Top Slurp avec Estèbe - Page 3

  • Wooly Bulli: Ferran Adrià cause au Dr Slurp

    Coucou, les copines


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    On peut être unanimement reconnu comme le «cuisinier le plus influent du monde» et avoir su rester simple. Sur un trottoir humide de Genève, Ferran Adrià, le chef récemment défroqué du restaurant El Bulli, fume une cigarette en buvant une bière. Il tutoie sans sommation. Cause à mille à l’heure. Rêve d’avaler une fondue. Et balance de bons sourires à la cantonade. Le cool type, quoi. Voilà pourtant l’homme aux 1846 créations frappadingues autant que légendaires. L’homme qui a mis l’art culinaire cul-par-dessus-tête. Qui a pulvérisé, restructuré, explosé, galvanisé, réinventé, désintégré, dessoudé et tout machiné dedans la centrifugeuse.


    Tiens, d’ailleurs, quel sort réserverait-il à une brave charcutaille de notre pays romand? Au milieu de l’interview, sans crier gare, on lui pose la question en lui collant une saucisse aux choux sous le nez. Une vraie vaudoise, avec le petit cachet vert. Le chef catalan ne la renifle ni ne la palpe. «Cette saucisse, avant toute chose, je commencerais par essayer de la comprendre. D’où vient-elle? Comment elle est faite? Comment la mange-t-on? Je mènerais une petite enquête. Puis je chercherais une voie. Cela peut être le terroir, l’histoire. Je pourrais aussi tourner le dos à tout cela», note-t-il, sans quitter le gracieux boyau des yeux. «Il faut se poser aussi la question de son importance dans l’assiette. Ce ne peut être qu’une touche. Ou plus. Avec cette saucisse, je peux faire mille plats." Boudu! Mille???

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    Voilà qui n’éclaire pas précisément le processus de création du père de la cuisine moléculaire. Le documentaire Cooking In Progress se montre plus explicite. Pendant un an, le réalisateur Gereon Wetzel a suivi Ferran Adrià et son équipe, d’abord dans leur labo de recherches barcelonnais, puis dans les coulisses du restaurant El Bulli. Des mois de fièvre et de doute, d’expérimentations systématiques et quasi-scientifiques, pour élaborer la nouvelle carte, über novatrice forcément.
    A quoi pense le chef, tel qu’on le voit à la fin du film, assis tout seul, les yeux dans le vague, en train de goûter une ribambelle de nouvelles recettes? «Impossible de le dire. Probablement au chemin qu’ouvre le plat. Et peut-être à sa place dans le menu. Un menu, c’est comme un film; il faut de la tension, de l’humour, de la violence, des moments de détente. Les gens qui viennent chez moi doivent vivre une expérience. Ils doivent repartir en se posant des questions. Questionner, c’est le propre de l’avant-garde. Susciter la polémique aussi. Je suis pour le débat. Sans lui, rien n’avance.»
    Ouf, digérons tout ça.


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    Ferràn, donc, a fermé son restaurant le 30 juillet dernier. Il rouvrira en 2014, sous la forme d’une fondation vouée à l’innovation culinaire. «Je ne serai plus jamais un restaurateur. Je l’ai été 27 ans et suis arrivé au bout des possibilités qu’offre ce métier. Je veux avoir du temps pour créer. La création, c’est mon credo, ma manière de vivre.» Voilà bien une posture résolument artistique. «L’art, c’est bien pour les artistes», rétorque-t-il. «Moi, je suis cuisinier.»

    Alors que sort son livre de popote domestique («repas de famille», ed. Phaidon, 383 pages de recettes résolument roots et simples), on lui demande s’il va se lancer dans le produit dérivé en cascade, comme bien d’autres toques prestigieuses. La remarque le fait sourire. «Je vais d’abord me laver la tête. Et filer au Pérou, où il se passe des choses extraordinaires: 50 000 jeunes y étudient la cuisine. Une révolution sociale et culinaire s’y trame.»
    Parlons-en de révolution. A quoi ressemble celle qu’il a fomentée dans le monde des casseroles? A une ébullition passagère? A un putsch impitoyable? «J’ai une admiration sans borne pour Guérard, Girardet, Troisgros. Je connais par cœur les dix commandements de la Nouvelle cuisine édictés par Gault et Millau. La pratique culinaire que nous proposons fait peut-être la révolution, mais c’est une révolution très aimable et respectueuse des grands maîtres. Cela dit, elle a porté ses fruits. Aujourd’hui, la plupart des chefs régulièrement cités comme les plus grands du monde sortent de chez El Bulli. »
    Chic type, mais pas super modeste non plus.

    Des bises, des papouilles

  • La double vie de la figue (en carpaccio de chèvre et noix)

    Bien le bonjour, les gens

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    Tiens causons un peu, si vous le voulez bien, d’un produit indubitablement de saison autant que follement inspirant: la figue. Ce fruit exquis, grignoté par l’homme depuis la nuit des temps, voire un peu avant, n’a pas que des amis. On connaît ainsi une jeune personne qui nourrit une vraie répulsion à son encontre. Et quand on lui en demande la raison, elle a cette réponse fulgurante: «Ce n’est pas que je n’aime pas, mais c’est que ce n’est pas bon.»
    Cléopâtre, elle, en raffolait. C’est dans un panier de figues que fut dissimulé le fameux aspic. Celui qui lui administra l’ultime suçon. La reine au pif pointu, qui avait décidé de mourir, en aurait donné l'ordre pour que la bestiole la mordît sans qu'elle le sût (notez l’avalanche de subjonctifs imparfaits, c’est si rare de nos jours).


    La figue peut donc se montrer retorse. Sous une physionomie rassurante et bonasse qui peut évoquer, selon les variétés, la burne flétrie de l'extraterrestre ou l’un des deux nénés de la Schtroumpfette, elle cache des entrailles grenues d’un rouge radical, éventuellement embarrassantes. Certains y voient comme une blessure sanguinolente, une autopsie en marche, même. Voire, dans un genre plus souriant, une image de nos propres pulpes intimes. On vous passe les analogies salaces. Les Italiens, à qui rien n’échappe, ont ainsi quasi le même mot pour désigner le frifri des dames et le fruit du figuier. C'est dire.

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    Ce long préambule nous ayant filé grave la dalle, vlà une petite entrée rigolote qui donnera à vos soupers des airs de noces antiques. C’est une salade de figues au chèvre et aux noix, d’une simplicité frisant la couillonnerie cosmique.

    Rincez puis taillez des figues menues et fermes, si possible blanches et rouges, en rondelles d’environ 6,2 mm d’épaisseur.

    Disposez-les ensuite dans un plat. Coiffez-les de copeaux d’un fromage de chèvre un brin sec. Ajoutez quelques pluches de basilic et éclats de cerneaux de noix. Humectez avec largesse d’huile de noix.

    Salez à la fleur de sel et poivrez à la sichouanaise. Servez enfin sans faire le malin. Ou pas.

    A plutarque

  • Le fruit pourri qui te fait verser une larme intérieure

    Coucou

    La pitoyable humanité d'une pêche blanche un tantinet gâtée, oubliée trois jours de trop dans la coupe de fruits du Dr Slurp.

    Qui veut l'adopter?

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  • Le jarret de veau à la verveine citronnée et l'indignation bachique en primeur

    Coucouloucoucou

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    Ah, quelle rigolade, les copains! L’autre jour, mèzigue parcourait distraitement les tarifs des bordeaux 2010 en primeur. Notez qu’il existe une foultitude d’autres lectures autrement plus distrayantes – les coefficients des marées à Keravel-Brouennou, par exemple –, et que l’on a nullement envie de se griller un 13e salaire dans un litron aquitain. Le Dr Slurp, d’ordinaire si placide, a tout de même froncé un sourcil en levant les yeux au ciel (double grimace très dure à réaliser simultanément) en découvrant la progression tarifaire de ce bon vieux Château Latour. Ouvrez vos esgourdes et serrez les orteils: plus 4300% en 17 ans. QUATRE MILLE TROIS CENT POUR CENT. Elle est pas Gironde ma courbe? Ça, c’est de l’ascenseur supersonique. Attention ma petite dame, on va décoller. Vroum vroum.


    Dans le genre hilarant, il y a aussi Ausone, dont la quille primeur en 2010 (donc encore en élevage au château, on débouchera l’an prochain) se paye dans les… 1300 euros. Et paf: un SMIG en bouteille. Ce qui nous fait environ 178 euros le déci. Et donc grosso modo soixante balles la gorgée. Là, tu prends ton temps pour déglutir. Tu léchouilles le fond de ton verre comme un caméléon. Et t’arrêtes de te laver les dents pendant deux ans. Tout ça pour une giclette de raisin fermenté, que t’es même pas sûr qu’elle te plaise vraiment, la giclette.


    Ben oui, c’est obscène. Ben oui, c’est de la spéculation crapuleuse. Et le plus embarrassant dans ces histoires, c’est qu’il existe des couillons prêts à débourser des sommes à ce point indécentes pour du simple pinard. A leur place, on choperait une honte carabinée. La honte pour la masse grandissante de gens qui peinent à joindre les deux bouts. La honte pour les vrais artisans du vin, ceux qui mouillent leur chemise tous les jours dans leurs vignes.


    Ben voilà, on a encore réussi à plomber l’ambiance. Hum… désolé.

    Tiens, si on se faisait à manger pour oublier l’embouchure de la Garonne? Si on se faisait un jarret de veau confit au pamplemousse et à la verveine citronnelle? Ça serait bien, non?

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    Pour quatre personnes, payez-vous un bon gros jarret qui tutoie le kilo. Et puis une petite pomme de céleri, un bouquet de verveine fraîche, un pamplemousse et un bon fond de veau artisanal. Tralalala.


    Zestez le pamplemousse, puis pressez-le. Réservez. Dans une poêle à feu dru, faites bronzer le jarret sous toutes ses coutures. Assaisonnez.

    Déglacez avec le jus d’agrume. Installez le jarret dans un plat doté d’un couvercle. Mouillez avec le fond de veau et le jus de pamplemousse.

    Ajoutez un peu d’eau, une échalote hachée, deux brins de persil et trois brins de verveine. Couvrez. Enfournez à 140° pour trois heures. Détaillez le céleri en cubes. Au bout de deux heures de cuisson, réservez le jarret avec précaution, filtrez le jus. Puis renfournez le tout avec le céleri pour une heure de plus. Mmmm, c’est clair?


    Au final, coiffez la bête de zestes et de pluches de verveine fraîche.

    Et toc: ça se coupe à la cuillère; ça fond dans la bouche; ça fait twister la papille. Et ça s’arrose de Château Ô Zone. En cubi, bien sûr.

    Tchou!

  • Les sept péchés viniques (pas ta mère)

    Coucou!



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    Un ami cher et bachiquement docte m’a tagué. Entendez qu’il me propose aimablement de répondre à un questionnaire vinique, pertinent et drolatique, qui circule dedans la bloglouglou. Il s’agit d’une variation alcoolisée sur les péchés capitaux. Le Dr Slurp, qui n’a plus vingt ans, aime pourtant à participer à ces récréations sociales. Il s’y colle donc, vite et bien.

    L’avarice: Quelle bouteille avez-vous trouvé outrageusement bonne malgré un prix honteusement bas?
    Voyons un peu… Il me semble qu’il s’agissait d’un vin que je n’ai finalement jamais goûté par flemme de vadrouiller dans X cavistes pour le trouver.

    La paresse: Quel vin n’avez-vous jamais goûté par flemme de vadrouiller dans X cavistes pour le trouver?
    Euh… difficile. Disons un type de vin dans lequel j’aimerais prendre un bain et faire des bisous (il y a des enfants dans l’assemblée, faisons hard) avec ma moitié. Ou Micheline Dax.

    La luxure: Dans quel vin aimeriez-vous prendre un bain et faire des bisous (oui, il y a des enfants dans l’assemblée, on fait soft) avec votre moitié?
    Au hasard, je dirais un vin dégusté sans moi par l’un de mes amis qui m’a fait envie et enragé (le vin, pas le pote, quoique…).

    L’envie: Quel vin dégusté sans vous par l’un de vos amis ou connaissances vous a fait le plus envie et enragé?
    Ben justement ce genre de bouteille que je pourrais siffler tout seul d’une traite… ou deux.

    La gourmandise: Quelle bouteille pourriez-vous siffler tout seul d’une seule traite ou presque?
    Tous, si ce n’est les vins qui m’ont tellement déçu que je les ai jetés de colère après les avoir dégustés.

    La colère: Quel vin vous a tellement déçu que vous l’avez jeté de colère après l’avoir dégusté?
    Mmmm… pas facile. Un vin que, étrangement, je pensais être le seul à pouvoir apprécier à sa juste valeur.

    L’orgueil: Quelle bouteille pensez-vous être le seul à pouvoir apprécier à sa juste valeur?
    Sans hésiter: une bouteille que j’aurais trouvée outrageusement bonne malgré un prix honteusement bas (n’importe quoi).

    Vlà le travail.
    Il ne faut évidemment absolument rompre la chaîne de ce quiz charmant, sous peine de mourir écrabouillé comme une baie de mourvèdre dans un pressoir hydraulique autant que méridional. A mon tour de devoir taguer trois blogueurs ou blogueuses. Je vais y songer. Oui.

    Papouilles.

  • Hommage à la boutargue, la bombasse de la Méditerranée

    Bien le bonjour, chers gens

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    Quelque part entre la langue de zombie et la selle de vieux vélo, le look de ce machin-là excite éventuellement les imaginaires malades, mais guère l’appétit. C’est que, traditionnellement, la boutargue s’emmitoufle d’une gangue de cire à la couleur grisâtre un brin déprimante. Mais qu’on se débarrasse de cette vilaine carapace et voilà qu’apparaît une chair compacte et ambrée, au parfum d’embruns méditerranéens. Qu’est-ce? Des œufs de mulets (le poisson, pas l’âne, banane), salés, séchés au soleil et pressés, qui offrent une amertume déchirante autant que flamboyante doublée d’une saveur puissamment marine. Engloutir un copeau de poutargue, c’est s’offrir un plouf dans la Grande Bleue la bouche ouverte et les chakras écarquillés.

    La boutargue a deux orthographes et un surnom. Deux orthographes, car les Provençaux la nomment poutargue avec un P. Les lexicographes ont mille théories à ce sujet. Comme d’hab. Passons presto au surnom, «le caviar de la Méditerranée», qui fait référence aux œufs de poisson certes, mais aussi au tarif de la chose. Décourageant, le tarif. Plus de deux cents balles (ou euros) le kilo. Voilà donc un mets de luxe, à mastiquer les yeux mi-clos et les soirs de liesse en écoutant Maxime Le Forestier (facultatif).

    Il semble que la boutargue existe depuis belle lurette. Voire plus longtemps encore. Dès l’Antiquité, Romains et Grecs en raffolaient, dit-on. La préparation, probablement d’origine arabe (boutargue viendrait de bitârikha) s’est gentiment répandue dans le pourtour méditerranéen au fil des siècles. De la Sardaigne, où l’on fait aussi une recommandable Bottarga de thon, à Martigues en Provence, où l’on est persuadé d’avoir inventé la chose, via l’Egypte et l’Espagne.

    Une chose de sûre: la production de ce truc-là, qui demeure artisanale, exige un grand savoir-faire et d’infinies précautions. Qui a déjà accouché une femelle mulet par césarienne sans déchirer sa poche d’œufs sait de quoi on parle.

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    Assez causer. Passons à table. On y va. Au XIXe siècle, la boutargue provençale constituait l’ordinaire des pêcheurs, qui s’en payaient des tranches dès le petit-déjeuner. Vu les cours actuels, cette consommation s’est faite plus parcimonieuse. La doctrine préconise le toast apéritif, coiffé de quelques copeaux, d’un filet d’huile d’olive et de citron. Prévoir un blanc sec de caractère, un coup de Xérès par exemple. Les Sardes, eux, râpent la boutargue sur des pâtes et c’est drôlement bon. Oui Simone.

    Quant à mèzigue, ben, il te bricole une salade du tonnerre de Zeus, vaguement pompée à une recette transalpine dégustée naguère dans un aimable bistrot de campagne. C’est la salade de céleri branche et pamplemousse à la boutargue. Salade qu’un copain mastiquant et extatique a récemment taxé de «sublime déclinaison des amers», ce que l’on a pris comme un compliment.

    Emincez le céleri branche en fines virgules. Pelez le pamplemousse à vif, puis détaillez en tranches. A l’économe, découpez enfin la boutargue en fines lamelles.

    Sur la plus jolie assiette du vaisselier, disposez un lit de pamplemousse, puis parsemez de céleri et poutargue. Arrosez d’huile d’olive, fleur de sel et poivre au moulin.
    C’est tout. Tu croques. Et ça claque dedans ta goulette.

    poutargue 006.jpgEvidemment, peu de pinards dans le cosmos peuvent résister à cette bombe iodée. Le Dr Slurp te conseille un savagnin oxydatif de chez Stéphane Tissot à Arbois, immense vin blanc avec suffisamment de tempérament pour se faire boutarguer sans bobo.

    Le cours s’achève. Quittez la classe sans faire de bruit.

    Des bises

    PS. La photo tout en haut l’est de l'ami Abensur. Les autres sont signées Dr Slurp, dit l’Helmut Newton de la marmite.

  • Les pinards AC/DC

    Bien le bonjour, les hardeux

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    Vous écoutiez AC/DC en boucle (en secouant très fort la tête de droite à gauche et en cadence).
    Vous vous habilliez comme AC/DC (notez que le short, par ces chaleurs, ça ventile aimablement le périnée).
    Vous raisonniez AC/DC, même (poum tchak, poum poum tchak).

    Ben, vous allez pouvoir... picoler AC/DC.Oui, Madame.


    Les quinquas du hard (ou quinquhard), voire sexagénaires du hard (ou sexhard… hum), lancent en effet une gamme de pinards à leur effigie. Du vin australien bien sûr, dont chaque cuvée porte le nom d’un des tubes du groupe. Tiens, passe-moi la bouteille du cabernet Highway To Hell. L’était assez frais le sauvignon Hell's Bells? Oui, plus en tout cas que le muscat You Shook Me All Night Long.
    Non, non, non: on n’invente rien. Guignez donc les étiquettes.

    Même si le Dr Slurp ne peut cacher une fort ancienne tendresse pour ce bruyant quintet des Antipodes, il aurait tendance à se méfier desdits breuvages. Le gros rock qui tache, une fois mis en bouteille, tache probablement plus encore.

    L’initiative n’en demeure pas moins commercialement avisée. Et l’on encourage nos idoles de la chanson francophone à l’imiter presto. Annie Cordy, par exemple, devrait lancer un rosé Tata Yoyo et un blanc Frida Oum Papa. Voire un bourgogne grand cru: le Beaune du curé. Warf.

    Veuillez agréer, blabla blabla

    PS: Notez que le pif hard ne date pas des dernières vendanges de décibels. Visez plutôt ces boutanches moustachues.

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  • Les abricots au sérac et le chien top sournois


    Bonjour les gens,

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    L’autre jour, alors qu’on musardait sur le marché à la recherche de denrées tendres et drôles, un spectacle pitoyable nous a fait bondir d’indignation dedans notre for intérieur. Un marchand avait entassé quelques cagettes de framboises derrière son banc. Et vlà-t-y pas qu’un cabot miteux, à l’air sournois et à la babine flétrie, lève nonchalamment sa patte arrière et… pisse sur les fruits.
    Ni vu ni connu. Pisssssss.
    Une fois son forfait perpétré, l’infect roquet a continué sa route comme si rien n’était. Quasi en sifflotant.
    La crapule sur pattes! Fallait-il prévenir le maraîcher? Rattraper le kleps? Appeler les keufs? Le Dr Slurp a pris son courage à deux mains et regardé ailleurs.
    Voyez tout de même à quoi peut mener l’ingestion de cinq fruits et légumes par jour. A l’empoisonnement par miction canine, rien de moins. Ça fait peur. Depuis, évidemment on guigne avec méfiance les fruits qui se pavanent sur les étals. Dieu sait qui les a arrosés. Et quand en plus on tombe sur des abricots à la fois acides et durailles – pauvres choux, ils ont tant manqué de soleil cet été -, notre foi fruitière se lézarde velu.

    Question. Que faire d’abricots nuls achetés par mégarde à la supérette? Hein?

    Réponse 1. Les laver. Dix fois.

    Réponse 2. Un carpaccio d’abricot au sérac et au thym.

    Quoi tu ne sais pas ce qu’est le sérac?

    Interlude pédagogique. Comme le brocciu corse ou la ricotta italienne, le sérac est un fromage de lactosérum, ou de coagulation secondaire, super maigre mais méga délicat, que l'on rencontre dans les régions alpines (d'âne). Comprenez qu'une fois sa tome pressée, le fromager, au lieu de balancer le petit-lait aux petits-cochons, le chauffe et le coagule à nouveau.
    Tu captes?

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    Bon, pour mitonner un carpaccio (terme totalement impropre, voire résolument inadéquat) d’abricot au sérac, il faut trancher les abricots en fines lamelles. Oui, après avoir viré le noyau, banane. Les disposer joliment dessus une grande assiette plate et belle comme un top model. Coiffer le tout de dés de sérac bien frais, de thym frais. Oindre le tout d’une bonne huile d’olive fruitée. Fleur de sel, poivre au moulin. Et paf, l’entrée rigolote.
    Oubliez l’histoire du chien. Elle est vraie, mais si déprimante.

    Tchou!

  • Les cailles en crapaudine dessus ton BBQ

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    Hello, les batraciens


    Nul ne sait à quoi songe le crapaud immobile au bord de l’étang. A rien? Aux primaires du PS? A la greluche qui viendra le smacker pour le transformer en prince gommeux? A la blanche colombe qu’il pourrait (malgré la rumeur) aisément atteindre d’un jet de bave?
    Impossible de percer la méditation du crapaud immobile.
    Une chose de sûre, il est superbe. Ses quatre petits membres solidement rivés au caillou immergé, la paupière paresseuse et le museau barré d’un sourire placide, il a une classe aussi infinie qu’amphibie.
    La flamboyante posture du crapaud immobile, on s’en est d’ailleurs inspiré pour désigner une technique vintage consistant à écrabouiller divers volatiles en vue de les faire griller. Ben oui: c’est la crapaudine. Et c’est aussi là où nous voulions en venir. Car voilà justement des cailles en crapaudine à la mode cajun. Un truc fastoche et slurp pour le barbecue du dimanche, qui n’exige qu’un tour de main que l’on va te décrire avec notre verve légendaire.

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    The marinade.
    Pour quatre cailles, touillez le jus de deux limes, un petit piment rouge haché, un oignon frais émincé, deux gousses d’ail écrasées, quatre brins de thym, deux brins de romarin, une pincée de cumin, une pincée d’origan, une pincée de poivre noir, une cuillère de cassonade et deux cuillères à soupe d’huile d’olive. Immergez les bestioles là-dedans quelques heures, au frais.

    The crapaudinage
    . Posez la caille sur le plan de travail, dos contre la planche, pattes en l’air. Glisser un long couteau le long de la carcasse. Appuyez sur la lame. Et clac, fendez la bestiole en deux (ce qui est assez satisfaisant, somme toute). Il s’agit ensuite d’ôter un petit os triangulaire, le bréchet, en le dégageant délicatement des chairs avec un petit couteau pointu (poil au tutu).

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    The cuisson. Qui est délicate. Installez les cailles à une distance prudente du foyer sur un papier-alu, pour éviter que l’huile de la marinade n’enflamme les braises. Oui, on pense à tout. Cuisez un quart d’heure de chaque côté, en arrosant de marinade quand vous y pensez. Puis virez l’alu et bronzez les oiseux presto, quelques minutes de chaque côté. Salez à la fleur de sel.

    The final.
    Mangez avec les doigts et quelques amis chers, trois légumes en papillotes confits sur le barbecue et cinq bouteilles de la somptueuse cuvée Véjade 2010 du Domaine de l’Anglore, Tavel, Gard, France d’en bas un peu à droite.



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    Tchou, mes crapauds
  • Des filets de perches en salade et des choses sans leur principe (minute philosophique)

    Coucou, nous revoilà les copines

    L’autre jour (ou était-ce une nuit?) quelqu’un (ou était-ce quelqu’une?) nous disait quelque chose d’assez marrant. Vous noterez en préambule la précision chirurgicale de notre mémoire.

    Bref, cet individu s’émouvait d’un des travers de la modernité; laquelle invente en série des choses privées de leur principe.
    Ben oui: le café sans caféine, la bière sans alcool, le thé sans théine, le fromage sans matière grasse. Sans parler des chanteurs sans voix, des moralistes sans morale et des gazettes sans gaz. Voyez où ça nous mène. Loin. Très loin.

    Le Dr Slurp, soucieux de chevaucher son époque et d’enlacer son temps avec fougue, ne pouvait que créer sur-le-champ une recette épousant cette étrange manie contemporaine. Voilà donc une choucroute garnie sans choucroute ni garniture. C’est fort. Il s’agit en fait d’une salade tiède de perches au citron confit, basilic thaï et amandes rôties, le tout fort habilement rebaptisé.
    Quel coquin, ce Slurp!

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    Pour deux personnes à nourrir voluptueusement, prévoyez 300 grammes de filets de perche (du Léman, du Titicaca ou du Lac aux Requins), un demi-citron confit, une demi-lime, deux brins de basilic thaï, des amandes et d’autres trucs encore, comme du courage, de l’application et de la dévotion.

    Ecrabouillez
    les amandes au pilon. Torréfiez-les sans matière grasse à la poêle quelques minutes.

    Préparez votre vinaigrette en touillant le demi-citron confit très finement émincé, le jus d’une demi-lime et une cuillère d’huile d’olive. Plus sel et poivre, va sans dire. Goûtez. Il faut que ça soit vif et bon.

    Ciselez le basilic grossièrement.

    Rincez les filets de perche. Séchez. Puis poêlez-les à feu vif presto dans une noisette de beurre, une minute côté peau, quelques secondes côté chair. Essorez les ensuite sur du papier ménage.

    Disposez joliment - ou pas - sur une assiette de faïence. Arrosez de vinaigrette. Coiffez de basilic et d’amandes. Une pincée de fleur de sel. Et paf!

    DSC04104.JPGAvec la choucroute garnie sans chou ni garniture, un vin sans raisin eût été idéal. Il y a toutefois des zones extrêmes de la branchitude que notre morale se refuse d’explorer. C’est donc un blanc à base de chardonnay qu’on préconise: un Jurassien grand teint, la Bardette 2004 de Monseigneur Labet. Grand vin. Ça cingle, ça enrobe, ça persiste. Ça te laisse la bouche groggy d’émotion, la papille rêveuse et le goulot vivifié. Parfaitement.

    A plouche

    PS1. Les vacances? Mmmmm... trop courtes. Bande de veinards: on vous épargne la soirée-diapos.


    PS2. Gag final. Comment appelle-t-on un con en surpoids? Un gros con. Warf.

  • Pause estivale, melon cochon et coming out iconographique

    Bien le bonjour,

    Tiens, revoilà les vacances. Inutile de te dire que le Dr Slurp n’est pas du genre à rôtir stupidement sur les plages océanes en lisant SAS. Ou à jouer les phoques léthargiques au fond d’une piscine en forme de guitare. Non, non, non.
    Le Dr Slurp part en stop à Helsinki pour parfaire son finnois médiéval et achever son traité sur la myxomatose du renne. Ça durera un petit mois.
    Il ne pouvait toutefois te laisser seul dans la faim et la soif. L’est comme ça, le Dr Slurp. Le cœur gros comme le foie.

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    Voilà donc une salade de melon au pata negra, menthe, céleri branche et poivre cubèbe, dont il te reste simplement à imaginer la recette.
    Et trois bouteilles de super pinards pour l’été, bon marché autant que gouleyants en diable, dont il te reste simplement à trouver le nom complet, le producteur et la région d’origine. Un jeu d’enfant.


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    Quant à cette exquise image vintage, elle constitue notre petit jeu estival. Imagine tout ce qui peut arriver à cette pouffe de volaille avant son arrivée sur la table.


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    Les auteurs des meilleures propositions gagneront un renne myxomateux congelé.

    Et rappelez-vous: les slurpeurs n'ont rien à perdre que leurs gaines. Ils ont un monde à manger. Slurpeurs de tous les pays, unissez-vous!

    Des bises

    A après-demain

    PS. Cela fait bientôt un siècle que le Dr Slurp transpire sur ce blog… sans avoir une seule fois publié une image avec sa bouille dessus. Trop d’anonymat nuit. En voilà une. Sache qu’elle ne le rajeunit ni ne l’avantage. En vrai, il est 4000 fois plus canon. Boum!

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  • L’affaire de la miction colombine et le paillasson glorieux

    Hugh, mes soeurs!

     

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    L’autre jour, le Dr Slurp, tel un Louison Bobet du XXIe siècle, chevauchait sa bicyclette dans les rues de Genève. Altier, superbe, tout en muscles et en souplesse, il glissait sur le bitume à une allure de 17 nœuds environ. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Ni les sifflements admiratifs que lui lançaient les filles sur le trottoir. Ni les regards de jalousie que lui décochaient leurs compagnons.
    C’est là qu’un pigeon lui a pissé dans l’œil.
    Oui, t’as bien lu.
    Une crapule de piaf a osé expédier sa misérable urine dans la mirette gauche de mèzigue.
    Ça pique. Ça vexe. Ça avilit. Le Dr Slurp en a conçu une aigreur majuscule à l’âme et une rougeur disgracieuse autour du cristallin, qui a considérablement émoussé le charme notoire de son regard minéral.

    Du coup, l’héroïque cyclo-randonnée s’est achevée en eau de boudin, avec une espèce de monstre borgne et furax en train de zigzaguer sur son vélo tout en marmonnant des injures à l’intention des volatiles incontinents.
    Depuis, bien sûr, on hait les pigeons. Au point même d’envisager une croisade planétaire pour éradiquer ces pisseurs ailés de nos cieux. Sus à l’espèce colombine et à ses mictions infâmes!
    Inutile de vous dire que l’on ne mange plus d’oiseau. Boycott complet. Les paillassons de patate et courgette au safran et aux muscats secs, en revanche, ça le fait. Et à donf’.

    Tiens, quel hasard formidable, en voilà justement la recette.

    Pour deux êtres humains à table:
    Dans une jatte, détaillez en toutes minces lanières une courgette et râpez façon rœsti trois patates farineuses genre bintje. Ajoutez un jaune d’œuf et une giclée d’huile d’olive. Hydratez quatre brins de safran dans un tout petit peu d’eau. Hachez grossièrement dix muscats secs. Mélangez le tout. Sel, poivre.
    Dans un emporte-pièce de la taille d’un cul de bouteille ou de lutin, moulez vos paillassons en appuyant comme un sourd. Poêlez enfin dans un peu de beurre moussu et à feu pépère, dix bonnes minutes de chaque côté. Faut que ça croustille dehors et que ça fonde dedans.

    C’est avec cette chute navrante de banalité que, messieurs dames, l’auteur de ces lignes, la pupille encore rougeoyante, vous tire son chapeau et prend congé sur la pointe des pieds.
    Tchou!

  • Le plat de côtes et une petite bricole avec

    Bonjour,

    Le lundi, c'est cinoche.

    Tiens, guignez donc ce bon Lino passer commande. Un coup de fourchette pareil, on n'en voit plus guère. Tout fout le camp, ma pauvre dame.

    Des papouilles

    A sous peu (de légumes)


  • Le régime miracle du Dr Slurp et le bar barbecuté à l’estragon

    Coucou!


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    L’été pointe gentiment son haleine brûlante. Et sur les plages océanes, il va bien falloir rentrer dans son petit bikini (itsi bitsi tini ouini tout petit petit bikini, qu’elle mettait pour la premièèèère foaaaa). Or, l’hiver saute aux hanches. Belle affaire pour les marchands de papier. Depuis des semaines dans les magazines pour dames, voire pour messieurs, voire pour animaux, grouillent ainsi les régimes amincissants – miracles, sans douleur, express, protéinés, végétaux, paraboliques, pyrotechniques… – qui promettent de faire la peau à nos bourrelets.

    Dans ce blizzard de conseils boiteux et d’arnaques diététiques, le bon Slurp ne pouvait que faire entendre la voix du bon sens scientifique. Voilà donc la diète magique du Dr Slurp, qui devrait vous remodeler la plastique, du chignon aux petons, en dix petits jours de franche rigolade. Il s’agit d’une très couillonne formule arithmétique, prenant en compte vos paramètres corporels individuels. Trop fort.

    A vos calculettes. Evaluez d’abord votre ration calorique quotidienne. Multipliez votre taille par votre poids, puis par votre âge. Par exemple: 165 X 60 X 45. Dans le cas du Dr Slurp (on ne va pas vous filer non plus nos mensurations intimes), cela donne 605172 calories à avaler tous les jours. Soit environ 30 côtes de bœuf, six saladiers de frites, une tonne de chocolat et vingt hectolitres de pinard. Pendant dix jours. Et pof!

    Calculez ensuite votre temps d’activité physique quotidien, avec les mêmes paramètres, mais en les divisant successivement. Par exemple 165: 60: 45. Dans le cas du Dr Slurp, cela donne 0,05 seconde d’activité physique par jour. Soit un bâillement athlétiquement exécuté.
    Résultats bluffants, on le répète.

    Dans l’hypothèse improbable où le régime susdécrit ne vous intéresserait guère, voilà une recette light et goûtue de bar à l’estragon sur le barbecue.



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    Pour quatre personnes, payez-vous un bar de ligne d’1,6 kilo. Belle bête. Prix exorbitant. Plus un bouquet d’estragon. Un pot de ricotta. Deux citrons. Et voilà.

    Demandez au poissonnier de vider le poisson, mais de ne surtout pas l’écailler. Car, voyez-vous, les écailles forment une liquette naturelle qui protège de la violence du feu la précieuse chair maritime.

    Préparez un foyer d’une ardeur mezzo. Farcissez le poisson avec la moitié de l’estragon, un citron coupé en quatre. Salez, poivrez. Oignez avec modération les écailles d’huile d’olive. Salez, poivrez l’extérieur.

    Bricolez une petite sauce en touillant deux cuillères à soupe de ricotta, une lichette d’huile d’olive, un filet de citron, une pincée de piment, sel, poivre et deux feuilles d’estragon finement ciselées.

    Rincez et séchez soigneusement le poisson. Barbecutez-le enfin, huit minutes de chaque côté. Achevez la cuisson tout doucement, dix minutes, en calfeutrant le bar dans une feuille de papier-alu, un brin à l’écart des braises, ou au four à 70°. Si la lame du couteau, plongée le long de l’arrête, ressort tiède, c’est que la messe est dite. Levez les filets. Servez avec la sauce.
    Puis essayez votre maillot de bain.

    Tchou!