06/08/2009

La lotte cochonne, le piment ibérique, les chanterelles et tout le tralala

Bien le bonjour, cuistots branchés

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Il fut un temps où marier charcutaille et poiscaille relevait d’une audace culinaire inouïe. Voire inuit. Seuls quelques aventuriers intrépides et musculeux se risquaient alors à coiffer leurs encornets de miettes de jambon rôti (autopromo). A accoupler sans vergogne crevettes et merguez (re-autopromo). Ou à jucher leurs noix de St Jacques sur un pouf de lard grillé (re-re-autopromo).

Or, les choses ont bien changé. Oui, Madame. Désormais, le tandem terre-mer est devenu une évidence. Pour ne pas dire une giga banalité de la mort.
Tenez, notre pavé de lotte farci au korizo grillé, par exemple. Ben l’autre jour, suintant de fierté, on décrit la recette en détail à la copine Cricri. Elle écoute, poliment. Puis balance: «Poisson-cochon., c’est vraiment le truc à la mode. En vacances, j’ai vu ça sur toutes les cartes de resto
Et paf dans l’ego. Quand t’imagines avoir écrit un chapitre décisif de la gastronomie contemporaine, c’est toujours douloureux d’apprendre que t’as simplement jeté une crotte de nez dans la marre saumâtre de la branchitude.

Bref, voilà quand même le machin, très modestement intitulé châteaubriant de baudroie à la cochonne et son cortège estival autant que tricolore.
Dedans votre cabas tigré, il vous faut: des petites chanterelles (ou girolles en VF) - viiiite, la saison s’achève -, des fèves dans leur gousse – viiiiite, la saison s’achève –, des tomates cerise, un chouette morceau de lotte taillé en tronçons épais, du piment fumé autant qu’ibérique en poudre, quelques tranches de chorizo et L’Arrière-train sifflera trois fois en DVD (facultatif).

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Vous remarquerez qu’on a sciemment omis, comme d’ordinaire, d’indiquer les proportions, celles-ci variant considérablement selon le nombre des convives. Sachez, par exemple, que si vous êtes quatre à table, il s’agit de prévoir des quantités deux fois plus importantes que pour un tête à tête. L’inverse se vérifie également.

DSC02291.JPGPour la baudroie cochonne.
Poêlez les tranches de chorizo sans matière grasse. Quand elles croustillent, essorez sur du papier ménage.
Avec un couteau atchement pointu et affûté, incisez chaque pavé de lotte. Puis glissez le chorizo dans la scarification. Pas facile. Notez que votre couteau peut ici aimablement servir de cheval de Troie.
Salez le poisson, poivrez aussi et pimentez avec le divin pimentòn de la Vega, douce et odoriférante poudre castillane. A défaut, paprikez pépère.
Juste avant le miam, poêlez presto les pavés dans un peu d’huile d’olive. Genre deux minutes de chaque côté. Mais tout dépend de l’épaisseur de l’animal, of course. Coiffez enfin de chorizo taillé en bâtonnets et de quelques brins de thym.

Pour la garniture tricolore
. Ecossez les fèves. Pochez deux minutes dans une eau salée fémissante. Refroidissez illico. Puis dérobez. Réservez.
Nettoyez les champignons, à la brosse à dent si possible, sous l’eau claire autrement.
Taillez les tomates en deux.
Emincez une échalote.
Juste avant le miam. Faites fondre l’échalote dans une bonne noisette de beurre. Ajoutez tomates et girolles. Sel, poivre, une pincée de gingembre en poudre. Faites cuire cinq minutes à feu mezzo. Intégrez enfin les fèves, touillez 27 secondes. Puis dressez artistiquement les assiettes.
Avant de servir en tortillant du joufflu.

 

Ouvrons une page santé pour finir. TDSC02315.JPGous les diététiciens et les diététiciennes vous le diront, il faut absolument boire du vin à table; c’est bon pour le tissu conjonctif, l’articulation rachidienne et le transit artériel. Ici, une grenache gouailleuse, naturelle et parfumée devrait faire l’affaire. Farfouillez donc dans le chai du Domaine de l’Anglore, Tavel, Vallée du Rhône du Sud, France d’en bas à droite sur la carte. Il est possible que vous y trouviez le jus de la situation.

Veuillez agréer... blabla

25/06/2009

Les calamaretti farcis au pesto qui fait boum

 

Bonjour, les chipirons rieurs

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Il y a un machin qui nous a toujours fascinés dans les livres de cuisine. Ce sont les «conseils du chef», les «trucs du cuisinier», ou «l’astuce de Mamie Lu». Soit ce petit encadré pratique en postface, où le cuistot te file une ficelle d’enfer dans le creux de l’oreille, rien que pour toi. Genre: «A défaut d’œufs de poule, vous pouvez utiliser des œufs d’esturgeon». Ou encore «pour gagner du temps, pelez la papaye dans le sens inverse des aiguilles d’une montre avec un tire-bouchon». Voire – plus suspect, je vous l’accorde - «pour cette recette, j’utilise les nouilles de la marque Esso et le blender de chez Zazaoui».
Tu lis ça et tu te sens tout chose. Ben oui. Le maître queux te fait une vraie confidence, t’offre gratos une bouchée de son savoir, te vaseline l’existence avec une bonté inouïe.

Bref, pour le petit plat qui suit, des calamaretti farcis au pesto de menthe et coriandre, flanqués de tomates et poivrons confits, voilà le conseil du Dr Slurp: si vous ratez la recette, allez au McDo.

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Chez le poissonnier, il s’agit de ruser. Azymutez de jolis petits calamars aux manteaux bien nacrés. S’ils sont déjà propres et vidés, remplissez votre panier sans arrière-pensée.
S’ils sont entiers, minaudez en papillonnant des paupières jusqu’à ce que l’artisan accepte de faire le boulot.
S’il refuse, préparez-vous à vous dépatouiller avec les créatures. Chantier dont on sort vivant, voire grandi, d’ordinaire.

Pour les légumes. Taillez un long poivron vert en longues virgules. Disposez dans un plat avec des grappes de tomates cerise. Brumisez d’huile d’olive, thym, sel et poivre. Enfournez à 80° pour deux heures et demie. Ou plus. Fastochissime.

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Pour le pesto.
Dans le bol du mixer, empilez un bouquet de coriandre, un bouquet de menthe équeutée, une bonne cuiller de pignons, une gousse d’ail la plus fresh possible, une grosse giclée de citron et une cuillère à soupe d’huile d’olive. Vrouvroumez. Salez, poivrez. Goûtez. Et rectifiez comme un malade.
A ce stade du récit, ouvrons une double parenthèse. (( Primo, les proportions maladroitement évoquées ci-dessus fonctionnent peu ou prou pour dix petits calamars. Pour vingt petits calamars, il faut donc de doubler la dose. C’est de la pure arithmétique domestique.
Deuzio, il s’agit d’un pesto corsé, balèze, power en saveur. D’aucuns craignant le choc des goûts et le boum des sapidités, il n’est pas interdit de diluer ce feu d’artifice avec une louchée de ricotta ou quelques brins de verdure inoffensive. Fermons là cette double parenthèse.))

Pour les calameretti.
Commencez éventuellement par vider le mollusque de ses viscères, os, et poche d’encre, en ôtant la membrane qui le gaine. Rincez à donf’. Farcissez de pesto à la petite cuillère. Fermez d’un cure-dent. Sel, poivre. Puis saisissez cinq minutes à feu vif.
La tête de la bête, hérissée de mignons tentacules, peut fricasser en chœur.
Puis composez sur assiette une figure postmoderne au géométrisme déconstruit avec les poivrons chipsés, les grappes de tomates confites et les animaux dorés.

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Voilà, voilà, les copines.

Tchou

PS: Conseil du chef: A défaut de petits calamars, utilisez des hamsters.

04/06/2009

Les mirobolants supions sautés aux éclats de moka


Mes hommages, très chers

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C’est une idée qui tournicote derrière notre occiput depuis des semaines déjà. L’idée, c’est le café. Oui, ce café que l’on aime à siroter tout noir, tout pur, tout brut. Ce café dont on grignote avec béatitude les grains à l’amertume hautaine autant qu’élégante. Ben, ce café-là, pourquoi ne pas l’utiliser en cuisine? Hein? En cuisine salée, s’entend. Car la pâtisserie l’utilise depuis toujours. Mais chacun sait que la pâtisserie n’a pas grand-chose à voir avec la cuisine salée; la première étant à la seconde ce que la neurochirurgie est au massage à la turque. Parfaitement.
Bref, après des averses de cogitations et des cascades de phosphorades, (plus quelques essais infects que l’on préfère taire pour garder deux sous de crédit à vos yeux embués), voilà nos supions sautés aux éclats de moka, recette à ce point niaise et succulente que l’on se demande modestement pourquoi elle ne figure pas au panthéon cosmique des petits plats qui font tilt en bouche.

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Chez le poissonnier, visez donc des supions, des bébés seiches quoi, vidés, sans encre ni os, prêts à l’emploi, bien blancs, propres et rebondis comme des roustons de caniche albinos. Comptez 200 grammes par convives. Conseil d’ami.
Rincez longuement vos bestioles à l’eau claire. Puis faites-les mariner dans un solide jus de lime, une louchée d’huile d’olive, une autre de gingembre frais haché, une pincée de cannelle et de piment, quelques feuilles de basilic et un tour de poivre au moulin. Réservez into the frigo.
Pilez menu menu _ au pilon _ vos graines de kawa. En évitant si possible le méchant robusta torréfié à la milanaise, pour privilégier un café bien né, du clan des arabicas, un moka par exemple, acidulé, subtil et parfumé.
Essorez les supions. Poêlez-les à feu furibard, en virant l’eau qu’ils ne manqueront pas de rendre. Au bout de six sept minutes, ajoutez une partie de la marinade.
Shakez la poêle. Ça fume. Ça crépite. Ça vit. Rectifiez l’acidité avec onze gouttes de citron vert en rab’. 
Shakez la poêle. Salez largement et intégrez les éclats de moka.
Shakez la poêle (bis repetita). Puis disposez presto le tout sur un plat ouvragé et multi vintage, avec quelques pluches de basilic et zestes de citron.
Avant de renverser stupidement le grand œuvre sur le sol de la cuisine, en hurlant le mot de Cambronne.
Cambronne qui, heureusement pour lui, ne mâchait pas ses mots.

Adios

21/05/2009

Gambas, morilles et lard embrochés à la vitesse d’un TGV au galop

Coucou,

 

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Aujourd’hui, chers lecteurs haletants et allaitants, nous allons tenter d’inscrire ce blog dans le Livre Guiness des Records Débiles, en publiant la recette narrée de manière la plus rapide de l’histoire de la popote mondiale.

Parfaitement.
On retient son souffle.
Et on se lance.

Pour réaliser une brochette gambas-morille-lard, embrochez le tout et faites griller.

88 caractères. 13 mots. Bingo. Ben voilà, on est dans le Guiness. Trop fort.
Certes, ce n’est pas donné à tout le monde, mais toi aussi, en bossant comme un fou des mois durant, tu peux y arriver.

Envoyez les télégrammes de félicitations et dons en nature à:
Dr Slurp
Genf
Suisse méridionale

Europe non alignée

 

Bizzzz

 

 

PS:  Avant de rafler le record, il s’agit de faire mariner les crevettes crues (de grosses crevettes ou de petites gambas) avec de l’huile d’olive, une pointe d’ail haché, une bonne pincée de piment d’Espelette, du thym frais et quelques tours de moulin à poivre.
Les morilles seront menues, bien nettes et fermes, si possible dégottées par M’Zelle Sonson dans les sous-bois des contreforts jurassiens (facultatif). On les nettoie sous l’eau, et on les précuit cinq six minutes dans une mininoisette de beurre.
Le lard est paysan mais pas fumé. Il est taillé en dés d’une taille égale à l’épaisseur des morilles et des crevettes (soyez bien concentrés à ce stade, SVP).

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Une fois le tout enfilé sur une pique (pique et colégramme), on bloque la brochette avec un petit bâtonnet d’oignon frais (le détail sublime, qui trahit le passé de scout du cuistot).
On assaisonne. Avant de faire dorer les brochettes une douzaine de minutes dans un peu d’huile d’olive, à feu mezzo.
Il est envisageable de se taper ça à l’apéro, en entrée ou en plat principal. Voire au dessert ou au goûter. Compter de une à 87 brochettes par personne. A déguster avec un verre de gamay à jus blanc boombastic, genre le Moulin-à-vent émouvant du Domaine des Côtes de Molières.

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Quoi??!! Il est long mon poste-scriptôme??!! M’enfin??!!

11/05/2009

L’angoisse de la pénombre musicale et le marbré de truite fumée aux citrons confits

 

Mes amitiés, les loutres savantes

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Il y a bien des lunes de cela, on vous avait raconté un repas pris dans le noir complet. Avec un bandeau sur les yeux, la papille alerte et l’imaginaire allègre. Très chouette expérience sensorielle.
Mieux vaut d'ailleurs la blackout complet que la nuit partielle. On s'explique...
L’autre jour, la curiosité titillée par des commentaires élogieux publiés ça et là dans l’édition locale, on s’en est allé découvrir une nouvelle table branchée, où se presse la jeunesse nantie et se mijote la cuisine de la modernité radieuse. Déco chargée, genre retour des puces. Zizique suave, genre lounge. Lumières tamisées, genre surboum. Une dame sévèrement lookée nous place dans un coin, avec vue sur une télé muette, juste à côté de la porte des WC. Commode.
On approche nos museaux du menu pour déchiffrer les intitulés sophistiqués des plats. Il fait sombre, non? Voilà les entrées. Pas terribles, les entrées.
Au bout d’une demi-heure, crac: le patron, l’air ravi, augmente le volume de la musique et baisse le variateur de lumière. Huuu, il fait très sombre, non? On attend la série de slows. Ou l’électricien. Ou l’opticien. Mais voilà déjà les plats principaux, dont on distingue vaguement les contours. Pas terribles, les plats principaux.
Une demi-heure plus tard, recrac: le patron fait grimper les décibels et dégringoler les lux. Où sont mes mains? Qu’est-ce que tu dis??!!! Le dessert sera avalé dans une pénombre majuscule et le boucan musical. Pas terrible, d’ailleurs, le dessert.
On a payé l’addition, à tâtons. Terrible, l’addition. Avant de se retrouver sur le trottoir, ébloui par le clair de lune, les portugaises vaguement sifflotantes.
Cet enseigne-là ne nous verra plus. Un juste retour des choses, en somme. Faudrait pas non plus pousser mémé dans les ténèbres assourdissantes.

Ce marbré de truite fumé à l’aneth et aux citrons confits _ terrine d’une tonicité salivante, cela soit dit en passant _ sera donc dégusté sous un lustre pop, équipé d’une ampoule d’au moins 80 watts. Et au son d'un reggae vintage, diffusé par une chaîne d'au plus 8 watts. 

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Pour une terrine d’un demi-litre, il vous faut deux ou trois citrons confits (maison ou pas), 300 grammes de truite fumée (bio, si possible; normale et saumonée pour faire, comme chez nous, dans le chochotisme dichromatique), trois décis de savagnin (ou autre blanc de terroir et d’histoire, à vous de voir), huit feuilles de gélatine, deux décis de fumet de poisson (maison – recette sur demande _ ou amoureusement réalisé par la poissonnière), au moins deux sortes de poivres aromatiques (jamaïcain, cubèbe, long, javanais, andorran…) et de l’aneth frais. Ce qui ne fait pas grand-chose, quand on y réfléchit bien.
Oups, avec ça, une petite crème au raifort fait risette. Crème pour laquelle il vous faut du raifort et de la crème. Ou de la ricotta. Ou du yaourt. Ben oui.

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Lavez et émincez menu les citrons et quelques brins d’aneth.
Concassez au pilon les deux poivres en grains.
Virez la peau des truites, puis divisez les filets en deux par la gouttière centrale (La gouttière? Mais de quoi il parle, machin???).
Chemisez la terrine de papier film.
Montez la terrine en démarrant avec un tapis de poivre et aneth. Disposez une couche de truite blanche. Couvrez de citrons confits, aneth et un rien de poivre. Salez mollo. Poursuivez avec la truite saumonée. Citron, aneth, poivre et sel. Truite blanche, etc… jusqu’à extinction de la matière première. Décorez de quelques baies roses (ringard!), pluches d’aneth et nains de jardin (facultatif)

Pour la gelée
. Balancez le vin dans une casserole, portez à ébullition et flambez pour éliminer l’alcool. Ajoutez le fumet de poisson. Sel, poivre. Puis les feuilles de gélatine, toujours sur le feu, une à une; laissez mijoter quelques minutes. Goûtez. Laissez tiédir. Puis mouillez la terrine jusqu’à rebord.

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Hop, au frigo, jusqu’au lendemain, qui, forcément, va chanter.

On mange ça avec la crème au raifort sus-décrite, bien corsée s.v.p., une salade verte et quelques tranches de pain grillé. Plus une topette d’un savagnin plein, lumineux et racé, l’Arbois 2007 d’Etienne Thiebaud du Domaine des Cavarodes par exemple, tout jeune vigneron naturel au talent éclaboussant. 2007, c’est d’ailleurs son premier millésime. Et sa première réussite. Mais pas la dernière.
Thiebaud, t’y es beau.

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Tchou!

 

06/04/2009

La sautaubec maritime (ou saltimbocca de lotte qui nous botte)

Hi, guys

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Si Jacques Toubon, auteur de la fameuse loi Toubon (malicieusement surnommée loi Toucon par certains esprits farceurs), était devenu maître du monde, ben, il aurait réalisé son rêve. Soit passer la langue française au karsher. Pour revenir à un idiome authentiquement tricolore, débarrassé des infectes scories étrangères. Notez qu’on a eu chaud.
Le vocabulaire culinaire, truffé de termes immigrés qu’il est, aurait été ainsi férocement assaini. Si Jacques Toubon était devenu maître du monde, on avalerait aujourd’hui des poêles valenciennes (traduisez des paellas) ou des remuages (comprenez brandades) à la provençale. Plus un gros hambourgeois le dimanche. Sans oublier de se régaler, de temps en temps, d'une petite sautaubec (saltimbocca en VI). Voire même d'une sautaubec de lotte aux bagues croustillantes de poivron (c’est là où on voulait en venir, ouf…), recette maligne pour ma ligne, qui peut amener quelques satisfactions au souper sans occasionner grand taf en cuisine. Top bénef, en somme.

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DSC01988.JPGPour le poivron. Lavez, décalottez et videz les graines en gardant le légume intact. Taillez en rondelles, sans carnage s.v.p., ce qui exige une lame de compétition et une âme de winner. Disposez sur un plat. Huile d’olive, romarin, sel et poivre. Et hop, au four, à 100 ° une heure, puis à 80° une heure de plus. Ça doit croustiller la mort de ta belle-sœur Gertrude,
Pour les sautaubecs. Faites vous trancher de chouettes escalopes de lotte par la poissonnière. Salez, poivrez. Déposez une feuille de sauge sur chaque tranche. Coiffez d’une mince tranche de Parme. Fixez le tout d’un habile cure-dent. Puis poêlez trois quatre minutes, avant de déglacer d’un trait de Jerez.
Behind the cravate, enfin, il n’est pas interdit de s’envoyer avec ça un petit rouge naturel, dynamique et charmeur. Pour ne rien vous cacher, on pense au Java, la nouvelle cuvée svelte et croquante de Jérôme Jouret, notre idole du Domaine ardéchois les Clapas.

Arrivée d’air chaud, les gens

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27/03/2009

Rififi autour du carpaccio d’asperges à la citronnelle et gambas rôties

Bien le bonjour,

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Comme la coiffure de Mireille Mathieu, l’ours des Pyrénées, le charme discret du secret bancaire ou la transsexualité du pape Ben The Sixteen, il y a des thèmes qui divisent encore et toujours. L’asperge crue en fait partie. Certains l’adorent. D’autres la craignent.
Une récente expérience, narrée ci-dessous, s’est ainsi soldée, autour de la table familiale, par une double exécution verbale. Dr Slurp en est sorti les pieds devant, l’âme ciselée et l’égo émincé. Rien de grave, on vous rassure. Et puis, tous les gnous sont dans la panure. 
Mais on vous raconte quand même. Because, ben, ce n’était pas si mal, en fait.

Bref, croquez dans ce carpaccio d’asperges vertes, gambas rôties et vinaigrette tiède à la citronnelle.

DSC01945.JPGDécortiquez entièrement de grosses gambas crues. Et faites mariner deux bonnes heures, au frais, avec plein de feuilles de citronnelle, de l’huile d’olive, un filet de citron et une bonne pincée de poivre de Sichuan.
Préparez une huile aromatisée à la citronnelle. Dans une casserole, plongez un déci d’huile d’olive et six feuilles de citronnelle. Dès que l’huile frémit, coupez le feu et laissez infuser quinze minutes. Virez les feuilles. Puis préparez une vinaigrette acidulée avec un filet de citron, sel et poivre.
Coupez le tutu coriace des asperges (entre le tiers et la moitié de la tige selon la plastique des demoiselles). Pelez-les. Séparez les têtes d’un coup de lame vengeur. Taillez les tiges en minces lamelles à la mandoline (gratte gratte, mon petit Bambino). Blanchissez les têtes quatre minutes dans de l’eau salée. Rafraîchissez sitôt.
Poêlez à feu furax les gambas, deux minutes de chaque côté, plus 33 secondes sur la tranche, en arrosant de marinade. Essorez. Tranchez en deux dans le sens de la longueur.
Réchauffez tout doux la vinaigrette.
Disposez les lamelles et têtes d’asperges dans une grande assiette au design sobrement baroque. Empilez les crustacés, là au milieu, en une rosace érotique. Oignez largement de vinaigrette tiède. Quelques cristaux de fleur de sel. Un gros tour de moulin à poivre. Et grimpez à pas pépères sur l’échafaud.

Arrosoir

PS: L’étrange là-dedans, c’est qu’en effet, l’asperge crue n’a guère la saveur de l’asperge cuite. Rien à voir. Voilà même une vraie bizarrerie culino-physique. On en parlera à notre psychiatre.

02/03/2009

Les rougets à la purée de patate douce et coppa chipsée. Ré mi fa sol sol ré.

Gros coucou, les aminches

 

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Les Rougettes de Rochefort, portrait posé, Estèbe 2009.

La mirette était vive, la robe joliment argentée et la moue espiègle. Allez savoir pourquoi, ces deux rougets alanguis sur l’étal du poissonnier nous ont illico évoqué les Demoiselles de Rochefort. Celles qui sont des sœurs jumelles, nées sous le signe des barbets, mi fa sol la, mi do. ré mi fa sol sol ré. De la fraîcheur. De la jeunesse. De la malice. Allez hop, les frangines, direct dans le cabas. En compagnie d’une énorme patate douce et de quatre fines tranches de coppa. Car, il y avait un plan là-dessous. Soit cette recette couillonissime mais luxurieuse de filets de rougets à la purée de patate douce comme à Cayenne et coppa chipsée. Mi fa sol la, mi ré.

A la maison, il a fallu lever les filets des mignonnes. C’est technique. Barbant, le barbet. En cas de charnier annoncé, demandez donc au poissonnier de bosser. Cela évitera une volée de très gros mots dans la cuisine.
Ce n’est pas tout. Ensuite, à la pince à épiler, il s’agit d’extraire, une à une, les arêtes qui peuplent la partie médiane des filets. Opération valorisante en diable. Ce n’est pas donné à tout le monde de dégazonner la délicate échine des Demoiselles de Rochefort.
Nous avons toutes deux au creux des reins, c'est fou
Une salve d’arêtes qui vous troueraient le cou

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Après ça? De la pure rigolade.
Pelez, lavez et détaillez la grosse patate douce en cubes. Direction la casserole, dans de l’eau frémissante salée, un bon moment. Quand le tubercule s’effondre, écrasez à la fourchette ou au presse-purée. Puis montez avec une mini louchée de crème et quelques menues rasades d’huile d’olive. Sel, poivre, un rien de muscade, poivre de Cayenne. Goûtez. Il faut que ça soit bon. A la fois doux et picotant. Gardez au chaud.
Chipsez la coppa à la poêle sans matière grasse. Quand elle croustille, essorez, puis réservez au chaud.
Salez et poivrez les filets, poêlez-les à feu balèze dans un léger mix huile d’olive-beurre, moins de deux minutes côté peau, trente secondes côté chair.
DSC01865.JPGDisposez savamment les trois éléments dans des assiettes chaudes et belles, en une composition post-cubique quoique néo-constructiviste. Composition dont l’aspect résolument monochrome n’aura échappé à personne. Non, Germaine, trop de rouge ne nuit guère. A attendre le Matin du Grand Soir, autant le faire à table.
Rouge aussi devra donc être le pinard, tel le pinot noir 2006 spirituel et croquant de la maison valaisanne Fin Bec, l’une de nos tocades récentes, dont la fraîcheur fruitée fait…
Aimer la ritournelle
Les calembours et les bons mots
Mi fa sol la, mi ré
Ré mi fa sol sol sol ré do

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Tchou!

04/12/2008

Le curry de la mer mentholé et son cortège foldingue

Coucou

 

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Quand la crise rougeoie, que la récession gronde et que l’hiver pointe son vilain groin givré, ben, on aime bien les tables bien encombrées. Avec plein de machins et de trucs dessus. Des plats, des bols, des sauces, des casseroles fumantes. Ça fait riche, comme disait notre défunte mémé maternelle, qui avait le don de la formule.
Bref, l’autre jour qu’une famille de proches rieurs était attendue pour un lunch dominical, toute la maison (sous la houlette de Madame Sonson, reine de l’indiennerie slurp) s’est mise à préparer, dans une concentration fiévreuse, ce curry de la mer à la menthe, escorté de son cortège hindouiste de mango chutney, dhal, yaourt, purée de piment et riz blanc à l’indienne.
Plein de machins sur la table, vous disais-je. (Oui, Raymond, il va falloir mettre la rallonge)

Pour six gosiers avides de saveurs exotiques, il vous faut (Raymond, tu peux imprimer la page et découper la liste si tu veux, c'est plus commode chez la marchande):

- Un kilo de moules de bouchot
- 500 grammes de joues de lotte (ou de chair de lotte tout court)
- 500 grammes de crevettes crues, congelées et décortiquées (c’est mieux)
- Du gingembre frais
- Plein d’épices indiennes (curry, curcuma, garam massala, maison pourquoi pas)
- Deux mangues
- Des raisins secs
- 250 grammes de lentilles corail
- Un bouquet de menthe
- Un pot de yaourt nature
- 5 décis de lait de coco
- 400 gr de purée de tomate (maison pourquoi pas, ou tomates fraîches en saison)
- Trois oignons rouges
- Une tête d’ail (toi-même)
- Un sitar accordé en ré (facultatif)

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Pour le curry de la mer. Nettoyez les moules avec la diligence d’une mère récurant le crâne de son fils unique pour lequel elle nourrit de folles ambitions.  Rincez les crevettes. Détaillez la lotte en gros cubes s’il le faut. Au fond d’une cocotte, faites blondir dans une cuillère d’huile un oignon rouge haché, deux gousses d’ail hachées et une cuillère à soupe de gingembre râpé. Saupoudrez largement de curry pakistanais (top avec le poisson), garam massala, curcuma et piment en poudre, jusqu’à ce que le tout se mue en aimable pâte, taquinant délicieusement les narines au moindre coup de spatule. Ajoutez la purée de tomates, remuez, puis le lait de coco. Rectifiez. Sel, piment, curry. Il faut que ça embrase le larynx.

Juste avant le miam. Ajoutez d’abord la lotte, cinq minutes, puis les crevettes, quatre minutes, et enfin les moules, jusqu’à ce qu’elles s’ouvrent. Une tombée de menthe ciselée. Et voilà le boulot.

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Bon avant cela, il y a un peu de taf…

Pour le mango chutney. Pelez et taillez les mangues en petits morceaux. Salez et réservez. Pilez au pilon deux gousses d’ail, une bonne cuillère de gingembre râpé, une cuillère de vinaigre et un petit piment hot. La pâte ainsi obtenue file à la casserole, dans une demi-tasse de vinaigre, avec un peu de sel et une grosse pincée de garam massala. Laissez frémir dix minutes. Ajoutez les mangues et les raisins secs. Laissez confiturer une bonne dizaine de minutes de plus. Rectifiez. Puis faites refroidir.

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Pour le dhal. Même principe. Faites blondir un oignon et une gousse d’ail hachés, plus une cuillère à café de gingembre râpé, dans une noisette de beurre. Ajoutez une ½ cuillère de curcuma. Remuez. Rincez et égouttez les lentilles. Ajoutez dans la poêle, remuez une ou deux minutes. Mouillez avec trois tasses d’eau chaude. Portez à ébullition. Baissez le feu et laissez glouglouter un gros quart d’heure. Ajoutez alors une pincée de sel et de garam massala. Continuez la cuisson pépère jusqu’à ce que les lentilles soient aussi tendres que la pupille de Shivah à la saison des amours.

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Pour la purée de piment. Débrouillez-vous. Ou achetez celle du maraîcher qui est atchement bonne.

Pour le yaourt. Versez un yaourt nature dans un bol extrêmement joli. Ploutch.

Pour le riz à l’indienne. Pffffffffff. Improvisez. On commence à s’user les doigts sur le clavier

Pour le glouglou. Du thé. De la bière. De l’eau bénite par Ravi Shankar. Ou un rosé de Loire avec une larme de douceur. Nous, on a bu un blanc très bon, mais définitivement pas taillé pour ce grand trampoline gustatif.

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Bien à vous, les kangourous

 

NB. Non, Raymond, tu n'es pas obligé de cuisiner tout ça. Tu choisis. Tu pioches. Tu slalomes. Oui, Raymond, tu peux très bien te contenter du yaourt.

17/11/2008

Fournaise intime et fricassée de supions à la pancetta

Comment que ça biche chez vous?

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L’autre jour, on éminçait pépère deux piments rouges et italiens pour confectionner la recette servie ci-dessous.
Nul ne l’ignore: les piments hot ont tendance à picoter l’épiderme, et les muqueuses a fortiori.
Une fois l’ouvrage achevé, donc, on se dirige à pas félins vers la salle de bains, pour un lavage des pattes minutieux. En s’arrêtant en chemin pour un petit pipi. Un pisson à la sauvette, sans trop y penser.
Grave erreur tactique.
De retour en cuisine, ça a commencé à chauffer. Là, en bas. Rien de suffocant, du moins au début. Evidemment, on a pigé illico. Avant de flipper grave, en redoutant un feu historique. Le remake de la Tour infernale en caleçon. L’incendie de la pinacothèque de Pompéi. La flambée du Reishstag version pelvienne.
Rassurez-vous, lecteurs haletants. Le sinistre a été relativement court et d’assez faible amplitude sur l’échelle de Ziziroussi.

A vrai dire, ce n’était pas si désagréable que ça. Hum...

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Bref, ce chapitre top impudique clos, voilà une fricassée de supions pimentés à la pancetta et cerfeuil, plat irrésistible et réalisable en vingt minutes de boulot radieux, avec canicule intime éventuelle.
Pour un couple d’adultes, il vous faut sur le plan de travail 450 grammes de supions (ou chipirons, petites seiches au physique gracieux) parés par le gentil poissonnier et rincés ensuite, dix brins de cerfeuils hachés, une gousse d’ail hachée itou, deux piments chauds émincés, quelques tomates cerise tranchées en quatre et trois tranches de pancetta un poil épaisses, dégraissées et découpées en pitis cubes.
A l’attaque.
Faites revenir au fond du wok, ou d’une bonne poêle, ail et piment. Réservez.
Faites dorer la pancetta. Réservez.
Débarrassez le fond du wok de la graisse qui y stationne sans doute d’un coup de Sopalin vengeur.
Un peu d’huile d’olive, et vlan: balancez les supions. Qui vont rendre de la flotte. Laissez faire. Au bout de dix minutes, égouttez s’il le faut. Assaisonnez (il ne faut pas que supion pionce). Ajoutez pancetta et piments. Une ou deux minutes. Puis tomates et cerfeuil.
Shakez et servez aussitôt, avec un cru du beaujolais balèze et épicé, droit mais rieur.
Le Moulin-à-Vent de Paul Janin par exemple (Clos du Tremblay), que nul ne songe à classer dans la gentille famille des gamays tant sa chair se montre dense autant que serrée.
Tremblay, dégustateurs du monde entier.

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Bye

10/11/2008

Trois recettes de cédrat, le gros agrume à tête de mule

Bien le bonjour, les aminches

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Le cédrat est un agrume balèze que l’on rencontre dans les vergers corses et siciliens, entre autres. Il ressemble un peu à un citron bodybuildé, qui passerait son temps à soulever de la fonte au fitness du coin et à bouffer des burgers. Un gros idiot, quoi.
Le cédrat n’a donc pas une plastique rassurante. A vrai dire, le cédrat est un fruit résolument revêche.
Jugez plutôt:

1/ Entre son écorce et sa pulpe centrale, il cache une gigantesque gangue de chair blanche super amère, qui vous ferait passer le chicon pour du chamallow.
2/ Outre son amertume carabinée, ladite chair blanche se montre duraille sous la dent. On y a laissé trois plombages.
3/ Pressons le donc. Ouille! Trop dur. Après trois heures d’efforts, voilà enfin trois gouttes über acides. Le cédrat n’a pas de jus. Ah, la crapule!
4/ Et bonjour les pépins à la pelle. Un vrai champ de mine.

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Voilà sans doute pourquoi la doctrine culinaire préconise de le confire, ce que certaines font avec élégance.
Nous, sans doute parce que les têtes de mules bougonnes et coriaces nous sont sympathiques, on s’est évertué tous le week-end à trouver des idées pour le cuisiner cru, ou quasi.
Quelques propositions…

La salade à la sicilienne

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C’est la maraîchère qui nous a glissé ça derrière l’oreille. Les Siciliens, nous a-t-elle affirmé avec une moue dubitative, le taillent en fines lanières, en gardant la peau, et s’en font des salades, simplement arrosées d’huile d’olive et coiffées de roquette hachée. On a essayé. A coups de mandoline. Avec de la fleur de sel, trois zestes d'orange. Et un mix menthe-basilic ciselé avec amour.

Verdict? Pas mal. Même s’il faut un hectolitre d’huile d’olive pour rendre la chair aimable, chair qui absorbe l’huile façon aubergine. Une dégustatrice a suggéré de pacser le monstre avec un légume à la texture un brin moins calleuse, du concombre par exemple. Faudrait essayer.

Le carpaccio de cerfeuil tubéreux

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Que l’on a arrosé d’huile de noix, jus de lime, graines de sésame noir, cerneaux concassés et zestes de cédrat. Très bon, merci. L’amertume des zestes vous fait un brin écarquiller les orteils, mais à l’apéro, ça peut faire office de détartrage préliminaire des papilles.


Le pavé de lotte sur lit de poivron, coriandre, olives vertes et cédrat.

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Assez fun et tonique.
DSC01412.JPGPelez et détaillez des poivrons jaunes en lanières, qu’il faut assouplir dans une poêle avec une larme d’huile d’olive. Pendant ce temps, émincez quelques olives vertes, un oignon frais et un peu de coriandre fraîche.
Taillez le cédrat en mini mini lamelles en ne gardant qu’environ un centimètre de chair blanche.


Touillez le tout (poivrons compris).
Poêlez des tronçons de lotte de 160 grammes envriron à feu mezzo, en les retournant régulièrement. L'idée? Garder le cœur nacré. Pas évident. Pour stopper la cuisson à temps, plantez une brochette dans le pavé, quand elle ressort tiède, la messe est dite. Sel, poivre. Gardez au chaud.
Dans la même poêle, ajoutez une bonne noisette de beurre. Quand il mousse, faites revenir le hachis (poivrons + oignons + olives + cédrat + coriandre) une minute ou deux. Préparez un oreiller douillet avec la garniture, posez la lotte dessus, qui s’endort aussitôt, fleurdesalez.
Et mastiquez bien. Car ce n’est pas avec un petit coup de canine que le cédrat cédera.

C’était le gag de fin. Pas terrible. Mais bon.

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Monsieur le gros cédrat et son cousin gringalet: le citron. Z'avez vu la bête?

 


A tout soudain, les gentils babouins

30/10/2008

Menace de boycott préélectorale et salade de morue aux deux tomates


Youp!

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L’autre jour, nous discutions aimablement, un copain et mèzigue, de l’issue des futures élections étasuniennes. Comme ça, à l’apéro.
«Si le grabataire crypto-facho et sa tarée de vice-présidente gagnent, je balance tous mes disques américains», m’exclamais-je soudain, tout rouge de résolution.
Le copain s’esclaffa. «Mais c’est 99% de la discothèque que tu vas jeter aux orties. Tu veux finir ta vie avec un best of de Brassens?».
L’argument porta. Comment pourrais-je vieillir sans mes vieux Creedance? Je trouvais illico une autre mesure de rétorsion. Et me mis à glapir, la paupière tremblotante et la pupille fiévreuse: «Si le vioc sanguinaire et Sarah la débile l’emportent, je brûle tous mes romans ricains!»
Le copain me coula un regard brillant de convoitise. «Tu pourras me filer tes originaux de Jim Harrison avant de craquer l’allumette?»
Une fois encore, il fit mouche. Je m’affalai en maugréant. Et soudain, l’idée jaillit. Lumineuse. Impitoyable. «Si la peste républicaine reste à la Maison-Blanche, je ne mettrai plus jamais les pieds au McDo, ni n’achèterai une bouteille de vin américain!», hurlai-je, en sautant à pieds joints sur la table basse du salon.
Le copain sourit avec indulgence. Sans doute savait-il que mon unique et dernière visite au McDo datait d’août 1983. Et que mon unique et dernière bouteille de rouge californien avait fini en jus de ragoût en novembre 1992. Mais qu'importe. Le plan était parfait. Que les suppôts du gangsta-libéralisme et de l'ultra-catholicisme tremblent dans leurs vareuses transgéniques! Que les petits et grands électeurs y réfléchissent à deux fois avant de glisser leur bulletin dans l’urne ! Un terrible boycott venu des bords du Léman pourrait bien foudroyer l'Empire.
Le copain grogna un faible «Allez Obama», étouffa un bâillement. Puis demanda: «Qu’est ce qu’on mange, au fait?»

Ben, une salade de morue aux deux tomates, câpres et olives.

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Pour quatre électeurs démocrates à table, il faut se munir de 338 grammes de morue (salée donc), douze tomates cerise, quatre tomates séchées à l’huile, des grosses câpres, des olives noires et quelques pousses de saladine tonique (du cresson alénois, de la red russian kale, du tatsoï, voyez quoi…).

La veille faites tremper la morue. Changez l’eau du bain au moins quatre fois.
Puis coupez-la en gros morceaux et pochez huit minutes, à petits glouglous, dans 2/3 d’eau, un 1/3 de lait. Laissez refroidir.
Puis effilochez du bout de vos longs doigts manucurés, en virant arêtes, bouts durailles et peau. Ce qui n’est pas l’étape la plus drôle de la recette. Si un jour on vous propose un CDD d’effilocheur de morue, trouvez une excuse pour décliner.
Au fond d’une casserole faites blondir une gousse d’ail hachée dans une bonne cuillère à soupe d’huile d’olive, ajoutez la morue et remuez doucement. Un tour de moulin à poivre. Gardez au tiède.
Au fond d’un saladier, concoctez une vinaigrette (deux cuillères à soupe huile d’olive + une cuillère de balsamique blanc) poivrée, mais sans sel. Ajoutez les tomates cerise salées et coupées en deux, les tomates séchées émincées, les olives noires dénoyautées, la saladine et une bonne poignée de câpres. Puis la morue tiède.
Touillez avec amour. Débouchez un blanc de caractère (venu du Jura, par exemple, de chez Monsieur Overnoy, par exemple, de savagnin oxydatif, par exemple).
Et priez la Vierge noire que les Ricains ne votent pas comme des abrutis.

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Bye

09/10/2008

Rougets au lard et crème de paprika: la recette à 700 milliards

 

Coucou, les happy contribuables

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C’est assez rigolo ces paquets de flouze qui valsent ces jours-ci. Ya les 700 milliards de ce brave Paulson; les 2,4 milliards d’euros pour Galileo; les trois milliards d’euros pour Galexia; les 4 milliards dilapidés par Kerviel, et on en passe et avec plein de zéros. Sans oublier les parachutes dorés, ou plutôt les montgolfières serties de diamants: trois millions d’euros pour le gulu de Dexia; six millions d’euros pour la nana d’Alcatel, etc.

Je sais pas vous, mais au bout d'un moment, tout ça devient total abstrait. Cent millions par ci; trois milliards par là. Et pouf! Ma petite dame, le billion, je vous l’emballe? On s’étonne plus. On compte plus. On peste même plus. C’est juste une petite musique avec des chiffres à la place des notes, qui fait dingueling dans nos oreilles.

Tout ça pour dire que le rouget barbet, avant-hier encore, on trouvait ça cher. Et les petits bolets tête-de-nègre aussi. Ben, l’autre jour, au marché, on a vidé notre portefeuille sans même y penser. Levez-moi les filets et prenez donc cette liasse, monsieur le poissonnier. La monnaie? Pour quoi faire?

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Après, on est allé jeter des pièces aux canards dans le lac. On s’est amusé à faire des cocottes avec les cartes de crédit. Avant de rentrer à la maison pour vous mitonner ces filets de rouget au lard rôti, petits bolets et crème de paprika frais pimenté. Recette à la fois roots et culottée, terre et mer comme on dit, que les gentes créatures qui partagent notre existence ont avalé avec un vrai enthousiasme. Sans compter, quoi.
On notera au passage l’utilisation de paprika frais, top chic et dépaysant, remplaçable sans nul bobo par des poivrons doux lambda. Il faut aussi se munir de longues tranches d’un lard salé, mais pas fumé. Et d’un piment fumé, mais pas salé. Par exemple le pimenton de la Vera venu d’Espagne, très parfumé et câlin, qui se cache d’ordinaire dans une boîte en métal au look délicieusement kitsch.

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Bon, zou, en cuisine!

Pelez et taillez les paprikas en morceaux. Faites fondre à couvert dans une casserole avec une larme d’eau et une giclée d’huile d’olive, en compagnie d’une gousse d’ail émincée. Quand le légume s’attendrit, mixez, liez d’une cuillère de crème, pimentez au pimenton, sel, poivre. Gardez au chaud.

Dégraissez un brin le lard, rôtissez-le à la poêle. Essorez sur du papier absorbant. Gardez au chaud.

Brossez les bolets, faites les sauter cinq bonnes minutes dans une noisette de beurre. Assaisonnez d’une pincée de gingembre en poudre. Sel, poivre. Gardez au chaud (quoi, on se répète?)

DSC01258.JPGSalez et poivrez les filets de poisson. Hop, à la poêle bien chaude. Deux minutes côté peau. Trente secondes côté chair. Et toc.

Récapitulation. Nous voilà donc avec un crème de poivron; des mignons petits cèpes; des bandelettes de lard et des filets de rougets. Il s’agit dès lors de présenter tout ça dignement, voire même joliment. Or c’est un art qui nous échappe encore. Débrouillez-vous.

Avec ça, un cru languedocien au fruité tapageur et à la chair aussi pulpeuse que fraîche, le sous estimé et éblouissant Faugères 2006 du Domaine Saint Antonin par exemple (13 francs, c'est quoi de nos jours?), pourrait redonner la banane aux bourses internationales.

Un trillion de bisoux

23/09/2008

Lentilles et coquillages: l'attraction immédiate

Comment que ça va, vous?

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mona_lisa_lipo.jpgSelon une étude américaine aussi récente que sourcilleuse, le botox stimule le coup de foudre. Ou tout au moins l’attraction immédiate. La nana (ou le gulu) sévèrement botoxée inspire d’emblée la sympathie, voire le désir le plus dégoulinant, bien plus que la même nana (ou gulu) pas botoxée du tout.
Notez au passage que l’enquête a été menée auprès d’un échantillon représentatif… d’Américains. Et que ces gens-là ont éventuellement des goûts un brin différents des nôtres. Par exemple, ils trouvent la chanteuse Cher ravissante.
Nous, en tout cas, ce ne sont pas les lippes de canard et les minois pétrifiés qui nous rendent tout chose. Mais les lentilles vertes du Puy (rarement on avait échafaudé transition à ce point niaise). Surtout quand elles sont flanquées de petits coquillages (on s’enfonce).
Voilà donc des lentilles aux coquillages et petits légumes, plat sain et exquis qui, s’il lipposuce un brin le porte-monnaie, ne botoxe en rien les hanches.

Pour quatre coquins à table, il nous faut 600 grammes de palourdes et 600 grammes de petits coquillages, genre vongoles et coques. Cela dit, si parmi vous lecteurs adorés, certains souhaitent mettre de la moule là-dedans, on n’y voit aucun inconvénient. Où en étions-nous? Ah oui, les emplettes. Ajoutez au fond du petit panier une grosse carotte, une petite aubergine, un bouquet de cerfeuil, du vin blanc et 220 grammes de lentilles vertes, pourquoi pas genevoises.

DSC01189.JPGMettre les coquillages à dessabler une demi-heure dans de l’eau fraîche salée. Rincez les lentilles, expédiez dans de l’eau frémissante, avec une bonne pincée de sel, un bouquet garni, quelques grains de poivre, trois feuilles de poireau et un oignon piqué de quatre clous de girofle. Laissez glouglouter 20-30 minutes.

Pendant ce temps, taillez la courgette et la carotte en brunoise, soit en cubes nains. C’est fastidieux, mais satisfaisant.
Puis faites fondre une échalote et une gousse d’ail hachées au fond d’une grosse poêle à larges bords (ç'a un nom, cet engin, m'en souviens plus, une sauteuse?). Ajoutez les coquillages, quatre brins de cerfeuil et trois décis de vin blanc. Couvrez. Quand les coquillages s’entrebâillent gentiment (le temps d'une chanson), réservez et filtrez le jus. Puis remettez-le sur le gaz, qu'il réduise pépère. Laissez refroidir les coquillages. Avant d’en décoquiller le plus grand nombre. Voui: on garde quelques bestioles avec leurs carapaces pour rendre le plat plus attractif comme disent les études américaines.


Juste avant la fin de cuisson des lentilles, ajoutez d’abord les carottes quelques minutes, puis les courgettes quelques secondes. Manière de garder les légumes croquants. Puis virez l’eau, le bouquet garni, l’ail et l’oignon. Remettez les lentilles un petit moment à feu soft, avec une cuillère à soupe de crème fraîche et un déci de jus de coquillages réduit. Plus les coquillages, bien sûr. Mélangez avec componction. Parsemez de pluches de cerfeuil. Rectifiez l’assaisonnement, en pimentant un poil si la glotte vous en dit.

Puis injectez-vous une dose massive de collagène dans le lobe de l’oreille droite pour susciter la sympathie des convives. Chouette ambiance garantie.

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Bizzzzzzzzzzzzz

PS. On relit cette recette. Et on s'étonne de la confusion qui y règne. Un vrai botoxon. C'est pourtant un plat peu ou prou réalisable par un enfant au QI moyen (environ 60-65). Or, on y pige que pouic. Est-t-on vraiment fait pour la rédaction culinaire? Ne devrait-on ouvrir un blog sur le jardinage? Sur la lévitation transexuelle? Sur l'élevage des castors juniors?  Va falloir y penser.

18/09/2008

Benoît à Lourdes et sole aux girolles (avec du gingembre qui fait crountch)

Mes bien chères sœurs,

 

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Nul ne l’ignore: Benoît XVI faisait récemment une tournée promo en France. Diable, que cet homme est sympa. Vif, drôle et gentiment progressiste avec ça. Bon, il coince encore sur le divorce. Mais à son âge… Et si ce n’est pas ce pape-là qui réforme le catholicisme, ses enfants le feront.
Comme à chaque fois, le spectacle réjouissant du Pontife en goguette a réveillé chez nous une vieille interrogation. Dieu existe-t-il? La question a l’air anodine. C’est pourtant là un vrai débat. Certains doutent. D’autres guère. Nous, on aimerait simplement avoir une preuve. Une bonne apparition, par exemple, serait la bienvenue. Ou un geste. Par exemple que la taille 33-30 se mette brusquement à grouiller dans les magasins de jeans (c’est humiliant d’avoir à raccourcir ses frocs). Que Pierre Dac ressuscite. Que Lio revienne à la Nouvelle Star. Ou que le prix de la sole baisse. Parce que c’est cher, la sole. Et la sole pêchée sur petit bateau, on ne vous dit pas.
Bref, voilà un filet de sole aux chanterelles (ou girolles) et gingembre croustillant, création maison aussi couillonne à réaliser que voluptueuse à avaler, dont on vous détaille les quatre mouvements glorieux ci-dessous.

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1/ On commence par se mitonner un beurre citronné et gingembré au persil. En travaillant à la fourchette une motte jusqu’à ce qu’elle s’abandonne. Puis en y intégrant quelques brins de persil finement hachés, une bonne tombée de gingembre en poudre, du poivre, du sel et un filet de citron. Il ne s’agit plus, dès lors, que de boudiner le beurre dans du film alimentaire et de l’expédier au congélo.

2 / Après ça, on attrape un morceau de gingembre frais qui passait par là. On pèle et taille de longues lamelles, qu’on met à sécher à la poêle, sans matière grasse, à feu moderato. Quand le gingembre croustille, on réserve.

3 / Passons aux chanterelles (ou girolles). Qu'il s'agit de laver brièvement à l’eau, avant de les essorer délicatement sur du papier ménage. Et hop, à la poêle, dans un beurre moussant, trois quatre minutes. A feu allegretto. Sel, poivre, quelques pluches de persil. On réserve dans un four tiède.

4 / Reste plus qu’à poualer le poisson, préalablement assaisonné, dans un peu de beurre moussu et trois gouttes d’huile d’olive. Deux trois minutes, à feu carrément allegro.
Il faut présenter tout ça atchement bien pour que se prosternent les convives affamés (agglutinés autour de la table comme des apôtres joyeux). On vous suggère de planter les bâtonnets de gingembre dans le poisson. Poisson cerné de girolles et coiffé de rondelles de beurre aromatisé. Trop chouette. On en croirait presque à l’existence du Barbu Suprême, là-haut, sur son nuage.

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Bien à vous

PS: Vous noterez la taille décroissante des photos. C'est pour attiser le désir gourmnand chez le lecteur. C'est nouveau, c'est moderne, ça vient du Vatican.