21/10/2011

Le calendrier lunaire dans ton verre à pied

Coucou, les sélénites

article-0-0499FA69000005DC-975_233x397.jpg
Quiconque se siffle avec ardeur et régularité des vins dits naturels (soit archi bios et peu ou pas soufrés) sait que ces crapules se montrent drôlement versatiles.

Le lundi, le pinard te caresse amoureusement la muqueuse buccale, en chatouillant tes capteurs nasaux d’embruns floraux et fruitiers proprement envoûtants. C’est le printemps dedans ta glotte. C’est Luna Park. C’est la Saint Guilli. C’est la fête à la luette.

Le mardi, la même bouteille, elle te fait plus que dalle. Elle se mure dans un silence boudeur. Elle te montre son derrière osseux. Voire elle exhale ce parfum caractéristique de l’hyène pétomane en état de décomposition avancée.

La faute à qui? La faute à la lune. Oui. Lunaire = lunatique = loterie. C’est que ces vins-là ne sont pas blindés de saloperies chimiques. Ils sont vivants. Ils bougent leur corps avec les astres. Voilà qui peut certes heurter les esprits cartésiens et méthodiques, tel celui qu’abrite la boîte crânienne du Dr Slurp. Il s’agit pourtant d’une réalité dégustatoire mille fois éprouvée. Et d’une réalité agricole avec, tous les producteurs biodynamiques  - ou pas - pourront vous en causer. Sans épiloguer sur les marées, les ragnagnas, les bestioles et plein d’autres choses encore autour de nous qui twistent avec le cosmos.


sushi-vin-au-claire-de-lune-copie-1.jpg
Rien de catastrophique là-dedans. Il faut simplement guigner le calendrier lunaire avant d’attraper le tire-bouchon. Comment lire le machin? Fastoche. Il y a quatre types de jours: feuilles, fruits, racines et fleurs.
Les jours fruits et fleurs, le pif rigole. Et toi avec. Et moi aussi. Youpi.
Les jours racines, il peut éventuellement grimacer un tantinet. Rien de grave. Où est passée la carafe?
Les jours feuilles, il tire une tronche de requiem. Pire, il boucane parfois grave du goulot. Les jours feuilles, c’est Coca light.

Une superbonne nouvelle pour finir: ce week-end, c’est… fruit!

On entend d’ici les bouchons qui valsent.


wine_women_song.jpg
Bien à vous, les copines fruits et les copains fleurs

12:21 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : lune, dégustation |  Imprimer |  Facebook | | |

19/09/2011

Le jarret de veau à la verveine citronnée et l'indignation bachique en primeur

Coucouloucoucou

Pinards 002.jpg
Ah, quelle rigolade, les copains! L’autre jour, mèzigue parcourait distraitement les tarifs des bordeaux 2010 en primeur. Notez qu’il existe une foultitude d’autres lectures autrement plus distrayantes – les coefficients des marées à Keravel-Brouennou, par exemple –, et que l’on a nullement envie de se griller un 13e salaire dans un litron aquitain. Le Dr Slurp, d’ordinaire si placide, a tout de même froncé un sourcil en levant les yeux au ciel (double grimace très dure à réaliser simultanément) en découvrant la progression tarifaire de ce bon vieux Château Latour. Ouvrez vos esgourdes et serrez les orteils: plus 4300% en 17 ans. QUATRE MILLE TROIS CENT POUR CENT. Elle est pas Gironde ma courbe? Ça, c’est de l’ascenseur supersonique. Attention ma petite dame, on va décoller. Vroum vroum.


Dans le genre hilarant, il y a aussi Ausone, dont la quille primeur en 2010 (donc encore en élevage au château, on débouchera l’an prochain) se paye dans les… 1300 euros. Et paf: un SMIG en bouteille. Ce qui nous fait environ 178 euros le déci. Et donc grosso modo soixante balles la gorgée. Là, tu prends ton temps pour déglutir. Tu léchouilles le fond de ton verre comme un caméléon. Et t’arrêtes de te laver les dents pendant deux ans. Tout ça pour une giclette de raisin fermenté, que t’es même pas sûr qu’elle te plaise vraiment, la giclette.


Ben oui, c’est obscène. Ben oui, c’est de la spéculation crapuleuse. Et le plus embarrassant dans ces histoires, c’est qu’il existe des couillons prêts à débourser des sommes à ce point indécentes pour du simple pinard. A leur place, on choperait une honte carabinée. La honte pour la masse grandissante de gens qui peinent à joindre les deux bouts. La honte pour les vrais artisans du vin, ceux qui mouillent leur chemise tous les jours dans leurs vignes.


Ben voilà, on a encore réussi à plomber l’ambiance. Hum… désolé.

Tiens, si on se faisait à manger pour oublier l’embouchure de la Garonne? Si on se faisait un jarret de veau confit au pamplemousse et à la verveine citronnelle? Ça serait bien, non?

jarret 006.jpg

Pour quatre personnes, payez-vous un bon gros jarret qui tutoie le kilo. Et puis une petite pomme de céleri, un bouquet de verveine fraîche, un pamplemousse et un bon fond de veau artisanal. Tralalala.


Zestez le pamplemousse, puis pressez-le. Réservez. Dans une poêle à feu dru, faites bronzer le jarret sous toutes ses coutures. Assaisonnez.

Déglacez avec le jus d’agrume. Installez le jarret dans un plat doté d’un couvercle. Mouillez avec le fond de veau et le jus de pamplemousse.

Ajoutez un peu d’eau, une échalote hachée, deux brins de persil et trois brins de verveine. Couvrez. Enfournez à 140° pour trois heures. Détaillez le céleri en cubes. Au bout de deux heures de cuisson, réservez le jarret avec précaution, filtrez le jus. Puis renfournez le tout avec le céleri pour une heure de plus. Mmmm, c’est clair?


Au final, coiffez la bête de zestes et de pluches de verveine fraîche.

Et toc: ça se coupe à la cuillère; ça fond dans la bouche; ça fait twister la papille. Et ça s’arrose de Château Ô Zone. En cubi, bien sûr.

Tchou!

13/09/2011

Les sept péchés viniques (pas ta mère)

Coucou!



4693369787_64c910a06b.jpg

Un ami cher et bachiquement docte m’a tagué. Entendez qu’il me propose aimablement de répondre à un questionnaire vinique, pertinent et drolatique, qui circule dedans la bloglouglou. Il s’agit d’une variation alcoolisée sur les péchés capitaux. Le Dr Slurp, qui n’a plus vingt ans, aime pourtant à participer à ces récréations sociales. Il s’y colle donc, vite et bien.

L’avarice: Quelle bouteille avez-vous trouvé outrageusement bonne malgré un prix honteusement bas?
Voyons un peu… Il me semble qu’il s’agissait d’un vin que je n’ai finalement jamais goûté par flemme de vadrouiller dans X cavistes pour le trouver.

La paresse: Quel vin n’avez-vous jamais goûté par flemme de vadrouiller dans X cavistes pour le trouver?
Euh… difficile. Disons un type de vin dans lequel j’aimerais prendre un bain et faire des bisous (il y a des enfants dans l’assemblée, faisons hard) avec ma moitié. Ou Micheline Dax.

La luxure: Dans quel vin aimeriez-vous prendre un bain et faire des bisous (oui, il y a des enfants dans l’assemblée, on fait soft) avec votre moitié?
Au hasard, je dirais un vin dégusté sans moi par l’un de mes amis qui m’a fait envie et enragé (le vin, pas le pote, quoique…).

L’envie: Quel vin dégusté sans vous par l’un de vos amis ou connaissances vous a fait le plus envie et enragé?
Ben justement ce genre de bouteille que je pourrais siffler tout seul d’une traite… ou deux.

La gourmandise: Quelle bouteille pourriez-vous siffler tout seul d’une seule traite ou presque?
Tous, si ce n’est les vins qui m’ont tellement déçu que je les ai jetés de colère après les avoir dégustés.

La colère: Quel vin vous a tellement déçu que vous l’avez jeté de colère après l’avoir dégusté?
Mmmm… pas facile. Un vin que, étrangement, je pensais être le seul à pouvoir apprécier à sa juste valeur.

L’orgueil: Quelle bouteille pensez-vous être le seul à pouvoir apprécier à sa juste valeur?
Sans hésiter: une bouteille que j’aurais trouvée outrageusement bonne malgré un prix honteusement bas (n’importe quoi).

Vlà le travail.
Il ne faut évidemment absolument rompre la chaîne de ce quiz charmant, sous peine de mourir écrabouillé comme une baie de mourvèdre dans un pressoir hydraulique autant que méridional. A mon tour de devoir taguer trois blogueurs ou blogueuses. Je vais y songer. Oui.

Papouilles.

15:52 Publié dans Des vins, Questionnaires | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : vins |  Imprimer |  Facebook | | |

22/08/2011

Les pinards AC/DC

Bien le bonjour, les hardeux

ac-dc-wine-5.jpg

Vous écoutiez AC/DC en boucle (en secouant très fort la tête de droite à gauche et en cadence).
Vous vous habilliez comme AC/DC (notez que le short, par ces chaleurs, ça ventile aimablement le périnée).
Vous raisonniez AC/DC, même (poum tchak, poum poum tchak).

Ben, vous allez pouvoir... picoler AC/DC.Oui, Madame.


Les quinquas du hard (ou quinquhard), voire sexagénaires du hard (ou sexhard… hum), lancent en effet une gamme de pinards à leur effigie. Du vin australien bien sûr, dont chaque cuvée porte le nom d’un des tubes du groupe. Tiens, passe-moi la bouteille du cabernet Highway To Hell. L’était assez frais le sauvignon Hell's Bells? Oui, plus en tout cas que le muscat You Shook Me All Night Long.
Non, non, non: on n’invente rien. Guignez donc les étiquettes.

Même si le Dr Slurp ne peut cacher une fort ancienne tendresse pour ce bruyant quintet des Antipodes, il aurait tendance à se méfier desdits breuvages. Le gros rock qui tache, une fois mis en bouteille, tache probablement plus encore.

L’initiative n’en demeure pas moins commercialement avisée. Et l’on encourage nos idoles de la chanson francophone à l’imiter presto. Annie Cordy, par exemple, devrait lancer un rosé Tata Yoyo et un blanc Frida Oum Papa. Voire un bourgogne grand cru: le Beaune du curé. Warf.

Veuillez agréer, blabla blabla

PS: Notez que le pif hard ne date pas des dernières vendanges de décibels. Visez plutôt ces boutanches moustachues.

motorthumb.jpgwinesKiss.JPG

10:26 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : acdc |  Imprimer |  Facebook | | |

01/07/2011

Pause estivale, melon cochon et coming out iconographique

Bien le bonjour,

Tiens, revoilà les vacances. Inutile de te dire que le Dr Slurp n’est pas du genre à rôtir stupidement sur les plages océanes en lisant SAS. Ou à jouer les phoques léthargiques au fond d’une piscine en forme de guitare. Non, non, non.
Le Dr Slurp part en stop à Helsinki pour parfaire son finnois médiéval et achever son traité sur la myxomatose du renne. Ça durera un petit mois.
Il ne pouvait toutefois te laisser seul dans la faim et la soif. L’est comme ça, le Dr Slurp. Le cœur gros comme le foie.

melonpata 009.jpg


Voilà donc une salade de melon au pata negra, menthe, céleri branche et poivre cubèbe, dont il te reste simplement à imaginer la recette.
Et trois bouteilles de super pinards pour l’été, bon marché autant que gouleyants en diable, dont il te reste simplement à trouver le nom complet, le producteur et la région d’origine. Un jeu d’enfant.


Pinards 012.jpg
Pinards 003.jpg
Pinards 009.jpg


Quant à cette exquise image vintage, elle constitue notre petit jeu estival. Imagine tout ce qui peut arriver à cette pouffe de volaille avant son arrivée sur la table.


vintage_thanksgiving.jpg

Les auteurs des meilleures propositions gagneront un renne myxomateux congelé.

Et rappelez-vous: les slurpeurs n'ont rien à perdre que leurs gaines. Ils ont un monde à manger. Slurpeurs de tous les pays, unissez-vous!

Des bises

A après-demain

PS. Cela fait bientôt un siècle que le Dr Slurp transpire sur ce blog… sans avoir une seule fois publié une image avec sa bouille dessus. Trop d’anonymat nuit. En voilà une. Sache qu’elle ne le rajeunit ni ne l’avantage. En vrai, il est 4000 fois plus canon. Boum!

jeromeBlog.jpg

27/08/2010

La dernière goutte

 

PS: Le monsieur sous le chapeau, c'est Renaud Berthoud du Domaine Mazet des Crozes, entre Alès et Nîmes. Bio et bon.

Tchou!

13:25 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (4) |  Imprimer |  Facebook | | |

18/05/2010

La Tâche sur la table d’à côté


Bien le coucou

wine-main.jpg

L’autre jour, nous déjeunions dans un bistrot avec M’Zelle Sonson et Mister Oliver. Un bistrot fort recommandable, canaille comme on dit, où rillettes et quenelles se font maison, à l’aube, à l’heure où bon nombre de cuistots arpentent les linéaires de plats sous vide dans les supérettes de gros.

Bref, nous allions attaquer un jambon à l’os sauce madère, quand un minuscule machin nous accrocha la face externe droite de la rétine de gauche. Qu’était-ce? Petit coup d’œil panoramique. Rien.  Si ce n’est… ah, oui : une étiquette de vin. Un vin qu’un serveur versait dans une carafe à la table à côté. Et sur l’étiquette, il y avait marqué «La Tâche» 2006. Pour ceux que cette référence laisse de glace, précisons que La Tâche n’est autre que l’un des deux monopoles du Domaine de La Romanée–Conti, Côte de Nuits, Bourgogne, France d’en haut un peu à gauche sur la carte.

Soit l’un des vins les plus prestigieux, rares et chers du monde.
Une légende bachique. Un mythe vinique. Un truc de ouf plein aux as.

Vive-le-loup-de-Tex-Avery.jpgEvidemment, l’apparition nous laissa sans voix. Là, juste à côté, à portée de glotte, scintillait un breuvage d’anthologie que jamais encore nous n’avions ne serait-ce que humé de loin. Une fois nos esprits recouverts, on se renseigna en catimini sur le prix de la chose. Qui s’avéra un peu moins élevé que la moitié de notre salaire mensuel. Saloperie.
Soudain, le trio qui avait commandé la précieuse bouteille se leva comme un seul homme pour aller fumer une clope dehors. Sans avoir bu une goutte de ladite bombe. Emotion.

On hésita à bricoler illico une paille télescopique pour slurper une lampée du nectar des stars sans quitter notre place
On hésita à jaillir, à rafler la carafe, et à s’enfermer presto dans les toilettes pour siffler La Tâche en Suisse, jusqu’à l’intervention de la police et des pompiers.
On hésita à échanger notre pichet de Côte du Rhône contre le flacon royal, ni vu ni connu, paf paf j’t’embrouille, nyark.
On hésita, on hésita. Et les voisins revinrent, papotant business. Sans un regard sur leur investissement, qui rougeoyait sur un coin de la table.

Le café bu, il fallut payer l’addition et déguerpir. On s’exécuta, en pestant contre notre lâcheté. Notre honnêteté. Notre stupide concupiscence.

N’aurions nous pu, simplement, demander aux nantis d’à côté de goûter un demi-verre de leur divin Bourgogne? Cela ne coûtait rien. Et ça aurait pu marcher.

Alors, c’est qui la grosse Tâche?

Tchou !

04/05/2010

SO2: le match bachique. Filet de bœuf: la farce lutine

Bonjour, les gens

DSC03197.JPG

Tiens, l’autre jour on s’est livré à une expérience domestique tout à fait passionnante. Il s’agissait de picoler simultanément deux bouteilles de vin rouge. Jusque-là rien que de très banal, pensez-vous. Tout le monde, ou presque, s’adonne à cet enivrant exercice à la tombée de la nuit.  L’intérêt de l’affaire était de comparer deux pinards rigoureusement semblables – le pétaradant Cairanne de Marcel Richaud 2008 –, même terroir, mêmes raisins, même millésime donc; mais l’un vinifié à la régulière, l’autre sans soufre.

L’occasion, enfin, de capter l’impact gustatif du SO2 dedans ta glotte.

Et alors? Et alors? que tu gémis devant ton écran, torturé par la curiosité et le besoin de progresser dans le savoir humain.
Ben alors, on vous refait le match:
Première snifette: euh… kif, kif. Ça sent bon le vin rouge.
DSC03198.JPGDeuxième snifette: le cairanne normal parait droit et bien dessiné; le sans soufre semble un brin chamboulé et imprécis.
Première goulette: le cairanne normal se pose là, balèze, épicé et très mûr; le sans soufre semble moins charpenté, il pétille un tantinet et rigole sous cape.
Deuxième goulette: le cairanne normal la joue mastoc, sérieux et un poil confituré; le sans soufre dégaine un fruité bien plus frais. Taquin, digeste et tonique, il appelle un deuxième verre. Puis un troisième…
«Il est plus espiègle», conclut Madame Sonson, pourtant pas toujours indulgente avec nos tocades viniques.
Résultat? Une heure après, la bouteille sans SO2 est arrivée au ground zéro; l’autre demeure aux deux tiers pleine.

Au glougloumètre, il n’y a pas photo. Le sans soufre a gagné la médaille et notre estime titubante. Youpi.

DSC03165.JPG

Cela dit, tous les vins mirobolants de Marcel Richaud accompagnent délicieusement notre filet de bœuf bien dodu et sa farce lutine de tomates séchées, cresson et noix.

DSC03163.JPGEmincez mini-mini quelques tomates séchées et un bouquet de cresson. Concassez cinq ou six cerneaux au pilon. Touillez le tout, avec une lichette d’huile d’olive. Assaisonnez. Goûtez.
Poêlez le filet de bœuf à feu dru, une minute de chaque côté. Assaisonnez. Puis ouvrez-le dans la largeur d’une lame affûtée, façon portefeuille. Farcissez. Refermez. Et ficelez.
Expédiez la bête dans un plat doté d’un couvercle. Puis au four à 75°, pour une demi-heure. Enfin, tout dépend de la taille de la pièce. L’idée est d’atteindre 55° à cœur. Enfoncez donc un thermomètre dans le tutu du bœuf. C’est si distrayant de jouer au vétérinaire, parfois.

Veuillez agréer, lecteurs distingués, nos sentiments sans soufre.

02/06/2009

Eloge mystique de l’acidité qui zèbre et sublime le bon pinard

 Coucou, les aminches aïgus

 

DSC02092.JPG
Un muscadet naturel, sec et cinglant comme un coup de congère.

 


« L’acidité, c’est la colonne vertébrale du vin », répétait, il y a un siècle de cela, notre prof d’œnologie. « La colonne vertébrale, vraiment ? », enregistrait-t-on d’une oreille distraite, trop occupé à traquer la griotte et le cassis le pif dans le verre. Il faut dire qu’à l’époque, l’acidité, on s’en souciait comme de notre premier canon de Corbières. Le bonheur d’alors était dans le lourd, le massif, le boisé, l’aromatique. On aimait les blancs qui collent et les rouges qui tapissent. Bien mûrs. Bien odoriférants. Bien balèzes. On était un peu con à l’époque, notez. C’était il y a un siècle.

 
Puis la saveur acide se fraya un chemin dans notre disque dur gustatif intime. Tout doucement. Peu à peu.
Via les blancs, d’abord. Ces blancs trop parfumés, à la finale molle comme un prout de peluche, qui laissent la bouche pâteuse et la papille lasse, un beau jour, on se mit à les redouter. Et donc à traquer la droiture, la fraîcheur, le dynamisme, la tension comme on dit désormais. Quelques hectolitres de riesling sec, savagnin, petite arvine et chenin plus tard, l’affaire était entendue et la messe dite. Point de salut sans acidité tintinnabulante. Cette vivacité sublime qui zèbre les beaux breuvages comme un éclair nocturne, allonge élégamment la bouche, illumine la muqueuse et taquine les bajoues, tout en appelant un verre de plus. Oui, il y a de la volupté dans un blanc taillé au rasoir.

 


DSC02002.JPG
Un rouge de Loire droit comme le I de Cheverny. Euh....


Pour le rouge, cela a été un rien plus laborieux. Mais à force d’halluciner la Vierge en goûtant certains pinots noirs, gamays, trousseaux et quelques autres pas forcément septentrionaux, on a pigé qu’il y avait deux types de vins rouges. Ceux qui planquent leur acidité comme une maladie honteuse. Qui la planquent sous la confiture de fruits noirs, derrière le gras, la suavité, le bois, l’alcool, la bonbonnaille racoleuse. Et ceux qui l’affichent fièrement. Qui la revendiquent, comme un signe d’histoire, de terroir et de culture. Ou simplement par souci de digestibilité, d'équilibre, de fraîcheur du fruit, de transparence.
Dans le film Mondovino, Hubert de Montille distingue les vins « verticaux » (traduisez: longueurs et pointes) et les vins «horizontaux» (comprenez: sensationnalisme et compote de fruit). On dirait bien qu’on a choisi notre camp. Vertical, le camp.
Le bon vin n’explose pas; il frissonne. Et nous avec. Brrrrrrrr lovely.

DSC02060.JPG

 
PS: Cette bafouille candide mais sincère a été publiée pour la première fois sur la Toile dans le numéro de la Fureur des Vivres consacré à l'acidité. Drôlement bien, le numéro. Sommaire ici-clic.

 

 

09:14 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : acidité, muscadet |  Imprimer |  Facebook | | |

04/05/2009

Quand le Dr. Slurp va se ressourcer dans les caves

Bien le bonjour, coquelets lubriques

DSC02006.JPG

Parmi ces merveilleuses expressions dont raffole la modernité, il en est une qui nous laisse un brin perplexe. C’est «se ressourcer».
Dans le contexte, ça donne ça: sévèrement burnoutée, Germaine est partie toute seule une semaine à la Ciotat pour se ressourcer.
Le terme, qui est devenu une évidence dans nos conversations, indique implicitement qu’avant de se ressourcer il a fallu se sourcer - ce qui est plutôt mystérieux -, puis se dessourcer, vu qu’il s’agira de se ressourcer ensuite. Difficile de savoir quand et comment survient le dessoursage; mais ça doit faire boum!
Bref, cette terminologie opaque nous cause bien des sourcis.

 

A_fenetre1.jpg
 

En découvrant l’Auberge du Cèdre et malgré les réticences lexicales sus-décrites, on s’est pourtant exclamé in petto: waou, voilà l’endroit idéal pour aller se ressourcer.
L’Auberge du Cèdre, conseillée par un pote et cachée dans la nature languedocienne à dix kils au nord du Pic Saint-Loup, est en effet un endroit juste génial, arborisé à donf et amical en diable, familial et magique, loin du stress urbain et de l’hôtellerie cucul standard. Un endroit où l’on brûle de couler des jours heureux dans une autre vie.
C’est aussi une base idéale pour aller fureter dans les caves du coin, qui sont nombreuses et souvent pleines de jus réjouissants.
Au Mas Foulaquier par exemple, dont la cuvée Les Tonillières, vibrante d’énergie poivrée et de fruits rouges coquins, vient justement de s’installer sur notre podium des plus grands rouges de l’Histoire de l’Univers.
Il faut aussi aller faire un tour à Corconne, chez Zélige-Caravent, domaine tenu par un couple de jeunes producteurs naturels qui élaborent une série de cuvées aux concentrations et tarifs étagés. Notre chouchou demeure «Le Jardin des Simples», plus souple et glouglou que les consœurs balèzes, qui arrosera probablement tous nos casse-croûte de l’été

DSC02039.JPG

Vroum vroum. Après le Languedoc, on a filé vers le cœur palpitant du Beaujolais, à un jet de moût de Charentay, où se tenait la 3e édition de la Beaujoloise, soit le salon des vins naturels de la région. Salon d’une convivialité réjouissante, qui ravale les autres rendez-vous bachiques au rang de messes de l’Opus Dei, voire de congrès du MEDEF.
A la Beaujoloise, on rigole, on grignote et on trinque.
A la Beaujoloise, on hume des bouteilles mirobolantes et on croise du beau monde. Des pères fondateurs du naturisme vinique, Pierre Overnoy et Marcel Lapierre. Des Champenois bios et scotchants (Bertrand Gautherot, Jérôme Prévost). Des valeurs montantes autant qu’exaltantes: Philippe Jambon et les Perraud du Domaine des Côtes de Molières.
Plus quelques sauvageons jurassiens aux savagnins étincelants, Etienne Thiebaud et Philippe Bornard.
Plus quelques copains qui passaient par là.
Plus quelques gloussements.
Plus quelques frissons.

DSC02040.JPGDSC02042.JPG
Jean Foillard et Isabelle Perraud (Côtes de Molière). Des gamay top moumoute.
DSC02047.JPGDSC02046.JPG
Philippe Jambon (notre idole) et Jérôme Prévost (magnifiques petites bulles naturelles)
DSC02055.JPG
Marcel Lapierre, himself, avec six topettes sur l'épaule. Quel homme!

Bref, à la Beaujoloise, on y retourne l’an prochain. Manière de se ressourcer, quoi.

A plouche

20/11/2008

La lutte des classes vineuses en deux dégustations

DSC01443.JPG

Camarades, bien le bonjour

Attention, pensée subtile: le monde de la viniculture ressemble étrangement au monde tout court. On y croise de pauvres hères au seuil de la mendicité, une classe moyenne d’artisans laborieux, et quelques gros bonnets pleins aux as. Qui ne crottent pas souvent leurs mocassins à glands dans les vignes boueuses.
Si vous avez aimé la lutte des classes, ne ratez pas la lutte des caves.
Tiens, deux dégustations récentes pour illustrer ce propos brillant.

Scène n°1. Verticale d’une giga prestigieuse propriété bordelaise (initiales HB, comme les crayons à papier, comme Harry Botter, le betit magicien) dans un palace genevois. Votre scribouillard s’est retrouvé là un peu par hasard. Et il remercie Saint-Bacchus de pouvoir enfin humer ces vins de légende, dont chaque bouteille vaut à peine moins que le PNB du Congo.
Assistance en costard. Conférencier aimable, au baratin sévèrement marketté. Allez hop, on renifle nos verres. Ça sent un peu l’écurie. Mais d’autres choses aussi. En bouche, c’est balèze, enfin pas tous les millésimes. Plutôt élégant, enfin pas tous les millésimes. Trop chaud. Notre voisin de dégustation, un jeune col blanc au sourire carnassier et au pouvoir d’achat apparent, tapote sur son I-Phone, en nous glissant des commentaires œnophiles vaguement sexistes. On hoche la tête, poliment. Avant de rerenifler nos verres. On ne pige pas. On cherche la grandeur, la majesté, la singularité qui explique la réputation et les tarifs himalayens pratiqués par la maison. On ne pige pas. On se sent tout couillon. On déprime même un brin.
Rideau.

DSC01442.JPG
DSC01444.JPGDSC01447.JPGDSC01446.JPG

Scène n°2.

Verticale du Château de Roquenégade dans une cave genevoise. Roquenégade, belle propriété des Corbières nichée à un jet de grenache de Lagrasse, appartient depuis bientôt 20 ans à un Suisse exilé, Frédéric Juvet, robuste et pittoresque bonhomme aux tarifs singulièrement doux, aux manières simples et à la faconde torrentielle.
Il nous a débouché tous ses millésimes de Corbières, sans planquer les années difficiles, ni les trois dernières vendanges, encore en élevage. Il cause, il brasse de l’air avec ses mains, raconte ses doutes et ses angoisses, ses réussites et ses échecs. Son premier millésime, en 1991, improvisé à quelques jours des vendanges. Les années de grêle. Les années de fête. Sa région d'adoption. Son banquier. Les tâtonnements. Toute une philosophie du vin, doucement fermentée au fil des récoltes.
Les vins? Même vieux d’une douzaine d’années, ils gardent un fruit et un tonus rafraîchissants. Digestes. Epicés. Savoureux. Familiers. Le 91 rigole encore. Les 95 et 98, amples et joyeux avec leurs notes de girofle et leurs tannins terriens, pètent la forme. Et nous aussi, au sortir de la dégustation, tout jouasse d’avoir slurpé des vins sincères. D’avoir rencontré un vigneron avec de vrais morceaux d’humanité dedans.
Rideau.

Un peu simpliste et verbeuse la démonstration, non?
En tout cas, on a choisi notre camp.

Définitivement.

Amitiés

PS. La verticale (la seconde, la sympa) analysée d'une glotte savante. C'est à lire ici.

11/11/2008

La recette de la banane euphorisante et le meilleur vin du cosmos

Bonsoir, chers congénères

bg_doubt.jpg

On a beau être le très fameux (fumeux?) Dr Slurp de Genève, on n’en reste pas moins un homme. Un homme comme les autres, avec ses joies, ses trous de nez et ses doutes. Parfaitement, Simone: des doutes. Et en pagaille même.
Certains lecteurs imaginent ainsi qu’on pond les recettes à la chaîne, l’esprit ailleurs et les fingers in the nose. Pas du tout. Tous nos petits plats naissent au milieu d’un embouteillage de tergiversations, hésitations et douleurs intimes. De la coriandre, vraiment? Deux ou trois clous de girofle? Dix-huit ou vingt minutes de cuisson? Du cochon, mais pourquoi? Arggggh.
Chaque étape, chaque ingrédient est ausculté, sous-pesé, tâtonné, atermoyé dedans notre disque dur intérieur, durant de longues et laborieuses séances d’auto-breifings. Sans oublier le regard des autres une fois l’affaire cuisinée et publiée. L’attente des commentaires extatiques ou castrateurs sur le blog, des remarques ravies ou des cruels silences autour de la table.
Un enfer, vous dis-je.

 

DSC01422.JPG

 

Tout ça pour vous dire que le doute n’étouffe pas tout le monde. Ha, ha, non! L’autre jour, une copine goguenarde nous a passé une page arrachée à un illustre mag de popote suisse. Page qui contenait une recette suffocante. Soit la banane au curry, avec des graines de maïs et de la chair à saucisse dedans. Déjà la photo ressemblait vaguement à une pub pour un sex-toy particulièrement vicelard, voire à une planche du kama sutra martien. Quant au goût de la chose, on ne peut toujours pas l’imaginer sans sentir nos tripes se tortiller et nos papilles se cabrer.
Vive la banane au curry et chair à saucisse! Sans qu’on sache trop pourquoi, elle nous a expédié le moral dans la stratosphère. Yoo pla boum!

DSC01342.JPG

Après ça, encore tout tremblant de bonne humeur, on s’en est allé guigner des Chiffres et des Lettres à la téloche. En ayant pris soin de déboucher au préalable une bouteille de l’Arbois Selection 2004 de Stéphane Tissot (un tiers savagnin, deux-tiers chardo).
Biberonnant devant le poste, voilà qu’une fulgurance nous a soudainement galvanisés. Ce pinard-là était simplement le meilleur des pinards de la planète Terre. Pur, fin, élancé, spirituel, vibrant. Zébré d’une oxydation lumineuse. Doté d’une matière ciselée, subtilement harmonieuse. Une infusion de culture, de terroir et de brio œnophile.
Sans effet de manche. Sans fard. Sans chichi. Top classe. Top vrai.
Et pour moins de dix euros (soit dit en passant).

«Consonne, voyelle, consonne», ânonnait le gulu dans la lucarne.

Et nous, on sirotait le meilleur pinard de la planète Terre.

DSC01438.JPG

 

Bye

31/10/2008

De l’adorable légèreté des vins naturels

Bien le bonjour, ça roucoule ?

DSC01367.JPG

Les fidèles de ce blog le savent bien, on a un petit faible pour les vins naturels. Petit faible qui tourne d’ailleurs à la monomanie hystérique. Cela dit, voilà un dada qu’on a un peu de mal à partager avec nos potes œnophiles. C’est que ces pinards-là, ils ont leurs humeurs. De même qu'un être humain réputé «naturel» peut réjouir, mais aussi désarçonner, voire refroidir, les vins naturels ont la fâcheuse habitude de se montrer instables. Pétaradants de fruit le lundi, ils schmoutent parfois le putois pétomane le mardi. Et même un passage en carafe, doublé d'une oxygénation athlétique, ne suffit pas toujours à les rendre aimables.


Oui, il faut aimer le poker. Un vigneron conventionnel, et donc assez peu porté sur ces breuvages-là, nous avait dit un jour: «quand t’achètes une voiture, si elle marche un jour sur deux, t’as les boules. Le vin, c’est pareil.» Pan, dans le mille. Because, justement, le vin ce n’est pas une mécanique industrielle. En tout cas, ça ne devrait pas l’être. Et c’est parce que la viticulture contemporaine flirte trop souvent avec l’usinage à la chaîne, le calibrage en série, la standardisation technologique, qu’on est tombé dans les bras de ces pifs-là. Chassez le naturel, il revient au goulot.

Ford_Focus_C-MAX_soudure.jpg


Tenez, il y a quelques mois, on a suivi des cours de vinification. Conventionnelle, la vinification. C’est tout de même sidérant l’arsenal de produits chimiques et d’interventions brutales que préconise la doctrine officielle pour museler le vin. Pour lui passer l’envie de bouger un orteil. Le pauvre jus de raisin, il sort de là maté. Cassé. Dressé. Soumis. L’œnologie moderne, elle te ravale les maisons de redressement de la IIIe République au rang de colos de vacances hippies. Ça rend les voyous sympathiques, forcément.

fessee.jpg


On notera au passage que les vins dits naturels ne sont pas tous slurps. Loin s’en faut. Il y a là des jus infects, maigres, indignes et puants. Et que le terme même de naturel cache maintes pratiques différentes. De la prohibition totale des produits chimiques et levures commerciales dans la vigne et le vin à la simple utilisation raisonnée du soufre lors de la vinification. Des vins technos issus de vignes bios aux vins vivants venus de vignes pas si bios que ça. Un vrai boxonou.
Une chose de sûre, les meilleurs producteurs de vin naturel ne sont en rien de doux illuminés à barbe fleurie et à babouches trouées. Discutez donc le bout de gras avec Pierre Overnoy, l’un des pères jurassiens du genre, et vous verrez le puits de science œnologique que cache ce petit bonhomme-là.

vendredisxx.jpg
Ce long préambule bavard et sentimental pour vous annoncer qu’on est vendredi. Et que le dernier vendredi du mois, c’est un Vendredi du vin. Et que pour cette 19e édition, c’est l'ami Olif qui a décidé du sujet de dissertation.  Soit le vin sans soufre. T’y crois à ça? Ben, cher Olif, du sans soufre, en voilà quelques topettes.

 

DSC01362.JPG
DSC01369.JPG


Du pinot noir genevois d’abord, avec les Fenêtres de Gy de Paul-Henri Soler (les plus belles rouflaquettes du vignoble, Paul Henri). Un rouge gourmand et croquant, aux notes d’olive, de baies rouges et d’épices, qui glisse tout seul le long de ta goulette ravie.

Du pinot noir et du melon bourguignons ensuite, avec la cuvée les Champs Cadet du Domaine de la Cadette à Saint-Père-sous Vézelay, dont la chair délicate, fraîche et parfumée exige un brin de patience pour révéler toute son élégance. Classe mais pas fastoche d'accès. On ne se donne pas toujours au premier rendez-vous.

De la syrah rhodanienne enfin, avec ce premier millésime de Saint-Joseph, la cuvée Badel de Fabien Bergeron. Pulpeux, racé et fruité, à se rouler par terre en rigolant.

Tchin populaire!

DSC01341.JPG

PS : Vous n’avez pas encore zieuté les émissions de la TSR sur le sujet ? Ben, faudrait peut-être s’y mettre.

27/06/2008

Rencontre avec des vignerons remarquables

Bien le bonjour, bipèdes joyeux

DSC00753.JPG
Phil Darioli, le nez dans la petite arvine et le sourire aux lèvres. Oui, les deux. 

 

Manière de ne pas rester le croupion coincé devant les fourneaux ou derrière le clavier, on s’en va parfois humer le bon air du vignoble. C’est que, voyez-vous, il y a des gens formidables derrière les ceps. Des gens entiers et hardis, qui vous refilent le goût de l’humanité (goût qui a parfois tendance à fondre avec les premières chaleurs).
Tiens, l’autre jour l’ami Baraou, dit Lolo 1er, est venu nous rendre une petite visite bachique. On a filé en Valais, d’abord chez Darioli, puis chez Abbet. Deux vignerons aux styles antipodiques, quoiqu’également palpitants.

A Riddes, Philippe Darioli fait des vins dans la plus grande tradition valaisanne, des vins d’expression et de terroir, dotés d’une droiture et d’une pureté scotchantes. Sa petite arvine est immense, dans le genre salinité flamboyante; son païen est béatifiable, dans le style tension charnue; son humagne rouge s’avère quasi intimidante de musculature cerisée. On vous passe les liquoreux, qui nous ont laissés babas par leur harmonie et leur puissance. Je te dis oui, Darioli.

DSC00757.JPG
Fin de dégustation chez l'Abbet. Extases, fous rires et pâtes aux asperges.

 


A Martigny, Christophe Abbet, lui, joue à l’alchimiste. Réinvente ses cuvées chaque année, chaque instant. Laisse maturer ses vins des années avant de les mettre en bouteille. Jongle entre oxydation et surmaturité, élevage sous bois et fraîcheur immédiate, au gré de ses humeurs à lui et de celles du raisin. Abbet, c’est le Brian Wilson, le Moebius, le Bunuel de la vigne valaisanne. L’iconoclaste et imprévisible empêcheur-de-vinifier-en-rond. Et rigolo comme tout, avec ça. Il faut se laper une bonne goulée de son «Air du temps» 2003 (Chardonnay + Petite arvine encore en fût) avant de mourir. Et se vider une bouteille de son gamay «les Avasiers» pour entrevoir les possibilités de ce cépage. Quoi d’autre? Ben à propos de son déjà mythique Ambre 2001 (petite arvine + marsanne), on a griffonné sur notre carnet d’une main tremblotante: «sucrosité affriolante, acidité tintinnabulante, équilibre funambulique, longueur phénoménale». Oui, Abbet nous rend leste de la plume.


DSC00912.JPGDSC00957.JPG

Après ça, on est revenu à Genève, pour aller goûter le millésime 2007 des Parcelles de Laurent Villard à Anières. Soit le vigneron le plus charmant du cosmos qui, en outre, propose les meilleurs qualité/prix de l’Hémisphère nord. Ce qui fait beaucoup pour le même homme. Cette année, Laurent a réalisé un duo blanc d’exception: un aligoté et une altesse ciselés et archi glougloutables. Plus un rouge mirobolant: le pinot noir, le meilleur jamais produit par le domaine, au fruit élégant et joyeux, à la texture élancée et gourmande. Des pinots 07 de cette trempe, ça ne court pas exactement les caves genevoises.
Vroum, vroum. On est aussi allé traîner nos Moon Boots chez Sophie Dugerdil à Dardagny, jeune vigneronne aux vins charmants, précis et gouleyants, dont un gamay croquant qui nous titille encore les bajoues rien qu’à y penser.
Avant d’aller déguster la moitié du stock d’un de nos cavistes chéris, le très nature Passeur du vin qui, entre mille trésors, cachait un «Fond de Tiroir» du Domaine catalan Léonine, concentré de soleil, de fruits noirs et de courbes pulpeuses, qui pourrait bien se retrouver dans le très attendu "top 5 pinards 2008" du Dr. Slurp. Parfaitement.

Bye, les aminches

NB: Des fois que ça vous fasse envie, voilà du contact en cascade: Darioli  0796799629; Abbet 0792879733; Parcelles 022 751 01 20; Dugerdil 022 754 02 90; Le Passeur de vin 022 994 20 20.

 

20/05/2008

La nouvelle classification des odeurs du vin


Amis renifleurs, bonjour

1205712579.jpg

Richard Pfister, un jeune et malin œnologue vaudois rompu à l’exercice de la parfumerie, a inventé quelque chose dont nous voulions vous causer. C’est une nouvelle classification des odeurs dans les vins.
Soit 150 odeurs, qu’il s’agit simplement d’apprendre à identifier avec ses petits naseaux (trois ans de boulot quotidien au bas mot). Pour ensuite décrire le bouquet de votre pinard avec une précision süskindesque.
Classées en grandes familles, puis en sous-familles, toutes ces fragrances appartiennent à des objets plus ou moins connus et répertoriés. Sauf le castoréum, qui est une glande violemment sexuelle située près de l’anus des castors. Laquelle exhale le samedi soir un fumet sauvage, utilisé - semble-t-il - en parfumerie (n° 5 de Castoréum de Guerlain) et décelable dans certains vins rouges. L’idée que les parfumeurs puissent aller soulever la queue des castors pour renifler dessous, allez savoir pourquoi, ça nous met de bonne humeur.
Voilà, apprenez tout ça par cœur.
Pour plus de précisions, vous pouvez aller reluquer un papier sur le sujet, papier brillamment rédigé et publié dans un quotidien local à vocation cosmique.
Bisoux, mes castors