08/05/2008

L’érotique de l’aubergine et des étoiles aux trous noirs

Bonjour, les gens

 

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L’exquise autant que Girondine Miss P & P nous ayant récemment invité à dévoiler à la face d’un monde incrédule nos livres de cuisine favoris (ou chouchou), on s’y colle enfin. Et sans faire de chichi.
La pétulante autant que Gasconne Anaïck nous ayant devancé pour causer de ces chères bouboules comestibles, on a sorti de notre bibliothèque le mirobolant Dictionnaire littéraire et érotique des fruits et légumes de Jean-Luc Hennig (Albin Michel, 1994). Plus de 500 pages pleines d’érudition et de fantaisie, rédigées d’une plume qui fait enrager de jalousie de par son agilité. Et rosir de confusion de par sa coquinerie sans borne. Quiconque a lu ce dico-là ne peut plus soupeser une aubergine ou farfouiller dans du cresson sans éprouver un trouble humide.
Et tant qu’on en est à gloser littérature, saluons l’arrivée d’un nouveau venu au kiosque, sur l’étagère déjà bien remplie de la presse culinaire. Il s’agit d’Etoile, le magazine du guide Michelin. Qui fait furieusement penser à un mix entre Saveurs et Elle à Table, en un poil plus design et chic. Des adresses, des chouettes photos, des recettes, des reportages et tout ça.
Signalons quand même que, vu le niveau tarifaire des établissements donc cause le mag, il n’aurait pas fallu l’appeler Etoile, mais plutôt Trou Noir.

A la bonne vôtre

 

26/02/2008

Ce millefeuille de tabous alimentaires dedans nos têtes

 

 

Bonjour, les gastéropodes gracieux

 

 

 

Il y a un bon bouquin sur le miam qui vient de sortir. Pas un bouquin avec des recettes de Cyril Andrieux ou de Julie Oliver dedans. Non. Un bouquin qui cause de manière drolatique mais savante de notre rapport avec les choses qui se mangent. Rapports finalement assez louches et tordus.

Ça s’appelle «Le dictionnaire des tabous alimentaires» (ed. Favre). C’est signé d’un prof nommé Richard Deutch. Et ça se dévore de A comme Abats à V comme Vers. En passant par les chenilles, le sperme, la limace, les additifs, le foie gras, le singe, les intestins, le hérisson ou la grenouille.


D’une notice à l’autre, on découvre que l’humain moderne est devenu quand même vachement difficile à table. C’est que le pauvre bougre empile au fond de son crâne des strates de tabous alimentaires, façon millefeuille. Résumons.

Première couche: les tabous primitifs (manger de la fiente ou sa belle-mère, ça ne se fait pas).
Deuxième couche: les tabous religieux (le porc ici, la vache là).
Troisième couche: les tabous culturels (le chien chez nous, les escargots ailleurs).
Quatrième couche: les tabous écolo-politiques (que du bio de proximité, SVP).
Cinquième couche: les tabous mystico-diététiques (de la viande, quelle horreur!!!, passe-moi mes graines).
Ajoutez à ça la prolifération des allergies (ya du gluten dans ta blanquette?).
Ajoutez à ça la vache folle et la grippe aviaire (euh… des rognons de poulet? Non merci).
Ajoutez à ça les légendes urbaines (j’ai trouvé un doigt dans mon hamburger).

Et nous voilà avec une liste d’interdits alimentaires longue comme un jour sans pain. Biologique et au levain à l’ancienne, le pain.


Au passage, on se rend compte aussi que le miam d’ici devient peut-être un gros berk chez le voisin. Et vice versa.

Voilà, quoi.

Sur ce , bye bye, on a un ragoût de limaces transgéniques sur le feu.

11/10/2007

Des tripes et des lettres

 

Bien le bonjour,

 

Il faudra un jour penser à réhabiliter la figure de Max Favalelli, dit Max tout court, qui fut le Maître Capello de l'émission cultissime  Des chiffres et des lettres. Car il semble que l'imaginaire collectif ait béatifié Capello, en oubliant Max. Bon, Max n'avait pas ces fascinantes lunettes en cul de bouteille, ni ce sourire félin, qui firent la gloire du Capelovici. Mais Max était l'homme le plus rapide du monde pour trouver un nom zarbi dans le dictionnaire. Il te fondait dans le Larousse avec une vélocité que nul n'atteindra jamais. Et quand il disait "le compte est bon", c'était tout le savoir humain qui s'abattait sur l'échine du téléspectateur ému. Immense.

 

 

 

 

Ce long préambule parfaitement inutile pour vous parler d'un bouquin tout mince et formidable, au titre en forme de clin d'œil à ladite émission. Des Tripes et des Lettres (ed. de l'Epure), donc, c'est une compilation de huit recettes, ce qui paraît assez peu quand on sait que la récente réédition du Larousse Gastronomique en contient un millier. Mais bon. Huit recettes donc. Mais que des recettes méga canailles. De la tripaille, de l'abat, de la joie. Des couilles d'agneau sautées au piment, du tablier de sapeur, des beignets de cervelle. Ce n'est pas tout. A chaque plat est associé un bref pastiche littéraire. Très réussi. Voilà Duras, Céline, Rabelais et Proust dissertant du groin de cochon ou de la langue de bœuf. Ce sont le journaliste Sébastien Lapaque (les lettres) et le chef Yves Camdeborde (les tripes) qui nous ont mitonnés ça. Et c'est juste le genre de bouquin de cuisine, iconoclaste et rigolo, qu'on adore. 

 

Tchou, les copines

PS:Au fait, je valide l’inscription de ce blog au service Paperblog sous le pseudo Estèbe. Voilà, c'est dit

 

30/05/2007

La bible de la cuisine cochonne

 

 

Rhâââ, les amis

 

On avait déjà loué sur ce blog la plume culino-gaillarde de Blandine Vié, qui est l'auteur de l'indispensable Testicules (ed. de l'Epure, 2006), traité gastronomique sur la bouboule mâle. Ben, la dame a remis le couvert. Nouez vos tabliers sur vos frous-frous: car voilà les Cuisines de l'amour (ed. Agnès Viénot), bouquin de recettes qui s'envisage recto verso, si l'on ose dire, avec une entrée dans un sens pour les lectrices ; et une entrée dans l'autre sens, donc, pour les lecteurs. Vous suivez?

Il s'agit d'un recueil de 335 plats et 54 menus adaptés à toutes les phases du processus amoureux. Du premier contact (ô combien troublant) à la rupture (si souvent déchirante), via le passage à l'acte, la panne sexuelle, le train train ou la folie érotique impromptue. Les plats, dont les intitulés sont d'une coquinerie sans borne (Petite cochonne des bois sautée, Grenouilles à la culbute, Gazon de linguine, etc.), se montrent - à vue de nez - culinairement nickel. Et sont accompagnés de suggestions de vins aux noms tout aussi inspirants, ainsi que de topos joyeusement olé-olé.

Lignac manque de niack? Andrieu trop neuneu? Essayez Blandine la lutine. Et plus jamais vous ne saisirez la queue d'une poêle comme avant.

A bintô

19/03/2007

Quelques belles pages de littérature para-miam

Youk,

Pendant que mijote la daube, on peut avoir envie de bouquiner un brin. Voilà justement diverses choses imprimées et liées au monde merveilleux de la popote, tombées depuis peu sur l'étal du libraire. Pas des bouquins de recettes, non. Mais de la littérature para-miam.

Aux éditions du Nil, la collection "Exquis d'écrivains" demande ainsi à des romanciers de narrer en de tout petits livres leurs émois culinaires intimes. Le précieux Martin Winckler raconte les folles galettes de son enfance; Chantal Pelletier (initiatrice de la collection) détaille ses extases gustatives éprouvées aux quatre coins de la planète. On attend maintenant que l'éditeur demande à l'auteur de ce blog de conter ses ivresses enfantines avec le gratin de limaces.

 

 

L'historienne Madeleine Ferrières, elle, a pris sa plume la plus docte et friponne pour pondre 465 pages palpitantes sur les "Nourritures canailles". Soit la saga au fil des siècles de l'alimentation du bas peuple. Saga peu étudiée, faute de documents. Voilà donc l'aventure du miroton et du pot-au-feu, de la poule-au-pot et de la tripe. On notera au passage que les plats populaires de fête sont bien souvent confisqués par les classes nanties, pour devenir des classiques de la cuisine bourgeoise. Normal: les riches piquent toujours tout aux pauvres.

Arrosoir.

PS: Et tant qu'on en est à la lutte des classes en cuisine, découvrez l'épouvantable pancake le plus cher du monde. 185 dollars pour un machin dégoulinant, arrosé de liquides luxueux certes, mais beurk quand même.- 

18/03/2007

Recettes zoo-dingos pour gastro-barjots

Coucou

C'est un hilarant petit bouquin rose, publié par le Seuil et préfacé par Jean Rochefort avec sa drôlerie coutumière. Voilà L'ABCdaire zooculinaire de Stéphanie Daoud, recueil de recettes surréalistes autant qu'animalières. Du "Rösti de Rossignol (recette un peu rosse mais mignonne)" au "Hachis d'Hibou (recette idéale pour plumer un vieux pépé acariâtre fortuné ou une vieille chouette gribiche très très riche)", en passant par les "Beignets de Belettes" et  "l'Andouille d'Antilope" dont voilà la recette exacte: "Essayez d'attraper une antilope. En cas d'échec, traitez-la d'andouille." Simplement délicieux.
Bye

Le crumble de sardines au Tuc émietté

Youp,

Après la Cuisine des Testicules et les Curiosités culinaires, voilà une nouvel ouvrage à ranger sur le rayon des bouquins gastrolimites.  Voire même franchement infâmes en l'occurrence, puisque dans "Les recettes inavouables" (ed. Hachette), Seymourina Cruse et Steven Ware s'amusent à tambouiller des miams honteux, à partir de fromages en portion, chamallows et autres vieilles conserves sans grade. Entre la glace Danette vanille-Nutella et la soupe à l'oignon lyophilisée en tajine, on se fend bien la poire en découvrant le crumble de sardines. Ecrasez des sardines à l'huile à la fourchette, couvrez-les de biscuits salés Tuc émiettés et passez au grill. Slurpiquement incorrect, va sans dire. Mais top rigolo quand même.

Tchou

Cake de mites et cookies de fourmis

Bisoux,

Un livre récent s'amuse à recenser des plats du monde entier qui, vus d'ici, paraissent au mieux étranges et le plus souvent total pouark. "Le cabinet des curiosités culinaires" (Christophe Casazza et Virginie Descure, ed. Hors Collection) nous cause ainsi d'un flan de larves de cafard, de boudin de boa, de chenilles au beurre de cacahuètes, de foetus de canard au sel, de méduses braisées, de criquets au chocolat et de la chair crue de phoque qu'avalent les Inuits dans la bonne humeur polaire. Outre le côté distrayant de l'affaire, le bouquin nous rappelle que, malgré le syncrétisme galopant de la cuisine branchée, nos pupilles sont loin d'avoir fait le tour du monde. Et que les choses du miam demeurent intimement liées à notre propre marinade culturelle et sociale. Il est du bon goût comme du nombril; chacun a le sien, différent de celui du voisin. Et comme disait Blaise, slurperie en deçà des Pyrénées, berkerie au-delà. Mijotez ça.
Adios 

16/03/2007

Des testicules sur la table

Youpla boum!

 

Pendant des siècles, il était de très bon goût de manger les joyeuses des animaux. Parfaitement.  A la table des bourgeois de naguère ou à celle des aristocrates, à la cours des rois même, on se régalait des rognons blancs de coqs, des oeufs de mouton, des suites du sanglier, de béatilles, de criadillas, d'amoureuses et autres roubignoles amoureusement apprêtés. Bref, une couille venait à manquer et tout le repas se dépeuplait.
Notre monde n'aime plus ça. Blandine Vié, qui est historienne et journaliste gastronomique, le déplore. Elle en a écrit un savant "Testicules" aux Editions de l'Epure, plein de délices lexicaux et de malices mythologiques, de science et de verve. Et surtout plein de recettes d'hier et d'aujourd'hui. Des brochettes d'animelles à la toscane aux rognons blancs sauce poulette. Recettes sévèrement coucougnées, que le lecteur se prend à rêver de cuisiner. Qui eût cru que l'on songe un jour à croquer dans une burne?

Veuillez agréer....

Recettes roots d'Italie

Salue,

De temps à autre, on laisse échapper un bâillement impoli et sonore à la découverte de la énième recette branchée, light et élégante, méditerranéenne mais pas trop, colorée et consensuelle. Voyez le genre? De temps à autre, on rêvasse de cuisine old school, populaire et robuste. Ben, tiens, voilà justement une compil de plats vrais.

 L'Accademia Italiana del Gusto, constatant qu'un nombre galopant de mets de la pampa transalpine plongeait dans l'oubli, a entrepris une moisson vigoureuse. Et en a conçu un panoramique "Recueil de la cuisine régionale italienne" (ed.Minerva) sobre et dru, plein à rabords de 1890 recettes, anciennes souvent, issues des quatre coins de la Botte. Des soupes mafflues pour soirs d'hiver, de la pasta bien roots, des ragoûts paysans, des douceurs caloriques. Voilà le stracotto de bœuf au four à la mode de Viterbe; le risotto aux grenouilles à la mode de Novare; ou la soupe de pâtes aux haricots façon Orta San Giulo. On sort de là chaud pour se nouer le tablier autour de la taille, avec la douce sensation d'avoir palpé un peu du génie culinaire italien.

A presto