23/01/2009

Les patates aux 2756 épices


Hey, ça gaze, les potes?

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Les placards des gourmets et des gourmettes ressemblent à des Musées d’histoire naturelle du XIXe siècle. S’y empilent, sans ordre apparent, les bocaux, boîtes et fioles. Les curiosités oubliées. Les trésors dans le formol (ou dans l’huile, plutôt). Les délicatesses désuètes.
Et les épices; des milliers d’épices. Des épices ramenées d’un voyage au Caire ou d’une virée en Sicile; des épices achetées pour une recette que jamais plus on ne refera; des épices offertes benoîtement par Mamie Lucienne ou Renée la voisine; des épices dont on ne sait plus rien, ni le goût, ni le pedigree.

Elles titillent notre mauvaise conscience, ces épices en sédiments. Elles attendent, s’éventent, vieillissent dans la pénombre. On devrait les balancer. On ne peut s’y résoudre.
Mine de rien, c’est un drame qui se joue au fond des placards des gourmets et des gourmettes.
Alors, une fois de temps en temps, comme on sort l’aïeule de la maison de retraite pour une balade au bord de la mer, extirpons ces poudres et graines de leurs ténèbres pour qu’elles retrouvent, ne serait-ce qu’un instant, leur raison d’être (c’est beau ça, on dirait du Roger Martin Du Gard).

Voilà donc des patates au four toutes couillonnes mais résolument fun, parfumées aux 2756 épices.

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Avisez de chouettes patates, de taille moyenne, pas des naines, pas des monstres non plus. Nettoyez-les. Ouvrez-les en deux dans le sens de la longueur. Et de la pointe du couteau, incisez leur chair en quadrillage. Puis, entre le pouce et l’index, écarquillez la patate, de manière à l’oindre d’huile d’olive en profondeur. Salez et puis…
sortez vos 2756 épices du placard! Yaou!

 

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Et accouplez-les, deux par deux, trois par trois, quatre à quatre. Osez les mariages chromatiques, les mariages régionaux, les mariages contre nature. Le sumac et le paprika. Le ras el hanout et le basilic séché. La cardamome et le romarin. Le garam massala et le poivre japonais. La graine de fenouil avec ce machin mystérieux qui sent la rose et les pieds. Ce machin mystérieux qui sent la rose et les pieds avec le curry pakistanais.
Hi, hi, hi. C’est l’orgie à tous les étages de la Tour de Babel. La partouze à l’ONU. Le bal masqué à Babylone. Le 14 juillet à Vierzon. La grande réconciliation cosmique, quoi.

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Hum… remettez un peu d’ordre dans vos vêtements. Et enfournez à 160°, une heure environ, jusqu’à ce que le couteau transperce les patates en riant.


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Gustativement, certes, l’affaire s’avère un rien confuse, quoique distrayante.
Car toute la famille peut jouer à deviner le nom des aromates. Ça met une sacrée ambiance à table. On se croirait presque dans une pub pour la crème brûlée Grand-Mère.

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Bisoux 

10/06/2008

Sticks pamplemoussés, fusillis maraîchers et rêveries solitaires

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Parfois, le gratte-papier maugrée devant son clavier moisi.
Il pond à la chaîne une prose, dont 104% de ses lecteurs auront tout oublié demain.
Il pond comme un âne (si j’ose), alors qu’il pourrait:

Chevaucher un Solex au crépuscule sur les routes du Périgord.

Jouer aux fléchettes avec Groucho Marx

Smacker un être cher sous des draps qui sentent la lavande

Croquer des sticks de poulet au pamplemousse et aux quatre épices


100071012.JPGInterlude n°1. Les sticks au pamplemousse et quatre épices: la recette. Faites mariner quatre ailes par personne dans le jus d’un pamplemousse pressé, avec deux cuillères à soupe de miel, une petite cuillère bien pleine de gingembre émincé, trois tours de moulin à poivre et deux pincées vigoureuses de 4 épices (poivre, muscade, girofle et cannelle). Rôtissez dans un four préchauffé à 200°, 20 minutes, en arrosant régulièrement avec la marinade. Coiffez de fleur de sel. Mangez avec les doigts. Pas tous: le pouce et l’index seulement.

Euh… où en étions-nous? Ah oui: alors qu’il pourrait:


Lire un Gaston Lagaffe inédit sur une plage australe au sable fin

Assister à un concert privé d’Elvis Presley (avant le service militaire) dans une taverne riante

Vivre d’amour, d’humour et de vin jaune

Avaler des fuisilli aux asperges sauvages, marjolaine et viande séchée


993853926.JPGInterlude n°2: Les fuisilli aux asperges sauvages, marjolaine et viande séchée: la recette. Lavez et coupez les asperges aux deux tiers. Cuire al dente dans le panier vapeur. Détailler en minitronçons, sauf les têtes. Emincez la viande séchée en petits rectangles (ou losanges, selon habileté) et une branche d’oignon nouveau. Faites suer l’oignon dans de l’huile d’olive. Cuire les fusilli. Trois minutes avant la fin de cuisson, ajoutez à l’oignon quelques tomates cerise coupées en deux, trois brins de marjolaine effeuillée, les asperges et la viande séchée. Sel, poivre. Jetez le tout sur la pasta, avec une ample larme d’une belle huile d’olive toscane. Touillez mollo. Parsemez de pécorino râpé. Et mangez, sans les doigts.

Euh… on reprend. Où ça? Ah, oui. Alors qu’il pourrait:

- Faire des cabrioles dans la neige fraîche déguisé en ours

- Fumer un oinje géant autant qu’odoriférant avec Bob Marley

- Signer des autographes à des Martiens dépêchés sur terre pour rencontrer l’auteur de Top Slurp

- Deviser avec la Pompadour en se sifflant un blanc lumineux de Marcel Deiss.

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Voilà ce qu’il pourrait faire le gratte-papier, au lieu de maugréer devant son clavier moisi.

Bien à vous