Top Slurp avec Estèbe - Page 5

  • La popote française, chez San-Antonio et au purgatoire


    Bien le bonjour, copaingues

    Tiens, parce qu’on ne peut pas passer son temps à claper des choses ravissantes en faisant des bruits avec son bec, lisons aujourd’hui. Voilà deux bouquins récents et convaincants, qui causent l’un et l’autre de la cuisine française, en des termes fort différents, il est vrai.


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    Commençons par San Antonio se met à table (L’Epure) de la truculente Blandine Vié, dont on avait déjà croqué avec grand appétit les Testicules (si j’ose). Ce coup-ci, la dame nous a escaladé un Himalaya: l’œuvre canaille de Frédéric Dard. Soit 174 volumes, qu’elle a épluchés à la recherche de toutes les références au miam, à la bouffe, à la tortore. Et Dieu sait si elles grouillent. Voilà donc un wagon de recettes et une cascade de citations. Plus les profils gourmands des héros: le bâfreur Béru qui a «l’œsophage au bord des lèvres», et le gourmet San-Antonio, qui doit à sa maman Félicie «ses plus beaux kilogrammes.» Forcément ça cause blanquette, daube, choucroute, ris de veau, paupiettes. Mais pas que. Il y a aussi du pinard, de la philo gaillarde et de la fesse, bien sûr. Plus en filigrane, une peinture de la France mijotante, flamboyante et mastiquante de l’après-guerre au crépuscule du XXe siècle.


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    C’est également, mine de rien, le propos du journaliste américain, Michael Steinberger. Lui vient de signer La cuisine française, un chef-d’œuvre en péril (Fayard) sur le thème déjà bien labouré du déclin de l’empire gastronomique tricolore. On a déjà lu mille choses là-dessus. Originalité: Steinberger est un fan et spécialiste de la popote hexagonale. Il la tutoie. Il l’a aimé follement. Il la connaît sous toutes ses garnitures.

    Ce n’est donc pas le réquisitoire d’un pamphlétaire en recherche de gloire médiatique, mais le chant nostalgique d’un amant blessé, mais toujours éperdu. La démonstration n’en reste pas moins implacable. Tout y passe. De la fin du calandos au lait cru au triomphe du Mc Do, de la dégringolade qualitative de ces chers produits français à la momification progressive de la haute gastronomie, rendue obsolète par l’ébullition espagnole, anglaise ou nordique. S’enchaînent les récits de repas navrants et les souvenirs de festins homériques, les anecdotes, les faits chiffrés et les interviews de tous les acteurs de la popote française. C’est drôlement bien. Fin, ultra documenté, drôle à l’occasion, bien écrit (les subjonctifs imparfaits pullulent dans le texte comme les calories dans une recette d’Escoffier), jamais vulgaire, calomniateur ou simpliste.
    On ne vous raconte pas la fin. On n’est pas comme ça.
    Bien à vous

    Tchou!

  • Le canapé du psy et le magret du printemps arabe

    Bien le bonjour, les aminches hirsutes


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    Un de ces quatre, le Dr Slurp, il devrait peut-être aller poser son joufflu sur le canapé d’un psychiatre. Y’en a un bon, dit-on, juste au-dessus de la boucherie du coin. Il devrait lui balancer la moitié de son disque dur au museau. Lui raconter le tutu de la cousine Lulu et les lolos de la tante Nono. Lui causer de l’instit qui l’appelait cochon et de la fois où il avait vomi tout son quatre-heures sur le plastron de Ginette. C’est que, quand t’y phosphates un brin, le Dr Slurp ne tourne pas vraiment rond. Passer ses journées à échafauder des recettes débiles dedans sa cafetière, ça finit par la faire bouillir. Oui, Madame. C’est même la Faculté qui le dit.

    Par exemple, prenez ce brave magret, qui ne lui avait rien fait. Il aurait pu le traiter gentiment. Se le griller direct à la régulière. Douze minutes côté gras, trois côté peau. Sel, poivre. Miam miam. Et l’addition. C’eut été net, orthodoxe et sans bavure. Nickel pour le timing, confort pour les gustatives.

    Ben non. L’autre tordu de Dr Slurp, il a voulu ruser. Le magret, il te l’a envisagé une plombe avec l’air pensif du savant fou sur le point de trouver la formule. Il a farfouillé dans les grimoires. Il a trifouillé dans l’armoire à épices. Après, il a fait la danse du ventre. Puis il a chopé son grand couteau.

    Un malade, je te dis, mûr pour consulter chez le toubib de l’âme.

    Tiens même l’intitulé de sa recette, il témoigne d’un grand smog intérieur: minis mignons de magret grenadés pour le printemps arabe.

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    Pfff… n’importe quoi.

    Prélim’s. Il faut vous acquérir une chose rare: de la mélasse de grenade, soit une réduction à la fois acidulée, sirupeuse et sucrée que l’on croise généralement dans les épiceries orientales qui se respectent. Bon, faut se méfier: ya mélasse de grenade et mélasse de grenade. L’industrielle et la délectable. La berk et la slurp. Louvoyez. Munissez-vous également d’un magret, de graines de sésame, de sumac, d’origan et de kamoun.

    Synopsinge. Virez le gras de magret. Taillez-le en deux dans le sens de la longueur. Dans une jatte, touillez avec une chère rasade (hum… gag oriental) de mélasse de grenade, une grosse pincée d’origan, une autre de kamoun, une autre de sumac, sel, poivre. Puis roulez bien serré les demi-magrets dans du film alimentaire, façon boudin. Paf, au frigo, deux heures.

    Faites chauffer à fond le four, avec le gril allumé. Installez la plaque dans la partie supérieure. Enfournez les magrets 7 minutes sous le gril, en les retournant à mi-course. Gare à la surcuisson. Doit sortir tout saignant de sa fournaise, le canard: noir dehors, rubicond dedans.

    Epilogue. Découpez en jolis tronçons, avant de servir avec quoi que vous voulez comme garniture et comme pinard.
    Ben oui, on ne va pas tout vous vaseliner quand même.

    Bien à vous, les minous

  • Les crosnes à la basquaise ou la victoire de la raison

    Bien le bonjour,

     

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    On ne parle pas assez des crosnes. Non, non, non.
    On ne célèbre pas assez cette petite racine d’origine nipponne, qui sous des dehors assez peu engageants de crotte de nez momifiée, voire de chenille boudinée et velue, cache une chair croquante à la délicate saveur de châtaigne et d’artichaut (oui, la phrase est longue mais atchement bien balancée, non?).

    Vénérons donc le crosne.

    Et cuisinons-le dare-dare, de manière foutraque et babélique. Par exemple en une fricassée de crosnes au lomo et thym façon basquaise.
    On a de ces idées parfois…


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    Pour, disons, euh... trois personnes, remplissez votre baise-en-ville avec 347 grammes de crosnes, un bouquet de thym, douze tomates cerise et un gros poivron rouge. Sans oublier quatorze rondelles d’un bon lomo. Le lomo étant cette salaison maigre, goûteuse autant qu’espagnole à base d’échine de cochon ibérique; rien à voir donc avec le lomo sapiens, ni le lomo sexuel, encore moins avec la lessive lomo, celle qui élimine les grosses tâches depuis 1908.

    Euh… m’égarerais-je?
    Reprenons.
    Rentrez à la maison.
    Puis nettoyez les crosnes.
    Pour cela, il existe une technique ancestrale et donc éprouvée. Il s’agit de planquer vos crosnes dans un linge rustique avec une poignée de gros sel. Refermez. Puis massez sur le plan de travail avec une certaine véhémence. Au contact du sel, la racine s’offre un peeling du diable, et en perd donc ses poils et peaux superflues. C’est magique. C’est dermatologique.
    Rincez ensuite longuement les crosnes sous l’eau claire. Pochez trois quatre minutes dans l’eau frémissante. Puis faites revenir pépère à la poêle, dans une noisette de beurre. Assaisonnez. Quand le crosne s’attendrit tout en demeurant un brin croquant, réservez.
    Dans la même poêle et un peu d’huile d’olive, balancez une pointe d’ail hachée et un poivron rouge pelé et émincé en lanières. Faites fondre gentiment.
    Taillez le lomo en fines bandelettes. Coupez les tomates cerise en deux, ou en trois, ou en quatre.
    Ajoutez le tout (crosnes + lomo + tomates) dans la poêle. Saupoudrez de piment d’Espelette et de thym frais. Assaisonnez. Touillez tout doux. Puis servez au pas de course une minute plus tard en chantant l’Internationale en basque et en braille. Ou pas.
    Tchou!

    Smacks en cascade

    PS : Tout en clapant ce machin ci-dessus, il s’agit certes de glouper du rouge, et du bon. Du genre fruité et solaire, charpenté comme un hockeyeur et flatteur comme un VRP. On n’a pas d’idée, là sous le capot, mais votre caviste en regorge probablement.

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  • Des images distrayantes avec du manger dedans

    Coucouloucoucou


    Ta mémé le martelait: c’est mal de jouer avec le manger. Mais faut quand même bien rigoler parfois. Et puis, le jeudi, c’est facétie.

     

    Tiens voilà, tes organes tripiers en légumes...

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    Le sandwich naze en forme de jeu crétin...

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    Le burger qui refoule dru du peton...

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    T’as des sushis avec ton lego?

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    Le breakfast oxygéné...

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    United Steak of America...

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    Tchou!

    PS: La plupart des images ci-dessus ont été piquées sur le merveilleux blog La boîte verte. Bonne adresse que voilà.

  • Le fabuleux cresson, la regrettée Edith et la truite boudinée


    Bien le bonjour, amigas, amigos

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    Le cresson est une petite verdure à la saveur picotante et persistante qui te laisse la papille toute chose.

    Le cresson même que c’est drôlement bon pour ce que tu as.

    Le cresson, toujours lui, s’avale depuis la nuit des temps. Parfaitement. Les Perses d’antan, dit-on, s’en faisaient des tartines avant d’aller charcuter leurs adversaires sur les champs de bataille. Quant aux pucelles d’Albion, elles semaient, le 24 mars, une ligne de cresson et une ligne de laitue pour connaître le caractère de leur futur époux. Gentil et benêt si la laitue poussait la première; velu et brutal si c’est le cresson qui venait à se pointer. A quoi ça tient...

    Cresson,
    c’est aussi le nom de famille de la seule dame à avoir été premier ministre dans le royaume de France depuis sa préhistoire. Une sacrée bonne femme, l’Edith. Victime expiatoire de la déculottée du PS aux municipales de 92 et punching-ball préféré des gros machos de la République (et Dieu sait s’ils grouillent), elle restera aussi comme le locataire de Matignon au mandat le plus bref. Dix mois.

    Nous autres chez les Slurp, on la regrette parfois. Souvent, même.

    On lui dédie bien sûr nos roulades de truite fumée au cresson, petite entrée tonique et lutine pour soupers fin entre gens de goût.

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    DSC03998.JPGPayez-vous de tous fins filets de truite, bio siouplait. Plus diverses autres choses que vous découvrirez en lisant ce qui suit.

    Faites cuire al dente une carotte à la vapeur. Détaillez en tous petits dés.

    Lavez quelques branches de cresson. Equeutez et émincez mini. Dans une jatte, touillez avec la carotte, une cuillère de petites câpres, trois cornichons en lamelles, une échalote hachée, un filet d’huile d’olive et un filet de citron. Salez, poivrez molo.

    Ecrabouillez
    quelques pistaches. Rôtissez presto à la poêle. Ajoutez à la mixture. Goûtez. Rectifiez.

    Puis étalez les filets de truite par paire ou trio sur du film alimentaire, en les chevauchant un brin, de manière à obtenir un rectangle à peu près satisfaisant. A l’extrémité dudit rectangle disposez un petit boudin de farce au cresson. Puis roulez délicatement la truite sur elle-même dans le film, façon saucisson. Serrez bien. Liez les extrémités. Puis recommencez l’opération avec le reste des filets. Expédiez le tout au frigo.

    DSC03994.JPGA l’heure du miam, découpez en tronçons mignons, puis virez le film alimentaire qui manque passablement d’intérêt gustatif.

    Faites valser enfin bouchon du mirobolant, ciselé et jouissif Saint-Bris 2009 d’Alice et Olivier De Moor, producteurs naturels et bourguignons, que nous sommes quelques-unes à considérer comme les plus grands vignerons de ce millénaire qui vagit.
    Oui.

    Tchou

  • Mars le relou, la purée qui roucoule et le jarret caramélisé

     

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    Mars craint.
    Mars fouette.
    Mars n’en finit pas.
    Pas de doute, voilà bien le mois le plus relou de l’année pour nos autres gastrolâtres omnivores. C’est que le printemps pointe manifestement le bout de son pif. Les jours s’allongent, l’astre luit, les filles rient. Pourtant, sur l’étal de la maraîchère, l’hiver s’incruste. Il y a bien les petits artichauts des Pouilles. Les premières pousses de cresson. La dent-de-lion et les chicorées. Mais pour le reste, c’est encore la Sibérie. Des patates et des vieux rutabagas. Il va falloir serrer les crocs trois bonnes semaines encore. Misère.
    Mars craint, vous disais-je.
    Du coup, on t’a tricoté un plat plus taillé pour les soirées polaires que pour les pique-niques dans la verdure. Désolé. Ça fait quand même drôlement du bien par où que ça passe.
    Voilà donc le jarret de veau caramélisé au piment et sa purée de racines douces. Et toc.

    DSC03982.JPGPour quatre ouistitis à table, il faut un beau jarret de veau avec son os, genre de 1,37kil, deux carottes, un gros panais et une très grosse racine de persil.

    Recouvrez
    le jarret d’eau dans un récipient ad hoc. Portez à ébullition. Ecumez. Une fois. Deux fois.

    Epluchez
    et détaillez grossièrement les légumes. Balancez le tout dans l’eau du bain, avec un bouquet garni (trois branches de thym, une feuille de laurier, deux clous de girofle et huit grains de poivre noir cachés dans deux feuilles de poireau). Laissez glouglouter tout tranquille deux heures.

    Retirez le jarret avec précaution. Oignez-le de miel. Saupoudrez de piment d'Espelette et de fleur de sel.

    Enfournez à 220° une quinzaine de minutes, que la bête bronze furieusement. Surveillez le processus, tout de même. Un accident est si vite arrivé.

    Pendant ce temps, passez les légumes au presse-purée. Puis montez votre purée avec une cuillère à soupe de crème fraîche. DSC03997.JPGOu deux. Parfumez d’une tombée de muscade râpée. Assaisonnez vaillamment. Goûtez. Et paf. L’affaire est dans le sac.

    Et pour un peu qu’on ait fait péter le bouchon de la gourmandissime cuvée Chasseur des Brousses du Mas des Brousses, ben, l’ombre radieuse du bonheur printanier commence à planer au-dessus de la table.

    Veuillez agréer, bla bla

  • La tortilla, les homographes et les trois poules du couvent

     

    Bien le bonjour, les coquelets délurés

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    Parmi les devoirs de M’Zelle Sonson se cache, deux fois par mois, une dictée drôlement coriace. Dictée qu’on lui dicte et redicte, en pestant in petto sur la sournoiserie de l’orthographe française. Quel idiome tordu! Quelle langue de vipère! Quel champ de bataille lexical farci de mines anti-petit-personnel!

    Tenez, prenez par exemple ces infects homographes, ces mots qui s’écrivent pareil mais signifient des machins différents.

    Quelques exemples carabinés:

    Une pouf sur un pouf, c’est ouf.

    Ouïe! Mon ouïe part en quenouille.

    La chatte chatte (sur un forum de poufs).

    Il faut boucher le boucher qui a perdu son punch en buvant trop de punch.

    La fondue des fils de Marc fait des fils.

    Du coup, Marc picole du marc.

    Les trois poules du couvent couvent en riant.

    Il est de l’Est, le hamster, et il en est fier, peux-tu t’y fier?

    D’un caractère violent, les fils de Marc violent les poules du couvent, et se parent de peau de hamster pour leur parent qui a bu trop de bitter et ne peut plus rien bitter.

    Notez le nombre de chausse-trappe dans une phrase à ce point banale. Bon, une dernière pour la route…

    La chatte du boucher se tortilla devant la tortilla (au pecorino et ciboule).

    Ça, c’était la très habile transition vers la recette du jour.

    La tortilla au pecorino et à la ciboule, pour quatre personnes :

    Battez au fouet huit œufs avec un déci de lait et une énergie de malade. Faut que ça bulle dru en surface. Ajoutez deux pincées de sel, une tombée de paprika, quatre petites cuillères d’un bon pecorino râpé maison, trois tours de moulin à poivre et deux brins de ciboule émincés.

    Touillez.

    Faites chauffer mezzo une cuillère à soupe d’huile d’olive dans une poêle. Versez la tortilla. Couvrez. Laissez dorer sept-huit minutes à feu moyen. Quand le dessous de la tortilla vous paraît arborer le teint idoine semble donc prêt au décollage, retournez sur le couvercle, ce qui exige un tour de main démoniaque, puis laissez bronzer l'autre côté quatre minutes de rab sans couvercle.

    Servez enfin avec une verdure spirituelle, mais sans homographes.

    Adios!

  • La pseudo-pissaladière de sardines et autres crudités rigolotes

    Salud, amigos


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    Ça aurait dû être une recette méga pronto de chez pronto. Une recette à la va-comme-je-t’y-pousse-dans-le-four. Une recette branchouille à deux balles, comme dans les magazines pour les dames, que tu te bricoles en trois minutes d’une main en te repoudrant le museau de l’autre.
    Ben non.
    Tout ça à cause du pote Jenny. Qui est un artisan notoire et scrupuleux. L’autre jour, on te dégaine une recette avec de la pâte feuilletée de supérette. Pof: Jenny s’énerve tout rouge. Sur le thème: «Au diable les saloperies industrielles! C’est plein de trucs cancérigènes. C’est dégueu. Viens donc acheter ta pâte chez les honnêtes boulangers de quartier». Et il avait raison, le bougre, bien sûr.

    Voilà pourquoi la préparation de notre très couillonne mais slurpissime pseudo-pissaladière de sardines et crudités rigolotes vous occupera la moitié d’un jour de congés.



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    Le topo, et par étapes, SVP.

    Pour acheter une pâte feuilletée artisanale
    , commencez par traverser la ville aux heures de pointe. Bravez les frimas, la mauvaise humeur policière, la petite délinquance galopante, le grand banditisme embusqué, la pollution atmosphérique et les scories de caniches diarrhéiques. Sans parler des aînés irascibles, des bébés braillards et des klaxons débiles. Traversez la ville donc, puis rentrez chez vous avec la pâte sous le bras. Ou l’inverse.

    Abaissez votre trésor au rouleau. Parsemez de graines de sésame, poivrez. Repassez un coup de rouleau. Puis découpez en rectangles de 11,5 sur 3,4cm. Badigeonnez de jaune d’œuf battu. Et enfournez à 180°, une dizaine de minutes, en écrabouillant une ou deux fois la pâte en cours de cuisson, pour éviter qu’elle ne gonflâsse démesurément.

    Pendant ce temps, lavez et émincez un bouquet de cerfeuil et quelques olives noires. Taillez trois radis et deux branches d’oignon frais en fines lamelles. Et égouttez une boîte de sardines de belle origine (Belle-îloise, Quiberonnaise ou tout autre phénix de la conserverie océane).
    Le final? Héroïque. Coiffez chaque tartelette de radis, cerfeuil olive et oignon; une discrète giclée d’huile d’olive, une sardine, trois cristaux de fleur de sel et l’addition.

    Grignotez ça en racontant à tout le monde que cette pâte exquise, ben, c’est vous qui l’avez faite de vos mimines.
    Car jamais mensonge ne nuit.

    Tchou!

  • L’anni Slurp: cinq printemps déjà

    Coucou, les morfalous

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    Souvenez-vous. Fin février 2006, rien ne se passa dans le monde, ni même dans le cosmos. Ce fut l'une de ces périodes fades et grise, où les jours s’écoulent en grinçant. Rien ne se passa donc, sauf la naissance dans un coin reculé de la Toile du blog Top Slurp. Oui, çui que vous lisez, là, tout de suite.
    Voilà bien le seul épisode saillant que retiendront les historiens (si vous nous permettez une flambée de vanité la plus dégoulinante).
    Le Dr Slurp fête donc ces jours-ci le cinquième anniversaire de sa modeste échoppe virtuelle, où les calambours (Baki) volent bas et la blanquette (Moss) porte beau.

    Comme d’ordinaire, vous pouvez adresser vos terrines truffées, avoirs libyens et caisses de champagne à l’adresse suivante:

    Mèzigue
    Genf
    Suisse occidentale
    Europe non alignée

    Des bisoux

  • Des gourmandes nues dans leurs baignoires

    Bien le bonjour, amis de l’art et du cochon

    Tiens, parlons d’arts plastiques. Et plus précisément de la singulière Lee Price, artiste américaine en activité, qui a trois dadas. Au moins.
    Primo, la peinture à taux de réalisme himalayen. Price, elle te barbouille des toiles qu’on dirait des photos. Avec ses pinceaux et de la peinture à l’huile. Balèze.
    Deuzio, la contre-plongée radicale. Price, elle contemple ses personnages depuis le plafond. Du coup, ils ont l’air très très très seuls, ses personnages.
    Tertio, les dames qui se gobergent de sucreries à poil dans leurs baignoires. Chacun son truc. Price, c’est donc l’ablution masticante et féminine dans la faïence. Ce qui pourrait être glamour. Mais s’avère étrangement morbide. Ces créatures s’offrent-elles une ultime douceur avant le grand couic? La mousse ne risque-t-elle pas de donner un mauvais goût aux friandises? Est-ce bien raisonnable de jeter des papiers de bonbons dans l’eau du bain?
    Un travail qui pose de vraies questions avec des additifs et des colorants dedans.

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    Bien à vous, mein choux

    Votre dévoué Esteban 1er


  • M.F.K. Fisher: la goûter, la décorer, la vénérer, la regretter (très fort)

    Coucou les coquelets


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    L’autre jour, on farfouillait dans la bibliothèque, à la recherche de la Biographie Sentimentale de l’Huître, le roman de MFK Fisher. On farfouillait, on farfouillait. En vain. Pas de Biographie sentimentale, ni même de Fantôme de Brillat-Savarin, pas plus que de Loup au dîner. MFK Fisher avait déserté l’étagère. Malheur.

    On s’est creusé la tête. Il y avait dû avoir un prêt malheureux, un soir de liesse, un soir de ricanements stupides. «Quoi! Tu ne connais pas M.F.K. Fisher!!! Hips. Tiens, lis ça! Hips. Et rends-moi vite les bouquins.» Le fâcheux, la fâcheuse, n’avait jamais ramené les livres. Bien sûr. La bibli était en deuil. Et nous avec. Qui que tu sois, toi l’emprunteur sans visage, surveille ton courrier, surveille ton ombre, surveille le gâteau d’anniversaire de ta nièce. On te retrouvera et la vengeance sera d’une cruauté inouïe.

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    Bon, calmons-nous. C’était un matin de printemps. 1992? 1993? A Paris. On était allé jeter un coup d’œil dans une librairie du Quartier latin consacrée à la gastronomie. Sur la pile des bouquins récents, elle était là. Elle nous dévisageait. Brune, belle comme tout, la pupille lutine et un demi-sourire enjôleur planant sur les lèvres. Mary Frances Kennedy Fisher. Les éditions Anatolia venaient de traduire le Fantôme et la Biographie sentimentale de cette essayiste américaine prolifique et voyageuse, née en 1908 et disparue quelques mois auparavant. Un quart d’heure plus tard, dans un métro bondé, on découvrait la plume aérienne et malicieuse, gourmande et gracieuse, de la dame. Un choc. Un coup de foudre. Une révélation.

    Avouons-le, la prose culinaire n’est pas toujours une partie de rigolade. Il y a Montalban. Il y a Colette. Il y a Rouanet. Il y a les grands ancêtres, le gros Brillat et le gros Dumas, qui nous parlent dans une langue qui ne se pratique plus guère de choses que l’on ne cuisine plus guère avec une pompe doctorale qui n’impressionne plus guère.

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    M.F.K. pétille. Digresse. Badine. Mais jamais ne s’égare. Ou ne pontifie. Chez elle, le manger devient mystique, tendre, drôle, métaphysique. Il faut lire un Loup au dîner, souvenirs de guerre, où elle surfe sur la disette et ondoie dans la pénurie, en proposant des plats pour porte-monnaie vide tout en se remémorant les fastes d'avant-guerre. C'est mutin, touchant et indubitablement bien écrit. Miss Fisher a signé une vingtaine de livres, dont quelques-uns traduits en français. Il y a cinq ans, les éditions Motifs ont réédité Le Fantôme. En farfouillant sur la Toile ou chez le bouquiniste, il doit être possible de trouver tout ça.
    Il va falloir s’y résoudre, du reste.
    A moins que la crapule sonne à la porte, là, maintenant, avec les livres de M.F.K. à la main et des excuses plein la bouche.

    Tchou!

    PS:
    Ce billet éperdu a été publié initialement et pas plus tard qu’avant-hier dans la Fureur des Vivres, consacré ce mois-ci à la littérature miam. Qu’on se le dise.

  • L’admi(râble) de lapinou farci à la maligne

    Bien le bonjour

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    Tiens, on va te causer d’un drame. Un vrai, en béton armé, personnel et dramatique (ce qui est la moindre des choses pour un drame, notez).

    Il ne faut plus manger de lapin.

    En tout cas pas de lapin que t’as pas connu personnellement de son vivant. Que t’as pas vu gambader dans le gazon en tenue d’Adam velu. Et faire chlika chlika avec Mme Lapine un soir de St Valentin.
    Car quasi tous les lapins qui se pavanent sur les étals ont été élevés à la concentrationnaire, dans des cages à ce point exiguës qu’en comparaison les geôles birmanes ressemblent à la suite royale au Negresco. Ne causons pas même de l’ordinaire alimentaire de ces pauvres bestioles. Désastreux.

    Et comme sous nos cieux, nul label ne certifie pour l’heure un cursus aimable (en tout cas pas à notre connaissance), nous voilà obligés:
    -    D’élever nos propres lapins (ce qui est inconfortable quand on vit soi-même dans un clapier).
    -    D’exiger du volailler le CV circonstancié de l’animal convoité (ce qui est hasardeux; le brave homme s’en tamponnant généralement la gibelotte).
    -    De ne plus manger de lapin (ce qui est déchirant).
    -    De manger du lapin carcéral en culpabilisant comme un fou (ce qui est déchirant aussi).

    Notre conseil: débrouillez-vous.

    Car voilà justement un râble farci aux épinards, citron, ricotta et pignons, qui est plus bon que bon, voire plus encore si entente.

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    Pour un couple averti…

    Demandez
    au boucher de désosser le râble de façon radicale, jusqu’à obtention de deux escalopes.
    Attrapez une bonne grosse poignée de pousses d’épinard (gaffe: ça réduit un max). Lavez à grande eau. Ôtez les tiges. Hachez. Dans une poêle, faites fondre une gousse d’ail hachée dans une cuillère d’huile d’olive. Ajoutez les épinards. Shakez quelques minutes. Assaisonnez. Réservez.
    Rôtissez quelques pignons sans matière grasse à la poêle.
    Zestez un citron vert.
    Puis touillez épinards, zestes, pignons dans deux cuillères à soupe de ricotta. Ajoutez une lichette d’huile d’olive et une pincée de piment. Assaisonnez. Goûtez. Réfléchissez bien: si la saveur vous semble top affriolante, c’est bon.
    Sinon, non.
    Etalez les deux parties du râble, en les chevauchant un tantinet. Tartinez de farce. Roulez gentiment. Ficelez. Assaisonnez. Colorez quelques minutes le râble sur le gaz.
    Puis enfermez la bête dans du papier alu façon papillote. Et hop, au four, à 180°, pour une demi-heure.
    Découpez enfin en mignons tronçons.
    DSC03959.JPGPuis débouchez le très croquant, vibrant et charmant « Mauvais Temps » de Nicolas Carmarans; un rouge naturel venu de l’Aveyron avec la ferme intention de nous ensoleiller la goulette. Mission accomplie. Oui, c’est un coup de cœur, ce jus-là. Parfaitement.

    Tchou!

  • Le hareng, l’orange et le fenouil (poil à la nouille)

    Coucou, le gens


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    Les lecteurs fidèles de ce torchon hirsute qu’est le blog Top Slurp auront noté qu’il n’y est jamais question de saumon. On n’est pas fan. Ou plus trop. C’est que sous ce nom générique se cache une flopée de variétés aux saveurs très discutables.
    Il y a le saumon de piété qui ne vaut pas un clou.
    Le saumon de Vénus qui rend fou.
    Le saumon Canigou qui fait ronron.
    Et puis le saumon beausapin qui n’est plus de saison.

    Du coup, chez le poissonnier où l’on traînassait l’autre jour, on s’est payé du… hareng. Fumé. En filets. De la Baltique. Du hareng, oui.
    Après ça, on a échafaudé une salade étrange, voire top frappadingue, vaguement inspirée d’une recette italienne dégustée naguère.
    Voilà les lanières de hareng au fenouil et orange
    . Tût, tût.

    DSC03950.JPGVirez le cœur coriace d’un bulbe de fenouil. Emincez. Pochez trois minutes et rafraîchissez illico sous l’eau fraîche. Puis assaisonnez et arrosez d’une bonne huile d’olive. Réservez.
    Pelez une orange douce et détaillez en minces tranches rondes.
    Taillez les filets de hareng en lanières. Arrosez d’une bonne huile d’olive. Poivrez. Réservez.
    Pile-poil à l’heure du miam, réunissez le tout dedans le plus beau des saladiers, puis dévorez dare-dare avec quelques aventuriers de la papille. Plus un grand verre de la cuvée Billes de Roches du Clos Melaric, un Saumur classe et gourmand, tamisé d’une larme de douceur mais tendu d’une acidité tonique (ta mère).

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    Tchou!
  • Les seiches se rebiffent

    La prochaine fois que vous mangerez des calamars, ayez une pensée pour le pauvre monsieur qui les a occi. C'est pas si fastoche. Z'ont de la suite dans les tentacules, ces crapules.

     

  • Le lecteur bougon et la longeole en croûte

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    Pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole.
    C’est quoi une longeole?, gémit légitimement le lecteur extra-lémanique, peu au fait des charcutailles de terroir.
    C’est ça
    , qu’on lui répond en créant presto un lien hypertexte vers un billet savant.

    Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes.
    Tu crois que j’ai deux heures à perdre?, s’indigne légitimement le lecteur surbooké, haletant et stressé, dont le déo a lâché depuis l’aube.
    Oui, qu’on lui répond. Et toc.

    Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes, avant d’ôter le fin boyau qui l’emmitoufle.
    Un boyau emmitouflant? Mais t’as fumé la moquette?, persifle légitimement le lecteur allergique aux licences lexicales du Dr Slurp.
    On fume quoi qu’on a envie, qu’on lui répond, en allumant un gros joint de géranium.

    Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes, avant d’ôter le fin boyau qui l’emmitoufle, de la sécher soigneusement avec du papier absorbant et de la cacher entièrement dans de la pâte feuilletée, soudée avec les mimines.
    Et elle sort d’où ta pâte feuilletée?, s’étonne légitimement le lecteur attentif aux coups de théâtre de la présente recette.
    De la supérette, banane, qu’on lui répond en lui coulant un sourire dédaigneux.

    Bref, pour faire une longeole en croûte, on se paye une bonne longeole que l’on fait cuire à eau frémissante deux plombes, avant d’ôter le fin boyau qui l’emmitoufle, de la sécher soigneusement avec du papier absorbant et de la cacher entièrement dans de la pâte feuilletée soudée avec les mimines. On oint alors au pinceau la pâte de jaune d’œuf battu et on cuit le tout une demi-heure au four préchauffé à 180°.
    T’aurais pas pu prévenir plus tôt qu’il fallait préchauffer le four ?, grogne légitimement et derechef le lecteur, qui décidément commence à nous courir velu sur le râble.
    Tiens, prend ça, qu’on lui répond, en lui écrasant la longeole en croûte sur le crâne, avec une sauvagerie chirurgicale que l’on ne croise d’ordinaire que dans les films de kung-fu des années 70.

    Oui, c'est une recette pleine de violence.

    Adios