coup du sens de la broche va changer ma vie c'est clair : je vais enfin dormir moins bête. Ouf, il était temps Doc.

  • Ben moi justement le sens de rotation de la broche, j'en dors plus depuis... et j'ai toujours pas compris. Peut-être c'est parceque j'ai pas de broche tournante chez moi. Une fois je vais aller demander au monsieur qui conduit la camionnette avec un gros poulet rouge sur le toit. Il doit savoir m'expliquer lui.

  • Si, si, si, Marco. Réfléchissez bien dedans votre tête. D'ailleurs les poulets du camion tournent dans le bon sens.

  • Je crois qu'on se sent tous penauds devant cette révélation : le coup du sens de rotation de la broche ! c'est géant ! merci !
    En cadeau retour, voici un petit truc avec un effet tout aussi géant : faites une petite incision dans la peau du poulet sur un côté de la poitrine, à l'extrémité, et glissez 2 rondelles de citron entre la peau et la chair. Même chose de l'autre côté bien sûr. Effet gustatif garanti : cela vous illumine un ordinaire poulet rôti au four.
    Miaou à tous.

Les commentaires sont fermés.