25/01/2008

VdV #10: l'étiquette et The Picrate

 

Ben le bonjour, les surfeurs d'eau douce

Sauf erreur calendaire de notre part, nous sommes le dernier vendredi du mois. Et résonne donc le tocsin du Vendredi du Vin. Glou glou glou. Ce coup-ci, c’est l'amène vigneronne Iris qui nous a collé le sujet de dissertation: «Sortez vos bouteilles avec les plus belles étiquettes»



 

 

Bon, let’s go. Il y a dix ans de ça, la vague du packaging pinardier iconoclaste et rigolo n’avait pas encore déferlé. On pataugeait encore dans les Châteaux machin ou Domaine truc, sans l’ombre d’un gag, d’un dessin cocasse ou d’un écart graphique.


Et voilà qu’au magasin, on était tombé sur cet ovni baptisé «The Picrate- vin de table français». MDR. Un chenin blanc d’Anjou, naturel et racé, au nez évoquant les oxydatifs jurassiens, à la bouche fulgurante quoiqu’un rien courte, produit par un individu mystérieux nommé Eric Callcut. The Picrate. Il faut oser. On avait fondu, évidemment, et investi dare-dare dans cette étiquette frondeuse.

A l’époque circulaient d’ailleurs plein d’histoires sur ce Callcut-là.
On racontait qu’il avait appelé son vin The Picrate en guise de pied de nez à l’interprofession qui n’arrêtait pas de l’embêter.
Qu’on l’avait interdit au Salon de vins de Loire et qu’il faisait goûter ses vins sur le parking.
Qu’il avait bossé avec Pierre Overnoy. Mais c’était même pas sûr.
Qu’il était biodynamiste, du genre très pépère et insouciant.
Qu’il avait vendu ses vignes pour suivre sa danseuse de fiancée dans un kibboutz en Israël.
Que le Picrate était donc une affaire close.


Ça, c’est de la légende, ou on ne s’y connaît pas.

Bref, on a récemment débouché The Picrate, cuvée «Les Chiens» 1996 (le millésime n’apparaît que sur le bouchon et le nom de la cuvée sur une collerette volante), qui a passablement changé de profil aromatique avec l’âge.

Le nez, naguère évoquant le savagnin non ouillé, libère aujourd’hui des effluves de moka fraîchement moulu et de foin. La bouche, toujours vive et gourmande, aux notes joyeuses de miel, noisettes et pamplemousse, démarre en fanfare mais tourne un peu court. Un blanc atypique et fanfaron malgré son âge, qui nous a arrosé un quasi de veau à la crème en rigolant.
The Picrate, parfaitement.

 

 

 

 

A plouche

02/01/2008

Les vins sentimentaux: la synthèse

 

Coucou, les coquelets

 

 

 

 

Le dernier VdV de l’An de grâce 07 était consacré à ces vins que l’on aime non pour des motifs strictement gustatifs, mais pour une raison intime. Une raison liée à des souvenirs, à un état d’âme, à un moment précieux, et patati et patata...


Vu la période, on s’attendait à une participation rachitique. Entre Noël et Nouvel-An, l’humanité a d’autres magnums à fouetter. Surprise. Douze blogueuses et blogueurs ont participé à cet émouvant élan collectif. Un tsunami, en somme.

Les voilà, dans le désordre le plus démocratique:

 

L’exquise Tushia trouva l’amour un soir d’été avec un Condrieu 96 de chez Guigal et une poêlée de St-Jacques au balsamique. Une belle histoire d’accords réussis.


Olif le Magnifique, lui, nous cause d’un héritage encombrant, du Petrus qui souvent fouette le liège et d’un vin de la nature signé Marcel. Olif, il nous fait bien rigoler.


Geneviève nous raconte la claque superbe qu’elle reçut naguère en découvrant un amontillado de Miguel Fontadez Florido, pharmacien, collectionneur d'antiquités de Jerez de la Frontera, en Andalousie. Vin d’initiés et de méditation.


Loïck a été secoué d’un grand frisson terroiriste en débouchant un Mas Julien Blanc, "vignes oubliées", de onze d’âge.


Gildas nous décrit avec une émotion palpable le Pacherenc du Vic Bilh 2003 du Château D'Aydie, liquoreux classieux et, surtout, adoré par son épouse.


Laurent Antoon, lui, débouche une Côte Rôtie 93 de Guy Bernard, vigneron cher à son cœur, puisqu’il lui a ouvert les portes du monde bachique.


Lisa met quelque petites bulles spirituelles dans le débat avec un Billecart-Salmon Rosé, le champagne de son mariage, qui te change une soirée lambda en nouba multicolore.


La reine Sylvia cause aussi d’amour, en sirotant une Petite Eglise de L'Église Clinet,  pomerol modeste mais voluptueux qui vit naître une bien tendre affaire.


SonLolo de conjoint, lui, évoque la figure de son papi boulanger, aimé et trop vite moissonné, avec un verre de Sauternes du Château Suduiraut.


La picoleuse, elle, nous brandit un manifeste gai et emballant en forme d’acrostiche fortiche.


La vigneronne Iris remonte de sa cave la Solera 1999 – 2003 de la Closerie de Bertrand dans l’Hérault, vin rare et phénoménal, vin de patience et d’alchimie, vin d’échange et d’amitié.

 

 

 

 

Votre serviteur enfin, met du rock’n’roll, et du meilleur, dans son verre INAO pour louer un grand vigneron vaudois, Henri Chollet, qui est à son terroir ce que Jerry Lee Lewis est à la musique populaire.


Notez l’esprit de synthèse du boss.

A pluche, les amies et amis.

 

28/12/2007

VdV#9: des Great Balls Of Fire dans le Lavaux

 

Bien le bonjour, dégustateurs de l'affectif 

 

Il y a quelques années de ça, Mr. Pul et Mèzigue étions en virée dans le vignoble vaudois. Bien sûr, nous avions commencé par nous paumer consciencieusement dans le dédale du Lavaux. Pour enfin arriver au Domaine de Henri Chollet, un rien déboussolés et bien à la bourre.

 

 


 

Le caveau était vide. Et silencieux. Au moins deux secondes. Car brusquement retentissait la voix vicelarde de Jerry Lee Lewis, jaillie d'un lecteur cédé caché dans un coin:

You shake my nerves and you rattle my brain
Too much love drives a man insane
You broke my will, but what a thrill
Goodness, gracious, great balls of fiiiiire

Waou! Comment rêver plus bel accueil que l'hymne biblico-libidinal du Killer?

Débarquait ensuite Henri Chollet himself: gros favoris blancs, modèle Jules Ferry met Crazy Cavan, et un air de franche bienveillance imprimé sur le visage. Chollet qui, deux bonnes heures, nous causa (à toute berzingue) de ses vins, de ses vignes en terrasses agrippées au coteau de Villette, de son respect de la plante et de la nature. Mais aussi de son passé de dessinateur industriel et de batteur rock'n'roll. Des petits noms donnés à chacune de ses cuvées et de leurs belles étiquettes croquées à la main. Ou encore des balades à moto qu'il faisait naguère en Savoie avec son épouse.


Le tout en débouchant mille topettes aux bouquets expressifs et typés, aux chairs denses et précises. Une mondeuse croquante. Un gamay friand. Des chasselas fougueux. Et tout ça quoi.

La plus radieuse des dégustations. 

Depuis, quand on hume l'un des vins de Chollet, ce qui nous arrive relativement souvent, ben, on entend dedans notre petite tête Jerry Lee qui glapit en maltraitant son piano

Come on baba, you drive me crazy. Hou !
Goodness, gracious, great balls of fiiiiire

Des boules de feu en bouteille. L'extase.

Bye Bye

PS: On n'est toujours pas fichu de flanquer une vidéo sur ce maudit blog. Mais allez donc jeter une oreille et un oeil à celle-ci. Le killer dans la force de l'âge, c'est de la bombe. Comme quoi, le cocktail bible-gnole a parfois du bon. 

PS2. Une adresse, peut-être? Domaine du Graboz, Henri Chollet, Aran, tél. (0041) (0)21 / 799 24 85.

PS3. Cette petite histoire vous était narrée dans le cadre des Vendredis du Vin, ce coup-ci consacrés aux breuvages de l'affectif. Une synthèse de vos divers et émouvants témoignages suivra ici et sous peu.

08:25 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (7) |  Imprimer |  Facebook | | |

20/12/2007

Se rincer le siphon à la Coulée de Serrant 1991

Chers coquins des îles, bonjour

Dr Slurp, jamais avare en bons conseils, vous conjure de picoler avec modération lors des repas de fêtes qui s’annoncent. Mouillez la meule avec parcimonie donc, sous peine de:

- Ramasser une poivrade
- Tenir le plumet
- Choper une secouée dans le carburo
- Se faire péter la sous-ventrière
- Se peinturlurer le tarbouif
- S’arsouiller la terrine
- Se poivrer la timbale
- Avoir chaud aux plumes
- Se graisser le toboggan
- Se débarbouiller avec du cassis
- Se lézarder la casemate
- Se lubrifier le cervelet
- S’éclater la citrouille
- Se goudronner le vestibule
- Se décalquer le cornet
- Avoir les lunettes en peau de saucisson
- S’inonder le corridor
- Se pistacher la cravate
- S’ourder la crête
- Se noircir la dalle
- Avoir la fiole en boudin
- Se pacter la fraise
- Se piquer la gaufre


Bref, sous peine d’avoir un guinfal dans le pif et les narines à l’envers, humectons-nous les muqueuses calmement.

C’est qu’elle est riche la langue française quand il s’agit de rouler sous la table. Un bouquin récent, «L’Argot des francs buveurs», de Jean-Marc Richard, éditions de Paris, recense ces mots et expressions avec quelques citations littéraires pas piquées des hannetons. Erudit et rigolo. Une idée cadeau en passant, quoi.


Ce long préambule pour vous causer d’une caisse de Coulée de Serrant 1991 (monument historique et biodynamique de la région angevine), achetée il y a quelque temps à prix bisou (27 fr., soit 17 euros, le flacon) à un caviste genevois qui, visiblement, n’avait pas la moindre idée de ce qu’il vendait là. Merci, Monsieur. On a raflé les six bouteilles comme un voleur. Bouteilles qu’on débouche depuis, avec à la clef une nouvelle surprise à chaque fois. Car, voyez-vous, ce vin vintage ne goûte jamais pareil.


L’autre jour que M. Pul dînait à la maison, on a carafé l’une de ces fameuses Coulées deux bonnes heures à l’avance. Sans que le digne breuvage daigne s’ouvrir. Un mur tout jaune.
«C’est un géant endormi», a élégamment remarqué Mr Puf, le nez dans son verre. Avant d’ajouter, le regard perdu dans le lointain: «un monstre même».
On notera au passage que du géant somnolant au monstre, il y a comme une montée en puissance. Un géant peut être bon, un monstre est toujours un brin monstrueux.
 «Ça sent la terre, l’essence, le balsamique, l’acacia», a continué M. Pul, pensif. «Une énorme matière et même des tannins. A l’aveugle, bon nombre de gens prendraient ça pour un vin rouge.» On a essayé d’éteindre la lumière pour vérifier. C’était vrai. «Voilà un vin d’anti-fruit», a conclu magistralement M. Pul. On lui a quand même fait répéter. On avait entendu un vin dentifrice. Bref, cette bouteille hors-norme-hors-temps-hors-modes a fini par arriver au ground zero. Mais tout doucement. Autant dire que ce n’est pas avec ce genre de vin qu’on se castufle le museau.

Bien le bonjour à Alfred

 

11/12/2007

De l'art délicat de cracher le vin sans avoir l'air d'un pourceau

 

Salut les cop's

 

 

 

 

Comment reconnaît-on un vrai dégustateur de vin? Pas à ses commentaires subtils et éclairants: au fond, on s’en tamponne. Pas à sa connaissance encyclopédique du monde bachique: à vrai dire, on s’en contrebalance.


Non, le vrai dégustateur se reconnaît à sa manière de cracher le vin. Le jet doit être mince, net et dru. Si possible silencieux. Un filet véloce et impitoyable, qui jaillit de ses lèvres serrées et va se nicher pile poil dans le crachoir, aussi irréel qu’un coup de sabre dans un manga ou qu’une étoile filante dans le ciel d’août.

On se souvient ainsi d’avoir vu le vigneron genevois Jean-Michel Novelle expédier une lame de sauvignon dans un seau niché à deux mètres de lui, avec une précision assassine façon cow-boy, tout en continuant à causer. On en est encore tout chose.


Car – attention, aveu coûteux - mèzigue ne sait pas cracher. Mieux vaut le confesser gratos sur ce blog que de passer dix ans sur le divan du psychiatre. Ou d’aller voir le curé. Bref, on crache comme un cochon idiot, de manière chaotique, inélégante et donc humiliante, avec cette maudite larme baveuse qui s’accroche à la lippe et doit être essuyer en douce, d’un coup de Kleenex honteux. Total déconfiture.
Evidemment, au fils des ans, on a appris à ne pas viser le centre du crachoir plein, sous peine de prendre le contenu dans l’œil. On a aussi réalisé qu’il valait mieux cracher mal que de ne pas cracher du tout, surtout lors de dégustations marathon (tiens, ya Estèbe qui vient de s’écrouler derrière la cuve).
Alors on s’est entraîné. Devant la glace en se lavant les dents, avec les conseils de toute la famille apitoyée. Mais rien à faire.

Heureusement, il était hors de question de cracher notre rouge fétiche du moment: la cuvée «En avant doute» du tout jeune domaine ardéchois Les Clapas, 100% grenache, 100% naturel (nul besoin de citrate de bettane le lendemain), au nez acidulé et spirituel, à la bouche épatante de fraîcheur et d’immédiateté racée. En plus le vigneron a un prénom ravissant.

Tchou tchou

 

 

07/12/2007

VdV#9 : le vin à l’affectif. Tout le monde peut jouer. Même toi

 

 

Mes hommages les plus drus

 

 


Oui, ça y est! Appelez-moi le boss, le dude, el comandante. Parce que je viens d’hériter, des blanches mains de Miss Lisa, des rênes des prochains Vendredis du Vin. Et la fierté me submerge comme une vieille grippe espagnole.
Rappelons presto de quoi il s’agit. Tous les derniers vendredis du mois, les blogueurs (ou pas) sont invités à présenter une bouteille sur un thème imposé. C’est le patron du jeu qui décide lequel. Et le patron, c’est mèzigue. Nyark.

Bref, le vendredi 28 décembre, tout chamboulé dans l’inter-réveillon, vous êtes donc priés de déboucher une bouteille que vous aimez pour des raisons extra-œnologiques. Pour des raisons sentimentales, culturelles, intimes, esthétiques, affectives, mémorielles, etc.

Parce que l’étiquette à une faute d’orthographe qui vous fait rire. Ou un dessin qui vous fait rêver.

Parce que le vin est doré comme les cheveux de votre tante Ursule.

Parce que vous avez vécu une nuit de passion moite avec son (sa) vigneron(e) au fond de la cuve.

Parce que son goût de pain d’épice vous rappelle les goûters de l’enfance.

Parce que vous avez fumé votre premier oinje (ou dernière cigarette) précisément dans les vignes dont il est issu, un jour de vendanges.

Parce que c’est le vin de votre mariage, divorce, baptême, enterrement, dépucelage.

Parce que c’est un millésime 2006 et que vous êtes précisément nés en 2006.

Parce que, un jour, vous avez écrasé cette même bouteille sur la tête de votre conjoint fraîchement rallié au MODEM.

Parce que c’était le vin préféré de Gilbert Bécaud, de Lorie ou de Lemmy de Motörhead.

Parce que… A vous de voir.

 

 

 

Rien à gagner. Rien à perdre. Tout le monde peut jouer. Même toi Gertrude, d’habitude bâillonnée par le sabir vinique de ton mari. Même toi Marcel, que ton inculture bachique mure d’ordinaire dans un silence confus. Nul besoin d’être amateur éclairé, diplômé en dégustation ou collectionneur de vieux bordeaux rances.

Plus démocratique, ya pas.


Le vendredi 28, donc. On me prévient par un petit message. Je synthétise comme une vieille bête ensuite.

Bye bye

 

30/11/2007

VdV#8: La négrette, des roots dans la topette

 

 

 

 

 

Salud.

Le dernier vendredi du mois, c'est le vendredi du vin. Ce jour-là, la bloglouglou débouche une bouteille sur un thème imposé. C'est un jeu. C'est moderne. C'est drôle. 

Ce mois-ci, c'est Miss Lisa qui a fait la loi. Il s'agissait de remonter de sa cave "un vin provenant d’un cépage provenant de son chez soi." Comprenez un plant enraciné dans son coin de terre. Par un machin corrompu par la globalisation, quoi.

Bref, Ladies & Gentlemen, let me introduce the négrette. Soit ce raisin noir et fier, qui prospère depuis la nuit des temps, ou même un peu avant, sur les mamelons de Fronton, Tarn-et-Garonne, Sud-Ouest de la Sarkoland, Europe de l'Ouest, hémisphère Nord. Et un peu dans les Fiefs Vandéens aussi.

La négrette ne manque pas de charme. Simple et terrien, le charme. Cépage de fruit noir, peu tannique et peu acide, il donne des vins colorés, souples mais amples, au bouquet atypique, empyreumatique et un poil réglissé. 
La négrette, elle n'est pas plus grande, plus forte ou plus belle, pourtant elle est d'ici, comme cette mélodie. Euh... on s'égare.

Pourtant, souvent diluée dans de la syrah ou du cabernet dans des rouges techno sans âme ni racines, la négrette peine à briller.

 

 

Heureusement, certains la courtisent avec talent. Comme le Château Le Roc par exemple. Ou le Château Plaisance, dont la cuvée Grain de Folie (enfin, nous y voilà) avec son pif d'humus, violette et cassis, sa bouche tendue et pleine à la rusticité domptée, nous fait rêver à une France grouillant de vins de pays simples mais vrais. Des vins qui relèveraient la tête, fiers de leur singularité, de leur terroir et de leur histoire.

Et hop, envoyez la Marseillaise. Ou l'Internationale plutôt, c'est plus dansant.

Bon week-end, mes Bisounours

PS. A Genève, on trouve la chose chez le Passeur de Vin rue de Zurich. Tarif câlin.

PS. Oups.... Le Grain est vinifié sans soufre. C'est grave, docteur?

 

05/10/2007

Faut-il jeter le jargon vinique avec l'eau du vin?

 

 

Bien le bonjour, picoleurs amateurs et profanes

 

 

 

 

Il y a quand même un petit souci avec le jargon du vin. Mais oui: ce vieux lexique cryptique et soi disant technique qu’emploient les aficionados (dont mèzigue) pour décrire méthodiquement le saint breuvage: les notes de petits fruits noirs, la finale empyreumatique, les tannins verts et tout le tintouin. Le petit souci, c’est que ce vocabulaire, ben, il commence gentiment à sentir la napht’.


Des notes de dégustation, d’abord, il y en a partout. Dans la presse spécialisée. Dans les guides. Sur les pubs de supermarché, etc, etc. Elles s'empilent. Elles prolifèrent. Elles nous cachent le paysage. 
Or, 98% des gens n’y captent que pouic, même s’ils aiment le vin d’amour tendre. Enquiquinant, non?


 Question 1: A qui ça s’adresse le discours bachique? Au petit peuple d’élus susceptibles de piger? Ou aux profanes, pour mieux les discriminer? Ben oui, comme le toubib ou l’avocat, l’expert du vin assoit son pouvoir avec sa langue (si j’ose dire).

 


Question 2: Ce blabla-là peut-il décrire l’émotion que procure un grand vin ? Ne passe-t-on pas à côté du grand frisson à vouloir décortiquer le jus comme l’exige le code académique. La vue, l’odeur, la bouche… Et le cœur, et les tripes, et l’imaginaire alors?


Question 3. Le discours oenologique est-il vraiment adapté à tous les vins? Quand on voit le malaise galopant entre les vieux gourous et la génération des vignerons dit naturels, on se dit qu’il y a peut-être un hic avec ces outils.


Tout ça pour vous raconter que l’autre jour, on a assisté à une dégustation sensorielle (à l’aveugle) d’un rouge d’assemblage valaisan, dégustation censée amener de nouvelles pistes pour appréhender le vin. On nous a fait le coup du portrait chinois. Si le vin était une musique? Une saison? Une matière? Un sentiment? Une couleur? Etc. Soyons francs: ça n’a pas donné grand-chose de palpitant. Pourtant l’unanimité du groupe de dégustateurs néophytes autour d’une «petite pierre mouillée» et d’une musique «au tempo lent» nous a fait rêver fugitivement à une nouvelle glose vinique, à la fois poétique et démocratique.

 


 

Tchou!

Et spécial dédicace au pote Herrmann qui a bien voulu illustrer nos élucubrations supputatives avec un humour gouléyant.

28/09/2007

VdV#6: l'irrésistible gamay du papa à lunettes

 

Coucouloucoucou

 

Certains d’entre vous ne savent pas encore que sont les Vendredis du Vin. Qu’ils se rassurent, c’est pas bien grave. Les Vendredi du Vin, donc, c’est chaque dernier vendredi du mois. Ben alors? Ben voilà: sur un thème imposé, les glougloublogueurs sont invités à dégainer leurs notes de dégustation avec une émouvante simultanéité. Vous suivez?
Bref, ce coup-ci, sur une idée des lurons du Maigremont, il s’agissait de narrer une baffe bachique et estivale. Traduisez un vin de l’enfer découvert cet été.

Nous, des chocs viniques, on s’en est payé quelques-uns ces derniers mois. En Corse en particulier, où les grands Vermentino grouillent (liste complète contre enveloppe timbrée).


C’est pourtant rentré à la maison qu’on s’est slurpé cet Otosan 2005, produit par Mademoiselle Noëlla Morantin au Domaine des Bois Lucas, Pouillé, Loir-et-Cher, France-du-Milieu-qui-se-lève-tôt. La propriété appartient à une importatrice de vin japonaise, Madame Junko Araï, qui baptise les cuvées du nom de ses géniteurs. Il y a la Cuvée Kuniko, la maman; nous, on raffole donc de la Cuvée Otosan, le papa. C’est lui, le monsieur avec les lunettes sur l’étiquette.


Voilà du gamay. Mais pas du gamay de soif rose et pissogène. Non, voilà du gamay plein de vie et de sève, issu de rendements riquiquis. Du gamay mûr et corsé, sans soufre, au pif précis et épicé en diable, à la chair pleine mais dynamique, exhalant d’irrésistibles bouffées de fruits noirs et ourlée de tannins croquants. Du ravigotant. Du solide. Mais pas du rustaud. Dame Morantin vinifie dans l’élégance. Bref, voilà le plus chouette gamay ingurgité depuis belle lurette.
Et le gamay, quand c’est bon, c’est drôlement bon. Méditez ça.

 

Bien le bonsoir

NB L’adresse: là. L’importateur suisse: lui. Le prix? 9, 50 euros départ cave. Cela dit, il n’y a plus de 2005 au domaine. Mais la vigneronne vendange les gamays 2006 2007 aujourd’hui. Et ils pètent la forme, dit-elle. Les 2006 seront commercialisés en novembre.

 

01/08/2007

Les vins qui castagnent de la Ramaye

Bien le bonjour, les gars et les filles

 

 

Tiens, l'autre jour alors qu'on était en vadrouille dans le vignoble verdoyant et si joliment mamelonné du Gaillacois, vallée du Tarn, Midi-Pyrénées, France-d'en-bas-qui-s'éclate, on s'en est allé traîner notre gosier desséché au Domaine de la Ramaye. Domaine tenu par la famille Issally depuis le néolithique (ou juste après), et plus précisément par Michel Issaly depuis une quinzaine d'années.

 

 

Comme Plageoles ou Balaran, ce vigneron aux idées longues et pointues redore gentiment le blason d'une AOC qui le vaut bien. Il élabore sans hâte, dans le respect de la Dame Nature et de l'héritage viticole local, des vins au caractère bien trempé, pas forcément aimables ni bien mignonnets. Des vins corsés et atypiques, qui défriseront l'amateur de sirop californien ou de jus cosmétiqués. 

 

Bref. Entre plants autochtones, rendements maigrelets, sulfitage minimum et élevages à rallonge, à la Ramaye, on ne fait pas du jus de papaye.

Outre deux chouettes rouges de soif, hélas perclus de carbonique à notre goût (mais sous les bulles, le fruit rigole), on a été assez impressionné par la densité de la Combes d'Aves 2003, issu de duras et de braucol, un rouge très mûr, balèze et épicé, dont les tannins castagneurs mériteraient quelques années de détention en cave pour se pacifier.

Le Grand Terte 2005 (cuvée déjà repéré par le vigilant ami des Vins étonnants), quant à lui, provient à 90% du cépage prunelard. Vin de cuve charnu et racé, bouqueté de fruits noirs très mûrs et zébré d'une légère amertume, il devra aussi d'être attendu pour ravir à table. Mais, mine de rien, il y a là une matière phénoménale.

Comme les Plageoles, Issary fait un mauzac de voile, le Vin de l'Oubli, dont le millésime 1998 actuellement à la vente offre une version soft et gracieuse des grands jaunes jurassiens: ça sent la noisette et le coing; ça glisse tout seul dans la fraîcheur et l'élégance. Nickel à l'apéro ou sur une volaille, entre gens civilisés.

Au dessert, on n'oubliera pas de se siffler une rasade du Sous-Bois de Raysac, le mauzac botrytisé du domaine, vin doux charmant aux parfums de pommes vertes et à la bouche dynamique.

Voilà, voilà

 

 

 

En direct de la rive droite du Tarn, à vous Cognac-Jay.

  

10:48 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (5) |  Imprimer |  Facebook | | |

29/06/2007

Vendredis du Vin # 4: le voile plageolistique

Youp!

 

 

 

 


Pour ceux qui seraient imprudemment partis à la piscine pendant les épisodes précédents, les Vendredis du Vin, c’est les œnophiles de la blogosphère, ligués dans un sublime effort collectif, qui dégainent, simultanément le dernier vendredi du mois, leur petit récit de dégustation sur un thème fixé par le Maître du Jeu. Et comme ce coup-ci le Maître du jeu est jurassien (et débonnaire), on a eu droit au vin oxydatif comme figure imposée. On s’y attendait, remarquez.

 Mais il y avait un piège. Soit confondre les vins oxydatifs (château chalon, Xérès, etc.), breuvages sublimes longuement élevés sous voile, et le vin oxydé (le vieux chardo australien et naze oublié trois semaines dans ton frigo). Sacrée embrouille. Mais chez les Slurp, on a su éviter le croche-pinard. Et on a débouché le Vin de Voile 1997 des Plageoles père et fils, du Domaine de Trés Cantous, Cahuzac-sur-Vère, Gaillac, deep in the south-west of France. Un vin issu de mauzac roux, (bien) élevé sept longues années qui, sans rivaliser avec les grands jaunes jurassiens, peut amener quelques frissons aux amateurs d'ivresses oxydatives.


Une fois, Plageoles père, avec qui on dégustait tranquillou le millésime 1992 dudit cru, nous avait raconté ceci: «Naguère dans le Gaillacois, la plupart des producteurs faisaient ce type de vin de manière empirique, simplement parce qu’ils avaient remarqué que le mauzac non ouillé ne s’oxydait pas, mais développait un voile.» Voilà donc un témoignage historique en bouteille. Qu’est qu’il raconte?

1er jour. Il sent bon et fort, la pomme verte et la noix fraîche. Mais la bouche, massive et quasi graisseuse, manque un brin de mystère et de nerf. Beaucoup d’alcool. Hips. On rebouche. On verra demain.
2e jour. Tiens, le nez se complique, avec des nuances de williamine, d’écorce de bois sec et on ne sait trop quoi encore. La bouche, toujours aussi puissante, s’est allongée durant la nuit et paraît plus fraîche. Tu y crois à ça?
3e Jour. Le nez reste très causant et plaisant. Après une attaque en douceur, la bouche conserve sa robustesse, mais emmène nos papilles dans une balade haletante, qui s’achève sur une explosion résinée. Défrisant.
4e jour. La bouteille est vide. Faut pas exagérer non plus.

Adiu!

25/05/2007

Vendredis du vin: la Treille Muscate de la Grande Catherine

 

Coucou,

 

 


Les Vendredi du vin, c’est un rendez-vous rituel et virtuel, où les héros de la bloglouglou publient simultanément leurs notes de dégustation sur un thème imposé. Ce mois-ci, le chef du jeu a décidé qu’on devait plancher sur un vin de femme. Et c’est une bonne idée. Un vieux dicton ne dit-il pas «dames de caves dament le cave»?
Oyez donc l’histoire de Catherine Marin-Pestel, jeune Parisienne docteur en littérature, que rien ne prédestinait au sécateur et au pressoir. Un jour, en vacances dans les Corbières, elle décide de ne plus jamais repartir. S'achète six hectares de vielles vignes en coteaux, sur le terroir de Quéribus. Relève les manches et plonge dans l’aventure d’abord viticole, puis vinicole. Comme ça. Un coup de tête. Le domaine est baptisé la Treille Muscate, comme la maison de Colette, et le vin réalisé sans trucage chimique. Nature de chez nature.
Cinq millésimes plus tard, voilà un rouge de carignan et de grenache, à la snifette de cassis et de mûre mûre (oui, la mûre peut-être mûre); à la chair pétaradante de santé, croquante autant que gourmande, fraîche mais rebondie.

 

 

Et puis voilà un blanc ébouriffant, «La Vagabonde», assemblage de maccabeu et marsanne élevé en demi-muid, qui se présente sur un intrigant air d’acacia, de noisette et de résine. L’attaque, toute cool et fruitée, laisse présager un jus sage. Et puis voilà que le vin prend brusquement un volume impérieux et incandescent, qui file jusqu’à une finale minérale, vibrante et miellée, laissant la papille cul-par-dessus-tête. Quasi comme le ferait un grand whisky. C’est une architecture atypique, qui pourra défriser le dégustateur en pantoufles. Mais qui laisse envisager des accords formidables à table, avec un vieux gruyère par exemple, ou un mignon de veau aux morilles.
Catherine Marin-Pestel, La Treille Muscate dans les Corbières: qu'on se le dise.


Au revoir, les gens

 

PS1: Dégusté pépère en trois soirées, le blanc débouché de la grande Catherine n’a pas bougé d’un poil d'un jour à l’autre. Robuste, la bête.


PS2: On a trouvé les deux bouteilles chez notre caviste écolo, Le Passeur de Vin, rue de Zurich, Genève, Suisse occidentale. Et on est content. Glop. Mais rien n’interdit de passer voir la vigneronne à Padern. Elle répond parfois au 0675879307.

 

14/05/2007

La Buvette: le petit rouge qui t'éblouis sans te ruiner

Guili guili,

 

A Paris, dans le dixième arrondissement, à un jet de salive (ou de pavé) du QG de campagne de N le Nanti, il y a la maison Ronalba, qu’est bourrée de fromages de la mort et de bons pinards. C’est là qu’on a rencontré «La Buvette» la première fois. On en est encore tout chose.
La Buvette, c’est le nom d’un rouge de soif et de jubilation, sain et loyal, au nez de cerise et à la bouche follement friande, qui se siffle par hectolitres autour du barbecue en racontant des blagues lestes.
La Buvette, c’est le vin d’entrée de gamme de la Coopérative d'Embres et Castelmaure (04 68 45 91 83) dans les Corbières, acoquinée avec les indiscutables Tardieu et Laurent, qui a bien d’autres cordes à son arc (dans un genre un poil plus structuré "La Chapelle" et "La Pompadour" se posent là).
La Buvette, c’est enfin le meilleur rapport éclate/investissement de l’hémisphère Nord. Moins de 4 euros en France; 7, 90 fr. à la Cité des Vins. Oui, t’as bien lu. Mets ta vareuse et fonce. Il reste quelques bouteilles.

 


 

Bye

PS: Et comme vous êtes top chou, rien que pour vous, une version grunge de Tata Yoyo, interprétée par les Nirvanie Cordy. Distrayant.

27/04/2007

Quelques bonnes baffes bachiques: pif sur le goulot!

Hips, les gens

Aujourd'hui, nous voudrions vous entretenir de quelques breuvages dégustés récemment, avec un plaisir mâtiné d'admiration. En d'autres mots, attendez-vous à une grosse douche de jus infernaux.

On commence avec une brève horizontale 2005 de Vincent Dauvissat, vigneron chablisien, aux vins top épatants de race et de pureté. On a mis notre petit pif successivement dans le Chablis Village, le 1er cru La Forest et le Grand Cru Les Preuses. Si les deux cuvées prestigieuses s'avèrent un peu sur la retirette pour l'heure, quoique chargées de promesses jusqu'au ras du goulot, la plus simple des trois se slurpe dans l'allégresse. Avec un bouquet mentholé et minéral surfant sur les fruits blancs et le tilleul. Une bouche à la fois pleine et tendue, précise et gracieuse, qui s'achève sur un long frisson citronné. Tout ça pour le prix d'une place et demi de cinoche chez le marchand

Quelques jours plus tard, encore chancelant, on est allé déguster le millésime 2006 chez Laurent Villard des Parcelles, Anières, Genève, Suisse, dont on avait abondamment causé ici. On va pas vous refaire tout le topo, pour signaler au moins trois grandes réussites du millésime: le toujours très sexy assemblage blanc Convergence, meilleur rapport qualité/prix du Vieux Continent; l'Altesse, qui se profile comme la plus belle réussite maison (pas dispo avant juillet) et le Pinot Noir, juste nickel cette année: simple et pur, fin et spirituel, parfumé et rond, un peu comme l'auteur de ces lignes.

Après ça, on s'est retrouvé à une dégustation thématique autant que tarifée de vins des îles italiennes. Oui, autour de l'Italie, il y a des îles (dans la mer). Et sur certains d'entre elles, on fait du vin. Souvent depuis le big bang. Avec des techniques archaïques ou super technologiques. A des prix modeste ou oufs. Et à partir de mystérieux cépages autochtones parfois. Bref, il y a de tout sur ces îles. Des jus à la typicité décoiffante comme des pinards de concours parkero-compatibles.
Y'avait 18 bouteilles. Retenons un grand blanc, un rouge croquant, un oxydatif en culotte de velours, un oxydatif plus sec qu'un coup de trique, et deux liquoreux de la mort.

Le grand blanc, il vient d'Elbe. C'est le Bianco Superiore Pietramarina 1996 de Benanti, avec son bouquet complexe évoquant une Roussanne du nord et sa fraîcheur carabinée autant que saline. Le cépage? Le caricante. Jamais entendu parlé. Baffe n°1.

Le joli rouge, c'est le Cannonau Lakana (05) de Sardaigne, du grenache donc, tout en rondeur, gourmandise et parfums de fraise, le tout ourlé de plein de tannins coquins. Bing! Baffe n°2.

L'oxydatif tout doux, c'est la Malvasia di Bosa de Mr. Battista Columbu (le vieux sage dans le film Mondovino, ben, c'est lui), qui derrière un nez power évoquant les meilleurs Xéres, cache une bouche digeste et atypique, aux parfums de pomme verte et d'amandes. Paf! Baffe n°3.

L'oxydatif tout sec, c'est le Vernaccia di Oristano Riserva (1986, quand même) de Contini, élevé en fûts de châtaigniers. Un vin sarde et fier, long et riche, singulier et intransigeant, qui laisse imaginer des mariages torrides à table. Pouf! Baffe n°4.

Les liquoreux qui défrisent,  les voilà. Le très bien construit Passito de Ferrantes, né sur la minuscule île de Pantelleria, aux notes de dattes et oranges confites proprement étourdissantes. Et puis le sicilien Vecchio Samperi de De Bartoli, élevé 20 ans selon le système Solera, au nez de raisin de Corinthe et de noix, à la bouche majestueuse quoique délicate. Schbling! Baffes n°5 et 6.
Fin du voyage sur les îles: retour à la maison.

Ciao

 

NB. Ami(e)s français(es), au moment de voter dimanche, rappelez-vous que le Sieur Sarko ne boit que de l'eau. Jamais une goutte de vin. Et qu'un proverbe birman et probablement fondé assure que "président qui ne boit guère/ mène son peuple à la galère". Voyez ce qui vous reste à faire.

 

08:58 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (9) |  Imprimer |  Facebook | | |

16/04/2007

Bafouille amoureuse pour les vins de la montagne

Coucou

 

Comme chaque année en cette période, l'immense majorité des forces œnologiques mondiales ont le gosier braqué sur la Gironde. Car en avril se dégustent les grands bordeaux primeurs. Ceux qu'on pourra se payer avant mise en bouteille, à tarifs un brin moins stratosphériques qu'ensuite, quoique parfois bien obscènes quand même. Bref, blogueurs, journalistes et exégètes de tout poil vont nous noircir du papier un bon mois durant sur des domaines déjà glorieux, qui n'ont du reste nul besoin de cette surexposition frénétique pour vendre leurs jus dispendieux. La grande ellipse annuelle a démarré.

Et comme chez Top Slurp, on est un brin fâché avec les seigneurs d'Aquitaine, on va vous chanter les louanges des vins montagnards. Les vins qui voient le jour loin de l'estuaire de la Garonne, sur des coteaux autrement plus pentus que les maigres mamelons médocains. C'est qu'en prenant de la bouteille (si j'ose), on est gentiment devenu maboul du triangle Savoie-Valais-Jura. Triangle magique, d'où jaillissent quelques-uns des breuvages les plus racés, les plus typés, fiers et ciselés du système solaire.

Et pourquoi, svp? Pour trois raisons. Attention, démonstration.
Primo, à cause des cépages autochtones, adaptés et domptés, qui goûtent comme nuls autres. Soit, en Valais, la petite arvine, les deux humagnes ou le cornalin; en Savoie, la mondeuse, l'altesse ou la roussette; et dans le Jura l'épatant savagnin, le trousseau et le poulsard.
Deuzio, à cause de l'altitude et du climat, bien sûr, où les amplitudes thermiques entre jours et nuits enfantent fraîcheur cinglante et caractère bien trempé, particulièrement depuis que le réchauffement garantit quasi un raisin mûr chaque année.
Tertio, à cause de l'obstination et du relatif isolement des producteurs locaux, des vraies têtes de mules, qui contre modes et Parker, se sont entêtés à faire le vin dont ils rêvaient. Qui ressemble à leur coin de terre. Qui illuminent nos apéros et subliment nos scrountchs.

 

Evidemment, ces vins-là exigent un petit apprentissage. Il faut ainsi apprivoiser la salinité de l'arvine, la minéralité de l'humagne, l'extravagante singularité du savagnin non ouillé ou la rudesse de la mondeuse. Mais quelques petits préliminaires plus tard, c'est le 14 juillet, le 1er août, la fête au village, la nouba des papilles.

 

On a déjà causé cent fois ici des producteurs qui nous éblouissent. Ces Tissot, Magnin, Puffeney, Joris, Zufferey, Darioli, Mercier, Dupasquier, Trosset, Rolet, Labet, Macle et autres héros des cimes (liste complète et circonstanciée contre enveloppe timbrée). Eux font exister le vin de terroir et d'histoire; le vin d'espoir; le vin du grand soir.
Sous les pavés bordelais, la plage montagnarde!

Bon, avant de sombrer dans le pathos révolutionnaire de PMU (trop tard sans doute), on va peut-être rendre l'antenne. 

Tchou, les gens