02.06.2009
Eloge mystique de l’acidité qui zèbre et sublime le bon pinard
Coucou, les aminches aïgus
« L’acidité, c’est la colonne vertébrale du vin », répétait, il y a un siècle de cela, notre prof d’œnologie. « La colonne vertébrale, vraiment ? », enregistrait-t-on d’une oreille distraite, trop occupé à traquer la griotte et le cassis le pif dans le verre. Il faut dire qu’à l’époque, l’acidité, on s’en souciait comme de notre premier canon de Corbières. Le bonheur d’alors était dans le lourd, le massif, le boisé, l’aromatique. On aimait les blancs qui collent et les rouges qui tapissent. Bien mûrs. Bien odoriférants. Bien balèzes. On était un peu con à l’époque, notez. C’était il y a un siècle.
Puis la saveur acide se fraya un chemin dans notre disque dur gustatif intime. Tout doucement. Peu à peu.
Via les blancs, d’abord. Ces blancs trop parfumés, à la finale molle comme un prout de peluche, qui laissent la bouche pâteuse et la papille lasse, un beau jour, on se mit à les redouter. Et donc à traquer la droiture, la fraîcheur, le dynamisme, la tension comme on dit désormais. Quelques hectolitres de riesling sec, savagnin, petite arvine et chenin plus tard, l’affaire était entendue et la messe dite. Point de salut sans acidité tintinnabulante. Cette vivacité sublime qui zèbre les beaux breuvages comme un éclair nocturne, allonge élégamment la bouche, illumine la muqueuse et taquine les bajoues, tout en appelant un verre de plus. Oui, il y a de la volupté dans un blanc taillé au rasoir.
Pour le rouge, cela a été un rien plus laborieux. Mais à force d’halluciner la Vierge en goûtant certains pinots noirs, gamays, trousseaux et quelques autres pas forcément septentrionaux, on a pigé qu’il y avait deux types de vins rouges. Ceux qui planquent leur acidité comme une maladie honteuse. Qui la planquent sous la confiture de fruits noirs, derrière le gras, la suavité, le bois, l’alcool, la bonbonnaille racoleuse. Et ceux qui l’affichent fièrement. Qui la revendiquent, comme un signe d’histoire, de terroir et de culture. Ou simplement par souci de digestibilité, d'équilibre, de fraîcheur du fruit, de transparence.
Dans le film Mondovino, Hubert de Montille distingue les vins « verticaux » (traduisez: longueurs et pointes) et les vins «horizontaux» (comprenez: sensationnalisme et compote de fruit). On dirait bien qu’on a choisi notre camp. Vertical, le camp.
Le bon vin n’explose pas; il frissonne. Et nous avec. Brrrrrrrr lovely.
PS: Cette bafouille candide mais sincère a été publiée pour la première fois sur la Toile dans le numéro de la Fureur des Vivres consacré à l'acidité. Drôlement bien, le numéro. Sommaire ici-clic.
09:14 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (13) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : acidité, muscadet
04.05.2009
Quand le Dr. Slurp va se ressourcer dans les caves
Bien le bonjour, coquelets lubriques
Parmi ces merveilleuses expressions dont raffole la modernité, il en est une qui nous laisse un brin perplexe. C’est «se ressourcer».
Dans le contexte, ça donne ça: sévèrement burnoutée, Germaine est partie toute seule une semaine à la Ciotat pour se ressourcer.
Le terme, qui est devenu une évidence dans nos conversations, indique implicitement qu’avant de se ressourcer il a fallu se sourcer - ce qui est plutôt mystérieux -, puis se dessourcer, vu qu’il s’agira de se ressourcer ensuite. Difficile de savoir quand et comment survient le dessoursage; mais ça doit faire boum!
Bref, cette terminologie opaque nous cause bien des sourcis.
En découvrant l’Auberge du Cèdre et malgré les réticences lexicales sus-décrites, on s’est pourtant exclamé in petto: waou, voilà l’endroit idéal pour aller se ressourcer.
L’Auberge du Cèdre, conseillée par un pote et cachée dans la nature languedocienne à dix kils au nord du Pic Saint-Loup, est en effet un endroit juste génial, arborisé à donf et amical en diable, familial et magique, loin du stress urbain et de l’hôtellerie cucul standard. Un endroit où l’on brûle de couler des jours heureux dans une autre vie.
C’est aussi une base idéale pour aller fureter dans les caves du coin, qui sont nombreuses et souvent pleines de jus réjouissants.
Au Mas Foulaquier par exemple, dont la cuvée Les Tonillières, vibrante d’énergie poivrée et de fruits rouges coquins, vient justement de s’installer sur notre podium des plus grands rouges de l’Histoire de l’Univers.
Il faut aussi aller faire un tour à Corconne, chez Zélige-Caravent, domaine tenu par un couple de jeunes producteurs naturels qui élaborent une série de cuvées aux concentrations et tarifs étagés. Notre chouchou demeure «Le Jardin des Simples», plus souple et glouglou que les consœurs balèzes, qui arrosera probablement tous nos casse-croûte de l’été
Vroum vroum. Après le Languedoc, on a filé vers le cœur palpitant du Beaujolais, à un jet de moût de Charentay, où se tenait la 3e édition de la Beaujoloise, soit le salon des vins naturels de la région. Salon d’une convivialité réjouissante, qui ravale les autres rendez-vous bachiques au rang de messes de l’Opus Dei, voire de congrès du MEDEF.
A la Beaujoloise, on rigole, on grignote et on trinque.
A la Beaujoloise, on hume des bouteilles mirobolantes et on croise du beau monde. Des pères fondateurs du naturisme vinique, Pierre Overnoy et Marcel Lapierre. Des Champenois bios et scotchants (Bertrand Gautherot, Jérôme Prévost). Des valeurs montantes autant qu’exaltantes: Philippe Jambon et les Perraud du Domaine des Côtes de Molières.
Plus quelques sauvageons jurassiens aux savagnins étincelants, Etienne Thiebaud et Philippe Bornard.
Plus quelques copains qui passaient par là.
Plus quelques gloussements.
Plus quelques frissons.
Bref, à la Beaujoloise, on y retourne l’an prochain. Manière de se ressourcer, quoi.
A plouche
10:01 Publié dans Balades slurp, Des vins | Lien permanent | Commentaires (14) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : zelige, foulaquier, beaujolais
20.11.2008
La lutte des classes vineuses en deux dégustations
Camarades, bien le bonjour
Attention, pensée subtile: le monde de la viniculture ressemble étrangement au monde tout court. On y croise de pauvres hères au seuil de la mendicité, une classe moyenne d’artisans laborieux, et quelques gros bonnets pleins aux as. Qui ne crottent pas souvent leurs mocassins à glands dans les vignes boueuses.
Si vous avez aimé la lutte des classes, ne ratez pas la lutte des caves.
Tiens, deux dégustations récentes pour illustrer ce propos brillant.
Scène n°1. Verticale d’une giga prestigieuse propriété bordelaise (initiales HB, comme les crayons à papier, comme Harry Botter, le betit magicien) dans un palace genevois. Votre scribouillard s’est retrouvé là un peu par hasard. Et il remercie Saint-Bacchus de pouvoir enfin humer ces vins de légende, dont chaque bouteille vaut à peine moins que le PNB du Congo.
Assistance en costard. Conférencier aimable, au baratin sévèrement marketté. Allez hop, on renifle nos verres. Ça sent un peu l’écurie. Mais d’autres choses aussi. En bouche, c’est balèze, enfin pas tous les millésimes. Plutôt élégant, enfin pas tous les millésimes. Trop chaud. Notre voisin de dégustation, un jeune col blanc au sourire carnassier et au pouvoir d’achat apparent, tapote sur son I-Phone, en nous glissant des commentaires œnophiles vaguement sexistes. On hoche la tête, poliment. Avant de rerenifler nos verres. On ne pige pas. On cherche la grandeur, la majesté, la singularité qui explique la réputation et les tarifs himalayens pratiqués par la maison. On ne pige pas. On se sent tout couillon. On déprime même un brin.
Rideau.
Scène n°2.
Verticale du Château de Roquenégade dans une cave genevoise. Roquenégade, belle propriété des Corbières nichée à un jet de grenache de Lagrasse, appartient depuis bientôt 20 ans à un Suisse exilé, Frédéric Juvet, robuste et pittoresque bonhomme aux tarifs singulièrement doux, aux manières simples et à la faconde torrentielle.
Il nous a débouché tous ses millésimes de Corbières, sans planquer les années difficiles, ni les trois dernières vendanges, encore en élevage. Il cause, il brasse de l’air avec ses mains, raconte ses doutes et ses angoisses, ses réussites et ses échecs. Son premier millésime, en 1991, improvisé à quelques jours des vendanges. Les années de grêle. Les années de fête. Sa région d'adoption. Son banquier. Les tâtonnements. Toute une philosophie du vin, doucement fermentée au fil des récoltes.
Les vins? Même vieux d’une douzaine d’années, ils gardent un fruit et un tonus rafraîchissants. Digestes. Epicés. Savoureux. Familiers. Le 91 rigole encore. Les 95 et 98, amples et joyeux avec leurs notes de girofle et leurs tannins terriens, pètent la forme. Et nous aussi, au sortir de la dégustation, tout jouasse d’avoir slurpé des vins sincères. D’avoir rencontré un vigneron avec de vrais morceaux d’humanité dedans.
Rideau.
Un peu simpliste et verbeuse la démonstration, non?
En tout cas, on a choisi notre camp.
Définitivement.
Amitiés
PS. La verticale (la seconde, la sympa) analysée d'une glotte savante. C'est à lire ici.
10:34 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : château roquenégade, frédéric juvet, corbières
11.11.2008
La recette de la banane euphorisante et le meilleur vin du cosmos
Bonsoir, chers congénères
On a beau être le très fameux (fumeux?) Dr Slurp de Genève, on n’en reste pas moins un homme. Un homme comme les autres, avec ses joies, ses trous de nez et ses doutes. Parfaitement, Simone: des doutes. Et en pagaille même.
Certains lecteurs imaginent ainsi qu’on pond les recettes à la chaîne, l’esprit ailleurs et les fingers in the nose. Pas du tout. Tous nos petits plats naissent au milieu d’un embouteillage de tergiversations, hésitations et douleurs intimes. De la coriandre, vraiment? Deux ou trois clous de girofle? Dix-huit ou vingt minutes de cuisson? Du cochon, mais pourquoi? Arggggh.
Chaque étape, chaque ingrédient est ausculté, sous-pesé, tâtonné, atermoyé dedans notre disque dur intérieur, durant de longues et laborieuses séances d’auto-breifings. Sans oublier le regard des autres une fois l’affaire cuisinée et publiée. L’attente des commentaires extatiques ou castrateurs sur le blog, des remarques ravies ou des cruels silences autour de la table.
Un enfer, vous dis-je.
Tout ça pour vous dire que le doute n’étouffe pas tout le monde. Ha, ha, non! L’autre jour, une copine goguenarde nous a passé une page arrachée à un illustre mag de popote suisse. Page qui contenait une recette suffocante. Soit la banane au curry, avec des graines de maïs et de la chair à saucisse dedans. Déjà la photo ressemblait vaguement à une pub pour un sex-toy particulièrement vicelard, voire à une planche du kama sutra martien. Quant au goût de la chose, on ne peut toujours pas l’imaginer sans sentir nos tripes se tortiller et nos papilles se cabrer.
Vive la banane au curry et chair à saucisse! Sans qu’on sache trop pourquoi, elle nous a expédié le moral dans la stratosphère. Yoo pla boum!
Après ça, encore tout tremblant de bonne humeur, on s’en est allé guigner des Chiffres et des Lettres à la téloche. En ayant pris soin de déboucher au préalable une bouteille de l’Arbois Selection 2004 de Stéphane Tissot (un tiers savagnin, deux-tiers chardo).
Biberonnant devant le poste, voilà qu’une fulgurance nous a soudainement galvanisés. Ce pinard-là était simplement le meilleur des pinards de la planète Terre. Pur, fin, élancé, spirituel, vibrant. Zébré d’une oxydation lumineuse. Doté d’une matière ciselée, subtilement harmonieuse. Une infusion de culture, de terroir et de brio œnophile.
Sans effet de manche. Sans fard. Sans chichi. Top classe. Top vrai.
Et pour moins de dix euros (soit dit en passant).
«Consonne, voyelle, consonne», ânonnait le gulu dans la lucarne.
Et nous, on sirotait le meilleur pinard de la planète Terre.
Bye
17:27 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : stéphane tissot, arbois, sélection
31.10.2008
De l’adorable légèreté des vins naturels
Bien le bonjour, ça roucoule ?
Les fidèles de ce blog le savent bien, on a un petit faible pour les vins naturels. Petit faible qui tourne d’ailleurs à la monomanie hystérique. Cela dit, voilà un dada qu’on a un peu de mal à partager avec nos potes œnophiles. C’est que ces pinards-là, ils ont leurs humeurs. De même qu'un être humain réputé «naturel» peut réjouir, mais aussi désarçonner, voire refroidir, les vins naturels ont la fâcheuse habitude de se montrer instables. Pétaradants de fruit le lundi, ils schmoutent parfois le putois pétomane le mardi. Et même un passage en carafe, doublé d'une oxygénation athlétique, ne suffit pas toujours à les rendre aimables.
Oui, il faut aimer le poker. Un vigneron conventionnel, et donc assez peu porté sur ces breuvages-là, nous avait dit un jour: «quand t’achètes une voiture, si elle marche un jour sur deux, t’as les boules. Le vin, c’est pareil.» Pan, dans le mille. Because, justement, le vin ce n’est pas une mécanique industrielle. En tout cas, ça ne devrait pas l’être. Et c’est parce que la viticulture contemporaine flirte trop souvent avec l’usinage à la chaîne, le calibrage en série, la standardisation technologique, qu’on est tombé dans les bras de ces pifs-là. Chassez le naturel, il revient au goulot.
Tenez, il y a quelques mois, on a suivi des cours de vinification. Conventionnelle, la vinification. C’est tout de même sidérant l’arsenal de produits chimiques et d’interventions brutales que préconise la doctrine officielle pour museler le vin. Pour lui passer l’envie de bouger un orteil. Le pauvre jus de raisin, il sort de là maté. Cassé. Dressé. Soumis. L’œnologie moderne, elle te ravale les maisons de redressement de la IIIe République au rang de colos de vacances hippies. Ça rend les voyous sympathiques, forcément.
On notera au passage que les vins dits naturels ne sont pas tous slurps. Loin s’en faut. Il y a là des jus infects, maigres, indignes et puants. Et que le terme même de naturel cache maintes pratiques différentes. De la prohibition totale des produits chimiques et levures commerciales dans la vigne et le vin à la simple utilisation raisonnée du soufre lors de la vinification. Des vins technos issus de vignes bios aux vins vivants venus de vignes pas si bios que ça. Un vrai boxonou.
Une chose de sûre, les meilleurs producteurs de vin naturel ne sont en rien de doux illuminés à barbe fleurie et à babouches trouées. Discutez donc le bout de gras avec Pierre Overnoy, l’un des pères jurassiens du genre, et vous verrez le puits de science œnologique que cache ce petit bonhomme-là.

Ce long préambule bavard et sentimental pour vous annoncer qu’on est vendredi. Et que le dernier vendredi du mois, c’est un Vendredi du vin. Et que pour cette 19e édition, c’est l'ami Olif qui a décidé du sujet de dissertation. Soit le vin sans soufre. T’y crois à ça? Ben, cher Olif, du sans soufre, en voilà quelques topettes.
Du pinot noir genevois d’abord, avec les Fenêtres de Gy de Paul-Henri Soler (les plus belles rouflaquettes du vignoble, Paul Henri). Un rouge gourmand et croquant, aux notes d’olive, de baies rouges et d’épices, qui glisse tout seul le long de ta goulette ravie.
Du pinot noir et du melon bourguignons ensuite, avec la cuvée les Champs Cadet du Domaine de la Cadette à Saint-Père-sous Vézelay, dont la chair délicate, fraîche et parfumée exige un brin de patience pour révéler toute son élégance. Classe mais pas fastoche d'accès. On ne se donne pas toujours au premier rendez-vous.
De la syrah rhodanienne enfin, avec ce premier millésime de Saint-Joseph, la cuvée Badel de Fabien Bergeron. Pulpeux, racé et fruité, à se rouler par terre en rigolant.
Tchin populaire!
PS : Vous n’avez pas encore zieuté les émissions de la TSR sur le sujet ? Ben, faudrait peut-être s’y mettre.
14:19 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (18) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
27.06.2008
Rencontre avec des vignerons remarquables
Phil Darioli, le nez dans la petite arvine et le sourire aux lèvres. Oui, les deux.
Manière de ne pas rester le croupion coincé devant les fourneaux ou derrière le clavier, on s’en va parfois humer le bon air du vignoble. C’est que, voyez-vous, il y a des gens formidables derrière les ceps. Des gens entiers et hardis, qui vous refilent le goût de l’humanité (goût qui a parfois tendance à fondre avec les premières chaleurs).
Tiens, l’autre jour l’ami Baraou, dit Lolo 1er, est venu nous rendre une petite visite bachique. On a filé en Valais, d’abord chez Darioli, puis chez Abbet. Deux vignerons aux styles antipodiques, quoiqu’également palpitants.
A Riddes, Philippe Darioli fait des vins dans la plus grande tradition valaisanne, des vins d’expression et de terroir, dotés d’une droiture et d’une pureté scotchantes. Sa petite arvine est immense, dans le genre salinité flamboyante; son païen est béatifiable, dans le style tension charnue; son humagne rouge s’avère quasi intimidante de musculature cerisée. On vous passe les liquoreux, qui nous ont laissés babas par leur harmonie et leur puissance. Je te dis oui, Darioli.
Fin de dégustation chez l'Abbet. Extases, fous rires et pâtes aux asperges.
A Martigny, Christophe Abbet, lui, joue à l’alchimiste. Réinvente ses cuvées chaque année, chaque instant. Laisse maturer ses vins des années avant de les mettre en bouteille. Jongle entre oxydation et surmaturité, élevage sous bois et fraîcheur immédiate, au gré de ses humeurs à lui et de celles du raisin. Abbet, c’est le Brian Wilson, le Moebius, le Bunuel de la vigne valaisanne. L’iconoclaste et imprévisible empêcheur-de-vinifier-en-rond. Et rigolo comme tout, avec ça. Il faut se laper une bonne goulée de son «Air du temps» 2003 (Chardonnay + Petite arvine encore en fût) avant de mourir. Et se vider une bouteille de son gamay «les Avasiers» pour entrevoir les possibilités de ce cépage. Quoi d’autre? Ben à propos de son déjà mythique Ambre 2001 (petite arvine + marsanne), on a griffonné sur notre carnet d’une main tremblotante: «sucrosité affriolante, acidité tintinnabulante, équilibre funambulique, longueur phénoménale». Oui, Abbet nous rend leste de la plume.
Après ça, on est revenu à Genève, pour aller goûter le millésime 2007 des Parcelles de Laurent Villard à Anières. Soit le vigneron le plus charmant du cosmos qui, en outre, propose les meilleurs qualité/prix de l’Hémisphère nord. Ce qui fait beaucoup pour le même homme. Cette année, Laurent a réalisé un duo blanc d’exception: un aligoté et une altesse ciselés et archi glougloutables. Plus un rouge mirobolant: le pinot noir, le meilleur jamais produit par le domaine, au fruit élégant et joyeux, à la texture élancée et gourmande. Des pinots 07 de cette trempe, ça ne court pas exactement les caves genevoises.
Vroum, vroum. On est aussi allé traîner nos Moon Boots chez Sophie Dugerdil à Dardagny, jeune vigneronne aux vins charmants, précis et gouleyants, dont un gamay croquant qui nous titille encore les bajoues rien qu’à y penser.
Avant d’aller déguster la moitié du stock d’un de nos cavistes chéris, le très nature Passeur du vin qui, entre mille trésors, cachait un «Fond de Tiroir» du Domaine catalan Léonine, concentré de soleil, de fruits noirs et de courbes pulpeuses, qui pourrait bien se retrouver dans le très attendu "top 5 pinards 2008" du Dr. Slurp. Parfaitement.
Bye, les aminches
NB: Des fois que ça vous fasse envie, voilà du contact en cascade: Darioli 0796799629; Abbet 0792879733; Parcelles 022 751 01 20; Dugerdil 022 754 02 90; Le Passeur de vin 022 994 20 20.
16:37 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : abbet, darioli, dugerdil, parcelles, villard, pinot noir, petite arvine
20.05.2008
La nouvelle classification des odeurs du vin
Amis renifleurs, bonjour
Richard Pfister, un jeune et malin œnologue vaudois rompu à l’exercice de la parfumerie, a inventé quelque chose dont nous voulions vous causer. C’est une nouvelle classification des odeurs dans les vins.
Soit 150 odeurs, qu’il s’agit simplement d’apprendre à identifier avec ses petits naseaux (trois ans de boulot quotidien au bas mot). Pour ensuite décrire le bouquet de votre pinard avec une précision süskindesque.
Classées en grandes familles, puis en sous-familles, toutes ces fragrances appartiennent à des objets plus ou moins connus et répertoriés. Sauf le castoréum, qui est une glande violemment sexuelle située près de l’anus des castors. Laquelle exhale le samedi soir un fumet sauvage, utilisé - semble-t-il - en parfumerie (n° 5 de Castoréum de Guerlain) et décelable dans certains vins rouges. L’idée que les parfumeurs puissent aller soulever la queue des castors pour renifler dessous, allez savoir pourquoi, ça nous met de bonne humeur.
Voilà, apprenez tout ça par cœur.
Pour plus de précisions, vous pouvez aller reluquer un papier sur le sujet, papier brillamment rédigé et publié dans un quotidien local à vocation cosmique.
Bisoux, mes castors
16:22 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bouquet, vins, odeurs, castoréum
25.01.2008
VdV #10: l'étiquette et The Picrate
Ben le bonjour, les surfeurs d'eau douce
Sauf erreur calendaire de notre part, nous sommes le dernier vendredi du mois. Et résonne donc le tocsin du Vendredi du Vin. Glou glou glou. Ce coup-ci, c’est l'amène vigneronne Iris qui nous a collé le sujet de dissertation: «Sortez vos bouteilles avec les plus belles étiquettes»

Bon, let’s go. Il y a dix ans de ça, la vague du packaging pinardier iconoclaste et rigolo n’avait pas encore déferlé. On pataugeait encore dans les Châteaux machin ou Domaine truc, sans l’ombre d’un gag, d’un dessin cocasse ou d’un écart graphique.
Et voilà qu’au magasin, on était tombé sur cet ovni baptisé «The Picrate- vin de table français». MDR. Un chenin blanc d’Anjou, naturel et racé, au nez évoquant les oxydatifs jurassiens, à la bouche fulgurante quoiqu’un rien courte, produit par un individu mystérieux nommé Eric Callcut. The Picrate. Il faut oser. On avait fondu, évidemment, et investi dare-dare dans cette étiquette frondeuse.
A l’époque circulaient d’ailleurs plein d’histoires sur ce Callcut-là.
On racontait qu’il avait appelé son vin The Picrate en guise de pied de nez à l’interprofession qui n’arrêtait pas de l’embêter.
Qu’on l’avait interdit au Salon de vins de Loire et qu’il faisait goûter ses vins sur le parking.
Qu’il avait bossé avec Pierre Overnoy. Mais c’était même pas sûr.
Qu’il était biodynamiste, du genre très pépère et insouciant.
Qu’il avait vendu ses vignes pour suivre sa danseuse de fiancée dans un kibboutz en Israël.
Que le Picrate était donc une affaire close.
Ça, c’est de la légende, ou on ne s’y connaît pas.
Bref, on a récemment débouché The Picrate, cuvée «Les Chiens» 1996 (le millésime n’apparaît que sur le bouchon et le nom de la cuvée sur une collerette volante), qui a passablement changé de profil aromatique avec l’âge.
Le nez, naguère évoquant le savagnin non ouillé, libère aujourd’hui des effluves de moka fraîchement moulu et de foin. La bouche, toujours vive et gourmande, aux notes joyeuses de miel, noisettes et pamplemousse, démarre en fanfare mais tourne un peu court. Un blanc atypique et fanfaron malgré son âge, qui nous a arrosé un quasi de veau à la crème en rigolant.
The Picrate, parfaitement.

A plouche
08:32 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
02.01.2008
Les vins sentimentaux: la synthèse
Coucou, les coquelets

Le dernier VdV de l’An de grâce 07 était consacré à ces vins que l’on aime non pour des motifs strictement gustatifs, mais pour une raison intime. Une raison liée à des souvenirs, à un état d’âme, à un moment précieux, et patati et patata...
Vu la période, on s’attendait à une participation rachitique. Entre Noël et Nouvel-An, l’humanité a d’autres magnums à fouetter. Surprise. Douze blogueuses et blogueurs ont participé à cet émouvant élan collectif. Un tsunami, en somme.
Les voilà, dans le désordre le plus démocratique:
L’exquise Tushia trouva l’amour un soir d’été avec un Condrieu 96 de chez Guigal et une poêlée de St-Jacques au balsamique. Une belle histoire d’accords réussis.
Olif le Magnifique, lui, nous cause d’un héritage encombrant, du Petrus qui souvent fouette le liège et d’un vin de la nature signé Marcel. Olif, il nous fait bien rigoler.
Geneviève nous raconte la claque superbe qu’elle reçut naguère en découvrant un amontillado de Miguel Fontadez Florido, pharmacien, collectionneur d'antiquités de Jerez de la Frontera, en Andalousie. Vin d’initiés et de méditation.
Loïck a été secoué d’un grand frisson terroiriste en débouchant un Mas Julien Blanc, "vignes oubliées", de onze d’âge.
Gildas nous décrit avec une émotion palpable le Pacherenc du Vic Bilh 2003 du Château D'Aydie, liquoreux classieux et, surtout, adoré par son épouse.
Laurent Antoon, lui, débouche une Côte Rôtie 93 de Guy Bernard, vigneron cher à son cœur, puisqu’il lui a ouvert les portes du monde bachique.
Lisa met quelque petites bulles spirituelles dans le débat avec un Billecart-Salmon Rosé, le champagne de son mariage, qui te change une soirée lambda en nouba multicolore.
La reine Sylvia cause aussi d’amour, en sirotant une Petite Eglise de L'Église Clinet, pomerol modeste mais voluptueux qui vit naître une bien tendre affaire.
SonLolo de conjoint, lui, évoque la figure de son papi boulanger, aimé et trop vite moissonné, avec un verre de Sauternes du Château Suduiraut.
La picoleuse, elle, nous brandit un manifeste gai et emballant en forme d’acrostiche fortiche.
La vigneronne Iris remonte de sa cave la Solera 1999 – 2003 de la Closerie de Bertrand dans l’Hérault, vin rare et phénoménal, vin de patience et d’alchimie, vin d’échange et d’amitié.

Votre serviteur enfin, met du rock’n’roll, et du meilleur, dans son verre INAO pour louer un grand vigneron vaudois, Henri Chollet, qui est à son terroir ce que Jerry Lee Lewis est à la musique populaire.
Notez l’esprit de synthèse du boss.
A pluche, les amies et amis.
13:48 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
28.12.2007
VdV#9: des Great Balls Of Fire dans le Lavaux
Bien le bonjour, dégustateurs de l'affectif
Il y a quelques années de ça, Mr. Pul et Mèzigue étions en virée dans le vignoble vaudois. Bien sûr, nous avions commencé par nous paumer consciencieusement dans le dédale du Lavaux. Pour enfin arriver au Domaine de Henri Chollet, un rien déboussolés et bien à la bourre.


Le caveau était vide. Et silencieux. Au moins deux secondes. Car brusquement retentissait la voix vicelarde de Jerry Lee Lewis, jaillie d'un lecteur cédé caché dans un coin:
You shake my nerves and you rattle my brain
Too much love drives a man insane
You broke my will, but what a thrill
Goodness, gracious, great balls of fiiiiire
Waou! Comment rêver plus bel accueil que l'hymne biblico-libidinal du Killer?
Débarquait ensuite Henri Chollet himself: gros favoris blancs, modèle Jules Ferry met Crazy Cavan, et un air de franche bienveillance imprimé sur le visage. Chollet qui, deux bonnes heures, nous causa (à toute berzingue) de ses vins, de ses vignes en terrasses agrippées au coteau de Villette, de son respect de la plante et de la nature. Mais aussi de son passé de dessinateur industriel et de batteur rock'n'roll. Des petits noms donnés à chacune de ses cuvées et de leurs belles étiquettes croquées à la main. Ou encore des balades à moto qu'il faisait naguère en Savoie avec son épouse.
Le tout en débouchant mille topettes aux bouquets expressifs et typés, aux chairs denses et précises. Une mondeuse croquante. Un gamay friand. Des chasselas fougueux. Et tout ça quoi.
La plus radieuse des dégustations.
Depuis, quand on hume l'un des vins de Chollet, ce qui nous arrive relativement souvent, ben, on entend dedans notre petite tête Jerry Lee qui glapit en maltraitant son piano
Come on baba, you drive me crazy. Hou !
Goodness, gracious, great balls of fiiiiire
Des boules de feu en bouteille. L'extase.
Bye Bye
PS: On n'est toujours pas fichu de flanquer une vidéo sur ce maudit blog. Mais allez donc jeter une oreille et un oeil à celle-ci. Le killer dans la force de l'âge, c'est de la bombe. Comme quoi, le cocktail bible-gnole a parfois du bon.
PS2. Une adresse, peut-être? Domaine du Graboz, Henri Chollet, Aran, tél. (0041) (0)21 / 799 24 85.
PS3. Cette petite histoire vous était narrée dans le cadre des Vendredis du Vin, ce coup-ci consacrés aux breuvages de l'affectif. Une synthèse de vos divers et émouvants témoignages suivra ici et sous peu.
08:25 Publié dans Des vins | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note


















