06/05/2010

Comment Dr Slurp est devenu Mr. Cake (aux asperges et jambon)

Bienvenue chez nous, les gens

 

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Ce qu’on peut être couillon, rétrograde et psychorigide parfois. Tiens, prenez mèzigue, par exemple. Ben, pendant quelques décennies (trois ou quatre, pas plus), mèzigue était inconsciemment persuadé (soit sournoisement influencé par un coin du cerveau autant fruste qu’obscur) que la confection de cakes était une activité, disons… peu valorisante pour le mâle. Huuu, le crétinisme. L’homme, le vrai, avec le pectoral touffu et la génitoire bombée, grille une côte de bœuf au piment sur le barbecue, c’est bien connu. Et ne touille donc pas de la pâte gluante avec un stupide tablier en dentelle noué autour du slim.
Or donc, l’autre jour, alors qu’on rêvassait à la supérette, affalé sur le chariot, l’œil rivé sur la ligne bleue du linéaire voué aux pâtées pour chien, l’évidence jaillit: Il n’y a pas de déterminisme sexuel en matière de cuisine; la confection d’un cake peut être une activité compatible avec une virilité flamboyante. A condition qu’il s’agisse d’un cake salé, bien sûr.
Pfffff. Sacré retournement psychologique que çui-ci, avouez-le. D’autres font un long travail à la fois sur eux-mêmes et sur le divan du psychiatre pour arriver ne serait-ce qu’aux prémisses d’une telle prise de conscience.
Sitôt capté, sitôt mis en œuvre. Le soir même, on régalait l’équipe de majorettes du quartier de ce cake aux asperges, jambon cru, parmesan et zestes d’orange (le zeste d’orange, c’est notre part de féminité qui chantonne fièrement), réalisable en sept minutes chrono sur un coin du plan de travail en écoutant Motörhead.

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Dans une jatte, battez trois œufs en omelette, intégrez doucement 150 grammes de farine et un sachet de levure. Mélangez. Ajoutez progressivement un déci et demi de lait tiède – soit 15 cl comme on dit dans Elle à table - et un déci d’huile d’olive – soit 10cl comme on dit dans Marie Claire Cuisine, puis 60 grammes de parmesan râpé. Mélangez bravement.

Rincez
puis détaillez quinze petites asperges vertes bien fraîches (en virant éventuellement le talon duraille) en mini bâtonnets. Effilochez grossièrement une dizaine de très fines tranches de jambon cru. Emincez en petits dés 40 grammes de vieux gruyère. Zestez le quart d’une orange (point trop n’en faut, faut que le cake demeure un tantinet testostéronné tout de même). Balancez le tout dans la pâte. Salez, poivrez.

Et touillez
comme un fou.

Beurrez
un moule, coulez-y la préparation. Et enfournez dans le four préchauffé à 180° pour 45 minutes. En cours de cuisson, coiffez d’une feuille de papier-alu si le cake brunit démesurément.

Démoulez, tranchez en parts gracieuses et dégustez avec un verre d’orangeade en compagnie des majorettes toutes émues.

Bizzzzz
A +

22/04/2010

Asperge : le débat chromatique et les brochettes à la mode slurp

Bien le coucou.

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Nous voilà indiscutablement parvenus à la saison des asperges; saison caractérisée par la prolifération des dites asperges sur les étals des maraîchers (avec une intro comme ça, on est mûr pour le Prix Albert Londres). On notera au passage que, outre parfumer étrangement la pissote de celui qui s’en gave et stimuler, disait-on à la cour de Louis XV, les appétits sensuels des jeunes dames bien nées, l’asperge demeure un distrayant objet de discorde au sein de la communauté des omnivores bipèdes.

Petit sondage express auprès d’un échantillon représentatif de quatre gulus croisés hier, au coin du zinc, entre midi et deux.
Un petit tiers des sondés (32,4%) ne jurent que par la blanche - celle qui n’a pas vu le jour -, et exècrent toutes les autres avec un vraie dose de méchanceté et de mauvaise foi.
Un gros tiers des mêmes sondés (34, 3 %) préfèrent la verte – élevée au grand jour -, en jugeant ses cousines fatigantes et stupides. Ça se discute.
Plus rares enfin sont ceux (2,8 %) qui raffolent de la violette, ou de la sauvage (3,7%); le reste des personnes interrogées se contrebalançant joyeusement de la couleur de l’asperge. Impossible de les blâmer. Il y a des débats certes plus intéressants. Comme par exemple la vie libidinale des premières dames de France et des internationaux de foot à bobine mal recousue.

DSC03123.JPGTiens, tant qu’on en est à s’asperger, voilà de petites brochettes d’asperges vertes et jambon de Parme au pamplemousse épicé, susceptibles de transformer vos cocktails en bacchanales hirsutes.
Dans une casserole, faites réduire le jus d’un pamplemousse avec une bonne pincée de poivre aromatique, deux pincées impérieuses de quatre épices et un rien de gingembre râpé.
Virez le tiers duraille des asperges. Détaillez le reste en petits bâtonnets, en réservant les têtes. Puis enfilez les tronçons mignons sur des piques, en intercalant un carré de jambon de parme.
Arrosez les brochettes de jus de pamplemousse épicé. Filmez. Oubliez une heure quelque part au frais. Puis poêlez le tout (brochettes + têtes) dans un peu d’huile d’olive, en arrosant progressivement avec le reste de la marinade, jusqu’à laquage inspirant. Salez à la fleur de sel. Et balancez l'ensemble en pâture aux morfales qui trépignent à table.

Tchou

PS: On aime bien les blanches aussi.

27/03/2009

Rififi autour du carpaccio d’asperges à la citronnelle et gambas rôties

Bien le bonjour,

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Comme la coiffure de Mireille Mathieu, l’ours des Pyrénées, le charme discret du secret bancaire ou la transsexualité du pape Ben The Sixteen, il y a des thèmes qui divisent encore et toujours. L’asperge crue en fait partie. Certains l’adorent. D’autres la craignent.
Une récente expérience, narrée ci-dessous, s’est ainsi soldée, autour de la table familiale, par une double exécution verbale. Dr Slurp en est sorti les pieds devant, l’âme ciselée et l’égo émincé. Rien de grave, on vous rassure. Et puis, tous les gnous sont dans la panure. 
Mais on vous raconte quand même. Because, ben, ce n’était pas si mal, en fait.

Bref, croquez dans ce carpaccio d’asperges vertes, gambas rôties et vinaigrette tiède à la citronnelle.

DSC01945.JPGDécortiquez entièrement de grosses gambas crues. Et faites mariner deux bonnes heures, au frais, avec plein de feuilles de citronnelle, de l’huile d’olive, un filet de citron et une bonne pincée de poivre de Sichuan.
Préparez une huile aromatisée à la citronnelle. Dans une casserole, plongez un déci d’huile d’olive et six feuilles de citronnelle. Dès que l’huile frémit, coupez le feu et laissez infuser quinze minutes. Virez les feuilles. Puis préparez une vinaigrette acidulée avec un filet de citron, sel et poivre.
Coupez le tutu coriace des asperges (entre le tiers et la moitié de la tige selon la plastique des demoiselles). Pelez-les. Séparez les têtes d’un coup de lame vengeur. Taillez les tiges en minces lamelles à la mandoline (gratte gratte, mon petit Bambino). Blanchissez les têtes quatre minutes dans de l’eau salée. Rafraîchissez sitôt.
Poêlez à feu furax les gambas, deux minutes de chaque côté, plus 33 secondes sur la tranche, en arrosant de marinade. Essorez. Tranchez en deux dans le sens de la longueur.
Réchauffez tout doux la vinaigrette.
Disposez les lamelles et têtes d’asperges dans une grande assiette au design sobrement baroque. Empilez les crustacés, là au milieu, en une rosace érotique. Oignez largement de vinaigrette tiède. Quelques cristaux de fleur de sel. Un gros tour de moulin à poivre. Et grimpez à pas pépères sur l’échafaud.

Arrosoir

PS: L’étrange là-dedans, c’est qu’en effet, l’asperge crue n’a guère la saveur de l’asperge cuite. Rien à voir. Voilà même une vraie bizarrerie culino-physique. On en parlera à notre psychiatre.