23/11/2009

Le cochon aux agrumes et l’hébétude de l’aube

Mes hommages, les gens

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Quiconque
a déjà découvert, dans le miroir d’un ascenseur le propulsant verticalement vers un rendez-vous fort important, une traînée de dentifrice dans ses cheveux, s’est sans doute posé cette question: Me serais-je lavé les dents avec le shampoing? Interrogation légitime, suivie d’une foule d’autres. Suis-je gaga? Où se cache la caméra de Tchernia? Comment vais-je me débarrasser de ce machin?
Quiconque a déjà découvert une traînée de dentifrice dans ses cheveux un matin d’hébétude ordinaire sent un gouffre s’ouvrir sous ses pieds. Surtout quand il s’aperçoit, dans un éclair de conscience blafarde, que le rendez-vous fort important vers lequel le propulse verticalement l’ascenseur n’est en fait prévu qu’une semaine plus tard. Le dentifrice s’accroche à la mèche. L’ascenseur file vers un rendez-vous fantôme. Et le miroir réfléchit la tête d’un abruti en train de frotter nerveusement sa chevelure avec un mouchoir en papier, qui se pulvérise en une nuée de petits bouts blancs.
Quiconque est déjà arrivé à un rendez-vous avec une semaine d’avance et la tête pleine de pellicules de Kleenex mélangées à du dentifrice, comme nous l’autre matin, sait pertinemment qu’il y a des jours où il faudrait peut-être songer à rester chez soi.

Par exemple pour bricoler, en sifflotant d’un air dégagé et d’un gosier enjoué, une échine de cochon aux agrumes, pastis et légumes d’avant-hier; une recette mijotée, savoureuse et vivifiante, à l’excellent rapport besogne en cuisine/satisfaction buccale. Car ce ne sont pas les plats les plus fastidieux à échafauder qui bottent le plus en bouche. Et vice versa. Méditons cela.



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Pour deux personnes (ou trois personnes toutes petites et sans appétit, ou pour une seule personne gigantesque et affamée par six ans de jeûne draconien en cellule de dégrisement), volez une tranche d’échine (ou cou par ici) de cochon épaisse comme trois doigts, joyeusement entrelardée, flirtant avec les 400 grammes; plus une lime, une orange, de la cardamome en poudre, trois clous de girofle, un doigt de pastis, une grosse carotte, une racine de persil et un topinambour dodu.

DSC02721.JPGPelez et taillez les légumes en rondelles.
Pressez l’orange et le citron vert.
Dorez la viande sous toutes les coutures au fond d’une cocotte.
Déglacez d’une giclée de pastis.
Ajoutez le jus d’agrumes et les clous de girofle.
Salez, poivrez, saupoudrez largement de cardamome.
Laissez glouglouter quelques minutes. Intégrez les légumes.
Laissez cuire tranquilou, à couvert, 45 minutes.
Rectifiez l’assaisonnement. Tranchez le cochonou en jolies tranches. Coiffez de fleur de sel. Et servez dare-dare, avec une polenta crémeuse et un jéroboam d’un très bon blanc sec, dont on vous laisse le choix.
Aimeriez-vous vraiment qu’un crétin avec la chevelure pleine de bouts de mouchoir en papier collés à du dentifrice décide du pinard à votre place?

Tchou, bonsoir

27/08/2009

Le cochon doré à l’asiate dessus le barbecue du jardin


Bonjour, les boulistes amphibies

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Il se peut que la recette du cochon laqué au barbecue ne t’intéresse point du tout.
Il se peut que tu sois musulman, juif, végétarien, végétalien, ou autre cas de force majeure.
Il se peut que tu préfères le gratin de nouilles ou la pétanque amphibie; le taï-chi dominical ou les smoothies aux fraises des bois et bégonia.
Il se peut aussi que tu ne manges que du cochon vivant (ce qui est snob et cruel).
Il se peut encore que tu haïsses le cochon, depuis qu’un goret fou a dévoré ta mamie favorite un soir de pleine lune dans les bois du Berry.
Il se peut enfin que, par un infect caprice de dame Nature, tu sois né affublé d’un groin et d’une queue en tire-bouchon, et que tu ne puisses donc accepter de mastiquer ton sosie rose.

1webview.jpgDans tous les cas, impossible de te blâmer. Mais saches que tu passes à côté d’une super affaire.

Chez le boucher,
avisez (oui, on repasse au vouvoiement, c’est comme ça, une coquetterie stylistique) un beau morceau de cou de porc (ou échine en VF). Demandez donc à l’artisan de vous tailler des tranches de 2, 17 cm d’épaisseur; tranches que le même artisan découpera ensuite dans le sens de la longueur avec son long couteau, de manière à obtenir des steaks oblongs (ou langues de rombière en parler populaire) d’environ 5, 6 cm de large. Tout est clair?

Au fond d’un plat creux
(un plat creux? Et puis quoi aussi?), pacsez une bonne giclée de mirin (qui est un vinaigre à la fois sucré et asiate), une bonne giclée de sauce soja, un morceau de gingembre frais émincé avec maniaquerie, quelques zestes de citron vert, une ou deux gousses d’ail hachées, le jus dudit citron vert, une louchée de miel, quelques grains de poivre, une grosse pincée de piment doux moulu et une grosse pincée de 5 épices. Goûtez. Quand c’est bon, c’est bon (brillant, ça).

Immergez le cochon
. Laissez mariner deux plombes au frigo, voire plus si rendez-vous chez le podologue. Puis rôtissez tranquilou au barbecue, ou à la poêle, en arrosant de marinade et en surveillant que la bête ne chope pas un teint de ramoneur. Inutile de cuire six ans, l’échine gagne à rester gentiment rosée à cœur. Parfaitement.

La garniture? Débrouillez-vous, (tout en sachant que des tranches de courgettes biseautées, citronnées et un rien huilées, sur le barbecue, ben, c’est l'über teuf).
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Le glouglou? Allez, un aveu. Dimanche, on a bu une bouteille de Pie Colette, et on a adoré l’expérience. Lundi, aussi. Mardi, encore. Et hier, euh... rebelote. Voilà donc notre jus chouchou de la semaine, de l’été même, du trimestre voire. Soit la cuvée naturelle, tout en fruit, souplesse et élégance, baptisée La Pie Colette et mitonnée de Catherine et Jean-Mary Le Bihan, Côtes de Duras, France d’en bas à gauche, Europe du milieu.

Bien à vous, très chers

PS: Les photos sont de Dan The Instamatikor; les costumes de Donald Cardwell.

PS2. Rien à voir. Mais René des Musclés est mort. Une génération sanglote. La pauvre.

PS3: Une page de nombrilisme suintant pour finir. Y’a une interview du Dr Slurp là. Il raconte n’importe quoi, comme d'hab'. La faute à la Pie Colette. Elle a bon dos, la Pie Colette.

26/05/2008

L’échine caramélisée aux graines de sarrasin qui ne se courbe guère

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Oink, oink! 

Ce cochon de porc (ou l’inverse) cache, entre son museau et son plastron, un morceau exquis, entrelardé et sous estimé. Il s’agit de l’échine (alias le cou chez nous). L’échine se poêle en riant. Se rôtit d’aise. Se barbecute de plaisir. L’échine, c’est de la volupté masticatoire à petit prix.
Nous, on vous l’a fait caraméliser à la mélasse de grenade et graines de sarrasin. Un plat qui n’a l’air de rien (voyez la photo, l’air de rien disait-on, ou plutôt d’une holothurie au réveil), mais qui fait d’ordinaire hululer les convives en chœur. Ou en canon.


1593076480.JPGPriez le boucher de vous découper un morceau joyeux d’échine, disons 700 grammes pour quatre adultes en sous-charge pondérale.
Dans une jatte (ou un Tupperware d’ampleur) mélangez deux cuillères à soupe de soja, deux cuillères à soupe de mélasse de grenade (sirop fruité et acidulé, génial et oriental, à dégotter d’urgence en épicerie exotique), une petite cuillère de miel, le jus d’un citron, deux gousses d’ail hachées et quelques graines de fenouil. Touillez avec ferveur. Puis marinez un petit moment (disons entre 10 minutes et dix heures) votre cochon dans ce jus-là. Il sera ravi.

On expédie ensuite l’échine dans un plat doté d’un couvercle (on verra plus tard pourquoi). Puis au four préchauffé à fond les manettes (disons 220°), avec le gril si possible.
Au bout de dix minutes, l’animal a déjà bien caramélisé; on le retourne et on arrose de marinade. Au bout de dix autres minutes, on recommence. Et ainsi de suite. L’idée, vous l’aurez capté, c’est que le cochon rougeoie de tous côtés. Une fois le bronzage satisfaisant, il s’agit de le coiffer de plein de graines de sarrasin. De jeter un verre d’eau au fond du plat. De couvrir et de baisser le feu à 120°. Pour quarante minutes de plus.

Ding dong, fait la pendule. C’est cuit. On sort la bête, toute tendre et parfumée, du four (sans se cramer l’index au 16e degré comme mèzique). On la découpe. On déglace le fond d’un verre d’eau. On sert le jus à côté.
Et on dévore, en se sifflant de longues et gaies rasades d’un Bourgueil gouleyant au fruité ravageur, Jour de Soif du bio Domaine Bel Air par exemple, un cabernet franc (du bonnet) cochonou-compatible.
Oink!

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