13/01/2009

Le gratin de côtes de bête tout bette

 

Bien le coucou

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Voilà une plante über comestible, aimablement placide et, somme toute, bien mignonne. A commencer par son blaze: la bette. Bette comme chou. Bette Davis. Bette à Bon Dieu. Voyez quoi…
Remarquez que la cousine bette change de nom selon les latitudes. D’aucuns la nomment poirée, blette, blette à cardes ou poirée à cardes. Les cardes, ce sont ses côtes. Ses côtes, ce sont les cardes.
Voilà pour les présentations. On espère vous avoir rendu la bette humaine.

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Ce qui a de satisfaisant dans cette bette-là, c’est qu’elle se dévore de la tête aux pieds. Oui, le blanc et le vert. Le premier en gratin, le second en salade. Par exemple.
Tout ça pour vous refiler notre recette archi domestique, couillonne et d’un classicisme frisant le retropédalage alimentaire sévère de gratin de côtes de bette. Sans curry. Sans citronnelle. Sans piment basque ni fève tonka. A la régulière. Roots de chez roots. Bas du front mais franc du bonnet. Toute bette, quoi.

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Chopez la bette et, de la pointe d’un couteau habile, détachez la côte des feuilles.
Taillez les côtes en tronçons de taille amicale (grosso modo 2, 6 cm sur 3, 7), en prenant soin de tirer les fils qui ne manquent pas de se présenter à vous. N’en faites pas une maladie non plus. Nettoyez sous le robinet (ouvert, le robinet). Puis blanchissez les côtes dans une eau à la fois frémissante, citronnée et salée, jusqu’à ce que la bette s’attendrisse, tout en restant un rien croquante à cœur (de bette).
Pour la durée exacte de séjour dans la casserole, examinez le graphique ci-dessous.
En abscisse, le temps de marmitage. En ordonné, le taux de coriacité. Tirez-en les conclusions qui s’imposent. Puis poussez un cri (de bette).

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Bref. Beurrez un plat à gratin. A l’écumoire, extrayez les côtes de leur bain. Répartissez les harmonieusement. Sel, poivre. Ajoutez une bonne louchée de crème fraîche, un rien de gruyère râpé, une rasade de lait. Touillez. Couvrez de râpé. Et laissez gratiner quelques minutes de rab. Avec ça, une grosse tranche de lard paysan grillé, ça peut le faire.

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«Et le vert, qu’en faire?», vous lamentez-vous devant votre computer slim. Nettoyez et émincez les feuilles. Et blanchissez-les dans la même eau que les côtes. Dix minutes environ. Toujours citronnée l’eau, pour garder un brin la couleur. C’est triste, une bette noire.
Puis utilisez-les avec fantaisie, comme vous le feriez d’épinards, par exemple au sein d’une salade mêlée, vinaigrée au balsamique, simplement coiffé de tranches d’un excellent foie gras mi-cuit qui passait par là.
Chez nous, il y en avait justement un qui passait par là. On a eu du pot (de bette)

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Tchou!

17/10/2008

Et si on s’escalibait en hommage aux Comelade?

Zour,

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Une confidence: on adore les Comelade. Les Comelade mère et fils.

Le fils, c’est Pascal Comelade, qui enregistre depuis trois décennies des disques d’une musique miniature et singulière, bricolée mais savante, poétique et malicieuse. Zieutez donc cette version de Russian Roulette: grand solo de paille et ciseaux.

 

 

La mère, c’est Eliane Thibaut-Comelade, responsable, entre autres, des deux formidables recueils de recettes catalanes traditionnelles (ed. Jacques Lanore), qui pourraient bien constituer les ouvrages définitifs sur le sujet.
C’est dans ces pages exaltantes que, il y a des années de ça, on était tombé sur la recette de l’escalibade, ou escalivade, plat végétal, élémentaire mais mirobolant, dont on vous livre ici notre version. Ne me remerciez pas. Vous m’êtes sympathiques.

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Sur l’étal du potager, raflez tout les vétérans de l’été, vétérans qui vous semblent garder bonne mine et afficher un pedigree correct. Poivron, petit oignon doux, aubergine, tomate joufflue, voire courgette, même si la doctrine catalane ne l’inclut pas dans le tableau. Profitez-en pour choper un bouquet de thym. Rentrez chez vous. Et vite.

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Lavez puis taillez les légumes longitudinalement (quel adverbe splendide!), les tomates en quatre et les oignons itou. Déposez tout ça à plat dans un plat plat (une répétition? où ça?). Brumisez avec vigueur d’huile d’olive. Saupoudrez de thym frais, sel, poivre. Balancez un demi-verre d’eau au fond du plat. Et hop, au four, à 150 °, pour une heure. A mi-course, il n’est pas inutile d’ajouter un peu d’eau. Et de baisser un poil le feu. Faut pas que les vétérans crament.

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Les légumes sortent de là confits et juteux, qu’on les bisouterait amicalement avant de les croquer sauvagement. Avec ça, selon humeur, on avale des côtelettes d’agneau, des anchois de Collioure ou rien du tout.
DSC01292.JPGPlus du vin, plein, rouge, vivant. Un pinard catalan aurait certes sa place sur les genoux de l’escalibade; mais les jus voisins sont bienvenus, comme ce Minervois d’un producteur dont on cause dans les salons, mais que nous n’avions encore jamais humé. Voluptueuse surprise que la cuvée L’Ours Bleu 07 de Jean-Baptiste Sénat (portait cool ici), dont la rusticité tonique et la puissance fruitée nous ont laissé dans un état de rêverie extatique. Zzzzzzz.


Tchoup


PS: Pas de slurperies la semaine prochaine. On s’en va chasser le paradentiste en Transylvanie.

 

07/10/2008

Gratin de courge: le retour

Tchou, les citrouilles

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Il y a parmi vous, chers lecteurs, certains fidèles qui auront noté que ce n’est pas la première fois qu’on cause gratin de courge.
Le 25 octobre 2006, soit il y a environ 712 jours, hier quoi, nous publiions dans les colonnes de ce blog une recette de gratin de courge «façon mémé» (on a de ces trouvailles de langage, parfois).
Ben, sans vouloir donner l’impression qu’on yoyote de la touffe, ou qu’on se caniche le Mont Chauve, en revoilà un autre.
A peine différent en apparence. Mais profondément singulier (pfffff) quand on y songe dedans sa tête.


DSC01250.JPGDans un plat à gratin, râpez un bon gros morceau de courge (compter 300 grammes par être humain), à la râpe à gros trous. Opération athlétique, qui exige des avant-bras en téflon et un mental en béton. Ajoutez une cuillère à soupe de crème fraîche, un demi-déci de lait (pas chinois, si possible, le lait), une généreuse louchée d’un bon gruyère râpé, une grosse tombée de muscade râpée aussi, une pincée de cannelle, une pincée de gingembre en poudre, une pincée de cumin, plein de sel et de poivre.
Touillez. Et expédiez dans le four chaud. Vingt minutes.
Attention: péripétie périlleuse (pé-pé: pas très joli ça, comme allitération).
Sortez le plat de la fournaise. Et virez l’eau rendue par la courge, cachée sous le gratin, dans l’évier. Sans renverser le matos. Sans vous brûler au 16° degré. Sans dire de gros mots.
Saupoudrez d’une ultime et mince couche de gruyère râpé. Et faites gratiner sept minutes de rab sous le grill.

Ben, ça le fait. Velu, même.

Adios, les potimarons

08/09/2008

La modestie transcendantale de la caponata sicilienne

Bien le bonjour, les ratons laveurs

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Tiens, l’autre jour, on avait invité Madame Clo à dîner. Et on était méchamment à la bourre. Du coup, c’est Madame Clo qui a fait la caponata. Ce qui est quand même le comble de la muflerie cosmique. T’invites une dame à souper et tu la fais bosser en cuisine. Ah, l’esclavagiste! Bref, Madame Clo a réalisé devant nos pupilles embuées une version über slurpique de ce classique végétal autant que sicilien. On a tout pompé in petto. Et reproduit ensuite sans scrupule. Voilà la combine:
Pour quatre personnes, emplissez votre panier d’osier avec:
- Deux menues aubergines
- Trois tomates joufflues
- Un céleri branche
- Des pignons, des câpres, du balsamique, des olives noires
- Deux échalotes
- L’intégrale de Gérard de Villiers dans la Pléiade (facultatif)
Balancer cinq branches de céleri, épluchées puis émincées en minces virgules, à la vapeur (ou à la flotte). Garder croquant.
Balancer les aubergines dûment taillées en cubes (con la peau) à la poêle, longuement, dans un peu d’huile d’olive, à feu coolos, qu'elles grillent un peu et fondent beaucoup.
DSC01118.JPGGriller les pignons. Réserver. Puis faire blondir l'échalote dans une larme d'huile d'olive. Ajouter ensuite le céleri et les tomates (préalablement pelées, épépinées et émincées, bien soooûr). Juste quelques minutes. Puis l'aubergine, les câpres, les pignons et les olives hachées.
Sucre, sel, poivre, piment (léger). Plus quelques gouttes de balsamique. Shake ta poêle, moussaillon.

On peut manger ce plat prodigieux chaud, tiède ou froid. Avec une grillade bien sentie, par exemple, le dimanche midi sous la tonnelle, avec une brochette de connaissances triées sur le volet, quoique sérieusement avinées depuis 11 h 30.
La caponata, c'est sicilien, modeste et génial.

A bientôt. Et vivement bientôt.

PS: Les plus habiles d’entre vous pourront réaliser cette tête de monstre comme déco. Attention: ce n’est pas facile. Il s’agit d’utiliser des olives pour les yeux, un bout d’aubergine pour le nez et six pignons pour les dents. Ne vous découragez pas, la tête de monstre en caponata demande quelques années d’expérience.

 

28/08/2008

Des papillons citronnés sur un sens interdit

Coucouloucou

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Après le départ de Sarah, Ludovic fit un de ces gestes désespérés que seul l’amour trahi peut inspirer. Il prit l’ensemble des livres de sa fiancée démissionnaire. Et alla nuitamment les coller sur les murs de la ville.
C’est que Sarah aimait les livres. Elle en avait beaucoup; des romans beaucoup, mais aussi des traités portant sur les sujets les plus divers: la botanique quantique, la sexualité au néolithique, l’endocrinologie et la cuisine familiale. La bibliothèque éclectique de la jeune femme fut donc placardée dans les rues. Une vengeance dérisoire mais spectaculaire, qui n’apporta pourtant nul réconfort à Ludovic. Quant à Sarah, étrangement, elle n’en prit pas ombrage. Au contraire, découvrant son exemplaire du Guide de l'anatomie microscopique des plantes vasculaires crucifié sur un abri bus, elle fut étrangement touchée. Et retourna bien vite dans les bras de son amant.
Ce jour-là, se rendant au travail peu après l’aube, on tomba sur un vieux recueil de recettes paru aux éditions Télé 7 Jours, encollé à la hussarde contre un panneau de sens interdit. Et plus spécialement sur une salade de pasta au poulet, d’allure fruste mais réconfortante, dont on s’est inspiré pour ces farfalle citronnés aux blancs de volaille, noisettes et estragon.

Pour quatre cow-boys à table, il vous faut 387 grammes de farfalle (soit ces charmantes petites pâtes en forme de papillon), une botte d’estragon, quatre blancs de poulet bio de chez bio, du wasabi, des noisettes, deux citrons, des tomates cerise et quelques feuilles de roquette (ou rucola). Plus environ 17 minutes de boulot en cuisine. Ce qui est peu.

Faites cuire la pasta al dente et à grande eau.
Pendant ce temps, émulsionnez quatre cuillères à soupe d’huile d’olive, le jus d’un citron et demi et l’équivalent d’une cuillère à café de wasabi au fond d’un saladier. Salez. Poivrez avec largesse.
Détaillez les blancs de poulets en cubes, faites sauter le tout à la poêle, puis caramélisez avec le jus du demi-citron restant (oui, il y a une logique). Sel, poivre.
Nettoyez la roquette. Tranchez les tomates en deux. Quand les pâtes sont cuites, refroidissez sous l’eau fraîche, égouttez et expédiez dans le saladier. Ajoutez le poulet, les tomates, la roquette, quelques noisettes concassées grossièrement et le botte d’estragon émincée.

Cette salade-là nourrit certes, mais fort agréablement.

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Merci Ludo, merci Sarah.

10/06/2008

Sticks pamplemoussés, fusillis maraîchers et rêveries solitaires

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Parfois, le gratte-papier maugrée devant son clavier moisi.
Il pond à la chaîne une prose, dont 104% de ses lecteurs auront tout oublié demain.
Il pond comme un âne (si j’ose), alors qu’il pourrait:

Chevaucher un Solex au crépuscule sur les routes du Périgord.

Jouer aux fléchettes avec Groucho Marx

Smacker un être cher sous des draps qui sentent la lavande

Croquer des sticks de poulet au pamplemousse et aux quatre épices


100071012.JPGInterlude n°1. Les sticks au pamplemousse et quatre épices: la recette. Faites mariner quatre ailes par personne dans le jus d’un pamplemousse pressé, avec deux cuillères à soupe de miel, une petite cuillère bien pleine de gingembre émincé, trois tours de moulin à poivre et deux pincées vigoureuses de 4 épices (poivre, muscade, girofle et cannelle). Rôtissez dans un four préchauffé à 200°, 20 minutes, en arrosant régulièrement avec la marinade. Coiffez de fleur de sel. Mangez avec les doigts. Pas tous: le pouce et l’index seulement.

Euh… où en étions-nous? Ah oui: alors qu’il pourrait:


Lire un Gaston Lagaffe inédit sur une plage australe au sable fin

Assister à un concert privé d’Elvis Presley (avant le service militaire) dans une taverne riante

Vivre d’amour, d’humour et de vin jaune

Avaler des fuisilli aux asperges sauvages, marjolaine et viande séchée


993853926.JPGInterlude n°2: Les fuisilli aux asperges sauvages, marjolaine et viande séchée: la recette. Lavez et coupez les asperges aux deux tiers. Cuire al dente dans le panier vapeur. Détailler en minitronçons, sauf les têtes. Emincez la viande séchée en petits rectangles (ou losanges, selon habileté) et une branche d’oignon nouveau. Faites suer l’oignon dans de l’huile d’olive. Cuire les fusilli. Trois minutes avant la fin de cuisson, ajoutez à l’oignon quelques tomates cerise coupées en deux, trois brins de marjolaine effeuillée, les asperges et la viande séchée. Sel, poivre. Jetez le tout sur la pasta, avec une ample larme d’une belle huile d’olive toscane. Touillez mollo. Parsemez de pécorino râpé. Et mangez, sans les doigts.

Euh… on reprend. Où ça? Ah, oui. Alors qu’il pourrait:

- Faire des cabrioles dans la neige fraîche déguisé en ours

- Fumer un oinje géant autant qu’odoriférant avec Bob Marley

- Signer des autographes à des Martiens dépêchés sur terre pour rencontrer l’auteur de Top Slurp

- Deviser avec la Pompadour en se sifflant un blanc lumineux de Marcel Deiss.

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Voilà ce qu’il pourrait faire le gratte-papier, au lieu de maugréer devant son clavier moisi.

Bien à vous

20/03/2008

Le cas Black Crowes et le risotto aux morilles et asperges sauvages

 

Bien le coucou pascal, mes agneaux

 

 

 

 

L’autre jour, on est allé claquer quelque mitraille chez le disquaire. On en est sorti avec trois disques tendance: le dernier Adam Green (adorable), Vampire Weekend (pas mal) et les Black Lips (bof bof).
Et pour temporiser toute cette branchitude de saison, on a également glissé le dernier Black Crowes dans notre petit panier, qui est probablement l’album le plus réactionnaire de la décennie.
C'est que, voyez-vous, les Black Crowes vivent avec le rétroviseur braqué sur l’année 1972, avec une fixette sur les Rolling Stones en général et Exile On Main Street en particulier. D’où un rock résolument naphtaliné, savamment fossilisée, rétropédalant en diable, qui ferait passer les gens d’AC/DC pour de dangereux DJ’s de drum & bass. Le punk-rock? Le hip-hop? La techno? Z’ont rien vu passer les Black Crowes, kéblos qu’ils sont en 72.
Selon affinités, on trouvera ce travail-là admirablement intempestif ou foutrement ringard. De la musique de vieux cons pour vieux cons. Et on aime assez bien ça. C’est grave, docteur?

 

Et pendant que ce gros blues baveux et millésimé bavait dans nos enceintes, on a noué un tablier de cuisine autour de nos hanches osseuses et hâlées pour vous mitonner ce risotto d’asperges sauvages et morilles. Risotto qui ne sent nullement la napht’ mais bien le printemps.

«Y'a le printemps qui te réveille, t'as le bonjour du printemps», chantait benoîtement Michel Fugain quand il avait encore de cheveux.

 

Bref, pour quatre gulus à table, il vous faut:
- 300 grammes de riz carnaroli
- Deux échalotes
- 30 grammes de morilles sèches (ou pas)
- Une demi-botte d’asperges sauvages
- Deux tranches un peu épaisses de jambon cru maigre
- Un bon litre de bouillon de légumes corsé (venu de la supérette ou fait maison comme décrit quelque part dans ce bog, mais où?)
- 30 grammes de parmesan
- 20 grammes de beurre ¨
- Une louchée de mascarpone.
- Un verre de vin blanc
- Quatre pluches de cerfeuil

 

Vous noterez au passage la précision, inhabituelle en ces lieux, du dosage des ingrédients. C’est que le risotto est une alchimie délicate qui mérite un brin de sérieux. Pouet.

 

 


 

Mettez vos morilles à réhydrater dans un grand verre de vin blanc. Une heure. Puis filtrez plusieurs fois le vin. Réservez.
Faites revenir les morilles dans une noisette de beurre une dizaine de minutes à feu cool. Réservez.
Lavez les asperges. Couper le bas des tiges duraille, soit un tiers environ. Puis détailler en bâtonnets. Les queues, plus coriaces, cuiront plus que les têtes. Na!Détaillez le jambon en fines lanières.
Faites blondir (mais pas brunir) les deux échalotes émincées dans une cuillère à soupe d’huile d’olive au fond d’une grosse casserole. Au bout d’une dizaine de minutes, ajoutez le riz, remuez jusqu’à ce que les grains deviennent aussi translucides qu’un bustier de starlette.
Ajoutez le vin blanc (qui doit sentir la morille à mort) et laissez évaporer totalement.
Baissez le feu. Intégrez les queues d’asperges et mouillez avec une bonne louchée de bouillon.
Puis recommencez l’opération louche à louche, en remuant le moins possible, jusqu’à obtention d’un riz moelleux dehors, mais un tantinet croquant à cœur. L’opération dure normalement un gros quart d’heure.
A mi-cuisson, on n’oubliera pas d’intégrer les têtes d’asperges. Ben oui. Puis les morilles. Ben oui (bis).
Quand le riz vous semble OK, ajoutez le jambon, le beurre froid coupé en morceaux, une cuillère de mascarpone et le parmesan. Avant de mantecarer avec vigueur et vélocité, soit de lier le risotto avec la spatule en bois trouée de rigueur (voir autoportrait de l'artiste au travail ci-dessus).


Rectifiez l’assaisonnement. Parsemez de pluches de cerfeuil et débouchez un Cour-Cheverny des Huards, blanc altier et farouchement hors-mode. Un peu comme les Black Crowes, mais en plus rafraîchissant.

 

 

 

Tchou!

 

 

06/03/2008

Simone la bégueule et les galettes au roquefort

 

Simone, 

Simone?


S.I.M.O.N.E.!


T’as faim?
Non? Ben, tant pis.

Simone, t’aimes les jolies petites galettes de patate au fromage à grignoter avec la salade verte?
Non? Ben, tant pis.

Simone, me dis pas que t’aimes pas le roquefort et les graines de sésame noir croustillantes?
Non? Ben zut alors.

Simone, t’as envie que je te raconte une recette slurp?
Eh !!! Oh!!! Simone, je te cause!

 

 

 

Bon, tu prends cinq ou six patates moyennes.
T’épluches et tu mets à la vapeur jusqu’à cuisson totale.
Après ça, t’écrabouilles au presse-purée (ou à la fourchette).
Dans une jatte, tu touilles avec 70 grammes de roquefort, une cuillère de graines de sésame, un œuf, une pincée de poivre et de piment et trois petites cuillères pleines de farine.
Tu goûtes.
Tu fais préchauffer le four à 180°. Et sur une plaque dûement vêtue d’une feuille de papier sulfurisé, tu déposes des cuillères de pâte, que tu aplanis jusqu’à former des galets circulaires, plats comme un thorax d’une top modèle.
Simone, réveille-toi. Je n’ai pas fini.
Tu enfournes un quart d’heure, jusqu’à ce que les galettes offrent un look inspirant.
Puis tu sers avec une salade de rampon aux noix. Voire en accompagnement d’une viande blanche.
Voilà, chouette, non?
(…)

Simone?
Hum... Simone, tu aimes le vin rouge plein de fruits noir et de gaîté?
Non? Ben tant pis.
Sinon, je t’aurais suggéré d’ouvrir un gamay de la cave valaisanne Fin Bec. Très dense, très réussi.

Simone, tu peux éteindre ton iPod et enlever ton casque intégral?
SIMONE!!!

 

 

 

 

PS: Ce billet est purement fictionnel. Toute ressemblance avec Simone (Afric), Simone (Garnier) ou Simone (Paul) serait totalement fortuite.

 

31/01/2008

Raves party (au four et au thym)

 

Amis raveurs, bonjour

 

 

 

Tu repenses parfois aux grandes raves des années 90, où tu bougeais ton corps jusqu’à l’aube au gré de la pulsation électronique.
Mais voilà. Aujourd’hui, tu ne peux plus danser des heures sous la boule à facettes. Les rhumatismes. Les soucis. Les marmots. La vie, quoi.
Grâce à DJ Estèbe, tu peux pourtant retrouver le goût des nuits techno d’antan, avec ces raves rôties au thym, couillonnes quoiqu'absolument exctasyantes.

 

 

 

 

Pèle et coupe ta rave (ou navet-rave pour éviter toute confusion sémantico-potagère) en grandes rondelles fines. Oins d’huile d’olive. Sel, poivre (cubèbe pourquoi pas) et thym. Hop, au four à 125°, sur une feuille de papier sulfurisé, pour une petite heure. Dès que les raves ont le look ad hoc, mets un disque de chouette boum boum sur la platine, tamise le néon de la cuisine. Et croque en ondulant du popotin.

Last night, Dr Slurp saved my live

Bye

08/11/2007

Sarko, Dion, Hingis et le cerfeuil tubéreux en frite

 

 

Mes hommages,

 

 

 

 

Les grands chocs de l'actualité sont perçus de manière plus ou moins ardente selon les individus. Ben oui. Le retour en scène de Céline Dion, par exemple, expédie une partie non négligeable de la population dans une euphorie frisant le coma orgasmique. De même, bon nombre de nos contemporains se tamponnent que Sarko et ses potes aient viré 18 000 étrangers comme des malpropres depuis janvier denier. Mais sont en revanche tous chamboulés d'apprendre que Martina Hingis aime à se poudrer le museau avant de monter au filet. Bref, à chacun ses pâmoisons.

Tout ça pour dire que l'autre jour au marché, on s'est subitement roulé par terre, le teint rouge Thorez et la bave au bec. On venait de tomber sur une news défrisante. Une vraie. LE CERFEUIL TUBÉREUX EST DE RETOUR. LE CERFEUIL TUBÉREUX EST DE RETOUR.  LE CERFEUIL TUBÉREUX EST DE RETOUR.  LE CERFEUIL TUBÉREUEUEUEUX...

 

 

 

 

Hum. Quelques explications. Moche comme une crotte de nez, le cerfeuil tubéreux cache la plus fine et exquise des chairs. Un mix mirobolant entre châtaigne, pomme verte et artichaut. Il se boulotte cru (c'est même le mieux: clic).
Mais aussi, pourquoi pas, en frite.
Comment ça? Comme ça: pelez et détaillez les racines en frites. Dans une jatte, touillez-les avec une cuillère à soupe d'huile d'olive. Et hop, au four à 180°, sur une feuille de papier sulfurisé. Six-huit minutes, le temps que bronze le tubéreux. Salez, paprikez et avalez, en songeant à Céline Dion qui, physiquement en tout cas, ressemble vaguement à ce prodigieux tubercule.

Bien le bonjour chez vous. Voire ailleurs aussi. 

 

A tchaou

04/10/2007

La petite cocotte avec de la purée noisettée dedans

 

 Bonzour,

 

 

 

 

Vous avez remarqué? L'Humanité devient gaga devant les petits animaux. Qu'il est mignon le petit chien! Trop chou, le petit chat! Méga trognon, le petit lapin! Etc, etc.

Nous, ce sont les petites cocottes qui nous font gémir. On en a reçu quatre à notre anniversaire, qui sont simplement über kawaï. Tiens, on les a baptisés l'autre jour, en y cachant de la purée aux noisettes rôtis dedans.
La recette? D'une sophistication quasi mazarinienne. Attachez vos ceintures; ça va  chauffer.
Peler et couper les patates en morceaux. Et hop à la vapeur, jusqu'à ce qu'elles molassonnent (du verbe intransitif molassonner qu'on vient juste d'inventer).
Pendant ce temps, rôtir sans matière grasse une poignée de noisettes à la poêle.
Virer grosso modo la peau du bout des doigts et écrabouiller grossièrement au pilon.
Ecraser les patates à la fourchette, ou au presse-purée. Le mixer, c'est pour les aristocrates corrompus et autres cadres chez EADS.
Monter la purée au lait et à l'huile d'olive, alternativement, jusqu'à la texture ad hoc. Texture ad hoc? Oui, texture ad hoc.
Saler généreusement, poivrer mollo mollo, râper un rien de muscade puis intégrer les noisettes.

Ces chères mini-cocottes vous gardent ça admirablement au chaud. Et pour un peu qu'on serve cette purée noisettée avec une viande en sauce, on peut très bien faire un petit volcan pour mettre du jus dedans.

A demain. Et demain, nous parlerons de sujets bien plus graves. 

PS: A la relecture, on ne se souvient pas d'avoir publié un post plus débile et une recette plus crétine. Tant pis. On ne peut pas pondre du Sainte-Beuve tous les jours.

25/09/2007

Le pâtisson: quatre recettes slurp pour le prix d’une. Sacrée affaire!

 

Amis cucurbitassiettes, bien le bonjour

 

 

 

 

 

 

Jean-Baptiste Ruffieux (1648-1694) pratiquait la botanique maraîchère avec ardeur et créativité. Un jour, à force de croiser les cucurbitacées dans tous les sens, il inventa même un légume. Tout rond, un poil bossu, avec une robe blanche ou jaune.
Ruffieux était fier, mais n’ayant aucune imagination autre que potagère, il ne parvint pas à baptiser sa création. Des jours durant, il se creusa la tête pour lui trouver un nom. En vain.
Un soir rentrant chez lui, frustré et las, il fut accueilli froidement par son épouse Madeleine. «Jean-Baptiste, vous passez bien trop de temps dans votre jardin. Les enfants et moi, nous en pâtissons.» Pâtissons? Mais c’est bien sûr!


Ne croyez pas un mot du paragraphe qui précède. On a tout inventé. Reste qu’on éprouve une certaine sympathie pour ce légume à la saveur délicate et à la plastique replète.
Mais qu’en faire en cuisine? Ben voilà quatre propositions d’un coup. Oui QUATRE. 4. IV.  Le pâtisson farci à l’orientale; la fleur de pâtisson farcie à l’italienne: la poêlée de pâtisson au cumin; et les chips de pâtisson.

 

  • Acte 1er: les ptits farcis chapeautés


 


Tactique: On tranche le petit chapeau pour évider le légume (à la petite cuillère ou à l’aspirateur à pâtisson, ustensile qu’il reste à inventer). On réserve la pulpe en virant les graines. Et on va attendrir le pâtisson à vide, au four à 180 ° un bon quart d’heure. Pendant ce temps et dans une poêle, on fait blondir une échalote et une gousse d’ail hachées l’une et l’autre, puis brunir de la viande tout aussi hachée. On parfume le tout d’une bonne pincée de sel, poivre, kamoun, ras-el-hanout et piment. En fin de cuisson, il s’agira d’ajouter au frichti deux citrons confits émincés, quelques pignons torréfiés au préalable et la pulpe des pâtissons. On farcit et on enfourne quelques minutes de rab. N’oublions pas de coiffer les coquins de leurs petits chapeaux. Ya slurp.

 

  • Acte 2: les fleurs du bien

 

 


Tactique: Il nous faut une petite farce spirituelle à base de ricotta, d’oignon frais émincé menu, d’une louchée de parmesan râpé et d’un rien d’ail en poudre. Sel, poivre. On remplit les fleurs à la poche à douille. On referme d’une simple et délicate torsion. Et on fait frire tout doux à la poêle dans un fond d’huile d’olive. Couillon mais sexy.

 

  • Acte 3: la poêlée qui se poile

 

 


Tactique: On pacse Mr Pâtisson à Mme la Courgette, tous deux détaillés joliment. On sale, poivre, avant de saupoudrer de gingembre en poudre et de graines de cumin. Et on fait cuire à l’étuvée, à couvert avec un peu d’eau, six gouttes de citron et un rien d’huile d’olive, en veillant à garder les deux légumes un brin croquants à l’arrivée. Garniture smart, va sans dire.

 

  • Acte 4: les chips chipies

 


 


Tactique. On pèle le légume, on le tranche en fines lamelles, avec dextérité et un couteau über affûté. Il faut ensuite extraire délicatement le compartiment central abritant les graines, si vous voyez ce qu’on veut dire. Puis expédier tout ça au four à 100 ° pour une heure, après avoir oint les chips d’un rien d’huile d’olive, de sel, poivre, paprika et romarin en poudre (ou pas). A l’apéro, ça fait son petit effet. Boum!

 


Ouf, quatre recettes d’un coup, ça fatigue. Inutile de dire que nous en pâtissons, dru.

A +

03/04/2007

Le gratin top fastoche à la Girardet

Bien le bonjour, 

Il en va de la recette du gratin de pommes de terre comme du souvenir de son premier baiser: tout le monde en a un, sans vouloir nécessairement le partager avec le reste de l'humanité. Mais chez McSlurp, on déballe. Elle s'appelait Emilie et suçotait un infect bonbon à la fraise chimique. Le gratin lui, pourrait s'appeler Girardet, puisque c'est au grand maître vaudois qu'on a emprunté la technique. Maligne et fit, la technique. Vous allez comprendre.

Pelez et tranchez en fines lamelles des patates. Patates à purée ou patates plus fermes à la cuisson, selon affinités. Nous, on préfère user un tantinet nos vieux crocs. Ne lavez surtout pas les pommes de terre une fois tranchées. Expédiez-les dans une casserole, couvrez de lait (que la patate affleure la surface), ajoutez une gousse d'ail hachée menu menu, une pincée de muscade, sel, poivre, et laissez cuire pépère six ou sept minutes, jusqu'à ce que l'amidon et le lait se lovent tendrement.

 

Beurrez un plat à gratin (ben, oui), disposez-y lait et patates. Plus une cuillère à soupe de crème. Touillez à la main et avec tendresse. Hop, au four à 180°, pour une heure.
Voilà. Fastoche, non?

Et puis jetez donc une oreille en même temps au dernier album d'Arcade Fire, ténébreux, singulier et sexy comme Cruella au sortir du bain. Voilà le disque que rêve de faire Bowie depuis 30 ans. Mais l'y arrive pas. Pauvre chou.

Mes hommages 

19/03/2007

Patate douce au roquefort: plus bête, tu collapses

 

Salud,

 

 

Après la déprimante affaire du millefeuille tarabiscoté, il fallait vite imaginer un plat qui nous regonfle l'ego façon montgolfière. Un plat qui nous bétonne le mental velu. Un plat simple, donc. Voilà donc la patate douce au roquefort, qui pourrait prétendre au titre envié autant que respectable de recette la plus couillonne du monde.

Prenez des patates douces; lavez-les; frottez-les à l'huile d'olive; flanquez-les au four une bonne heure à 150°; puis ouvrez-les en deux et laissez trois noisettes de roquefort fondre dedans. Point barre. Couillon, qu'on vous disait.
Servez avec des côtelettes d'agneau. Et une bouteille des Violettes de Dédé Roméro 2001 (Domaine La Soumade à Rasteau), le plus grand Côtes du Rhône du système solaire, qui vous arrache des râles de volupté à chaque gorgée. Parfaitement.

Ouf, ça va mieux.

Et à demain si vous le voulez bien

Purée! Des topinambours aux noisettes!

Allo?

L'automne, Madame Nini s'en va sous un noyer, là-bas au pied du Jura. Et ramasse plein de noix. Après, elle les casse en triant soigneusement les cerneaux. Puis fonce au Moulin de Sévery, qui presse sa récolte et lui donne trois ou quatre litres d'une huile à la saveur pure autant qu'explosive. 
Chaque année, la très aimable Madame Nini nous en donne une bouteille pour Noël. Chaque année, on verse une larme sur la puissance limpide de cette huile de noix, qui vous illumine une salade ou un légume vapeur d'un mirobolant fumet sylvestre.  

Si vous connaissez Madame Nini (ce qui est improbable), mendiez-lui quelques décis de sa potion. Sinon, faites cette purée de topinambours aux noisettes avec une huile de noix lambda. Oui, c'est dur. Mais c'est la vie. 

Il faut commencer par éplucher ces satanées racines auxquelles, un jour de blues atrabilaire, le Créateur a donné une forme tourmentée autant que décourageante. Si les topinambours avaient la plastique des pommes Golden, on en croquerait à la récré.

Bref. On en fait de petits dés. Et pof, au panier vapeur dix minutes, manière de les attendrir. Pendant ce temps, on torréfie quelques minutes une poignée de noisettes à la poêle, avant de les concasser grossièrement. Et vlotch vlotch, on écrabouille les topinambours à l'aide d'un presse-purée à manivelle, ou bêtement manuel comme le nôtre (zieutez s'il est joli sur la photo). Une cuillère à soupe de crème fraîche, une cuillère à soupe d'huile de noix, les éclats de noisettes, sel, poivre et slurp majuscule. Triple slurp même.

Bien à vous