26/03/2012

Rêverie libidinale et pommes archiduchesses qui ont vu l’ours

Bien le bonjour

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Une très sérieuse enquête américaine s’est récemment intéressée à la méditation libidinale. Nos chers scientifiques ont cherché à évaluer combien de fois les jeunes hommes et les jeunes femmes pensaient à la galipette en une journée. Ben, pas tant que ça: 19 fois en moyenne pour les gaillards contre dix fois pour ces damoiselles. Comme quoi les humains ne sont pas si obsédés de la braguette que ça. Notez que l’on en connaît même qui n’y songe qu’une fois par jour. Oui, du matin 6 h 15 au soir 23 h 55. Warf.

L’étude s’est également penchée sur la rêverie culinaire. Combien de fois salive-t-on in petto chaque jour? Presque autant: 18 fois pour les garçons; 15 fois côté filles. Ce qui signifie qu’entre le miam et la bagatelle, notre cerveau est tout de même fort occupé. Sans compter que l’on peut rêvasser à l’un et à l’autre simultanément, en échafaudant par exemple des scènes de genre sur la gazinière. Que l’on peut aussi s’abîmer dans des réflexions farouchement coïtales tout en préparant sa pitance. Ou ne penser qu’aux marmites fumantes lors de l’accouplement sous couette.
- Chéri(e), tu n’es pas avec moi, là…
- Non, je suis à la cuisine.

DSC04353.JPGA quoi pensait le Dr Slurp en préparant ses exquises pommes archiduchesses à l’ail des ours? Ben, aux pommes archiduchesses à l’ail des ours qu’il était en train de préparer, précisément. Le Dr Slurp n’est pas fichu de faire deux choses à la fois.

Pour trois personnes à table, il nous faut une livre de pommes de terre à chair ferme, deux jaunes d’œufs, 40 grammes de beurre, de la muscade et quatre belles feuilles d’ail des ours.

Pelez,
coupez en gros morceaux idiots puis faites cuire les patates à l’eau. Essorez. Écrabouillez à la fourchette ou au passe purée. Intégrez le beurre et les jaunes d’œufs. Touillez jusqu’à texture homogène et riante.

Emincez
finement l’ail des ours. Ajoutez à la purée. Salez, poivrez, muscadez mollo.

Puis saisissez-vous d’une poche à douille avec une petite étoile au bout. Ou d’un sac en plastoc avec un trou au fond (moins chic, mais bon…). Sur une plaque vêtue de papier sulfurisé, moulez vos archiduchesses façon Gaudi, en imprimant un roulis circulaire à votre poignet. Est-ce clair? Non! Zut alors! Enfournez à 190° et laissez dorer une dizaine de minutes, en pensant exactement à quoi vous voulez.

A tout soudain, les copains

05/01/2012

On se détoxe avec la très chouette effilochée de racines d’hiver

Tous mes voeux mouillés, les aminches

Si le simple mot foie gras te lézarde le pancréas; si la vue d’une bulle de champagne te tire-bouchonne l’œsophage; si le caquètement d’une brave volaille te vrille la vésicule, et bien, ma sœur, mon frère, c’est que tu as réveillonné trop fort. Et qu’il te faut d’urgence adopter la détox attitude. Soit te nourrir de laitue et d’eau gazeuse pendant six mois. Amen.

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On notera au passage que dans cette histoire de diète post-nouba, il est tout autant affaire d’assainissement du corps que de purge de l’âme. C’est que dans notre bonne vieille tribu judéo-chrétienne, la volupté se paye cash. Tu as bâfré comme un goret? Tu as bu comme un évêque? Expie donc maintenant. L’appel du jeûne (parfois qualifié à tort de jeûnisme), c’est donc peut-être moins ton bidon engourdi que ta culpabilité enflammée qui te le lance à la conscience.

C’est profond, ça, non?

Méditons un instant sur les recoins obscurs de l’esprit humain. Puis passons presto en cuisine nous mitonner une détoxerie charmante, soit ces tagliatelles de racines d’hiver vinaigrés au cumin.
Plus light, tu t’envoles.

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Pour deux personnes, équipez-vous d’un petit radis noir, deux carottes lambda et d’une racine de persil bien bâtie.

Pelez les légumes. Puis réduisez-les à l’état de longues bandelettes à l’aide d’un économe ou d’une mandoline. Les deux ont leurs adeptes. Le Dr Slurp n’a jamais pu se décider. La chair de la racine de persil, en tout cas, résiste en général à l’un comme à l’autre et s’émince plutôt au couteau.

Tranchez
les bandelettes en deux ou trois dans la longueur pour obtenir des lanières évoquant la tagliatelle.

Tambouillez
-vous une vinaigrette tonique: huile d’olive + vinaigre de Xérès + trois gouttes de citron + sel + poivre + une mini noisette de wasabi. Goûtez. Il faut que ça détoxe grave.

Dans le panier à vapeur fumant,
balancez les carottes. Comptez jusqu’à 30. Puis ajoutez radis noir et racine de persil. Cuisez environ 4 minutes, que les légumes restent gentiment croquants. Essorez, arrosez ensuite de vinaigrette et de graines de cumin.

Puis servez avec des rillettes d’oie, deux trois tartines de saindoux, un confit de canard ou plus, six os à moelle, un hectolitre de bon pinard,  et 27 truffes en chocolat.
Détox, quand tu nous tiens…

A tout soudain

13/12/2011

La cuisine sado-maso et le chou rouge qui s’esclaffe

 

Bien le coucou, les zoulous

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L’autre jour, mèzigue préparait une béchamel dans la mini cuisine du copain Bernard. Lequel était fort occupé à grattouiller sur sa guitare dans le salon. Soudain, un ustensile majeur vint à manquer. Rivé aux fourneaux, on lui hurla à travers la cloison: «Bernard, t’as un fouet?». «Oui, sous mon lit, à côté des menottes», répondit-il, avec sa malice légendaire. Sacré Bernard. Toujours le mot pour rire.

La boutade (si cela en était une), nous donna à penser que la thématique de la cuisine SM demeurait un terrain largement inexploré. Il y a pourtant une vraie forme de masochisme culinaire chez certains de nos contemporains, les esclaves du micro-ondes par exemple. Ah, les vicelards! Et un vrai sadisme – enfin, pensait-on étant enfant – chez les gens qui cuisinent du chou rouge à leurs proches. On a, depuis nos jeunes années, changé d’avis sur ledit chou rouge, végétal au look impérial et à la saveur tellurique, qui mériterait une niche au panthéon des légumes d’hiver.
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Tiens, voilà justement (quel hasard incroyable!) une mirobolante poêlée de chou rouge aux pommes, à la coriandre et aux raisins de Corinthe. Nickel avec le gibier ou avec le canard, voire avec ta concierge.
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En garniture, pour quatre gosiers à table...
Réhydratez quelques (disons 22) raisins de Corinthe dans un verre d’eau additionnée d’un trait de vinaigre. Ciselez grossièrement quatre brins de coriandre. Tchik, tchik, tchik.
Virez les feuilles extérieures d’un petit chou rouge. Emincez le reste en fines virgules. Dans un poêlon, faites fondre une échalote hachée ou deux dans une bonne noisette de beurre. Ajoutez le chou, laissez-le se tasser gentiment. Assaisonnez. Puis ajoutez trois doigts de vinaigre de cidre et deux décis d’eau. Couvrez. Laissez mitonner vingt minutes à feu pépère. Rectifiez le niveau d’eau, s’il le faut.

Pendant ce temps, taillez une pomme en mini cubes. Au bout de 20 minutes donc, ajoutez dans la poêle, pour dix minutes supplémentaires, raisins et dés de pomme. Coiffez enfin de pluches coriandre. Et servez, simplement vêtu d’un bustier de latex.
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Bien à vous, mein choux

PS. Certains s'agaceront légitimement de l'iconographie maniérée et monomaniaque de ce billet. Désolé. Le Dr Slurp s'essaie à l'art conceptuel. Et ce n'est visiblement pas gagné.
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24/06/2011

L’affaire de la miction colombine et le paillasson glorieux

Hugh, mes soeurs!

 

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L’autre jour, le Dr Slurp, tel un Louison Bobet du XXIe siècle, chevauchait sa bicyclette dans les rues de Genève. Altier, superbe, tout en muscles et en souplesse, il glissait sur le bitume à une allure de 17 nœuds environ. Rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Ni les sifflements admiratifs que lui lançaient les filles sur le trottoir. Ni les regards de jalousie que lui décochaient leurs compagnons.
C’est là qu’un pigeon lui a pissé dans l’œil.
Oui, t’as bien lu.
Une crapule de piaf a osé expédier sa misérable urine dans la mirette gauche de mèzigue.
Ça pique. Ça vexe. Ça avilit. Le Dr Slurp en a conçu une aigreur majuscule à l’âme et une rougeur disgracieuse autour du cristallin, qui a considérablement émoussé le charme notoire de son regard minéral.

Du coup, l’héroïque cyclo-randonnée s’est achevée en eau de boudin, avec une espèce de monstre borgne et furax en train de zigzaguer sur son vélo tout en marmonnant des injures à l’intention des volatiles incontinents.
Depuis, bien sûr, on hait les pigeons. Au point même d’envisager une croisade planétaire pour éradiquer ces pisseurs ailés de nos cieux. Sus à l’espèce colombine et à ses mictions infâmes!
Inutile de vous dire que l’on ne mange plus d’oiseau. Boycott complet. Les paillassons de patate et courgette au safran et aux muscats secs, en revanche, ça le fait. Et à donf’.

Tiens, quel hasard formidable, en voilà justement la recette.

Pour deux êtres humains à table:
Dans une jatte, détaillez en toutes minces lanières une courgette et râpez façon rœsti trois patates farineuses genre bintje. Ajoutez un jaune d’œuf et une giclée d’huile d’olive. Hydratez quatre brins de safran dans un tout petit peu d’eau. Hachez grossièrement dix muscats secs. Mélangez le tout. Sel, poivre.
Dans un emporte-pièce de la taille d’un cul de bouteille ou de lutin, moulez vos paillassons en appuyant comme un sourd. Poêlez enfin dans un peu de beurre moussu et à feu pépère, dix bonnes minutes de chaque côté. Faut que ça croustille dehors et que ça fonde dedans.

C’est avec cette chute navrante de banalité que, messieurs dames, l’auteur de ces lignes, la pupille encore rougeoyante, vous tire son chapeau et prend congé sur la pointe des pieds.
Tchou!

08/03/2011

La tortilla, les homographes et les trois poules du couvent

 

Bien le bonjour, les coquelets délurés

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Parmi les devoirs de M’Zelle Sonson se cache, deux fois par mois, une dictée drôlement coriace. Dictée qu’on lui dicte et redicte, en pestant in petto sur la sournoiserie de l’orthographe française. Quel idiome tordu! Quelle langue de vipère! Quel champ de bataille lexical farci de mines anti-petit-personnel!

Tenez, prenez par exemple ces infects homographes, ces mots qui s’écrivent pareil mais signifient des machins différents.

Quelques exemples carabinés:

Une pouf sur un pouf, c’est ouf.

Ouïe! Mon ouïe part en quenouille.

La chatte chatte (sur un forum de poufs).

Il faut boucher le boucher qui a perdu son punch en buvant trop de punch.

La fondue des fils de Marc fait des fils.

Du coup, Marc picole du marc.

Les trois poules du couvent couvent en riant.

Il est de l’Est, le hamster, et il en est fier, peux-tu t’y fier?

D’un caractère violent, les fils de Marc violent les poules du couvent, et se parent de peau de hamster pour leur parent qui a bu trop de bitter et ne peut plus rien bitter.

Notez le nombre de chausse-trappe dans une phrase à ce point banale. Bon, une dernière pour la route…

La chatte du boucher se tortilla devant la tortilla (au pecorino et ciboule).

Ça, c’était la très habile transition vers la recette du jour.

La tortilla au pecorino et à la ciboule, pour quatre personnes :

Battez au fouet huit œufs avec un déci de lait et une énergie de malade. Faut que ça bulle dru en surface. Ajoutez deux pincées de sel, une tombée de paprika, quatre petites cuillères d’un bon pecorino râpé maison, trois tours de moulin à poivre et deux brins de ciboule émincés.

Touillez.

Faites chauffer mezzo une cuillère à soupe d’huile d’olive dans une poêle. Versez la tortilla. Couvrez. Laissez dorer sept-huit minutes à feu moyen. Quand le dessous de la tortilla vous paraît arborer le teint idoine semble donc prêt au décollage, retournez sur le couvercle, ce qui exige un tour de main démoniaque, puis laissez bronzer l'autre côté quatre minutes de rab sans couvercle.

Servez enfin avec une verdure spirituelle, mais sans homographes.

Adios!

20/09/2010

Triologie orientale : des courgettes et des brochettes qui ont le sens de l’houmous

Salamaleïkoum, les potes


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412.jpgIl y a des jours où l’on rêvasse d’ailleurs. Où le quotidien se fait lourdingue comme une bouteille de propane. Où les contemporains lassent. Et la bonne humeur croasse.
Il y a des jours où le moral glisse donc inexorablement en direction des charentaises. Il faisait chaud, on se les gèle (ou on se l’Hegel, pour faire dialectique). Les jours se ratatinent et les charters français se romatisent. Un con de chien a pissé sur ton vélo. Et la Une de Libé avec Bono te fait froid dans le dos.
Tiens, il y a des jours où on serait mieux tout seul dans le désert. Le tutu calé entre les deux bosses d’un chameau débonnaire, qui dodeline bravement. Avec l’haleine brûlante de l’alizé qui te chatouille le pif. Et le panorama indolent des mamelons sableux à perte de vue.

Voyez le tableau, quoi. Genre vieille pub pour les eskimos Gervais.

Evidemment, il faut réagir. Presto. Nouer autour de ses hanches un tablier fantaisie et cuisiner vite fait un miam oriental, qui dépayse gentiment la papille et balaie les idées grises en deux pincées d’épices. Et paf. Voilà des brochettes d’agneau canailles et mentholées à l’orientale, un houmous façon Dr. Slurp et une salade de courgettes acidulées au sumac.

Le souper triologique de Shéhérazade dans ta kitchenette septentrionale, parfaitement.

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  • Les brochettes express de l’orient

Il faut glisser dans son cabas du filet d’agneau, et des rognons d’agneau itou, que le boucher aura gentiment paré sans carnage. Soit viré le gros de la graisse et ouvrant les rognons façon crapaudine. Ajoutez aux emplettes un bouquet de menthe, un poivron doux genre paprika et un oignon doux.

Pour l’huile de menthe. Dans une petite casserole, amenez au seuil de l’ébullition un demi-déci d’huile d’olive, avec trois feuilles de menthe, une échalote et une demi gousse d’ail, l'une et l'autre épluchées. Retirez du feu et laissez infuser tranquilou.

Pour les brochettes. Taillez le filet en cubes et les rognons en quatre parts égales. Puis plongez le tout dans une jatte. Arrosez avec une partie de l’huile aromatisée, de ras-el-hanout, d’un tour de moulin à poivre et d’un filet de citron. Laissez mariner une heure. Au moins. Puis poubellisez la menthe, l’ail et l’échalote.
Dans une poêle, faites fondre tout doux l’oignon et le poivron, taillés respectivement en rondelles et en petits carrés élégants. Quand ils s’attendrissent, enfilez vos brochettes en alternant oignon, filet, rognon et poivron. Poêlez à feu vif quatre ou cinq minutes. Salez. Et coiffez enfin de pluches de menthe.

  • La salade de courgettes byzantine (Pfff… n’importe quoi)

DSC03527.JPGPelez puis taillez les courgettes en spaghetti, à la mandoline, à l’économe, ou tout autre ustensile idoine qui dormirait au fond du placard. Réservez la partie centrale pleine de pépins. Elle servira pour la purée (miracle d’économie domestique!). Mélangez à quelques olives noires émincées avec une bonne giclée d’huile d’olive, un jus de citron, trois brins de coriandre émincée et quelques éclats de tomates séchées. Parsemez de sumac moulu. Assaisonnez, touillez et goûtez.

  • La purée de pois chiches au cumin façon Sinbad

Faites tremper les pois chiche. Un jour. Une nuit. Un jour et une nuit. Une nuit et un jour, voire.  Changez l’eau du bain quand vous passez par là. Puis faites cuire les pois chiches dans un grand volume d’eau. Une heure et demie, minimum. Une demi-heure avant la fin, ajoutez les cœurs de courgette (voir ci-dessus, ben oui, banane).

Dans une coupelle, écrabouillez deux gousses d’ail dans un jus de citron. Passez les pois chiches et courgettes au presse-purée, ou au mixeur, ou à la moulinette à Mamie, intégrez l’ail et le citron, liez à l’huile d’olive, assaisonnez puissamment, réchauffez d’un pincée de piment, parfumez de graines de cumin. Goûtez. Et rectifiez jusqu’à l’extase orientale dedans la bouche. Pour faire le malin, coiffez enfin de graines de sésame noir.

DSC03477.JPGServez tout ça en effectuant une danse du ventre pleine de sensualité et d’athlétisme. Sans oublier de déboucher au préalable une topette d’un gamay top moumoute, épicé et framboisé, ample et coquin, par exemple le Côte de Py du Sieur Foillard à Morgon.

A bintôt, les aminches

NB: Connaissez-vous le Bourgogne favori de Sarko 1er? Non? C'est le Romano-Contue, bien sûr.

07/09/2010

Un tartare de tomates trop couillon pour MasterChef

Bien le bonjour, contemporains avisés

 

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Avant, la cuisine, c’était le partage, les retrouvailles, le plaisir et tout le tintouin. On vous parle d’une période courant grosso modo du paléolithique à la puberté de Cyril Lignac. Avant donc, la cuisine, réunissait. Autour d’une daube, d’un gros risotto moelleux, d’un poulet tandouri (aux larmes). On communiait dans la mastication jubilatoire et dans la déglutition conviviale. Amen.

Ben, maintenant, c’est fini. La cuisine rassemblait; elle exclut. La voilà même qui carbure à la rivalité, à la performance, à la compétition. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à jeter un œil à la cascade d’émissions de télé-réalité tournant autour de la popote. Dans ces Forts Boyard culinaires, le candidat est mis à l’épreuve, chronométré, scruté, jugé, banni. On s’y agite; on y pleure; on y stresse comme un homard devant la marmite bouillante. Avec un but ultime: l’épate (pas les pâtes, banane, l’épate). Il faut que ça brille. Il faut ébahir ses congénères. En mettre plein la vue; les papilles, elles, passent visiblement au second plan.

Rassurez-vous, le Dr Slurp ne s’est pas transformé en censeur passéiste, qui sanglote sur le bon vieux temps en brandissant un index vengeur sous la statue d’Escoffier. Les mœurs changent, voilà tout. D’ailleurs, votre serviteur mate de temps à autre l’une de ces distractions cathodiques; et avec quelque satisfaction à l’occasion.

Mais une chose de sûre, son tartare de tomate à la féta, noix de cajou et olives noires ne passerait jamais la rampe à MasterChef. Trop couillon pour concourir.

 

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Emiettez un bout de féta, mettez-le à mariner avec une grosse lichette d’huile d’olive, quelques gouttes de citron, quelques olives noires hachées menues et trois tours de moulin à poivre.

Ecrabouillez les noix de cajou (grillées et salées); émincez le persil.

Pelez et épépinez une bonne tomate (par bec à nourrir) charnue et mûre, genre Noire de Crimée. Taillez en mini cubes. Pressez au fond d'une passoire afin d'égoutter un max. Puis touillez délicatement avec la féta, l’huile, les olives et le persil. S’il le faut, rectifiez l’assaisonnement d’une pincée de sel et d’un filet de vinaigre.

Moulez en mamelon mignon, en cernant le tartare de miettes de Cajou.

Puis amenez votre assiette devant la téloche. Ya Un dîner presque foiré qui commence.

Tchou

03/09/2010

One cèpe beyond!

Coucou, les boletus

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L’autre jour, on gambadait en famille sous les grands sapins jurassiens. Manière de s’oxygéner la trachée et de s’aérer le bulbe. Et vlà t’y pas qu’on se retrouve cerné par une armada de cèpes et de chanterelles. Une embuscade mycologique. Les campagnes ne sont plus sûres, ma pauvre dame. La bataille a été terrible. Mais les Estèbe ont gagné. Gnark. Sous leurs gros chapeaux, les champignons ne sont pas si balèzes que ça.

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Après, il a bien fallu cuisiner les prisonniers, mais sans brutalité. On connaît la Convention de Genève par cœur.
Les chanterelles, ou girolles d’été, ont fini dans une croquignolette salade de haricots beurre. Elles ont été gentiment brossées, frottées et grattouillées. Avant de passer à la poêle, dans un peu de beurre, avec une échalote hachée et un rien de gingembre râpé. Sel, poivre. Pouf, pouf. Huit minutes, à feu cool. Les haricots, dûment équeutés, ont filé quant à eux dans le panier vapeur. Pas trois plombes. Une dizaine de minutes. Illico rafraîchis sous l’eau claire, ils en sont sortis tous croquants. On a taillé en cube une tomate charnue autant que mure; émincé un bulbe d’oignon frais, puis touillé une vinaigrette au balsamique blanc. Voyez le tableau? Sublime.

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Les cèpes ont connu des destins divers, mais flamboyants. Les petits se sont retrouvés carpacciosés. Comme ici, clic. Les moyens se sont fait poêler au beurre. Entiers, ou simplement tranchés en deux, jusqu’à offrir un hâle façon rouquine à la plage. Mirobolant.
Les plus dodus, enfin, ont eu l’insigne honneur d’aller s’alanguir sur une pizza, à la tomate fraîche et aux lanières de jambon cru. Origan. Sel. Poivre. Pâte maison ou pâte de la supérette. Seize minutes à four furax.
Et paf, sous la cravate.

Mes hommages chez vous

PS:
Hum… c’est pas avec des billets aussi stupides qu’on va gagner le Champulitzer. Mais bon.

vin-medium.jpgPS2: Tenez les potes, un très bon bouquin, militant et perspicace, sur le triste état du monde vini-viticole en France. Le gâchis écologique, les gourous ripoux, les médailles en chocolat et les picrates en tête de gondole; dans La Face cachée du vin, Lolo Baraou et Monseigneur Septime tirent sur tout ce qui ne bouge pas. En louant au passage 44 vignerons intègres et recommandables. L’éditeur, c’est François Bourrin. Ça vaut 19 euros. Ça fait du bien pas où que ça passe.

30/11/2009

Le hamster sous viagra et le flan de fenouil à la menthe

Coucou, les cochons dingues

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Il n’y a pas que des bonnes nouvelles dans le journal ce matin. Hou non. Vivre dans un pays où les gens pètent de trouille et insultent, via les urnes, une communauté qui ne leur à rien fait, voyez-vous, ça plombe le moral. Voire plus. Bref.

Heureusement qu’il y a des news plus gaîtes dans la presse, pour un peu qu’on cherche bien dans les recoins. Par exemple, celle-ci:
«Bien connu pour résoudre les dysfonctionnements érectiles chez l'homme, le Viagra s'est peut-être trouvé une autre fonction. Testé sur des hamsters, la petite pilule bleue pourrait aussi limiter les effets dus au décalage horaire.»

Par quel processus expérimental les scientifiques ont-ils pu en arriver à cette conclusion fascinante? Facile. On imagine qu’ils ont bourré un hamster de Viagra, l’ont expédié en avion vers les Antipodes, avant d’examiner ses réactions à l’arrivée. L’animal, qui aurait dû être tout flagada après ce long voyage, était sans doute excité comme une puce, pelotait l’hôtesse en jetant des plaisanteries libidineuses à la cantonade.
Voilà, le décalage horaire est vaincu. Vive les rongeurs. Vive la science. Vive les hôtesses de l’air.

Et puis, vu que rien n’arrête la marche fabuleuse du progrès humain, tricotons-nous à présent un flan de fenouil bio au parmesan bio et à la menthe bio, garniture bio qui accompagnera vos poissons bio ou viandes bio avec la pétulance d’un hamster bio sous viagra.

Pour quatre petits flans…

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Virez les feuilles moches et le cœur coriace d’une paire de fenouils adultes, émincez-les, puis faites les cuire à couvert dans une casserole avec un grand verre de lait. Quand ils s’abandonnent, mixez-les. Vrouuuuum. Assaisonnez.
Dans une jatte, fouettez deux œufs et une cuillère à soupe de crème. Fouettez, fouettez, refouettez. Salez mollo, poivrez. Puis intégrez une grosse cuillère d’un bon parmesan en poudre et un demi-bouquet de menthe ciselée. Touillez. Ajoutez enfin le fenouil. Retouilez.
Répartissez joliment dans quatre ramequins. Faites cuire au bain-marie, un gros quart d’heure, au four préchauffé à 150°.

Puis photographiez
, en faisant semblant de ne pas remarquer qu’une bestiole hirsute, un hérisson sous viagra sans doute, s’est glissée dans le cadre.
Tiens, ça me troue l’ozone, des trucs comme ça.

Bien à vous, bonsoir

01/10/2009

Les brochettes de la honte et le gratin de la gloire

Bonjour, gastrolâtres exigeants

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De temps en temps, il n’est inutile de rappeler à nos lecteurs adorés l’ennui abyssal que peut susciter la plus chouette des recettes décrite avec les fesses serrées.
Giga narcotique. Total rasant. Tue-la-faim, voire.
Jugez plutôt.

Gratin de patates douces au cumin pour 4 personnes:

-    1 kilo de patates douces
-    1,5 décilitre de crème fraîche
-    Cumin, sel, poivre
-    Gruyère râpé

DSC02561.JPGPeler et couper les patates douces en fines rondelles. Cuire dans le panier vapeur vingt minutes. Huiler un plat à gratin. Disposer au fond une première couche de patates. Arroser d’un peu de crème, assaisonner, saupoudrer de cumin. Puis recommencer par couches successives. Terminer avec une tombée de crème et de fromage râpé. Enfourner enfin au four préchauffé à 180° pour douze minutes.
Servir aussitôt.


Voilà comment on vitriole, stylistiquement parlant, un gratin de la mort de ta Tante Ursule qui t’emplit le clapet d’une douceur affriolante, tout en jouant les garnitures miraculeuses pour un plat sévèrement carné.
Enfin, on dit ça…

Bien à vous, mes canards dodus

 

 

PS: A vrai dire, on a tricoté ce gratin héroïque comme accompagnement de brochettes de faisan au cognac et noisettes; faisan acheté à un tarif intolérable que la pudeur nous interdit de préciser ici. Notre gourmandise nous conduira au Mont-de-piété. Autant dire qu'on plaçait de monstres espoirs dans cette recette-là. Et patatras...

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Le volatile avait mariné une aprème entière dans la gnole, un jus de lime et du miel, avec du genièvre, trois clous de girofle, de laurier et on ne sait trop quoi encore. Les brochettes sont allées se faire caraméliser à la poêle, avant de se faire coiffer de noisettes concassées et torréfiées.
Génial sur le papier; top naze en bouche.
Le faisan empestait l’alcool. Horriblement sec et fibreux, il offrait une chair déprimante, d'ordinaire l'apanage de ces pauvres poulets élevés trois jours en batterie soviétique.
Et comme le vin blanc de noble extraction bourguignonne, débouché espècialement pour l’occasion, puait le bois, le soufre et la misère, seul le gratin décrit sus-décrit a sauvé la soirée.

Merci gratin.

PS2: Drôle de post, aujourd'hui. Pas à dire, c'est l'automne.

07/09/2009

Les coulis de tomate de Papi Slurp

Bien le bonjour, les grenouilles mugissantes

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Au début, tu marches à quatre pattes. Tu fais des bulles avec ta bouche et toutes sortes de bruits stupides. Tu bouffes aussi tes pièces de Légo. Puis t’apprends la table de 2.
2x1 = 2; 2x2 = 4


Après, t’écoutes du punk rock. Ou les Bee-Gees. Tu rigoles avec Pat et Fred. Tu bisoutes la Nathalie. T’étudies aussi. Un peu. Puis tu bois ce qui te passe devant le goulot.

Après après, tu prends de la bouteille et t’en vides un peu moins. Tu souscris à une assurance-vie auprès de la BNP. Tu fais 1, 67 enfant. Tu te réveilles tous les matins à 06 h 45 pour aller au bureau gagner de quoi manger du steak et partir aux Flots Bleus cet été. Et puis, tu trouves que la série Lost, c’est vachement bien, quand même.

Après après après, tu dis que Bayrou il n’a pas tort, finalement. Tu t’es remis à faire du vélo, pour garder la forme. T’écoutes de la musique classique le dimanche matin. Tes yeux s'ourlent de pattes d’oie, ta vue baisse, ta peau se plisse comme un palimpseste. Et tu relis Jules Vernes au lit.

Après après après après, tu peines un peu à te mouvoir et à te souvenir du nom des gens. Tu penses de plus en plus souvent à Fred, Pat et Nathalie. Tu racontes toujours les mêmes histoires. Tu regrettes un peu le bureau. Et le steak d’antan aussi, qui n’avait pas le même goût qu’aujourd’hui.

Après après après après après,
tu passes de longs moments à regarder un point très précis, là-bas, sur le coteau en face. Un jour, la Mort, en dentelles noires et bustier de latex, sonne à ta porte. Et tu lui ouvres, vaguement soulagé.

Euh… C’est à quel moment que tu t’es mis à congeler des coulis de tomates à la fin de l’été, en vue des rigueurs de l’hiver?

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PS1: Le coulis de tomate über couillon de Papi Slurp. Dégottez des tomates bien mûres, voire plus. Pelez, épépinez, virez avec minutie toutes les parties blanches et durailles. Détaillez en petits morceaux, essorez un max dans une passoire en pressant avec votre petite menotte. Puis oubliez dans une marmite dans une larme d’huile d’olive, à petits glouglous, le temps que la flotte disparaisse. Une heure et quelques. Répartissez en petits pots, (sans assaisonner, manière de laisser le champ libre pour les spags des premières neiges). Congelez. Et quand la bise sera venue, ricanez donc devant ces infectes tomates hivernales venues de Hollande en charter.

DSC02429.JPGPS2: Pendant l’opération sus-décrite, il n’est nullement interdit de se siffler quelques verres d’un charmant petit blanc bio et nord-bourguignon: l’aligoté de Monsieur et Madame Goisot par exemple, dont on a retrouvé avec délectation la fraîcheur minérale et le fruité lutin. Quand Papi Slurp se goisote le museau, il cuisine avec des trémolos.

13/08/2009

Les spags de courgette, de la Génèse à la Révélation

Mes hommages, les marmottes rieuses

 

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Sur le blog de Mamina, qui est la plus grande cuisinière du Berry, voire du monde sensible, on avait été un jour subjugué par un concept encore inconnu de nos services. Soit le spag de courgette. Oui, t’as bien lu, coquelet. Le spag de courgette. Crue même, la courgette. Voilà un machin palpitant, moderne et diététique, qui pourrait bien sauver l’humanité de la banqueroute culinaire et de l’obscurantisme gourmand.

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Bon, avant de s’extasier, il s’agit d’investir un tantinet. Un peu moins que le prix d’une place de cinoche. Ce qui est très peu. Ou énorme. Tout dépend du film, en fait. Pour Disco, par exemple, comédie tricolore avec Depardieu, Annie Cordy et Dubosc, cela représente une somme prodigieuse.
Euh… digresserions-nous?

DSC02327.JPGBref, il faut donc se payer un petit engin qui tient dans la main; une espèce d’économe avec des dents atchement pointues, qu’il s’agit de planter dans la chair de la courgette, avant de tirer un coup (si j’ose), de haut en bas. C’est clair? A vrai dire, rares sont les opérations en cuisine s’avérant aussi simples et aisées que celle-ci. Fricth, fritch. Le cuistot rit. Les spags pleuvent. Trop facile. A tel point qu’on a manqué de se sectionner le majeur pas plus tard que la semaine dernière.

(Intermède dubitatif: Il se peut que la plupart d’entre vous possèdent déjà l’ustensile susdécrit, tutoient les spags de courgette depuis la Libération et que nous soyons donc présentement en train de passer pour le roi des cornichons. C’est une éventualité qui nous fait trembler, sachez-le.)

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Question. Maintenant je fais quoi avec mes spags de courgette? Ben, tu peux te les mettre sur la tête, par exemple. Ou jouer au mikado mou (le moukado). Tu peux aussi faire une salade d'enfer, avec du cerfeuil, de la coriandre et des dés (dédé?) de cette tomate joviale dite cœur de bœuf. Deux giclées d’huile d’olive. Une giclée de vinaigre de cidre. Sel, poivre. Et sluuuurp.

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Tu peux aussi te tricoter de petits paillassons végétaux, bicolores et coquins, en brassant dans une jatte des spags de carotte et de courgette, avec un jaune d’œuf ou deux, un peu d’huile d’olive et une bonne pincée de cumin. Sel, un rien de poivre. Une volée de parmesan râpé, pourquoi pas. Touille. Et moule tes paillassons dans un emporte-pièce rond, de la taille d’un cul de bouteille ou de lutin.
Hop au four, à 180°, sur du papier sulfurisé, pour douze minutes et quelque. C’est là une garniture d’une élégance infinie, qui devrait convaincre un monde incrédule que le spag de courgette, ben, ce n’est pas de la gnognote.


A bientôt pour de nouvelles aventures drolatiques


NB:
On peut plonger dans le technicisme culinaire sans laisser son âme artistique au vestiaire. Toi aussi, fais le portrait sur assiette de ta grand-tante qui vient souper. Elle sera secrètement flattée.

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27/07/2009

Un éloge vagal de l’anonymat et un tian d’aubergines gorgonzolées qui font hips

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Salut à vous, ô stars de l’ombre

Une confidence. Il nous est parfois arrivé de rêver de célébrité. De devenir un puissant du monde, quoi. Le gaillard chic et dynamique que tout le monde reconnaît au marché du coin. Que tout le monde il l’aime, même. Que tout le monde accroche au mur du salon le poster avec sa bobine dessus, à côté du Pape et de Johnny.
Or, c’est bête, et souvent frustrant, d’aspirer ainsi à la gloire. D’abord parce qu’elle ne vient pas au premier coup de sifflet, la gloire. Ensuite, parce qu’elle use l’appareil digestif. Et que les gens illustres ne sont pas plus heureux que toi et moi. Non, Madame. Même moins, peut-être bien.


Regardez donc le couple Sarkozy. Très connus, les Sarkozy, non? La semaine passée, Carla fait un concert à New-York. Avec son petit filet de voix, sa guitare qui fait gling et ses yeux de poule amourachée. Ben, le très respectable Times a trouvé le show à ce point naze qu’il s’est permis d’étriper la présidente dans ses colonnes. Sauvagement. Depuis, Carla, elle a grave les boules. Pauvrette.

Hier, rebelote. Son Nico d’époux s’en va faire son footing dominical. En short et Ray-Ban. Et pof, le voilà qui nous fait «un malaise vagal». (On en a profité pour apprendre un adjectif délicieux: vagal. Chérie, je me sens un poil vagal ce soir. Vagal, toi? Oui, chouchou, résolument vagal.) Bref, l’omniprésident a brouté le bitume, tout blanc, tout mou, tout chose. D’aucuns estiment que la déshydratation et le régime alimentaire strict que suit Sarko ces jours-ci seraient en partie responsables de la syncope présidentielle.
Double moralité. La célébrité rend vagal. Et il ne faut jamais faire de régime sans picoler.

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On prendra soin d’ailleurs d’arroser le plat narré ci-dessous avec un très bon vin rouge du sud, gorgé de soleil donc, mais pas plombé pour autant. Au contraire. Tout en longueur, en élégance et en subtilité. Le vin, c’est les «Etats d’Ames» d’Olivier Julien, brillant vigneron à Jonquières, Hérault, Languedoc, France-d’en-bas où chantent les cigales. Pas vagal, du tout, comme pinard.

Le plat ensuite: un tian d’aubergines et tomates au gorgonzola brumisé de gnole et parfumé au romarin.
Miamou! Le type même de crapulerie à la fois estivale et nourricière, qui fait boum en bouche en vous mettant à l’abri de la pâmoison vagale, surtout quand les photographes sont là.

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DSC02266.JPGLa tactique? Avisez de braves aubergines rondes à l’épiderme luisant. Taillez en rondelles d’un centimètre et quelques millimètres de large. Oignez sans insister d’huile d’olive au pinceau. Et faites dorer tranquilou vingt minutes sur une plaque au four, en retournant à mi-course.

Pendant ce temps, taillez de belles tomates dodues, genre cœur de bœuf, en tranches minces. Sel, poivre.
Et émincez deux brins de romarins.
Sortez les aubergines de leur fournaise. Salez, poivrez, tartinez d’une mini lichette d'un bon gorgonzola doux (ne jamais lésiner sur la qualité et donc le prix du gorgonzola. on se fait si vite gorgonzoler de nos jours), puis parsemez de romarin ciselé.
Dans un plat en pyrex, ou pas, montez votre tian en alternant tomates et aubergine dressées comme à la parade. Arrosez d’une parcimonieuse giclée de grappa. Ou de marc. Ou de l’exquise gnole de contrebande du voisin, distillée chaque automne en douce sur un alambic slovène importé en kit.
Couvrez le plat d’une feuille de papier-alu. Et laissez cuire une grosse quinzaine de minutes au four à 180°, jusqu’à tendreté voluptueuse des légumes.
Voilà. Avec un carré d’agneau rôti, c’est, disons… vagalissime.

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A sous peu

07/05/2009

La sauce délicieuse au vin qui sent mauvais

 

Bien le bonjour,

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C’est un petit bouquin collectif qui vient de sortir aux éditions Campiche. Il s’appelle Récits sur assiette et contient 22 textes courts commis par des auteurs romands et réunis par la formidable romancière Corinne Desarzens. Vingt-deux textes donc, tournicotant autour de la cuisine: souvenirs d’enfance, expériences exotiques, rêveries gourmandes. Un saucisson emballé dans le journal. Un python frit. Des pruneaux japonais confits au vinaigre poivré. Et tout ça, quoi.
Bref, là au milieu, il y a un petit quelque chose de votre Dr. Slurp chéri.
Oui, je sais, ça commence à devenir lourd. Après le livre pour mioches corsaires de la semaine passée, revoilà qu’on plastronne en vous exhibant notre pléthorique production littéraire sous le pif.
On entend déjà les commérages désagréables bruisser dans les couloirs de la blogomiam. «Ya Estèbe qui fait encore le mariole à la librairie! Mais il se prend pour qui? Pour l’Amélie Nothomb de la poêle Téfal? Pour le Lignac du Léman
Pliiiiise, ne soyez pas sévères. Il ne s’agit là que d’un malheureux télescopage de calendrier. Et notre contribution à ces Récits sur assiette s’avère d’une modestie majuscule.
D’ailleurs, la voici.

La sauce délicieuse au vin qui sent mauvais

".....Voilà une recette à l’usage des gens qui ont de la bouteille mais toujours pas le cran d’en vider une dans les égouts sous prétexte qu’elle fleure le chien mort.


Il y a (assez) longtemps, nous étions jeunes et simples. L’alcool coulant était la bière. Ou la vodka. Ou je ne sais quoi. Mais le vin n’occupait qu’un strapontin. Puis le vin vint. Nous étions jeunes et simples. Le vin arrosait les repas. N’importe quel vin, dans n’importe quel état. Quel bonheur… Puis le vin changea de statut. On s’y intéressa. On apprit à goûter avant d’engloutir. Les problèmes commencèrent. Que faire des bouteilles un brin bouchonnées, bizarres ou oxydées? On les but, pendant un temps. Nous étions encore jeunes mais déjà plus très simples. Puis tout s’accéléra. Bientôt, on ne put plus avaler un breuvage puant. On dut s’habituer à verser, en fin de soirée, des flacons entiers dans l’évier. Un crève-cœur. Et l’âge n’y fait décidément rien.

Avertissement. L’affaire marche bien avec un rouge souple, un rouge de fruit, un blanc ou un liquoreux. Avec un rouge super tannique, c’est dur. Avec un vin variment über méga liégeux itou.

1- Verser la bouteille malade dans une casserole et porter à petite ébullition. Faut que ça réduise.
2- Aromatiser. Avec du romarin en branche, de la cannelle, un clou de girofle ou deux. Plus deux ou trois choses qui vous inspirent (laurier, thym, cumin, piment…). Faut aussi de la douceur. Sucrer avec du sucre de canne, et ajouter un ou deux carrés de chocolat. Insister si le vin est trop rêche.
3- Laisser réduire jusqu’à la moitié. Ou plus. Ça sent bon dans la cuisine. Filtrer et verser dans un récipient susceptible d’aller au congélateur. Un récipient assez grand, autrement ça perle.
4- Un jour, vous faites une côte de bœuf. Une épaule d’agneau. Un rôti de porc. Et vous vous dîtes "tiens, j’ai ce truc au congélo". Faites décongeler. Puis re-réduisez dans une casserole jusqu’à obtention d’un sirop. Ou presque. Liez d’une grosse noisette de beurre. Et rectifiez le sucre, les épices et l’amer selon humeur. Nappez la viande. Les convives se pâment. Et vous ricanez in petto en repensant à la mirobolante métamorphose du vin malodorant...."

Bien à vous

23/01/2009

Les patates aux 2756 épices


Hey, ça gaze, les potes?

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Les placards des gourmets et des gourmettes ressemblent à des Musées d’histoire naturelle du XIXe siècle. S’y empilent, sans ordre apparent, les bocaux, boîtes et fioles. Les curiosités oubliées. Les trésors dans le formol (ou dans l’huile, plutôt). Les délicatesses désuètes.
Et les épices; des milliers d’épices. Des épices ramenées d’un voyage au Caire ou d’une virée en Sicile; des épices achetées pour une recette que jamais plus on ne refera; des épices offertes benoîtement par Mamie Lucienne ou Renée la voisine; des épices dont on ne sait plus rien, ni le goût, ni le pedigree.

Elles titillent notre mauvaise conscience, ces épices en sédiments. Elles attendent, s’éventent, vieillissent dans la pénombre. On devrait les balancer. On ne peut s’y résoudre.
Mine de rien, c’est un drame qui se joue au fond des placards des gourmets et des gourmettes.
Alors, une fois de temps en temps, comme on sort l’aïeule de la maison de retraite pour une balade au bord de la mer, extirpons ces poudres et graines de leurs ténèbres pour qu’elles retrouvent, ne serait-ce qu’un instant, leur raison d’être (c’est beau ça, on dirait du Roger Martin Du Gard).

Voilà donc des patates au four toutes couillonnes mais résolument fun, parfumées aux 2756 épices.

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Avisez de chouettes patates, de taille moyenne, pas des naines, pas des monstres non plus. Nettoyez-les. Ouvrez-les en deux dans le sens de la longueur. Et de la pointe du couteau, incisez leur chair en quadrillage. Puis, entre le pouce et l’index, écarquillez la patate, de manière à l’oindre d’huile d’olive en profondeur. Salez et puis…
sortez vos 2756 épices du placard! Yaou!

 

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Et accouplez-les, deux par deux, trois par trois, quatre à quatre. Osez les mariages chromatiques, les mariages régionaux, les mariages contre nature. Le sumac et le paprika. Le ras el hanout et le basilic séché. La cardamome et le romarin. Le garam massala et le poivre japonais. La graine de fenouil avec ce machin mystérieux qui sent la rose et les pieds. Ce machin mystérieux qui sent la rose et les pieds avec le curry pakistanais.
Hi, hi, hi. C’est l’orgie à tous les étages de la Tour de Babel. La partouze à l’ONU. Le bal masqué à Babylone. Le 14 juillet à Vierzon. La grande réconciliation cosmique, quoi.

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Hum… remettez un peu d’ordre dans vos vêtements. Et enfournez à 160°, une heure environ, jusqu’à ce que le couteau transperce les patates en riant.


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Gustativement, certes, l’affaire s’avère un rien confuse, quoique distrayante.
Car toute la famille peut jouer à deviner le nom des aromates. Ça met une sacrée ambiance à table. On se croirait presque dans une pub pour la crème brûlée Grand-Mère.

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Bisoux